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Etat de conservation de la coquille

Les individus d'une même espèce se présentent sous une forme très-différente, suivant leur état de conservation. Ceux qui proviennent des Quartzites ont rarement conservé leur test; le plus souvent, on ne trouve que leur moule interne, sur lequel on peut cependant reconnaitre la trace des ornemens de la paroi extérieure, qui s'y sont transmis par l'effet de la ténuité du test et de sa doublure. Ces individus n’ont généralement subi aucune déformation, et on peut par conséquent reconnaître leur forme, comme dans Conul. Bohemica (PI. 1).

Malheureusement, le nombre de nos Conularia ensevelies dans les quartzites est bien moindre que celui des espèces renfermées dans les couches schisteuses.

Les espèces conservées dans les schistes sont, au contraire, toujours comprimées au point que les parois des faces opposées se trouvent en contact, et le fossile n'offre en tout qu'une épaisseur presque semblable à celle d’une double feuille de papier. Lorsque les individus sont d’une grande taille, comme ceux de Conul. grandissima (PI. 3), il est rare de les trouver entiers. Le plus souvent, on ne rencontre que des fragmens, provenant d'exemplaires brisés par le ballottement des eaux. Le test a été ordinairement dissous dans les schistes, et on ne voit que son impression ou celle de la doublure.

Il est bon de remarquer, que la même espèce peut se présenter sous des apparences très-variées.

On peut avoir sous les yeux le test lui-même ou sa doublure, ou bien leurs impressions. Dans le premier cas, le test peut présenter sa paroi extérieure, ou bien, celle-ci étant enlevée, il peut se

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faire qu'on ait sous les yeux la doublure. Si l’on considère seulement un fragment, il peut présenter aussi la paroi interne de la coquille, c’est-à-dire la paroi de la doublure qui était en contact avec l'animal. Cette paroi se distingue aisément, parcequ'elle est le plus souvent lisse. Il n’en est pas de même de la paroi opposée de la doublure, qui, étant juxtaposée à la couche externe du test, en reproduit plus ou moins les ornemens, mais toujours un peu affaiblis dans leur relief.

Dans le cas où le fossile n'offre que des impressions, on conçoit qu'elles peuvent être aussi variées que les surfaces dont nous venons de parler. En effet, on peut rencontrer l'impression de la paroi externe du test, ou celle de la doublure soit du côté interne, soit du côté externe. Chacune de ces apparences, quoique appartenant à un même individu, peut offrir assez de diversité pour exiger toute l'attention de l’observateur, qui pourrait être entraîné à croire, que ce sont des espèces différentes.

Ce que nous venons de dire des Conularia conservées dans les schistes, s'applique aux individus ensevelis dans les calcaires. Cependant, on rencontre le plus souvent dans cette roche, des exemplaires conservés avec leur test, et par conséquent beaucoup plus faciles à déterminer, sauf les variations en rapport avec l’âge, dont nous avons déjà parlé ci-dessus.

Résumé des caractères génériques.

La coquille figure généralement une pyramide droite, dont l'extrémité aigue est cependant quelquefois arquée, par exception.

La section transverse, ou base de la pyramide, est tantôt un carré, tantôt un rectangle, tantôt un losange, tantôt enfin un parallélogramme oblique. Ces formes sont très-fréquemment modifiées par la compression.

Les faces de la pyramide sont toutes égales entre elles lorsque la section transverse est un carré ou un losange. Les faces opposées sont égales deux à deux lorsque la section est un rectangle ou un parallélogramme oblique. L'égalité des faces entraîne nécessairement celle de leur angle au sommet.

Chacune des faces est divisée en deux parties égales, par une rainure et quelquefois par une carène, qui part du sommet de la pyramide, et qui aboutit à l'ouverture. Rarement, on trouve d’autres subdivisions régulières suivant la longueur, par des lignes que nous nommons rainures secondaires ou accessoires.

Les faces se terminent sous une forme angulaire, plus ou moins saillante du côté de l'ouverture.

Les angles dièdres, c. à d. formés par deux des faces adjacentes, comme les angles entre les côtés dans la section transverse, quoique vraisemblablement constans dans l’état naturel des individus d’une même espèce, sont rarement conservés sans altération, dans les spécimens fossiles, à cause des accidens qu'ils ont subis. Ils ont donc peu d'importance comme caractères spécifiques.

Chacun des angles dièdres est ordinairement tronqué et remplacé par un angle rentrant, ou rainure plus ou moins profonde, qui se retrouve sur toutes les espèces, sauf une seule exception, dans Con. anomala (PI. 7—8—9).

