PIEDS ET ORGANES DES TRILOBITES
découverte des pattes ambulatoires et des pinces de Bronteus campanifer. (Prodr. p 9 et 56 PL 4, fig. 33. c. d. e. f. g.)
Nous ferons d’abord observer, qu’aucune relation géologique ne lie ces fragmens à Br. campanifer , car ils ne se trouvent jamais dans les mêmes couches que cette espèce. Cette circonstance était ignorée de M. Corda, parcequ’il n’a jamais visité les localités qui fournissent ces fossiles. En second lieu, il n’est guères vraisemblable, qu’un seul Bronteus ait été muni de pattes solides, extrêmement développées, tandisqu’on n’en trouve aucune trace pour les autres espèces de ce genre, soit en Bohême, soit ailleurs. Il n’y aurait pas plus de vraisemblance à admettre, que tous les Bronteus portaient de semblables pattes, après les considérations de Burmeister, citées ci-dessus, et applicables sans exception à toute la Tribu. Enfin, la nature du test de ces pattes ne semble avoir aucun rapport avec celui des Bronteus appartenant à nos divers étages.
Nous aurons l’occasion de développer ailleurs les motifs qui nous portent à considérer ces fragmens, comme appartenant à des Crustacés de la famille des Cythérinides, avec les valves desquels ils se trouvent dans les mêmes couches calcaires.
Outre les pieds des Trilobites, M. Corda a encore annoncé la découverte de diverses pièces ou organes, savoir:
1. — -Le vélum de Bront. campanifer , c. à d. la lame operculaire de l’abdomen, sur laquelle Fauteur du Prodrôme indique les protubérances pour l’ouverture 'des organes de la génération. f Prodr. p.p. 9, 56 et 171 PL 4. fig. 33. b.) Ce prétendu vélum est un fragment de l’une des Cythérinides dont nous venons de mentionner l’existence, et montrant les protubérances qu’on appèle vulgairement les yeux dans ces Crustacés. Ce fragment appartenant à la collection Hawle provient d’ailleurs d’une couche, qui n’a fourni jusqu’ici aucune trace de Bronteus campanifer.
2. — Le même auteur parle du suçoir fSaugnapfJ découvert par lui, sur la paroi inférieure de la tête de Parad. Dormitzeri, et offrant une ressemblance extraordinaire avec le suçoir de Argulus foliaceus. Nous avons examiné dans la collection Hawle , le fragment qui a donné lieu à cette prétendue découverte. Au lieu d’un organe placé comme l’annonce M». Corda, sur la paroi inférieure de la tête, nous avons trouvé un petit corps annulaire, étranger, fixé par le hazard, sur la paroi-supérieure et non loin du bord de la joue, c. à d. dans une position où on ne trouve jamais un organe de cette nature.
Canal intestinal des Trinucleus.
Après avoir parcouru la série des erreurs de nos devanciers , sur les pieds et organes des Trilobites, nous aurons du moins à rappeler le souvenir d’une observation réellement fondée. C’est celle qui est relative au canal intestinal des Trinucleus. M. le Profil. Beyrich l’a communiquée au public savant, dans son second mémoire sur les Trilobites. (Unt. üb. Tril. II. 30. PL 4. fig. 1. c.) L’espèce de Bohème qui lui a fourni l’occasion de reconnaître cet organe, est celle qui caractérise les quartzites de la bande des monts Drabow, et que nous nommons Tr. Goldfussi. ( Tr . ornatus Beyr. non Sternb.) Plusieurs exemplaires de notre collection nous ont aussi montré ce canal, qu’on peut suivre depuis le milieu de la glabelle, jusqu’à l’extrémité de l’axe, vers le bord postérieur du pygidium. M. Beyrich a très-bien observé, que le canal en question ne se trouve pas immédiatement sous le test, mais dans l’intérieur du lobe médian , dont il semble souvent former l’axe vide. Dans quelques exemplaires, nous le trouvons rempli d’une argile très-fine, qui s’y est moulée. Cette substance a peut-être beaucoup contribué à conserver la forme du canal, qui une fois rempli, et enseveli dans une masse de sables incompressibles, n’a plus subi aucune déformation. Cette considération nous expliquerait, pourquoi les Trinucleus enfermés dans les schistes, n’ont pas conservé la trace reconnaissable du même organe. Il faut admettre aussi dans ce genre quelque particularité de conformation, qui a permis au canal intestinal de se maintenir dans la carapace, tandisque nous n’en apercevons jamais le moindre indice dans les autres Trilobites, qui se trouvent dans les mêmes quartzites.
Antennes des Trilobites.
