INTRODUCTION. XV
mens paléontologiques. Les maxima et les minima peuvent donc être modifiés ou renversés, par d’heureuses découvertes, dans quelque autre contrée, jusqu'ici peu explorée.
Les Ptéropodes, objets de nos études, appartenant exclusivement aux terrains paléozoïiques et présentant la plus grande concentration de leurs formes génériques et spécifiques, dans les dépôts siluriens, se trouvent, sous ce double rapport, en parfaite harmonie avec la tribu des Trilobites.
Ainsi, les Ptéropodes contribuent par leur ensemble, comme les Trilobites, à confirmer la délimitation établie par nos maîtres, entre l’ère paléozoique et l’ère mésozoique. En second lieu, ils fournissent également, par leurs formes génériques, ou spécifiques, des caracteres saillans, pour la distinction des diverses systêmes reconnus dans l’ère paléozoïque, comme pour celle des faunes générales, qui correspondent aux principales divisions stratigraphiques de chacun d’eux.
Nous faisons cependant remarquer, que les importantes connexions dues aux Ptéropodes dérivent principalement de l'extension, soit horizontale, soit verticale de ceux de leurs types, que nous nommons genres cosmopolites. Par contraste, les connexions établies par la diffusion horizontale ou par la propagation verticale des espèces identiques sont très limitées.
D’après ces considérations, bien que, sous le rapport du nombre et de la variété des formes, les Ptéropodes occupent l’un des derniers rangs parmi les ordres de la classe des mollusques, ils offrent à la science de très précieuses ressources, pour la classification des terrains et l'établissement de la chronologie géologique.
Enfin, cet ordre présente aux savans, qui étudient les apparences successives, sous lesquelles la vie animale s’est manifestée sur ce globe, deux sujets dignes de leurs méditations:
1° Le contraste remarquable, entre les grandes dimensions de ses plus anciens représentans, dans les mers siluriennes, c. à d. aux temps les plus rapprochés de sa première apparition connue, et l'exiguité de celles de ses espèces, qui peuplent les mers actuelles.
29 L'intermittence extraordinaire de son existence, durant toute l’ère mésozoique, jusqu'ici dépourvue de traces fossiles des Ptéropodes, qu’on retrouve dans les terrains tertiaires, comme on connaît aussi, dans la faune vivante, certaines formes du même ordre, très analogues aux formes paléozoiques.
Si cette intermittence n'est qu'apparente et peut être attribuée à l’existence exclusive d'espèces dépourvues de coquille, pendant cet immense laps de temps, il ne sera pas moins intéressant de se demander, pourquoi l’ordre des Ptéropodes est le seul qui, durant cette longue lutte pour la vie, ait successivement porté, quitté et repris une enveloppe testacée, comme le guerrier dont un grand poëte a dit:
It prit, quitta, reprit, la cuirasse et la haïre.
Prague, 30 Mai 1867.
J. Barrande.
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Genre Conularia. Miller.
Les fossiles appartenant à ce type sont généralement si bien caractérisés, qu'ils n’ont été confondus avec ceux d'aucun autre type. Ainsi, le genre Conularia est exempt de toute synonimie.
Aperçu historique.
1818. Le genre Conularia est fondé par Miller (Catal. Mns.) pour l'espèce Conul. quadrisulcata, figurée par Ure, dans: History of Rutherglen and Kilbride, p. 330, pl. 20, fig. 7. , Nous trouvons ces documens dans la Conchologie minéral. de James Sowerby; Traduction française par M. M. Desor et Agassiz, p. 304—1844.
Les caractères génériques sont définis comme il suit, par J. Sowerby (p. 303).
.Coquille univalve, conique, creuse, séparée à l’intérieur par des cloisons imperforées. Ouverture à demi-fermée.“
J. Sowerby ajoute: On ne connaît que deux espèces de ce genre, en sorte qu'il y a peu de choses à dire de sa forme générale. La coquille représente une pyramide, dont la surface est plus ou moins ornée et dont la base est en partie fermée. Les cloisons occupent peut-être la moitié de la longueur; elles sont convexes vers le sommet et imperforées, à moins qu'il n'existe un très petit siphon à l’un des angles. Jusqu'à présent ce type n’a été trouvé qu'à l’état fossile; il se pourrait qu’il appartienne à la famille des Conchifères crassipèdes tubicolées de Lamarck.‘
L'observation suivante de M. le Prof. Agassiz accompagne ce texte:
La plupart des auteurs rangent maintenant les Conulaires dans la classe des Céphalopodes.
Les deux espèces mentionnées par J. Sowerby sont décrites et figurées par lui sur la PI. 260, sous les noms de Conul. quadrisulcata Miller et de Con. teres Sow.