L'ouverture de la coquille est semblable à la section transverse, si on fait abstraction de l’expansion angulaire de chacune des faces. Cette expansion est variable et plus ou moins aigue, suivant les espèces. Sa forme est approximativement indiquée par la courbe que décrivent les ornemens transverses. Les extrémités des faces sont rarement conservées.

L'intérieur de la coquille ne présente de cloisons que vers le sommet. Ces cloisons sont en petit nombre. Leur forme est plus ou moins arrondie et toujours concave vers l'ouverture, comme dans les Céphalopodes. On n'y reconnaît jamais la trace d’un siphon.

Le test est ordinairement très-mince, et son épaisseur dépasse rarement /, mm. Il est composé de 2 couches distinctes et qui se séparent assez facilement. La couche externe porte les ornemens, mais par l'effet de sa ténuité, ceux-ci se reproduisent non-seulement sur la couche interne ou doublure, mais encore souvent sur le moule interne, du moins dans leurs traits les plus saillans.

Dans une seule espèce, Conul. fecunda (PI. 8) l'animal dépose successivement de nouvelles couches sur la paroi interne de sa coquille. Il s’en suit que le vide de celle-ci se remplit peu à peu vers la pointe. Le mollusque progresse vers l'avant, de la même manière que les Céphalopodes du groupe des Orthocères vaginati, dans leur large siphon. Ce mode de remplissage a donc le même effet que la construction des cloisons, qui a lieu dans d’autres espèces de Conularia.

Les ornemens sont presque exclusivement composés d’élémens dirigés suivant le sens transverse. Il n'existe pas d’ornemens prédominans, suivant le sens longitudinal. Mais, les ornemens transverses sont subdivisés en tubercules, dont l'espacement régulier produit des séries longitudinales.

Les ornemens transverses se voient exclusivement sur notre espèce Conul. insignis (PI. 4), Conul. fecunda (PI. 8) &e. Ils consistent dans des stries très-fines, très-serrées, et qui ne sont généralement apparentes qu’à la loupe.

Les ornemens longitudinaux ne se voient seuls que dans les rainures des angles de certaines espèces telles que: Conul. Bohemica (PI. 1).

Les filets transverses, au lieu d’être rectilignes, forment un angle, dont le sommet est dirigé vers l'ouverture et placé sur la ligne médiane de chaque face, ou bien une courbe plus ou moins convexe, vers la même extrémité. Au sommet de cet angle ou de cette courbe, les filets s’infléchissent vers l'arrière, €. à d. vers le sommet de la pyramide, dans la traversée de la rainure ou de la carène médiane. Rarement, ils sont interrompus totalement dans la rainure.

Dans une seule espèce non figurée, Con. invertens, l'angle des ornemens obliques est renversé; c. à d. que son sommet est placé vers le sommet de la coquille.

Dans une même espèce, les ornemens varient d'apparence suivant l’âge. Con. Proteica (PI. 5) offre l'exemple le plus remarquable de ces transformations de la surface.

Dimensions.

La longueur de la coquille est de 30 à 40 mm. et la largeur des faces est de 12 mm. dans notre plus petite espèce, Comul. rugulosa (PI. 2—6). A la limite opposée, Conul. grandissima (PI. 3) nous fournit des fragmens incomplets, dont la longueur dépasse 200 mm., et la largeur des faces 80 mm. sans que nous puissions constater toute l'étendue des individus, du côté de l'ouverture.

Les dimensions de cette espèce et de quelques autres, caractérisant faune seconde silurienne, contrastent singulièrement avec l’exiguité des Ptéropodes de la faune actuelle, tels que les Cleodora, qui sont les plus analogues aux Conularia.

Rapports et différences.

Le genre le plus rapproché de Conularia est Hyolithes Eichwald. Il est aisé d'établir entre eux une différence fondamentale, en ce que la section transverse présente toujours 4 côtés dans le premier genre, tandisqu'elle est triangulaire ou sub-triangulaire, dans le second. Nous pouvons aussi remarquer, qu'en faisant abstraction des espèces lisses, dans les deux types comparés, on ne trouve jamais sur le dernier les formes d'ornemens que nous venons de signaler dans le premier, ni aucune rainure sur les arêtes saillantes des fossiles.

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Nous ajouterons, que toutes les coquilles appartenant au genre Hyolithes paraissent avoir été fermées par un opercule, tandisque nous n'avons découvert aucune trace d’opercules appartenant aux espèces du genre Conularia.

En outre, le test de ce dernier genre paraît être d’une nature cornée et très mince. Nous trouvons, au contraire. dans le test de Æyolithes, une apparence spathique, et une plus forte épais seur, qui ne permettent pas de le confondre avec celui des Conularia.