Dans un mémoire du ProfL Mac Coy, cité ci-dessus, ce savant rappèle que dans son ouvrage intitulé: Synopsis of the Silurian fossils of Ireland, il a annoncé la découverte de restes d’antennes, sous la forme d’un pore profond, de chaque côté du lobe frontal de la glabelle, dans le sillon qui l’entoure. Il énumère les Trinucleus, Acidaspis, Calymene, Ampyx, Grijfithides &c., comme lui ayant fourni l’occasion d’observer la trace de ces organes.
Nous avons aussi remarqué depuis longtemps , la même cavité sur divers Trilobites de Bohême, tels que les Calymene, Trinucleus et Cheirurus, mais nous avons été induit à lui donner une interprétation différente de celle que nous venons d’indiquer. D’abord, nous ferons observer, que si cette cavité ne paraît être qu’un pore dans les espèces de petite taille , comme les Trinucleus , elle prend des dimensions de plus en plus grandes, suivant la taille des Trilobites, et forme un entonnoir dont l’ouverture a près de deux millim. de diamètre, dans la tête de Cheir. claviger. Lorsque le test existe, comme nous avons occasion de le voir sur des individus de Calijm. Baylei, Cheir. gibbus &c. il se ployé vers l’intérieur, suivant la figure de cet entonnoir. Nous avons pensé que cette saillie du test n’avait d’autre but, que d’offrir des points d’attache aux muscles moteurs des appareils buccaux, et nous l’avons considérée comme ayant la même origine que les saillies semblables, que nous avons signalées dans la plèvre de divers genres (p. 186). On remarquera la conformité de la position de ces entonnoirs, au fond du sillon dorsal, dans le thorax, comme dans la tête. Nous rappèlerons encore les saillies du
test, sous les sillons de la glabelle, et les rainures de l’axe du pygidium des Dalmania
(voir PI. 23).
Nous fondant sur ces analogies, nous n’avons pas cherché d’autre explication pour le petit entonnoir. Mais lorsque nous avons lu l’opinion de ML le ProfL Mac Coy, nous avons étudié de nouveau tous les exemplaires qui pouvaient nous éclairer sur cette question, et nous avons rencontré un fragment de Ch. gibbus , qui semble la résoudre conformément à nos vues. Ce
fragment est brisé suivant le cours du sillon dorsal, le long de la glabelle, et il met à nû l’aîle
de l’hypostôme qu’on voit en place. Or, cette aîle s’ajuste par son extrémité, au sommet intérieur du petit entonnoir formé par le test. Ces détails sont très-distincts , à cause de la conservation parfaite de cet exemplaire avec son enveloppe testacée. D’après ce fait, nous ne saurions admettre pour le genre Cheirurus d’autre interprétation, que celle que nous avons donnée. Nous laisserons aux savans le soin de peser la valeur des analogies, qui peuvent étendre cette manière de voir, aux autres genres cités par ML le ProfL Mac Coy.
Section VI. Hfature et ornemens du test des Trilobites.
Nous porterons successivement notre attention sur les sujets suivans:
§. 1. Nature chimique du test.
§. 2. Structure de test. Epaisseur.
§. 3. Distinction des diverses parois du test.
§. T. Nature et transformations des ornemens de la surface.
§. 3. Ornemens de la paroi externe du tégument dorsal.
§. 6. Ornemens de la paroi interne du test dorsal.
§. 7. Ornemens de la paroi externe du tégument ventral, doublure, hypostôme.
§. 8. Ornemens de la paroi interne du test ventral.
§. 9. Tableau synoptique de l’ornementation du test, dans les principaux genres connus.
§. 10. Valeur des caractères fournis par les ornemens du test.
§. 11. Relations entre l’ornementation du test des Trilobites et les diverses époques paléozoiques. §. 12. Etat de conservation du test, dans les Trilobites de Bohême.
NATURE ET ORNEMENS DU TEST DES TRILOBITES
.$• 1 Nature chimique du test.
Divers essais ont été faits pour analyser les substances qui composent cette enveloppe crustacée. Il est tout naturel qu’ils n’aient pas résolu la question d’une manière générale, car il est très-vraisemblable, que dans le cours des siècles, le test des Trilobites ensevelis dans les roches a subi de plus ou moins grandes altérations. Des modifications dépendantes du milieu ambiant sont souvent, perceptibles à l’oeil , et ne permettent pas de croire, qu’on puisse parvenir par les moyens chimiques, à constater la composition primitive. Dans la plupart des Crustacés anciens, le Carbonate de. chaux constituait sans doute une grande partie de leur enveloppe solide ; ce calcaire lui-même a été modifié dans la disposition de ses molécules, puisqu’il ne permet plus de reconnaître la trace de la structure animale. Il se présente au même état cristallin que nous connaissons dans les Crinoides.
§. 2. Structure du test.
