GROUPEMENT DES CONTRÉES PALÉOZOIQUES
Ainsi, ces deux groupes de contrées constituent aujourd’hui, d'une manière évidente, l’un, la zône septentrionale et l’autre, la zône centrale. Mais, entre ces deux masses principales, doublement distinctes par leur position géographique et par les caractères différentiels de leurs faunes, il existe diverses régions intermédiaires, sous ces deux rapports, et que nous sommes cependant obligé d’adjoindre provisoirement à l'une des deux grandes zônes, afin de simplifier notre travail.
Sur tous nos tableaux de la distribution verticale et horizontale des genres étudiés, ces régions figurent sous les noms de: Belgique, Contrées Rhénanes, Harz, Thuringe, Franconie, Saxe. Par leur situation géographique, tous ces pays sont beaucoup plus rapprochés de la zône centrale que de la zône septentrionale. On serait donc disposé, par ce seul motif, à les adjoindre à la zône du centre. Mais, nous devons invoquer une considération plus puissante à notre point de vue et fondée sur la nature de leurs faunes paléozoiques, pour justifier leur réunion, du moins provisoire, à la zône du Nord. Nous rappelons, en quelques mots, les faits publiés et malheureusement encore très incomplets.
La Belgique n’a fourni jusqu'ici qu'un nombre très limité de fossiles siluriens. Cependant, plusieurs des types Trilobitiques, qui ont été reconnus parmi eux, présentent les formes spécifiques exclusivement propres aux contrées de la zône septentrionale, en Europe, comme Dalmanites conophthalmus Boeck. sp. Ces formes sont, au contraire, inconnues jusqu'à ce jour dans la zône centrale. C’est ce que nous avons établi dans une discussion au sujet des fossiles découverts par M. le Prof. Gosselet près de Gembloux &e. (Bull. Soc. géol. France. Sér. 2. XIX. p. 557. 1862.) Nous citerons aussi une communication faite un peu plus tard, à la même Société par M. le Prof. Dewalque, sur le même sujet, à la suite de nouvelles découvertes de M. le Prof. Malaise, qui confirment nos premières appréciations. Quelque incomplets que soient ces documens, ils doivent néammoins nous décider à rattacher provisoirement les dépôts siluriens de la Belgique à la grande zône septentrionale.
La Franconie nous présente des circonstances analogues, mais beaucoup plus prononcées. En effet, nous avons fait connaître, il y a quelques années, l'existence, aux environs de Hof, d’une faune Trilobitique assez nombreuse et dans laquelle prédominent les types caractéristiques de la faune primordiale silurienne du Nord de l'Europe, tandisqu'on n'y rencontre pas les formes relativement contemporaines de la Bohême. Pour expliquer ce contraste (Bull. Soc. géol. XX. p. 478. 1863.) nous avons fait remarquer, qu'entre la région de Hof et notre bassin, il existe une chaîne de roches cristallines, qui sépare aujourd'hui les deux pays limitrophes et qui paraît avoir constitué une barrière naturelle entre les mers qui les recouvraient, durant les âges siluriens. Cette séparation des deux bassins voisins, coincidant avec la différence presque absolue entre leurs faunes, nous semble pleinement justifier l’adjonction de la région de Hof à la zône septentrionale. Un travail plus étendu, que nous nous disposons à publier sur le même sujet, confirmera les vues que nous exposons ici SuCcintement.
Nous pouvons naturellement appliquer les mêmes considérations aux contrées voisines, c. à d. à la Thuringe et à la Saxe, qui sont géographiquement séparées de la Bohême par les prolongements variés de la même barrière naturelle, entourant cette dernière région.
Nous ferons aussi remarquer l'existence, dans ces contrées, de certaines formations, connues sous le nom de couches à Nereites. Elles ont été signalées à plusieurs reprises par le Doct. R. Richter en Thuringe et récemment elles ont été illustrées par le Prof. Geinitz, qui a mis en parallèle les schistes à Néréites des environs de Wurzbach, près Lobenstein, avec le systéme taconique du Nord de l'Amérique. Quelque problématique que nous paraisse encore la nature de ces fossiles, qui semblent se reproduire sur des horizons géologiques très différens, il est cependant constant, qu'ils n'ont jamais été observés jusqu'à ce jour, sur la zône paléozoique centrale. Ainsi, leur fréquence dans les contrées de l'Allemagne, qui nous occupent, tend à rattacher celles-ci à la grande zône septentrionale.
Cependant, nous rappelons que, par suite des recherches anciennes du Comte Münster, en Franconie, et des travaux plus récens du Prof. Geinitz en Saxe, comme du Doct. R. Richter en Thuringe, il est aujourd'hui constaté, qu'un nombre assez notable d’espèces siluriennes du bassin de la Bohême existent également dans ces contrées; nommément à Elbersreuth, aux environs de Plauen, et dans les alentours de Saalfeld. Mais, il est important d'observer, que ces fossiles, dont les plus remarquables
sont: Cardiola interrupta, divers Brachiopodes et de nombreux Graptolites, caractérisent la phase initiale de notre faune troisième, renfermée partiellement dans nos colonies et principalement développée dans notre étage calcaire inférieur E.