Le premier nom est appliqué a 4 spécimens d'apparence très diverse et provenant aussi de divers
horizons géologiques. Le spécimen principal fig. 5, trouvé dans le terrain de transition, a été pris 8 . “ . . . “ à p pour type dans la description, qui lui attribue des cloisons légérement et irrégulièrement striées. Mais la fig. 5 ne montre aucune trace de ces cloisons. Cette forme, a reçu plus tard le nom de Con. Sowerbyi Defrance, tandisque le nom de C. quadrisulcata a été restreint aux autres formes ) q
provenant du terrain Carbonifère. (Voir 1828.)
Quant au fossile nommé Con. teres, il ne paraît pas appartenir à ce genre. Il est cylindroide, un peu arqué et montre 3 à 4 cloisons vers la pointe. Ses apparences sont celles de certains Cyrtoceras du terrain carbonifère, comme Cyrt. unguis Phill. Nous remarquons que M. Salter, en citant ce fossile, ajoute, qu'il est généralement considéré comme un Céphalopode. (Syn. Brit. Foss. IL. Appendix p. VI—1852.)
1828. Defrance donne le nom de Conul. Sowerbyi à l'espèce du calcaire de Dudley, figurée par J. Sowerby (1. c. fig. 5) et confondue sous le nom de Con. quadrisulcata avec l'espèce du calcaire carbonifère. (Dict. de Sci. nat.)
Ce nom à été reproduit par Blainville avec la figure. (Malacol. p. 377. PI. 14. fig. 2. c. e.)
1832. Hoeninghaus donne le nom de Conul. pyramidata à une espèce provenant du grès de May près Caen, en Normandie, c. à d. appartenant à la faune seconde silurienne. (Dechen, Handb. d. Geogn. de la Bêche. p. 535.)
La même forme a été nommée Con. undulata par Eudes Deslongchamps; mais nous ne savons pas dans quelle publication.
1837. Hisinger décrit et figure, sous le nom de Conul. quadrisulcata Sow. une espèce qui paraît différente de la forme anglaise, dont il emprunte le nom. L'espèce Suédoise provient de l Ostrogothie, c. à d. du calcaire à Orthocères, et elle appartient à la faune seconde. (Leth. Suec. p. 30. PI. 10. fig. 5.)
1839. J. Sowerby décrit et figure, sous le nom de Con. quadrisulcata, une espèce du calcaire de Wenlock, c. à d. de la faune troisième silurienne. (Si. syst. p. 627. PI. 12. fig. 22.)
La description indique, dans le spécimen figuré, l’existence d’une cloison parfaitement conservée, et l'apparence de deux siphons, aux angles les plus distans. Mais on n'aperçoit pas la moindre trace de ces élémens, sur la figure donnée. Cette espèce a été distinguée de l'espèce Carbonifère par le nom de Con. Sowerbyi Defrance. (Voir 1828.) Nous remarquons, que le genre Conularia est associé aux Céphalopodes, dans le tableau général des fossiles décrits (p. 706).
1839. Hoeninghaus constate, qu'ayant fait scier en long et en travers un spécimen de Conul. quadrisuleata, il n’a reconnu dans l'intérieur aucune trace de cloisons. (Jakrb. v. Leonh. u. Bronn. p. 71.)
1840. M. le Prof. d'Eichwald décrit Conul. Buchi, d'Odinsholm, et il indique l’existence d’une autre espèce qui lui paraît très peu différente de Con. quadrisulcata Sow. du calcaire de Wenlock, mais qui se trouve dans le calcaire à Orthocères, c. à d. dans la faune seconde, à Odinsholm, Reval et Pawlowsk. (Sülur. syst. in Esthland p. 102.)
Ce savant, ayant constaté l'absence des cloisons dans ses spécimens, en conclut que ce genre n’est pas convenablement placé parmi les Céphalopodes, mais quil appartient plutôt aux Zoophytes (Pflanzenthieren), à moins qu'on n’admette que ce corps était une coquille interne, analogue à l'os des Sepia.
1842. M. M. Le V*. d’Archiac et de Verneuil rangent provisoirement le genre Conularia parmi les Ptéropodes, sans cependant indiquer les motifs de leur détermination. Ils constatent la connaissance de 11 espèces, à cette époque, savoir :
Dans le Syst. carbonifère . |. + … . . 2 TÉFOMETAN CU NEA SLUTIEN RE CE 0
L'une de ces espèces est indiquée comme commune aux syst. silurien et dévonien, ce qui réduit à 11 le nombre des espèces distinctes.
Dans le même ouvrage, ces savans décrivent et figurent les 4 espèces suivantes, appartenant toutes au syst. dévonien. Mais la première est indiquée comme ayant antérieurement apparu dans le Syst. silurien.
Conul. Gervillei. A. V. . . Kemmenau-Néhou. | Conul. Gerolsteinensis A. V. . . . Eiïfel. C. OFDAtA A ENV CR era. C. Brongniarti APAV PART EE -AINÉhOU
(On the foss. of the old. dep. in the Rhen. Prov. in Trans. geol. Soc. VI. p. 351. PI. 29—31.)