En décrivant chacun des élémens du corps , nous avons constamment indiqué la doublure formée par le test, c. à d. la partie reployée sous la surface supérieure et vraisemblablement destinée à augmenter la solidité du tégument. Cette doublure ne pénètre jamais au delà d’une certaine distance vers l’intérieur, de sorte que sur une grande partie de son étendue, l’enveloppe des Trilobites était simple. Les têtes et les pygidium des grands Phacops appartenant au groupe de Pli. Hausmanni nous donnent souvent occasion de reconnaître l’étendue relative de la partie simple et de la partie doublée, indiquée dans les figures élémentaires de la PI. 1. Il en est de même dans le genre Bronteus, et en général dans toutes les espèces un peu grandes, qui ont conservé leur test, dans les étages calcaires.
On ne saurait confondre cette doublure avec la superposition de diverses couches qui doivent former le test, du moins dans les deux genres Calymene et Phacops , d’après le Prof'. Burmeister. (0> der Tril. p. 15J. Nous- avons vainement fait tous nos efforts, pour constater l’existence de l’épiderme très-tenu dont parle ce savant. Aucune de nos espèces de Calymene ne se présente avec un test assez bien conservé, pour que nous puissions rien décider positivement à 1 égard de ce genre. Nous trouvons au contraire dans nos calcaires divers Phacops et Dalmania, dont 1 enveloppe est dans le plus parfait état de conservation. Or, dans les exemplaires les plus intacts, nous voyons le test plus ou moins épais, suivant les espèces, et aussi suivant les parties du corps dans un même individu, mais il ne nous est pas possible de distinguer l’épiderme en question. Nous trouvons en général, dans ces deux genres, une granulation plus ou moins fine, plus ou moins serrée, et toujours immédiatement établie sur la seule couche de test que nous pouvons distinguer, et non sur une pellicule superficielle, comme l’indique le docte professeur de Halle. Il est vrai, que sur certains exemplaires, dans les parties du corps où le test a plus d épaisseur, nous apercevons dans la section trois nuances distinctes, qui au premier coup-d’oeil, pourraient, faire supposer l’existence de trois couches superposées. Mais en examinant un grand nombre d’individus, on s’aperçoit que ces apparences n’ont lieu, que dans ceux dont l'enveloppe calcaire a déjà subi un certain degré de décomposition. Dans ce cas, les surfaces supérieure et inférieure du test ont changé de couleur, et ont pris une teinte particulière, tandisque la partie intermédiaire a conservé la teinte plus foncée de la masse. Phac. Sternbergi par exemple, montre dans certains exemplaires de Hostin, le test composé de trois couches apparentes, dont les deux extrêmes sont blanchâtres, tandisque celle du milieu est plus' foncée. Mais nous avons sous les yeux des individus, dans lesquels nous observons d’un côté de l’axe cette altération des surfaces, pendant que 1 autre côté nous offre un test parfaitement homogène dans toute son épaisseur.
Ainsi , en, basant notre jugement sur les seuls faits que nous avons observés , nous ne reconnaissons qu’une seule couche distincte dans le test de nos Trilobites. On sait par les beaux travaux de M. Mourens, sur la composition de l’enveloppe cutanée des animaux vivans, par quelles longues macérations on peut, parvenir à séparer leurs différentes couches. Des élémens analogues
existaient sans doute dans le test des anciens Crustacés, mais après la longue pression qu’ils ont subie, et les réactions chimiques qui ont altéré leur nature, on conçoit aisément quils ne soient plus séparables, ni distincts, dans la masse cristalline qui représente leur épaisseur reunie.
Epaisseur du test. Cette enveloppe est ordinairement très-mince, même dans des Tnlobites d’une assez grande taille ; cependant, on peut remarquer, en général, qu’elle est plus tenue ans les petites espèces. Nous citerons comme exemple du minimum d épaisseur, Bront. tenellus dont le test n’a pas plus d’un cinquième de millimètre. De grandes espèces du même genre, telles que Br. palifer , dépassent à peine cette dimension dans le test des individus adultes , comme celui qui est figuré PL 45. Par exception, nous -voyons au contraire un tégument épais dau moins un demi-millimètre dans Arion. ceticephalus , qui est d’une petite taille Nos Phacops on en général un test fort mince, ainsi que quelques espèces de Dalmama. Mais parmi ces dernières, celles qui sont grandes comme Daim, spinifera, nous présentent dans lage adulte une carapace dont l’épaisseur atteint presque un millimètre.
Nous observons les plus grands contrastes, dans les limites d’un même genre. Ainsi, Calyrn. Baylei a un test extrêmement mince, de j de m. m. tandisque l’enveloppe de Cal. mterjecta nous offre une épaisseur environ cinq fois plus grande.