Or, nous avons démontré dès 1852, dans notre ÆEsquisse géologique (Syst. Sil. de Boh. I) et plus récemment dans notre Défense des Colonies IIT, que ce même étage E nous présente de nombreuses et semblables connexions spécifiques, avec les dépôts relativement contemporains de l’Angleterre, de la Norwége, de la Suede et des Provinces russes de la Baltique, c. à d. avec toutes les contrées principales de la grande zône du Nord de l’Europe.
Ainsi, l’époque de cette première phase de la faune troisième silurienne est caractérisée par les connexions paléontologiques générales, qui ont alors existé entre les deux grandes zônes septentrionale et centrale, tandisque nous n'en trouvons pas de semblables, durant les autres époques paléozoiques, soit antérieures, soit postérieures. Ce phénomène, embrassant la surface de l’Europe, entre ses limites extrêmes, s’est naturellement étendu aux contrées intermédiaires, qui nous occupent. Nous ne pouvons donc pas considérer les connexions spécifiques temporaires, signalées entre ces pays et la Bohême, comme indiquant qu’ils ont tous fait partie permanente de la zône centrale. Nous devons, au contraire, nous tenir aux considérations d’abord exposées et qui tendent à démontrer leur dépendance plus ou moins immédiate de la zône septentrionale.
D'après ces conclusions, relatives à la Saxe, à la Thuringe, à la Franconie, limitrophes de la Bohême et à la Belgique qui touche à la France, il suffit de se rappeler la position géographique des Contrées Rhénanes et du Harz, pour concevoir, que ces deux pays se rattachent avec plus de vraisemblance à la zône septentrionale qu’à la zône centrale.
Prenant pour base ces distinctions géographiques provisoires, nous allons étudier la répartition des genres et des espèces des Ptéropodes, suivant le sens horizontal et suivant le sens vertical.
Distribution horizontale et verticale des Ptéropodes.
Nous croyons utile de présenter séparement nos observations sur la distribution des genres et ensuite sur celle des espèces, parcequ'’elles doivent nous conduire à des conclusions finales d’une importance inégale. Nous commençons par l'étude des genres.
Sect. L Distribution horizontale et verticale des genres de Ptéropodes.
Nous exposerons successivement les sujets d'étude qui suivent: L Tableau général de la distribution des genres, par contrées et par grandes faunes successives.
IL. Observations relatives à la diffusion horizontale des genres, sur les deux zônes paléozoiques, à l’époque de chacune des faunes générales, ou de chaque systême. HI. Tableau de la diffusion horizontale de chacun des genres, en particulier. IV. Parallèle entre les deux grandes zônes paléozoiques, sous le rapport de la distribution ver-
ticale des genres.
nn pour la zône septentrionale.
Diagramme ; pour la zône centrale.
V. Résumé de la distribution verticale des genres, dans l’ensemble des deux grandes zônes paléozoiques.
Diagramme général, pour les deux zônes.
I. Tableau de la distribution des genres de Ptéropodes. par contrées et par faunes successives.
Faunes siluriennes Faunes Genres Er ; PTS distincts 1e II. | III. | Dévon. | Carbon. | © || Trias | Lias |par contrée
Etats-Unis . Mn 1 4 3 2 Canada \
Terre-Neuve J ° * : k ; Angleterre |
Irlande * LP PU
Dyas —
Ecosse
Norwége
Suède
Russie au, GALCIE RENE Allemagne (bl err.) SES OR Belgique :
Contr. Rhénanes .
Harzeee
Thuringe Franconie .
Saxe
Contrées de la grande zône septentrionale
DH He Dre bi O0 ie DU à oi
Bohême .
France Espagne Portugal Sardaigne . . .
Contrées de la grande zône centrale
ai ND © =
Nouv. Galles du Sud .
ATMÉTE NS RTE Afrique (Cap) .
Contrées diverses
IL. Observations relatives à la diffusion horizontale des genres de Ptéropodes. sur les deux zônes paléozoiques, à l'époque de chacune des faunes générales, ou de chaque système.
Nous avons exposé, sur le tableau qui précède, la distribution des genres de Ptéropodes, dans toutes les contrées paléozoiques, en indiquant leur nombre dans chacun des systèmes, ou des faunes générales, que nous admettons dans nos études. Comme les mêmes genres reparaissent sur divers horizons, nous présentons, dans la dernière colonne, à droite, le nombre genres distincts, qui ont été observés dans chaque contrée.
Nous prions le lecteur de remarquer, que les tableaux Nes. 1 à 3, ci-après, exposant la distribution des espèces, présentent en même temps les noms de tous les genres connus dans chacune des contrées paléozoiques. Il nous a semblé superflu de reproduire ces noms dans le tableau qui précède et nous nous sommes borné à donner des indications numériques, qui nous paraissent suffisantes pour notre but, en ce moment. Les contrées sont réparties entre les deux groupes principaux, que nous venons de définir et nous plaçons dans un troisième groupe les contrées diverses, qui ne peuvent être associées, ni à la grande zône septentrionale, ni à la grande zône centrale.