Groupement des Conularia.

Nous avons essayé de grouper les espèces de ce type, d’après divers élémens de la coquille, mais nous n’avons pas réussi à trouver des moyens efficaces de subdivision, à cause des connexions très rapprochées qui existent entre presque toutes les formes, quel que soit le point de vue sous lequel on les considère.

Ainsi, dans la plupart des genres, parmi les mollusques, l’ornementation du test fournit souvent un moyen artificiel de classification. Mais, les Conularia sont uniformément caractérisées par des ornemens saillans et transverses, sous la forme de chevrons, habituellement couverts par des rangées de tubercules, plus ou moins prononcés. Par exception, quelques espèces ne présentent que des stries fines, transverses et horizontales, sur la surface externe, savoir:

Con. insignis . . PL 4. Con S0sIA AC NEISE C. fecunda. . PI. 8.

Une seule espèce paraît lisse, parmi celles de la Bohême: Con. anomala. Nous pouvons aussi citer Con. corium Salt. comme lisse, parmi les espèces étrangères.

Ces 5 espèces sont à peu-près les seules qui, d’après les apparences du test, pourraient former deux petits groupes distincts et séparés de l’ensemble de toutes les autres Conularia. Comme le nombre total des formes aujourd'hui connues dans toutes les contrées explorées, s'élève à plus de 80, d’après notre tableau qui suit, en retranchant les 5 unités mentionnées, il resterait encore plus de 75 espèces dans le groupe principal.

Le groupement des Conularia, au moyen de l’ornementation, serait donc d'un effet presque nul, et par conséquent nous nous dispensons d'y avoir recours.

Cet exemple suffit pour donner une idée de l’inefficacité des autres modes de groupement que nous avons tentés, à l’aide de divers élémens de la coquille.

Dans le tableau qui suit, nous nous bornons à énumérer toutes les Conularia de la Bohême, suivant l’ordre alphabétique, en indiquant leur distribution verticale.

Distribution verticale des Conularia en Bohême.

Espèces PEER PE G H Planches : 2|d3|d4|d5le1|e2 g1|g2|g3|h1|h2|h3

LA Fe

aequalis . . . Barr. Sue rod Pailio.|nslle oil | eue EIGENON EC . Barr. mal 1e |. + anomala . . Barr.

Bohemita PAL conferta . . … Part:

consobrina . Barr.

exquisita … . . . . Barr.

fecunda , . . Barr.

ÉTAIT EC De BALL:

grandissima . . . Barr.

Havieis #0. "Barr.

imperialis . . . Barr. INSICIS ee 0. DAT invertens . . Barr.

modesta , . Part munita . te Darr:

nOPIlIs 27. Part.

PÜCOSA CE CN TBarT:

primula . . Barr.

Proteica . . 0. barre pyramidata . . . Hôningh.

robusta Barr:

rugulosa . -IDarr simplex . . HUDALre SONATIA EN. 2 0Darr SOIR 34 © IBENE, tenella . : . Barr.

© OO =I O OÙ B À ND ba

non figurée.

“i + 1Hl el

Elo +:

+ + das

à déduire les répétitions dans chacune des faunes

Espèces dans chaque faune

à déduire les répétitions entre les deux faunes .

Nombre des espèces distinctes

Les espèces de Conularia, recueillies dans notre bassin, sont très-inégalement réparties entre nos faunes et nos étages, ainsi que le montre le tableau qui précède.

Nous constatons d’abord, qu'il n’a été jusqu'ici découvert aucune forme du genre qui nous occupe, dans la faune primordiale de la Bohême, dans laquelle la classe des Ptéropodes est représentée par 5 espèces du genre Hyolithes.

Nous constaterons tout à l’heure un fait négatif semblable, pour la faune primordiale des autres contrées siluriennes.

Le plus grand développement spécifique des Conularia a lieu dans notre étage des quartzites D, c. à d. dans notre faune seconde, où nous en connaissons 21 formes distinctes. Il faut remarquer, cependant que, parmi ces formes, il n’y en a réellement qu'une seule, Con. exquisita, qui traverse toute la hauteur de cet étage. Elles sont distribuées de telle sorte, que 8 apparaissent dans la bande d 1, c. à d. avec les plus anciens fossiles de cet étage, dans la première phase de notre faune se-

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conde. Les autres espèces se montrent successivement dans chacune des bandes. Elles s’éteignent aussi graduellement, pour faire place à de nouvelles formes, sans que le nombre des espèces coexistantes dans une même bande s'élève au delà de 11, que nous avons recueillies dans la bande d 4, qui est l’une des plus puissantes de cet étage.