Le test n’est pas uniformément épais sur toute la surface d’un même individu. Il a ordinairement sa plus grande force dans les sillons et le long des bords, tandisque sa plus grande
ténuité correspond aux parties saillantes et internes, comme le sommet de la g abelle. L épaisseur de a
doublure est ordinairement égale à celle de la partie de la carapace dorsale, avec laquelle elle est en contact.
$*. 3. Distinction des diverses parois du test.
Dans l’étude des ornemens du test, il est important de bien distinguer les diverses parois sur lesquelles ils peuvent se présenter. Ces parois sont au nombre de , quatre, dont deux appartiennent à la carapace dorsale, et deux au tégument ventral, ainsi qu’il suit:
Surface jexterne[du test dorsal, j interne j
Surface |externe!du test ventral, ou doublure.
(interne )
La surface externe du test dorsal est la plus apparente, comme la plus importante de toutes; c’est aussi celle qui a principalement attiré jusqu’ici l’attention des observateurs. On peut 1 étudier directement, toutes les fois que le test se trouve bien conservé, ou indirectement, sur 1 empreinte extérieure gravée dans la roche, et qui reste ordinairement assez distincte, meme lorsque le test a été altéré ou dissous. Nous en avons figuré un exemple, pour bao hirsuta (1 1. .)
Cette empreinte peut seule faire connaître la forme des tubercules spmiformes et autres orne¬
mens de cette nature, trop fragiles pour pouvoir se conserver à la surface du test , lorsqu on
extrait un fossile.
La surface interne correspondante est celle qui est en grande partie en contact avec les
chairs, et en partie aussi appliquée sur la paroi interne du test ventral, dans toute letendue e
celui-ci. ' Bien qu’il soit rare de pouvoir l’observer directement, nous, avons presque constamment occasion d’en reconnaître les ornemens sur l’empreinte intérieure du Tnlobite, par laquelle beaucoup d’espèces sont connues, comme celles qui sont ensevelies dans la plupart de. nos lormations non calcaires. Quant à la portion de cette surface qui s’applique sur la paroi interne de la doublure, elle ne peut fournir une impression distincte, que dans le cas ou il existe entre a doublure et le test, un intervalle rempli par la roche, ainsi que nous avons eu occasion de le faire remarquer dans diverses espèces : III. Bouchardi, Bront. Brongniarti, &c.
La surface externe de la doublure peut s’observer, directement dans quelques Irilobites, mais le plus souvent on reconnaît ses ornemens sur l’empreinte qu elle a laissée sur e mou e.
NATURE ET ORNEMENS DU TEST DES TRILOBITES
surface interne de la doublure est dans le même cas que la partie du test dorsal , contra lequelle elle est appliquée, et ne peut être observée que dans quelques espèces, comme dans les üalmania &c.
§. 4. Nature et transformations des ornemens du test.
En prenant pour point de départ une surface parfaitement lisse, tous les ornemens que nous avons observés sur les Trilobites, peuvent être classés en deux catégories, savoir: ornemens en relief, et ornemens en creux. Dans chacune de ces catégories, nous distinguons diverses formes ou apparences qui ne sont le plus souvent, que des modifications l’une de l’autre, et qui pourraient être cpnsidérées comme des degrés successifs du développement des mêmes élémens, dans divers sens. Nous nous servirons de dénominations particulières pour indiquer les différentes apparences dont nous parlons, et l’ordre dans lequel nous allons les énumérer, suffira seul pour faire reconnaître leur intensité, et leur transformation successive.
/ granulation.
A. 'verrues, ou tubercules.
Ornemens en relief. 1 tubercules spiniformes, ou épines.
f nervures ou stries saillantes.
g 1 perforations.
n ' (scrobicules ou cavités.
Ornemens en creux. 1 , .
(stries creuses ou plis-sillons.