18143. Le Prof. F. À. Roemer décrit et figure, sous le nom de Conul. acuta, deux formes dévoniennes du Harz, qui ne paraissent pas identiques, du moins d'après leurs ornemens. (Haregeb. p. 86. PI. 10. fig. 12—13.)
GENRE CONULARTIA. MILLER. 3
1843. Portlock décrit et figure 3 espèces d'Irlande sous les noms suivans:
Conul. quadrisulcata Sow. Terr. Carbonifere.
C. quadrisulcata Sow. Terr. Silurien C. elongata Port. (faune seconde).
Ce savant fait remarquer que, la forme silurienne qui a été nommée quadrisulcata, présente sur ses faces une rainure médiane, qui la distingue de la forme carbonifere de même nom. (Report. Londond. dc. p. 393. PI. 29. À.)
Portlock maintient les Conularia parmi les Céphalopodes, malgré la proposition faite par certains savans, non nommés, de les classer parmi les Rudistes.
1843. Maximilien Duc de Leuchtenberg décrit et figure Con. Buchi Eichw. (Beschr. ein. neuen Thierreste der Urwelt p. 14. PI. 2. fig. 1—2.)
Cette espèce provient de Popova près Pawlowsk, c. à d. de la faune seconde silurienne.
Dans le même mémoire, la présence de Con. quadrisulcata Mill. est signalée sur le même horizon, à Pulkowa (p. 15).
1844. Le Prof. de Koninck n’admet pas l'existence de cloisons dans les Conularia et il considère l'association de ce genre aux Céphalopodes comme non fondée dans la nature. Au contraire, il confirme la détermination de M. M. d'Archiac et de Verneuil, qui, les premiers, avaient classifié les Conularia parmi les Ptéropodes. Ce savant rappèle que: ,le test de tous les animaux vivans que l’on range dans cette classe, est mince, transparent, plutôt corné que calcaire et en outre, très souvent ridé en travers. Seulement, leurs coquilles sont très petites, comparativement à celles des Conularia, mais c’est là une considération qui n’a pas la moindre importance. Quelle que soit la taille des coquilles de ce genre, elles restent toujours extrêmement et uniformément minces dans toutes leurs parties.
M. de Koninck décrit et figure Conul. érregularis du calcaire carbonifère de Visé. (Anim. Foss. de Belg. p. 496. PI. 45. fig. 2.)
1845. M. M. Ed. de Verneuil et le C*. Keyserling décrivent et figurent sous le nom de Conul. Sowerbyi Defrance, un spécimen provenant de Chotim en Bessarabie, sur les bords du Dniester, dans des couches probablement contemporaines du calcaire de Wenlock, où existe le type de cette espèce, en Angleterre. (Russie et Oural. IT. p. 348. PI. 24. fig. 5.)
Ces savans restreignent le nom de Conul. quadrisulcata à l'espèce de la formation carbonifère, en Angleterre, et ils adoptent le nom de C. Sowerbyi donné par Defrance à la forme silurienne, initialement comprise par J. Sowerby dans la description de Con. quadrisulcata. (Voir 1818.)
En même temps, ils indiquent comme caractères distinctifs des espèces de Conularia : »L'angle d'ouverture au sommet de la pyramide et la forme plus ou moins élancée de la coquille; l'égalité ou l'inégalité des faces; la continuité ou la discontinuité des plis transverses au sommet de
leur courbure; enfin, la présence ou l’absence des stries dans les sillons transverses et leur direction par rapport à ceux-ci.“
1845. Le Prof. J. Morris décrit et figure une espèce de New South Wales, sous le nom de Conul. laevigata. (C*. Strzelecki, Neu South Wales and Van Diemens land. p. 290. PI. 18. fig. 9.) L’horizon géologique auquel appartient cette espèce n’est pas indiqué, mais semble être dévonien ou carbonifère, d’après les observations générales sur la faune paléozoïique de cette contrée (p. 296).
1846. Le Prof. Geinitz range les Conularia parmi les Céphalopodes, et énumère 3 espèces : C. quadrisulcata Sow., C. teres Sow. et C. irregularis Konck. (Grundr. der Verstein. p. 314.)
1847. Le Doct. Guido Sandberger publie une monographie des Ptéropodes fossiles, comprenant les genres Conularia Miller et Coleoprion Sandb. (Jahrb. v. Leonh. u. Bronn. Heft I. p. 8.)
Ce savant admet la détermination de M. M. d’Archiac et de Verneuil, qui, en 1842, avaient rangé les Conularia parmi les Ptéropodes. Il confirme ces vues en indiquant l’analogie qui existe entre ce type fossile et le genre Cleodora Péron, aujourd’hui vivant. Il reproduit ensuite la diagnose connue de Conularia et il énumère les caractères suivans, comme devant servir à la détermination des espèces :