PIEDS ET ORGANES DES TRILOBITES
■ Trilobites, pour se convaincre, que si ces derniers avaient eu des pièces ventrales solides, ces •pièces devaient être, comme dans les écrevisses modernes, les prolongemens immédiats des seg- »mens dorsaux, afin de constituer ensemble une base suffisamment ferme , pour les organes du
■ mouvement. Comment donc les pièces testacées du ventre, lors même qu’elles eussent formé
■ des bandes étroites comme celles des écrevisses, auraient-elles pu se détacher toutes si invariablement, qu’on ne puisse apercevoir la moindre trace d’aucune d’elles? Ne serait-ce pas là un ■phénomène tenant du prodige ? Cependant, c’est ce qu’on doit admettre, si on prétend qu’il existait sous le ventre des Trilobites, une enveloppe solide comme celle du dos. Mais on ne peut • s’empêcher de faire cette supposition, si on soutient l’existence de pattes cornées, car on ne ■trouve jamais de telles pattes dans les Crustacés, sans une pièce sternale solide. Si nous considérons qu’on ne trouve pas plus la trace de pieds testacés que de pieds d’autre nature, nous ■sommes autorisés à conclure que ces membres étaient trop mous et trop peu consistans pour ■pouvoir se conserver, même sous la forme d’une impression. Or, ils devaient précisément être
■ de cette nature, si l’affinité que je soutiens entre les Trilobites et les Phyllopodes, est fondée.
■ Ces considérations et leurs conséquences ne constituent-elles pas une démonstration?-
■ Cependant, nous pouvons aller encore plus loin, et établir l’affinité d’une manière plus in- ■time, et plus déterminée, en examinant la faculté d’enroulement, déjà indiquée en passant. Le. ■plus grand nombre des Trilobites possédait cette faculté et beaucoup d’entr’eux se trouvent ■plus souvent enroulés qu’étendus. Ces animaux courbaient leur dos, appliquaient le bouclier
■ caudal contre la tête, et cachaient ainsi toutes les parties inférieures de leur corps, sous la carapace dure et cornée, formant la paroi dorsale. Quel serait donc le but de cette faculté, si ■nous admettons, que les organes du côté ventral étaient construits avec la même solidité, que
■ ceux du dos? Il se réduirait à un tour d’adresse inutile et qui n’existe pas dans la nature.
■ Mais cette faculté s’explique très-bien, si nous supposons que tous les organes du côté ventral
■ étaient d’une nature molle, car nous reconnaissons alors les dispositions de la nature, pour protéger ces parties faibles contre toute attaque extérieure.*
Le Prof,!. Burmeister expose ensuite ses vues sur la conformation probable des pieds des Trilobites, en partant des analogies fournies par les Phyllopodes vivans. Ces considérations de nature purement zoologique restent hors du cadre de notre travail.
Les passages que nous avons traduits, sont en parfaite harmonie avec les conclusions d’Audouin que nous avons citées en commençant. Cette concordance dans les vues de deux savans qui ont approfondi l’étude des animaux articulés, relègue la découverte des pieds des Trilobites parmi celles qu’on peut à peine espérer.
La question est aujourd’hui ramenée à celle de savoir, si les parties molles d’un animal peuvent dans certaines circonstances, déterminer une impression durable sur la roche ambiante. Or, on connaît à ce sujet, les faits relatifs aux Céphalopodes du Lias, et prouvant que pour cette classe du moins, cette question est résolue affirmativement. Buckland a figuré en 1837 (Bridgew. Treat. PL 29.) les réservoirs d’encre des Calmar et Loligo fossiles, découverts aux environs de Lyme-Regis en Angleterre. On aurait pu croire, que la nature du liquide contenu dans ces sacs, avait principalement contribué à transmettre l’empreinte de leur forme. Mais depuis lors, Rich. Owen a décrit quelques exemplaires de Bélemnites, dont le corps entier est reconnaissable, et présente les bras et toutes les parties molles qu’on observe sur les congénères vivans. (Trans. Roy. Soc. London. 1844.) On ne saurait donc refuser d’admettre en principe, la possibilité d’une empreinte provenant des substances molles. Cette possibilité peut donc aussi se réaliser pour les pieds des Trilobites, bien qu’elle ne soit constatée jusqu’à ce jour, par aucun fait éprouvé.
1825. Le Pr.ofL Eichwald croit voir sur un fragment du calcaire Silurien de Gothland, appartenant à la collection de l’université de Casan, deux pieds articulés d’un Trilobite. L’un d’eux long de 4 lignes, lui aurait montré quatre articulations distinctes et inégales. (Geogn. zool. nec non de Tril. obs. 39.) Le même savant, à qui nous devons divers ouvrages sur la géologie
2 9 g SYSTÈME SILURIEN DU CENTRE DE LA BOHÊME.
et la paléontologie, n’ayant depuis lors ni mentionné ni confirmé ce fait important, nous sommes porté à croire, qu’il aura reconnu quelque erreur dans sa première observation.