A. Ornemens en relief, et leurs transformations.
Nous admettons l’existence d’une surface lisse dans le test des Trilobites, mais si l’on a sous les yeux des exemplaires bien conservés, et si on les observe avec un grossissement un peu fort, on est souvent très-embarassé pour prononcer si leur enveloppe est lisse ou granulée. Cette apparence douteuse résulte souvent de l’âge ou du degré du développement individuel, car dans une même espèce, on trouve des individus parfaitement lisses , d'autres sur lesquels on
croit apercevoir quelques traces de granulation, d’autres enfin dans lesquels les grains sont trèsapparens, du moins, sur quelques parties de la surface. Nous citerons comme exemples, Pline, breviceps, Proet. Bohémiens, &c. L’intensité de la granulation n’est pas cependant toujours en
rapport avec l’âge; on la voit quelquefois plus prononcée sur de jeunes exemplaires, que sur des adultes. Ces différences paraissent fréquemment dépendre des circonstances locales. '
La granulation une fois établie sur le test des Trilobites, persiste ordinairement durant toute
la vie de l’animal, sans subir d’autre modification dans son apparence,, que celle que nous venons d’indiquer. Les grains conservent à peu-près leur forme plus ou moins arrondie , leur grosseur relative, et aussi leur espacement réciproque, dans les diverses parties du corps. Chacun d’eux éprouve seulement une certaine augmentation de volume, en rapport avec la taille croissante de l’individu. Tel est le résultat de nos observations sur la plupart des espèces granulées, mais il en est d’autres, qui nous ont donné lieu de constater des transformations ou évolutions de deux sortes dans la granulation. Le premier genre d’évolution consiste dans le développement soit de tous les grains, soit d’une partie d’entr’eux, qui se changent peu à peu en épines, ou tubercules spiniformes. Dans ce cas, la fréquence des grains sur la surface diminue plutôt que d’augmenter. L’autre sorte de transformation est tout opposée; les grains ne changent pas sensiblement de volume, ils restent égaux entr’eux, mais leur nombre s’accroît beaucoup; ils deviennent de plus en plus serrés et ils finissent par se combiner de manière à produire des stries en relief. Nous allons passer en revue les principales, espèces qui se distinguent par ces évolutions, dans la forme de leurs ornemens.
1. Sao hirsuta (PL 7.) a le test parfaitement lisse pendant les premiers temps de son développement embryonnaire. Vers le 6!. degré, on voit apparaître sur chacun des lobes latéraux de la tête, quatre grains isolés, que nous avons désignés par des noms. Le grain 'principal de chaque côté, se trouve dans tous les individus, à une petite distance de la base de la glabelle, sur le bord du sillon postérieur de la joue. Les trois grains primitifs forment un petit arc un peu convexe à l’axe et oblique, sur la surface génale. Tout le reste de la superficie conserve son apparence entièrement lisse. Vers le 1 3,7. degré, quelques individus montrent sur toute la tête et sur le corps, une granulation très-fine, égale et serrée, au milieu de laquelle les grains principaux et primitifs dominent fortement par leur volume et leur relief. Peu à peu la granulation générale devient plus intense; les grains se développent rapidement, et vers le 20!. degré, c. à d. à la fin de la période embryonnaire, ils ont presque atteint la grosseur des grains primitifs, qu’on distingue à peine parmi ceux qui les avoisinent. On voit alors la forme jusqu’alors arrondie de tous ces ornemens, s’élever en cône aigu. En d’autres termes, chacun d’eux devient un tubercule spiniforme, très-prononcé, de sorte que la surface entière du Trilobite se trouve hérissée d’épines. Si les nombreux exemplaires que nous possédons, ne nous permettaient de suivre pas à pas l’évolution que nous venons de décrire, il serait difficile de croire, qu’une seule et même espèce puisse offrir des apparences si diverses, dans la superficie de son test.
2. Conocephalites Sulzeri se présente, comme on sait, à l’état de moule, et les paléontologues n’ont eu occasion d’observer ordinairement, que le moule intérieur provenant de Ginetz, et paraissant à peu-près lisse Cependant, cette espèce était ornée d’une granulation fine, générale, et de gros grains épars, de forme différente. Le lecteur en trouvera la description détaillée à la suite de la définition des caractères spécifiques, dans ce volume, mais nous en reproduirons ici les principales circonstances. La granulation fine et les gros grains se manifestent simultanément dans le jeune âge, et persistent sous la même apparence, jusques vers l’époque du complet développement de l’individu. Alors les gros grains arrondis deviennent de plus en plus aigus, et finissent par s’alonger en tubercules spiniformes. Pendant que cette transformation a lieu, le test s’épaissit, et la granulation générale, fine, qui n’existait d’abord que sur la paroi externe, et se traduisait par une cavité correspondante sur la paroi interne, s’établit aussi sur cette dernière. Ainsi, le moule intérieur reproduisant dans le jeune âge la fine granulation extérieure, devient d’abord lisse dans l’adulte, et finit par se couvrir de petites cavités, causées par la granulation passée à la surface interne du test. Ces diverses modifications so,nt très-sensibles sur des exemplaires de Skrey, réunis dans notre collection.
La conversion de la granulation en stries saillantes, ou nervures, s’observe sur diverses espèces de Bohême.
3. Les têtes de Paradoxides rugulosus (PL 13) lorsqu’elles sont bien conservées, nous offrent un exemple remarquable de cette transformation des ornemens. La partie postérieure de ces têtes et tout l’intervalle entre l’oeil et le sillon dorsal sont couverts d’une granulation serrée, fine, mais très-distincte. Par un passage insensible, vers le milieu de la glabelle, les grains serrés se disposent en séries linéaires. Peu à peu apparaissent des stries saillantes, sub-régulières , trèsmarquées sur le lobe frontal, et semblables pour leur forme et leur disposition, aux nervûres qui ornent ordinairement l’hypostôme, dans toutes les espèces de ce genre.