1. On remarquera, que les 9 genres admis dans l’ordre des Ptéropodes n’ont existé, ni simultanément, ni successivement, dans aucune contrée, ou unité géographique.
Le plus grand nombre, dont la présence a été constatée, dans une même contrée, est de sept, que nous avons découverts en Bohême. Voir ci-après le tableau N°. 2 de la distribution des espèces.
2. Durant l'existence de la faune primordiale silurienne, 6 contrées ont possédé un seul genre. C'est Hyolithes pour 5 d’entre elles et Salterella pour le Canada. Cinq de ces contrées appartiennent à la zône septentrionale et une seule, la Bohême, à la zône centrale.
3. Durant la faune secoude silurienne, nous trouvons des Ptéropodes dans 11 contrées, comptées sur les deux zônes, savoir: 7 dans la zône septentrionale et 4 dans la zôue centrale. Mais, le maximum des genres, qui se sont montrés dans une même région, ne dépasse pas 4 pour les trois contrées les plus riches, savoir: les Etats-Unis, les Iles Britanniques et la Russie. Ces trois régions font partie de la zône du Nord. Dans la zône du centre, le maximum correspondant ne dépasse pas 2.
Ce contraste, dans le même sens que celui que nous venons de signaler pour la faune primordiale, contribue à confirmer le privilège d’antériorité en faveur de la zône septentrionale; du moins sous le rapport de la plus grande diffusion horizontale des Ptéropodes.
4, Durant la faune troisième silurienne, l'existence des Ptéropodes a été signalée dans 10 régions, dont une seule, la Bohême, appartient à la zône centrale. Mais, ce bassin a successivement possédé, durant la même faune, 7 genres de Ptéropodes, c. à d. un maximum, qui n’a été atteint pendant aucune autre période paléozoique, ni dans aucune autre contrée quelconque. Nous voyons, que les régions les plus favorisées de la zône septentrionale, durant l’époque de la faune troisième, n'ont pas fourni jusqu'ici plus de 3 genres. Le contraste entre les deux zônes, sous le rapport de la richesse en Ptéropodes, paraît temporairement renversé, durant cette faune remarquable.
5. Pendant l'existence des faunes dévoniennes, considérées dans leur ensemble, les Ptéropodes ont également été reconnus dans 10 régions. Mais notre tableau fait voir, que ce ne sont pas les mêmes que celles qui présentent la dernière faune silurienne. Toutes ces contrées, excepté une, appartient la zône septentrionale. Les Contrées Rhénanes ont possédé le nombre maximum des genres, c. à d. 5. Le Harz en a montré 4, durant la même période dévonienne.
6. Durant la période carbonifère, on ne connaît jusqu'ici que 3 contrées savoir: les Etats-Unis, l'Angleterre et la Belgique, qui ont possédé le genre unique des Ptéropodes alors existant, c. à d. Conularia. Ces trois régions sont situées sur la zône du Nord.
7. Durant la période permienne ou du Dyas, deux contrées seulement ont présenté des Ptéropodes, savoir: la Thuringe et la Russie. La Thuringe a conservé deux types: Conularia et Hyolithes, tandisque le premier seul vient d’être retrouvé en Russie, sur le même horizon. Ces deux régions appartiennent à la grande zône septentrionale.
Il semblerait donc que cette zône, temporairement privée de son privilège de richesse relative en genres de Ptéropodes, durant la faune troisième silurienne, en à été remise en possession, durant les périodes dévonienne, carbonifere et permienne.
8. Dans tous les cas, les documens exposés démontrent, que la diffusion horizontale des genres de Ptéropodes a été incomparablement plus étendue sur la grande zône septentrionale que sur la Oo grande zône centrale, durant les âges paléozoiques.
9. Un seul représentant des Ptéropodes paléozoiques, Conularia, a été observé dans le Lias moyen, sur la zône centrale, en France.
10. Nous avons indiqué, dans notre tableau, la distribution de quelques genres de Ptéropodes dans les Contrées diverses. Maïs nous devons faire remarquer, que ces indications ne peuvent être considérées comme hors de doute, pour aucune de ces régions.
Nous allons maintenant exposer, sous un seul coup d'oeil, pour chacun des genres de Ptéropodes, sa diffusion horizontale sur chacune des deux grandes zônes paléozoiques. Les indications numériques des espèces, dans chaque contrée, montrent en même temps la persistance ou les réapparitions d’un même genre dans chacune d'elles, durant toute l'ère paléozoïique.
Zône septentrionale
Zône centrale
Contrées
Faunes silurien.
Faunes
Dés.
Carb.
Perm.
Contrées
Faunes silurien.
Tableau de la diffusion horizontale de chacun des genres de Ptéropodes, sur les deux zônes paléozoiques.
Faunes
Dév.
Carb.
Perm.
Conularia. Mill.