Nous remarquons que les Conularia se rencontrent, en général, plus fréquemment dans les formations schisteuses, que dans les bancs de quartzite.

Les Conularia de la faune seconde ne se distinguent pas seulement par leur nombre relatif, par rapport à leurs congénères de la faune troisième. Elles sont aussi remarquables par le grand développement de la taille de quelques espèces telles que: Con. grandissima (PI. 3), Con. plicosa (PI. 6) et Con. nobilis (PI. 6).

Eufin, comme signe de l’époque de leur développement maximum, nous observons la plus grande fréquence des individus dans la faune seconde, surtout pour les espèces: Bohemica, grandissima, anomala, fecunda et exquisita.

Bien que nous ne connaissions qu'un très petit nombre d'espèces quelconques de notre faune seconde, qui se propagent dans notre faune troisième, nous citerons 2 Conularia qui sont dans ce cas, savoir: Conul. grandissima et Conul. Proteica. Nous n'avons jusqu'ici découvert aucune trace de ce genre dans nos colonies.

Notre faune troisième ne présente que 10 espèces distinctes, dont 2 se propagent de la faune seconde, ainsi que nous venons de le constater. La distribution verticale de ces formes montre une diminution graduelle, à mesure qu’on s'élève dans les étages de la division supérieure. Sur ce nombre, 5 appartiennent à l'étage E, ce qui forme la moitié du chiffre total. Trois espèces se trouvent dans l'étage calcaire moyen F, et 2 seulement existent dans l'étage calcaire supérieur @, dont elles ne dépassent pas la bande g 1. En même temps que nous observons cette réduction dans le nombre des formes, nous sommes aussi frappé de la rareté de plus en plus grande des individus. Ce fait confirme l'observation faite au sujet des espèces congénères de la faune seconde.

La distribution horizontale des Conularia, dans notre bassin, ne présente aucune particularité remarquable. Nous pouvons constater seulement, qu'on les trouve généralement dans les mêmes localités, qui nous fournissent principalement des Trilobites, et très-rarement dans celles où prédominent les Céphalopodes, dans la faune troisième. Cette circonstance peut indiquer la coexistence des Ptéropodes et des Crustacés dans les même parages, ou l'effet semblable du transport de leurs dépouilles par les eaux, par suite peut-être de la même pesanteur spécifique. Mais, la première interprétation nous paraît la plus vraisemblable.

Jetons maintenant un coup d'oeil sur la distribution des Conularia, dans les contrées siluriennes des deux grandes zônes paléozoiques.

Distribution verticale et horizontale des Conularia. dans les contrées siluriennes des deux grandes zônes paléozoiques, septentrionale et centrale.

D’après les documens existans, la Bohême et la France sont, jusqu'à ce jour, les seules contrées siluriennes de la grande zône centrale, qui ont fourni des Conularia.

Le tableau qui précède (p. 24) montre, que dans notre bassin les représentans de ce genre font leur première apparition dans la phase initiale de la faune seconde, qui en renferme 8 espèces.

En France, les 2 seules espèces connues provienment des Grès de May en Normandie, et paraissent, au contraire, appartenir à l’une des dernières phases de la même faune. La faune troisième silurienne n’a offert jusqu'ici aucune trace de ce genre, dans ce pays.

Ces faits sont les seuls que nous ayons à mentionner ici, pour la grande zône centrale, car cette zône se trouvant presque uniquement représentée par la Bohême, en cette circonstance, nous sommes

dispensé de repéter les observations exposées sur les pages qui précédent, au sujet de la distribution des Conularia dans notre bassin.

En ce qui concerne la distribution des Conularia dans les contrées siluriennes de la grande zône septentrionale, nous croyons devoir montrer, par les tableaux suivans, la répartition verticale des espèces dans deux des contrées principales, savoir: l'Etat de New York et les Iles Britanniques.

Il est à remarquer qu'en Amérique, l'Etat de New York est la seule contrée, à notre connaissance, qui ait présenté jusqu’à ce jour des Conularia, caractérisant la période silurienne. L’existence de ce genre n’a été signalée dans les formations contemporaines, ni dans les autres Etats de l'Union, ni dans le Canada. Il serait prématuré de tirer de ce fait négatif des conclusions, qui ne seraient probablement que temporaires. On pourrait seulement présumer, que les Conularia ont été relativement plus rares dans les contrées qui n’ont fourni aucune espèce de ce type, tandisque les Trilobites et autres classes de fossiles y sont aussi abondamment représentés que dans l'Etat de New York.

Distribution verticale des Conularia dans les dépôts siluriens de l'Etat de New York.

Faunes siluriennes IL. III.

infér.

Auteurs

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