4. La tête de Proet. (Phaet.J planicauda (PI. 17) nous présente un passage analogue de la granulation aux stries saillantes. La seule différence, c’est que cette transformation a lieu sur toute la surface de la glabelle. Nous observons le même fait sur le pygidium de la même espèce, mais principalement sur les plus jeunes' exemplaires, car dans les adultes, les stries bien formées paraissent isolées et indépendantes des grains semés dans leurs intervalles.
5. La glabelle de Proet. intermedius (PL 16) offre dans les individus adultes, les mêmes apparences que nous avons signalées dans Parad. rugulosus. Vers sa base, nous trouvons une granulation serrée et fine, rappelant la surface de la peau de chagrin, tandisque sur le lobe frontal, il n’existe que des stries formées par un rapprochement insensible des grains. Ces stries
NATURE ET ORNEMENS DU TEST DES TRILOBITES
tres-fînes, et visibles seulement à l’oeil armé, s’étendent sur le limbe. Elles ne doivent pas être confondues avec les nervûres beaucoup plus fortes, mais en petit nombre, et concentriques au * C0nt0ur’ qui °™ent le bord céphalique dans cette espèce, comme dans presque toutes ses congénères.
6. La glabelle de Proet. complanatus (PL 17) nous fournit encore un exemple analogue à celui que nous venons de citer. Sa surface est couverte ordinairement d’une granulation trèsmarquee, surtout vers la base et le sommet. Dans quelques exemplaires, comme celui qui a été figure avec grossissement, on voit apparaître sur le lobe frontal des stries en relief dont la connexion avec les grains est telle, qu’on ne peut s’empêcher de leur reconnaître une même origine.
B. Ornemens en creux et leurs transformations.
Nous comprenons sous cette dénomination, les perforations, les petites cavités ou scrobicules les stries creuses ou les plis-sillons. On sait que les perforations ne s’observent généralement’ que sur le limbe céphalique d’un petit nombre de Trilobites appartenant aux genres: Harpes Tnnucleus et Diomde. Elles consistent dans deux petits cônes tronqués, appliqués l’un sur l’autre
mT ieuri oomdrnbaSe’ tandlS(lue la base la Plus grande forme l’ouverture, de chaque côté ' ", e , " . , n remarquer, que dans les mêmes Trilobites les joues sont habituellement
ornees de cavités quon peut voir sur Dionide formosa (PI. 42), Trin. ornatus et divers Harpes.
es cavités setendent. sur la surface des segmens thoraciques dans la première espèce, et sur la g nielle dans les autres. Elles n’excluent pas d’autres ornemens, comme la granulation, ainsique nous aurons lieu de le constater ci-après. Des perforations analogues à celles dont nous venons de parler, existent dans Daim. MacCoyi (PL 23) mais dans une position tout à fait différente et ou nous étions loin d’attendre de semblables ornemens. Elles forment des séries sub-régulières sur les anneaux et sur les côtes du pygidium, la seule partie du corps que nous connaissons de cette espece. On voit leur trace à travers le test, parcequ’elles sont remplies par la roche dont a couleur contraste avec celle du tégument. La position de ces ouvertures ferait supposer qu elles existaient sur 1 axe du corps et sur chacune des bandes de la plèvre thoracique, tandisque e fond du sillon pleural en était privé. On serait aussi amené à les admettre par analogie, sur a tete Daim Mac Coyi est la seule espèce qui nous ait offert ces singuliers ornemens. Une autre forme du même genre, Daim. Fletcheri nous montre des cavités non perforantes sur son lest, mais par contraste, elles sont uniquement situées au fond dessillons, savoir: le sillon dorsal e si Ion pleural au thorax, et le sillon intercostal qui le représente au pygidium.
Un assez grand nombre d’espèces appartenant à divers genres, offrent de petites cavités ornementales, soit sur toute la surface du test, soit seulement sur certaines parties du corps Les cavités observées d’abord sur les joues des Cheirurus, ont pu être considérées, pendant un emps, comme un caractère exclusivement propre à ce genre. Mais nous les retrouvons ornant
“ d<3 3 têt6’ danS Dalm- dubia (PL 23)’ ProeL Bohmieus (PL 16), Placop. Zippei
(IL -J). Elles, se rencontrent aussi sur le lobe palpébral de certains individus de Bront. Partschi et elles sont répandues sur toute la surface de là tête de Bront. tenellus (PL 47) et de Dindvm. Iiaidingeri (PL 43). Dans la plupart des cas indiqués, on voit des grains plus ou moins volumineux, seines , sur les intervalles entre les petites, dépressions du test. Les espèces Bohèmes dont e corps entier est, orné de pores ou cavités, sont: Bront. Brongniarti (PL 46), Bront. porosus (IL 48), Illaen. laliceps (PL ôO), Ampyx Portlocki (PL 3.0). Dans les deux Bronteus, ces ornemens sont en connexion avec d’autres dont nous allons parler, tandisqu’ils sont seuls dans les deux derniers trilobites nommés. Un exemplaire très-bien conservé de As. expansus, des environs de
bt. Petersbourg, nous permet aussi d’observer des pores très-fins, assez serrés, et disséminés sur toute sa surface.