1828. Goldfuss dans ses Observations sur la place qu’occupent les Trilobites dans le règne animal, expose les faits qui l’ont porté à croire, qu’il avait découvert dans ces anciens Crustacés des pièces solides sur la paroi ventrale, et la trace des pieds. ( Ann. d. sci. nat. Vil. PL 2).
1. En usant des. exemplaires de Phac. fCalym.) macrophtalma , dans le sens transversal et longitudinal, il a observé une pièce intérieure qu’il suppose être le sternum. Les figures 1 à 6 (PL 2.) montrant toutes les sections de ce Trilobite, prouvent que ce prétendu sternum n’est que l’hypostôme, dont l’auteur n’avait aucune connaissance à cette époque.
2. Dans une section semblable, faite sur A-s. Hausmanni, (fig. 9 et 10.) Goldfuss croit remarquer, que la cavité du corps n’est formée que par le lobe moyen , et que les lobes latéraux ne présentent qu’un bouclier naissant. Il est presque inutile de répéter , . qu’un anneau , ventral n’existe ni dans cette espèce, ni dans aucune autre ; mais nous expliquons cette erreur d un observateur consciencieux, en . supposant qu’il aura été trompé par l’apparence de la doublure du test. Cette doublure s’étend en effet, dans toute la largeur du l’axe ou lobe moyen, tandisqu’elle ne pénètre sous les lobes latéraux, qu’à une petite distance, à partir du bord.
3. - Goldfuss rapporte qu’un exemplaire de Phillips. ( Asaph.J pustulata Schlot. (sp.) ayant
été usé jusqu’au dernier anneau avant la queue, la surface présenta les vestiges de petits pieds, dont quelques uns à articulation apparente, comme on le voit sur la fig. 7. Il ajoute que ces pieds paraissent avoir été des pieds-nageoires, ou des pieds-branchies.
La figure citée est loin de nous faire partager la conviction de l’auteur. Nous n’y voyons que des stries, résultant peut-être d’un défaut d’homogénéité de la roche, ou bien indiquant la section de quelques fragmens étrangers, rassemblés par le hazard dans la carapace vide du Trilobite, avant la pétrification.
1830. Le CM Gaspard Sternberg annonce dans l’Isis, (p. 51 S.) qu’un exemplaire de Cal. macrophtalma lui a fourni l’occasion d’observer la trace , des pieds de ce Trilobite. , Cependant, les expressions dont il se sert pour communiquer cette découverte, ne montrent pas qu’il la considère lui-même comme hors de doute. Le fragment qui a donné lieu à cette observation, est conservé au Musée Bohême, et nous l’avons examiné plusieurs fois, sans y reconnaître rien qui justifie l’interprétation donnée par Sternberg, à quelques accidens de la roche.
1842. Le CM Laporte de Castelnau communique à l’académie des sciences de Paris , la découverte des pieds des Trilobites, qu’il aurait vus dans l’intérieur d’un exemplaire enroulé de l’Amérique du Nord. Ce savant admettant la nature molle de ces parties, n’hésite pas à supposer qu’elles pouvaient cependant laisser sur la roche l’impression de leur forme, f L’Institut, p. 74.)
Ses convictions n’ont pas été partagées par les paléontologues, et le Prof! Burmeister en mentionnant le fait annoncé, le révoqué en doute. fOrgan. der Trilob. p. 140.)
1847- M. Corda publie dans son Prodrom la découverte des pattes branchiales de Conoceph Sulzeri, Paradox. Linnaei , et autres espèces de cette famille, provenant des schistes de Ginetz et de Skrey. (Prodr. p. 9. PL 2 fig. 10 et PL 3. fig. 15.) Ces prétendues pattes sont simplement des fragmens plus ou moins incomplets d’un nouveau corps, que nous avons nomme Lichenoïdes priscus (Not. prél. 20.)' Ce corps, dont les meilleurs exemplaires montrent plusieurs bras ou tentacules articulés, et qui semble aussi avoir eu une tige, se rapproche beaucoup des Cvstidées déjà connues. ML Corda n’ayant pas eu l’occasion de l’observer en entier, s’est laissé induire en erreur et en a fait des pattes branchiales des Trilobites. Ce fossile est. renfermé dans certaines couches des schistes, et rarement dans celles où dominent les Crustacés. Quant à l’assertion de M. Corda, que ces pattes branchiales se trouvent sur l’animal lui-même , nous en laissons toute la responsabilité à son auteur, car il n’existe ni dans la collection Ilawle, ni dans la
nôtre, aucun fait qui la confirme. (Prodr. p. 24.) Le Prodrôme annonce en même temps, la