Les stries creuses que nous nommons plis- sillons , ont été signalées depuis longtemps sur la surlace de certains , Trilobites , mais leur forme et leur nature n’ont été décrites et définies que ans un travail récent du ProfL Burmeister: Neue Beobachhmgen über die Organisation der Tnlobiten. (Zeit. f. Zoologie &c. Febr. u. Marz 1848). Ce savant a pris pour sujet de ses ob-
servations, le pygidium de El. crassicauda et celui d’un Asaphus indéterminé, provenant des régions du Nord de l’Europe; l’un et l’autre dans un état parfait de conservation Ses descriptions don l’étendue et la clarté ne laissent rien à désirer, sont dans la plus complété harmonie avec tout ce que nous avons eu occasion de remarquer, sur le test de quelques Tnlobites de Boh , qui portent des ornemens de même nature. Nous avons cru devoir définir ces omemeos par le nom composé de plis-sillons , destiné à faire sentir leur double apparence. En effet ls présentent à la fois le relief d’un pli, et le creux d’un sillon qui 1 accompagne. Ce relie et ce
creux ne sont pas néanmoins dans un rapport constant, l’un par rapport a 1 autre on les voit varier beaucoup suivant la diversité des espèces, et aussi suivant l’âge dans un même individu. Mais entre les formes extrêmes, nous voyons tous les intermediaires suffisans pour nous mon 1er qu’elles proviennent toutes d’une même origine. Deux de ces formes se sont trouvées sous les veux du Prof! Burmeister. En décrivant El. crassicauda, il remarque a deux reprises (p. ),
lue le bord antérieur des stries creuses (Risse) est abrupte du coté du creux, tandisque le bord
postérieur se fond insensiblement avec la surface. C’est exactement 1 apparence que nous > le test de Br ont. Brongniarti, et partiellement celui de Bront. campamfer , et peut etre de quelques autres espèces. Dans la page citée, les ornemens du pygidium d Asaphus sont ainsi definis . Cette sculpture sur la paroi externe, se compose de lignes tenues, qui ne sont pas réellement creuses, mais qui proviennent de ce que la substance du test s abaisse en ^
sorte que chacune de ces lignes est marquée par une petite marche, tres-peu saillante il est vrai mais très-distincte. Cette description s’applique exactement a plusieurs de nos especes comme El. Bouchardi, Bront. Dormitzeri, Br. palifer , Remopl. radians , As. nobilis, s ing .
conformation qui nous occupe, paraît avoir une assez grande analogie avec celle que produisent les stries d’accroissement dans le test des mollusques et que Ion désigné par le nom d imbrication Nous avons souvent occasion de la constater dans nos Céphalopodes , Brachiopodes &c. La seule différence notable entre les deux classes comparées consiste, en ce quc les strieJ d ac" croissement s’étendent ordinairement en lignes continues et concentriques aux bords, ‘ la de la coquille des Mollusques, tandisque les plis-sillons ne présentent que des traits pus ou moins irréguliers, isolés, et dont la relation avec l’accroissement, quoique reconnaissable, est beaucoup plus difficile à saisir. A ces observations nous ajouterons encore ^e remarque c es que dans certaines parties des Trilobites nommes, principalement vers les bords de la tete et surtout sur l’hypostôme de El. Bouchardi , les ornemens s’élèvent réellement au dessus de la par i du test comme des stries saillantes, et présentent ainsi la limite, qui a provoque le nom de llluL que nous proposa. Nous observe™ le urême relief des deux eôt s des staes sur toute la surface du pygidium de Bront. Kutorgai, et ça et la dans divers Tnlobites, mais sans
qu’on puisse établir aucune distinction nette, dans les apparences variables de ces ornemens
11P n’est peut-être pas superflu de remarquer la direction dans laquelle es plis-sillons sont ouverts, ou L, on surent la ooorparsisou do Burmeister, do noter de
chute de la terrasse. Sous ce rapport, nous voyons un certain contraste entre les pa o nrincipales — 1. Sur la paroi dorsale externe, 1 ouverture des plis-sillons ou la chute de la terrasse regarde l’arrière du corps, dans tous les Trilobites que nous avons sous les yeux Ce fait se vérffie également dans celles des stries qui sont transverses, et dans celles qui sont plus ou moins obliques à l’axe. Un seul de nos Trilobites: Bront. planus fait exception, mais seulement sur ses plèvres et sur le pygidium, dont les' plis-sillons s’ouvrent parfois vers 1 avant tandisque ceux de la glabelle et de l’axe thoracique ont la forme ordinaire que nous venons i m^ü ^
Dans le cas où les stries forment des courbes concentriques, fermées, autour d un point comme
sur la tète de Br. palifer, on trouve, aussi dans chaque moitié de la courbe 1 ouverture des pi sillons diamétralement contraire. 2. - Sur la paroi externe de la doublure, il y a toujours onnosition entre la direction de l’ouverture des stries sous la tete, et sous le pygidium. lous nos Trilobites nous montrent les plis-sillons de la doublure sous-frontale et de lhypostôme s ouvran vers l’avant et vers l’axe, suivant qu’ils sont transverses ou plus ou moins obliques. Au -
la doublure du pygidium et celle des plèvres thoraciques ont constamment leurs stries ouvertes
NATURE ET ORNEMENS DU TEST DES TRILOBITES
vers l’arrière, quand elles sont transverses au corps, et vers le dehors lorsqu’elles deviennent plus ou moins obliques, comme sous les extrémités pleurales. En faisant ces observations, on pourrait aisément se laisser tromper, si on ne distinguait pas avec beaucoup de soin la paroi que l’on étudie, de son empreinte; car si on venait à les confondre, on arriverait à des résultats complètement opposés à ceux que nous avons constatés.
Les indications que nous venons de donner, pourraient peut-être aider à reconnaître comment s’opérait la croissance dans les Trilobites, si toutefois nous ne sommes pas dans l’erreur, en supposant l’analogie indiquée ci-dessus, entre les stries d’accroissement des mollusques et les plis-sillons qui nous occupent. Les savans zoologues auxquels nous soumettons les faits, les interpréteront avec une sécurité à laquelle nous ne prétendons nullement.
Les transformations que nous avons signalées entre les ornemens en relief, ne sont pas sans exemples parmi les ornemens en creux. Ainsi, dans les jeunes exemplaires de Bront. Brongniarti, la surface presque entière de la tête et du pygidium ne présente que des cavités, très-petites vers le centre, et augmentant peu à peu d’étendue vers les bords. On voit très-bien le développement successif, commençant par un point et se terminant par un pli-sillon de quelques millimètres de longueur. A mesure que l’individu croît, les plis sillons se forment et envahissent peu à peu toute la surface, en conservant toujours leur longueur relative plus grande vers le contour. Les points creux ne disparaissent pas cependant; au contraire, il s’en développe de nouveaux, dans les intervalles des sillons, sur toutes les parties de la superficie, et il en reste aussi vers le centre un certain nombre, qui n’éprouvent qu’une légère transformation. Il est vraisemblable que d’autres espèces fourniront tôt ou tard des observations analogues, exigeant un grand nombre d’exemplaires bien conservés.
Après avoir défini la nature et la forme des divers ornemens que nous avons eu occasion d’observer, il nous reste à indiquer leur distribution et les diverses combinaisons qu’ils présentent, sur les quatre parois que nous avons distinguées, dans l’enveloppe crustacée des Trilobites.
§■ 5. Ornemens de la paroi externe du tégument dorsal.
Tous les genres d’ornemens que nous venons de définir, se trouvent, soit isolés, soit réunis et combinés de diverses manières, sur la paroi principale, c. à d. la paroi externe de la carapace dorsale. Nous ferons remarquer en général, que ces ornemens quelconques ne sont ni uniformément répandus, ni également développés sur toutes les parties de cette surface. Le plus souvent, ils offrent plus d’intensité sur le lobe médian dans toute la longueur du corps, et dans le voisinage du contour extérieur. C’est aussi dans ces parties qu’on observe le plus fréquemment la combinaison de diverses sortes d’ornemens tels que granulation et stries, dans les genres où elle a lieu.
A l’époque où on ne connaissait qu’un petit nombre d’espèces pour chaque type, on a été naturellement porté à croire, que la nature des ornemens du test pouvait figurer parmi les caractères génériques. Mais à mesure que les formes spécifiques se multiplient, on voit peu à peu disparaître les incompatilités originairement admises ou du moins vraisemblables, entre les ornemens de diverse nature. 11 est probable que les découvertes futures établiront encore de nouvelles fusions, aujourd’hui inconnues. En attendant, nous allons passer en revue les diverses combinaisons d’ornemens que nous avons observées, savoir: