A. extenuatus
Wahl.
1 8. A. platycephalus. Stokes.
GENRE ASAPIIUS. BRONGNIART.
On remarquera, que pour la première fois, le cours de la suture faciale est employé comme moyen d’établir des coupés parmi les Asaphus. Cet exemple a été suivi. Burmeister identifie aux espèces qu’il conserve, la plupart des autres formes ci-dessus nommées. (Organ. d. Trilob.p. 122.)
1843. Le Capte. Portlock applique le nom Asaplms à un seul Trilobite, As. latifrons, ayant 9 segmens thoraciques, et offrant d’ailleurs de grandes analogies avec les espèces de ce genre. Il y adjoint deux Pragmens de nature douteuse, sous les noms, As. marginatus Portl. et As. dilatatus Daim. — Les véritables Asaphus d’Irlande sont rangés par le même savant, parmi les Isotelus, sous 8 dénominations spécifiques, savoir:
1s. gigas (planus). Dekay.
Is. ovatu's. . . Portl.
Is. Powisii. . . Murch.
Is. rectifrons.
Is. arcvatus. .
Is. laeviceps. .
(Geol. rep. p. 292. PL 6-7 -8-9-1 0-24.)
Portl. Is. intermedius. . Portl.
Portl. Is. sclerops? . . Green.
Daim.
1845. Emmrich, dans son second travail sur les Trilobites, établit une grande famille des Asaphen, comprenant deux sections:
A. Asaphen dans un sens restreint; contractiles — plèvres taillées en biseau et le plus souvent arrondies au bout —
B. Ogygien non contractiles — pygidium grand, articulé, le plus souvent aplati. Glabelle en massue.
Genres.
Grifflthides. . . . Portl.
Gerastos. . . . Goldf.
Asaphus. . . . Brongn
Illaenus . Daim.
Genres.
Ogygia . Brongn.
Bronteus. . . . Goldf.
Nuttainia. . . . Eaton.
Cette famille, très-peu homogène, est fondée sur trois caractères : yeux à cornée lisse ; suture faciale aboutissant au bord postérieur; 7 à 10 segmens au thorax. — Quant au genre Asaphus, ses caractères particuliers sont: glabelle distincte, quelquefois effacée; segmentation du pygidium marquée ou disparaissant; 8 segmens thoraciques. — Emmrich se bornant à ces indications, ne nomme pas les espèces qu’il comprend dans ce genre. (N. Jahrb. f. Miner. Heft I. p. 40.)
1845- Sir Rodéric Murchison, de Verneuil et le C‘e. Keyserling énumèrent toutes les espèces de Russie, antérieurement signalées comme Asaphus, en éliminant plusieurs d’entr’elles appartenant à d’autres genres. ( Russie et Oural, p. 395.)
1846. Mac Coy énumère parmi les Trilobites d’Irlande : As. Buchii Brongn. A. latifrons Portl. A. marginatus Portl. (Synops. Sil. foss. Irel. p. 52.)
1846- Nous décrivons succintement deux nouvelles espèces de Bohême, sous les noms: As. ingens et As. nobilis. (Not. prélim. p. 29.)-
1846- Geinitz adopte et suit le travail de Burmeister, relativement aux Asaphus. (Grundr. d. Verstein. p. 233.)
1846. Pictet suit les mêmes indications. ( Traité élérn. d. Paléont. IV. p. 77.)
1847. Corda, prenant pour base les divisions et subdivisions établies par Burmeister, parmi les Asaphus, les reconnaît comme quatre genres indépendans. Il range Nileus Daim. = (Sect. A. Burm.) et Symphysurus Goldf. = (Sect. B. a — aa. Burm.) dans la famille des lllaenides. Il place dans celle des Phacopides, Section des Proetiden, Asaplms Brongn. = (Sect. B, b. Burm.) et Hemicrypturus Green, emend. = (Sect. B. a. bb. Burm.). Le lecteur peut comparer ces indications avec le tableau de la classification de Burmeister, que nous venons de donner. Les coupes génériques de M. Corda ont l’inconvénient de faire tomber parmi les Hemicrypturus, le type primitif des Asaphus, savoir, As. expansus. (Prodr. p. 68. PL IV.)
1848. J. Hall décrit et figure avec beaucoup de détails, sous le nom de Isot. gigas, Dekay. l’espèce Américaine antérieurement nommée As. platycephalus par Stokes. Il donne, comme synonimes, les divers noms de Green déjà cités ci-dessus. (Pal. of N. York. p. 231. PL 60 à 6 o.)
fl détermine aussi ifs. marginalis, d’après un pygidium figuré (PL 4 bis. fig. 15.) et il donne le nom d’Asaphus ? à divers fragmens très-incomplets, (ibid.)
1848. Kutorga publie des études très-intéressantes, sur la pièce buccale d’As. expansus. Il reconnaît qu’elle est extérieure, et par conséquent un véritable hypostôme. (Verhandl. d. K. Min. Gesell. 1847. p. 48. PL 8. fig. 3. St. Petersb.)
1849. J. W. Salter décrit et figure avec tous les détails désirables, ils. tyrannus Murch. A cette occasion, il formule les caractères génériques des Asaphus et il établit le sous-genre Basilicus, dont cette espèce serait le type. Il indique comme caractères de ce groupe : la suture faciale marginale au front; la tête faiblement lobée; les plèvres creusées par un sillon oblique; pygidium grand, ayant l’axe et les lobes latéraux segmentés. Il reconnaît les affinités de ce groupe avec les Ogygia, dans la segmentation du pygidium et le cours de la suture faciale. ( Mem . geol. Surv. Dec. II.)
1850. MacCoy, dans sa clasification des Trilobites d’Angleterre, caractérise brièvement
le genre Asaphus, qu’il subdivise en 5 sous-genres: 1. Asaphus — Hemicrypturus Green, restreint
au type, As. cornigerus = expansus. 2. Isotelus Dekay. — 3. Basilicus, Salter. Ce dernier se
distingue d'Isotelus par plusieurs sillons simples, segmentaires, au pygidium. Le Profi Mac Coy,
n’énumère pas les espèces appartenant à chacun de ces groupes. Dans le même mémoire , il décrit une nouvelle forme d’Irlande, sous le nom de Isot. a finis. (Ann. and May. Nat. Hist: Ser. 2. vol. IV. p. 399 et 405.)
Aux documens que nous venons d’analyser, nous pourrions ajouter quelques autres indications relatives aux Asaphus , mais elles nous paraissent trop peu importantes pour l’histoire de ce genre, déjà très-longue. En parcourant cet aperçu, lecteur reconnaîtra suffisamment les variations incessantes qu’ont subi les limites toujours flottantes de ce type, depuis Brongniart jusqu’à nos jours. Peut-être ne sommes nous pas encore arrivé à l’époque où elles doivent être invariablement fixées pour l’avenir. Nous allons indiquer comment elles se présenteraient, à notre point de vue. ,
Délimitation du genre Asaphus.
On voit, en suivant l’histoire des genres, que la science pour les rendre homogènes, doit plus souvent avoir recours à l’élimination qu’à l’incorporation. C’est la suite naturelle de l’étude, qui nous apprend à distinguer comme différentes, des formes dont le premier .aspect ne nous avait permis de saisir que les analogies générales. Ces analogies, plus ou moins fondées, ont successivement fait associer aux Asaphus des Trilobites qui constituent aujourd’hui des genres indépendans, adoptés par tous les paléontologues, et dont nous nous bornons à indiquer les principaux traits distinctifs.
1. Dalmania = As. caudatus. Brongn. considéré soit comme genre, soit comme subdivision des Phacops , diffère des Asaphus : par la structure de ses yeux à cornée opaque; (p. 155) par le nombre invariable, 11, de ses segmens thoraciques; par son hypostôme non fourchu. Quenstedt et Emmrich ont les premiers éliminé ces formes du genre Asaphus.
2. Bronteus — As. laticauda. Brongn. n’a presque aucun caractère commun avec les Asaphus. Après avoir été incorporé aux Illaenus par Dalman , il est resté avec eux jusqu’en 1839, époque. où Emmrich a indiqué la nécessité d’en faire le type d’un nouveau genre, qui a été fondé, la même année, par Goldfuss.
3. Ogygia — As. Buchi. Brongn a de grands rapports avec les vrais Asaphus. Aussi, celte espèce a-t-elle été maintenue parmi les Asaphi genuini de Dalman, jusqu’à Emmrich, qui, en 1839, l’a rangée dans la section des Ogygia, à cause de la segmentation des lobes latéraux du pygidium. Nous reviendrons sur les affinités qui lient les Ogygia aux Asaphus.
4. Trinucleus = As. granulatus , Daim, n’a presque rien de commun avec Asaphus, dont il diffère extrêmement, par son limbe perforé, le nombre des segmens thoraciques, &c. Il a été cependant maintenu parmi eux, jusqu’à Emmrich, qui l’a incorporé aux Cryptolithus en 1859.
GENRE ASAPIIUS. BRONGNIART.
5. Nileus — As. armadillo a été établi par Dalman, comme type d’une section des Asaphus. A partir de Holl , (1829) presque tous les savans l’ont admis comme genre indépendant, Burmeister l’a de nouveau réuni aux vrais Asaphus, comme section A. Il nous semble, que l’absence de tribolation à peu-près complète sur tout le corps, le manque de sillon sur les plèvres, la forme du pygidium, et l’incertitude relative à l’hypostôme, encore inconnu, sont des motifs suffisans pour admettre l’indépendance générique de Nileus.
6. Illaenus = As. crassicauda constituant la section III. des Asaphus de Dalman, a été admis comme genre par Holl (1829) et par tous ceux qui ont suivi. Ce type se distingue: par sa tête sur laquelle on ne voit ordinairement ni glabelle, ni sillons latéraux; par sa suture faciale dont les branches sont très-écartées l’une de l’autre vers l’avant; par sa suture rostrale; par son pygidium non segmenté, et portant une trace rudimentaire de l’axe.
7. Lichas == As. laciniatus , rangé avec doute par Dalman, parmi les Asaphus, sect. IY, a été reconnu comme genre indépendant par Holl , en 1829 et depuis lors par presque tous les paléontologues. La lobalion toute particulière de la tête, le nombre 11 des segmens thoraciques, et la forme de son pygidium, le distinguent au premier aspect des Asaphus.
8. Arnpyx = As. nasutus, formant la sect. V de Dalman, est reconnu comme genre, depuis Holl. Les élémens de sa conformation diffèrent tellement de ceux des Asaphus, qu’il serait inutile d’établir un parallèle entr’eux.
9. Proetus = As. concinnus, a été établi comme sect. IY des Asaphus , par Emmrich, en 1839, mais il a été reconnu par le même savant, comme genre indépendant en 1845, sous le nom de Gerastos , Goldf. Ses caractères différentiels sont: la forme de la tête, de la glabelle et de ses sillons; la suture à branches toujours séparées; l’hypostôme non fourchu; le nombre de 10 segmens thoraciques presque constant mais variant entre 8 et 12; la forme du pygidium, l’exiguité relative de la taille, dans toutes les espèces connues.
10 Gri/jïlhides = As. globiceps , aussi incorporé à la sect. IV des Asaphus par Emmrich en 1839, a été reconnu par lui comme indépendant, en 1845. Ce genre diffère des Asaphus, à peu-près par les mêmes élémens que les Proetus. Le nombre de ses segmens thoraciques est ordinairement de 9.
11. Symphysurus = As. palpebrosus, Daim, est un genre établi par Goldfuss, d’après des caractères qui ne nous paraissent pas différer beaucoup de ceux du type As. expansus. Autant que nous pouvons en juger, par les exemplaires incomplets que nous avons sous les yeux, le type S. palpebrosus se distinguerait principalement, par le manque de lobation sur la glabelle et l’absence du sillon occipital, comme dans les Illaenus. Nous voyons aussi le sillon moins marqué sur les plèvres; l'axe du pygidium est moins distinct, mais montre cependant la segmentation, sur le moule. L’hypostôme n’est pas connu. Sans doute, des différences de cette nature ne nous eussent, pas paru suffisantes pour séparer cette espèce des Asaphus. Cependant, comme nous n’avons pas les matériaux nécessaires pour juger cette question, nous avons provisoirement énuméré le genre Symphysurus , parmi ceux qui sont compris dans nos études générales.
Toutes les formes indûment incorporées au genre Asaphus, soit à son origine, soit depuis cette époque, se trouvant ainsi éliminées, il nous est aisé de circonscrire son étendue. Le type primitif, qui, selon nous, doit être invariablement maintenu, est As. expansus Linn (sp.). Le maintien de ce type fait rentrer dans la synonimie des Asaphus, les noms: Cryptonymns Eichw. et Hemicrypturus Green. Les espèces qui viennent naturellement se ranger auprès du type, sont: As. extenuatus, angustifrons , frontalis, laeviceps , et sans doute plusieurs de celles qui sont indiquées par Boeck, comme existant en Norwège.
Si nous étudions Isot. gigas Dekay, d’après les documens très-variés et très-instructifs que J. Hall nous fournit dans la Paléontologie de N. York, nous ne pouvons saisir entre cette espèce et As. expansus aucune différence, qui puisse être appréciée comme caractère générique, distinctif. Nous retrouvons dans l’un et l’autre, les mêmes yeux, la même suture faciale, le même hypos-
tome, la même. forme des segmens. Dans l’espèce Américaine, l’axe du pygidium s’efface, sur beaucoup d’individus; mais on en retrouve la forme sur le moule, avec la trace de la segmentation sur les lobes latéraux. On peut aussi observer, que la glabelle est moins distincte, et que le
sillon occipital est à peine indiqué dans Is. gigas. Ces contrastes ne nous semblent pas pouvoir
contrebalancer les affinités établies par toutes les autres formes. Nous pensons donc, que le
genre Isotelus doit être incorporé aux Asaphus, en appliquant le nom de Dekay à un groupe
où sous-genre, dont l’espèce platycephalus — gigas serait le type.
Le lecteur trouvera une grande partie des Asaphus énumérés ci-après, dans notre tableau du groupement des espèces.
L’étendue du genre Asaphus étant ainsi indiquée, pour décrire ses caractères, nous n’aurons qu’à modifier très-légèrement la définition formulée par Burmeister.
Caractères génériques.
Trilobation plus ou moins distinctement marquée sur tout le corps. La surface du pygidium est au moins égale à celle de la tête. Chacune de ces deux parties l’emporte quelquefois en longueur, sur le thorax.
Le contour extérieur de la tète est plus ou moins parabolique. Il existe rarement un limbe distinct. L’angle gênai est tantôt arrondi, tantôt aigu, ou prolongé en pointe. Le contour intérieur de la tête est toujours concave vers le thorax. La glabelle, constamment marquée par son relief, n’est pas toujours nettement limitée par les sillons dorsaux. Sa lobation est peu prononcée ou nulle. Le sillon occipital disparaît quelquefois. La suture faciale a ses deux branches tantôt isolées, tantôt réunies, sur la partie antérieure de la tête. Dans certaines espèces, elles forment, en se réunissant, un arc concentrique au contour; dans d’autres, elles figurent une ogive. Les deux branches aboutissent sur le bord postérieur de la tête, entre le sillon dorsal et l’angle gênai. Il existe, en outre, une suture dirigée suivant l’axe, et prolongeant la suture faciale sur la doublure- sous-frontale. Cette suture médiane, signalée par Pander dans As. expansus et dans As. platycephalus par Stokes, n’a pas été constatée sur toutes les espèces.
Les yeux sont toujours développés, et présentent une surface visuelle réticulée, couverte d’une cornée lisse.
L’hypostôme se compose d’un corps central, ovalaire, dont le contour, du côté frontal, est dépourvu de limbe, tandisqu’un grand bord, augmentant de largeur vers l’arrière, l’entoure sur le reste du pourtour. Ce limbe, profondément échancré vers l’extrémité buccale, forme deux lobes alongés, dont l’apparence a fait donner d’abord le nom de corps fourchu, à l’hypostôme de ce genre. Le test du limbe se reployant comme une doublure vers l'intérieur de la tête, les deux lobes de l’hypostôme sont des corps creux. La doublure du test ne s’étend pas au delà de la rainure du bord. On voit souvent deux cavités ou impressions circulaires, assez profondes, entre l’échancrure et le corps central. Les aîles, situées au droit du premier tiers de la longueur totale, se reploient presque à l’angle droit derrière la surface.
8 segmens au thorax. Ce nombre est constant sur toutes les espèces bien connues. Cependant, As. latifrons Portl. est décrit avec 9 segmens. L’axe est distinct des lobes latéraux, et ses anneaux sont séparés par des rainures marquées. Les plèvres sont creusées par un sillon oblique, et elles ont l’extrémité soit arrondie, soit aigue, peu prolongée. Leur talus présente un biseau très-étendu, sur son bord antérieur. La doublure du test remonte jusques près du coude.
Le pygidium offre une apparence très-variable, certaines espèces ne laissant apercevoir presque aucune trace de l’axe, ni de la segmentation des lobes latéraux, tandisqüe dans d’autres, on voit les trois lobes prononcés et distinctement articulés. Le contour est arrondi ou parabolique, sans limbe isolé et sans appendice caudal. La doublure du test remonte assez haut vers l’intérieur.
Les ornemens du test, sur la paroi dorsale, consistent en stries ou plis sillons, et quelquefois la surface est couverte de petites cavités. La paroi externe de la doublure porte des
GENRE ASAPHUS. BRONGNIART.
plis sillons, à peu-près concentriques aux contours. Des ornemens analogues se voient sur l’hypostôme.
La faculté d’enroulement est constatée pour plusieurs espèces.
Dimensions. La taille des Asaphus est très-variable. D’après les figures et les individus connus des formes du Nord de l’Europe, la longueur ne dépasse guères 120 m. m. dans la plupart des espèces. Cependant, nous lisons dans les auteurs, que certains fragmens feraient supposer que cette dimension atteint un pied. As. tyrannus Murch. paraît avoir au moins 260 m. m As. ingens et ils. nobilis ont à peu-près la même taille. Nous avons vu récemment, dans la collection de notre ami M. de Yerneuil, un Asaphus de Nefflez (Hérault) qui reproduit des proportions semblables. Ces limites ne semblent pas dépassées par As. fls.J gigas d’Amérique.
Distribution verticale et horizontale des Asaphus.
Ce genre n’est pas représenté parmi ceux qui composent la Faune primordiale de Bohême. Il apparaît vers l’origine de notre Faune seconde, c. à d. dans les couches fossilifères les plus basses de notre étage des quartzites D, où il nous fournit seulement deux espèces, As. ingens et As. nobilis. Ces deux formes ne paraissent pas avoir coexisté dans les mers de Bohême. La plus ancienne, As. ingens, a sa durée mesurée verticalement, par la puissance de la bande des quartzites des monts Drabow, qu’elle caractérise exclusivement. As. nobilis, qui lui a succédé, durant le dépôt des schistes noirs feuilletés, a traversé cette formation et les deux autres qui lui sont superposées, jusqu’à la limite supérieure de l’étage D, où ses traces disparaissent subitement. La diffusion horizontale de ces deux espèces est en harmonie avec leur étendue verticale. As. ingens n’a été trouvé que dans une seule localité, dite Wesela. La seconde, au contraire, caractérise toute la surface des diverses formations, dans lesquelles nous venons de signaler son existence.
En résumé, le type Asaphus, peu développé en Bohême, sous le rapport de la variété des formes et de la fréquence des individus, caractérise exclusivement notre Faune seconde, dans la division Silurienne inférieure. Cette conclusion s’accorde avec les faits que nous connaissons, relativement à la distribution verticale du genre, dans les contrées étrangères.
I. En Angleterre, As. tyrannus et As. Powisii sont indiqués par Sir Rodéric Murchison et récemment par M. Salter, comme appartenant uniquement au groupe de Llandeilo. (= Bala.J On sait que cet étage est superposé au Trappean group, renfermant les Paradoxides et Olenus, représentai de notre Faune primordiale, tandisque les fossiles des formations de Llandeilo, et Caradoc reproduisent ensemble les formes de notre Faune seconde.
II. En Suède, il est constant, que les Asaphus sont concentrés exclusivement dans la division Silurienne inférieure, et notamment, selon Hisinger, dans les formations des Schistes argileux et du calcaire à Orthocères. Aucun d’eux n’est signalé dans la formation des Schistes alunifères caractérisés par les Paradoxides et Olenus, c. à d. par les genres de la Faune primordiale. Les relations de hauteur géologique qui existent entre ces divers groupes locaux ne nous sont pas assez connues, pour que nous puissions bazarder aucune conclusion, mais il est probable, que l’avenir permettra de reconnaître entr’elles l’ordre de superposition déjà constaté uniforme, en Bohême et en Angleterre.
III. En Norwège, il existe dans la division Silurienne inférieure, un grand nombre de formes di Asaphus, énumérées par Ch. Boeck. Nous voyons aussi, d’après le travail cité de ce savant, que divers Olenus représentent, dans cette contrée, la Faune primordiale de Bohême et d’Angleterre. Malheureusement, nous ne connaissons nullement les relations de hauteur géologique, qui lient les formations renfermant ces divers genres de Trilobites.
IV. En Russie, les Asaphus connus occupent, dans la division Silurienne inférieure, toute la hauteur du calcaire à Orthocères ou Pleta, dont la Faune ne renferme que des formes représentées par leurs analogues, dans notre Faune seconde. On n’a signalé jusqu’ici, dans cette contrée, aucune trace de notre Faune primordiale.
V. En France, des Asaphus ont été récemment découverts par M. Fournet, dans des formations que tout annonce appartenir à la division Silurienne inférieure, et qui sont situées près de Neffiez. (Hérault.) Deux de ces formes nouvelles ont été nommées par notre ami M. de Verneuil, As. Fourneti et A. Barrandei. En outre, d’après diverses observations que nous avons récemment vérifiées à Paris, il paraît, que parmi les Trilobites décrits sous le nom d’Ogygia, il existe de véritables Asaphus, à hypostôme fourchu. Les schistes d’Angers et de la Bretagne, caractérisés par ces espèces, sont depuis longtemps reconnus comme faisant partie de la division que nous venons de nommer, et leur Faune, multipliée par de récentes découvertes, montre les plus frappantes analogies et diverses identités de formes, avec la Faune seconde de Bohême. La Faune primordiale n’est pas représentée en France.
VI. L’Espagne n’a fourni jusqu’à ce jour aucun Asaphus. Nous avons vu dans la collection de M. Daniel Sharpe, à Londres, des fragmens recueillis par ce savant, aux environs d’Oporto, en Portugal, et qui semblent appartenir à une forme analogue à notre As. nobilis. Ils ont été provisoirement énumérés sous les noms : Ogyg. Guettardi et Isot. Powisii. (Proceed. geol. Soc. Nov. 1848. p. 146. ) Les couches d’où ces fragmens sont tirés, appartiennent à la division Silurienne inférieure, et leur Faune correspond dans son ensemble, à notre Faune seconde.
VII. Les Isotelus d’Amérique et les fragmens douteux nommés Asaphus? par J. Hall,, appartiennent à divers étages de la division Silurienne inférieure de ce pays. Ce savant dit explicitement, que le genre Isotelus caractérise exclusivement cette division. (Pal. of N. York. I. p. 234.J Cette observation a été confirmée par notre ami M. de Verneuil, dans parallélisme qu’il a établi entre les dépôts paléozoiques des deux continens. (Bull. soc. géol. de France. 2e. Sér. IV.J Nous ajouterons, que malgré l’indépendance spécifique des formes de cette division en Amérique, aucune d’elles ne représente notre Faune primordiale, et ne s’écarte des limites de la Faune seconde des - diverses contrées Européennes.
En somme, d’après les faits connus, le genre Asaphus caractérise, partout où il existe, la division Silurienne inférieure. De plus, dans les contrées de Bohême et d’Angleterre, où les limites des premières Faunes sont distinctement établies, les Asaphus n’apparaissent qu’avec la Faune seconde, et disparaissent avec elle.
Bapp. et différ. En traçant les limites du genre qui nous occupe (p. 650) nous avons déjà indiqué les rapports qui le lient à divers autres types, successivement éliminés de ses rangs. Nous n’avons pas à revenir sur ce sujet, mais il nous reste à considérer plus particulièrement le genre Ogygia. Les affinités qui rapprochent les Ogygia des Asaphus sont tellement apparentes et multipliées, que plusieurs des formes, telles que Og. Buchi, Og. Guettardi, As. tyrannus, (çc. ont été successivement ballottées d’un type à l’autre, comme on peut le voir dans l’aperçu historique ci-dessus. Nous avons nous-même hésité, pour savoir sous quelle dénomination générique nous rangerions nos deux espèces : As. nobilis et As. ingens. Les caractères par lesquels ces Trilobites se ressemblent, sont: — 1. l’aspect général du corps, et les proportions entre ses principales parties. — 2. La forme de presque tous les élémens de la tête, savoir: la glabelle souvent peu distincte et faiblement lobée; les yeux à cornée lisse; le contour des joues aplati, et l’angle gênai terminé en pointe large, plus ou moins prolongée, le long du corps. — ■ 3. La suture faciale composée, tantôt de deux branches isolées sur tout leur cours, tantôt unies en arc, au devant de la glabelle. — 4. Le nombre des segmens thoraciques est de 8 dans les deux genres. La forme des segmens est aussi très-analogue; seulement, le biseau des plèvres paraît rudimentaire dans les Ogygia, tandisqu’on le voit toujours plus ou moins prononcé dans les Asaphus. — 5. La segmentation sur l’axe et les lobes latéraux du pygidium, constamment marquée dans les Ogygia, se retrouve dans beaucoup d’Asaphus, comme As. tyrannus, nobilis, ingens, fc. — - 6. Enfin, les stries qui ornent certaines espèces des deux genres comparés, établissent entr’elles une nouvelle analogie.
A ces affinités, nous n’avons à opposer que peu de différences. Une seule est très-importante et absolue. — 1. C’est que l’hypostôme de tous les Asaphus porte, au bord buccal, une
GENRE ASAPIIUS. BRONGNIART.
profonde échancrure, déterminant deux lobes alongés, qui figurent une sorte de fourche. Celui d'Oyygia Buchi, considéré comme le type du genre, a le bord buccal entier, arrondi, et présente au milieu, une petite saillie, qui constraste avec l’échancrure des Asaphus. Il y a donc opposition complète des formes, dans ces deux hypostômes. — 2. Nous ne mentionnons que comme accessoire, la faculté d’enroulement, admise comme distinction principale entre les Ogyyia et les Asaphus, par divers savans. En traitant de cette faculté, dans nos études générales, nous sommes arrivé à cette conclusion, qu’aucun Trilobite ne saurait être considéré, en principe, comme en étant absolument dépourvu, (p. 2 '10.) Nous dirons d’ailleurs, que si beaucoup d’ Asaphus se trouvent enroulés, d’autres, tels que .As. tyrannus, As. nobilis, i fc. n’ont jamais été signalés dans cet état. Ainsi, on ne peut pas regarder l’enroulement comme un moyen absolu de distinction entre les deux genres.
La forme de l’bypostôme reste donc la seule différence absolue, qui sépare les Asaphus des Ogyyia. Cette conclusion est parfaitement en harmonie avec celle qu’on peut déduire de la caractéristique abrégée que J. W. Salter a récemment donnée des deux types. (Mem. geol. Surv. Dec. II.)
Pour compléter notre tâche, nous aurions encore à indiquer, pour chacun des Trilobites de nature contestable ou contestée, quelle est la dénomination générique, qui, d’après nos vues, doit lui être appliquée. Bien que les Ogyyia se trouvent hors du cadre de nos études, puisqu’elles ne sont pas représentées en Bohême, leur nombre est si limité, qu’il est aisé de les énumérer:
1. Og. Buchi Brongn. (sp.) est le type du genre et nous montre l’hypostôme typique. Elle a été récemment décrite et figurée, avec tous les détails désirables, par M. Salter. (Dec. II. J — ■ 2. Og. Portlocki. Sait, décrite et figurée par le même savant, fibid.J se rattache au type par tous ses traits, mais sa pièce buccale est encore inconnue. — Ces deux espèces ayant la suture faciale composée de deux branches isolées au front, constituent un groupe particulier. — 3. Og. dilatala. Brünn. (sp.) se rapproche beaucoup de Og. Buchi, dans toute sa conformation, et présente aussi un hypôstome arrondi au bord buccal. Cependant, elle diffère des deux espèces
précédentes, par sa suture faciale, dont les deux branches s’unissent au front, pour former un
arc concentrique au bord, comme dans As. expansus. fSars. Isis. 1835. Ileft. IV. Pi. 8 et 9.)
Cette espèce devrait donc être le type d’un groupe distinct.
A ce second groupe, s’adjoindraient provisoirement trois espèces de France, dont la suture faciale présente la même forme, savoir: — 4. Og. Guettardi Brong. Un exemplaire bien conservé de ce Trilobite nous montre la suture réunie au front, tandisque la figure donnée par Brongniart pourrait faire supposer les deux branches isolées. (Crust. foss. PI. III. fig. I. A.J - 5 Og. Desmaresti. Brogn. =-= Og. Brongniarti. Rou. — 6. Og. Edwardsi. Rou. — Ces deux dernières espèces ont été décrites et figurées par M. Rouault, avec la suture en arc concentrique au bord frontal. (Bull. soc. géol. de France. VI. PL 1 et 2. 1848.) — Il faut remarquer, que l’hypostôme de ces trois Trilobites Français étant inconnu, ils ne se distinguent réellement des Asaphus, par aucun caractère positif, et on pourrait dire, qu’ils ne sont encore des Ogyyia que par hypothèse. Ils resteront donc flottans entre les deux genres, jusqu’à ce qu’on ait découvert leur pièce buccale. Nous ajouterons, qu’à nos yeux, ces trois formes de France se rattachent aux Asaphus, par les plus fortes vraisemblances. En effet, il n’est pas rare de trouver des hypostômes fourchus, isolés, dans les diverses localités qui renferment ces Trilobites, et nous avons récemment vu de semblables appareils, dans les collections de M. M. de Verneuil et Marie Rouault,
Les mêmes gîtes ri’ont au contraire fourni, jusqu’ici, aucune pièce buccale analogue à celle de
Og. Buchi. De plus, la collection de l’Ecole des Mines, à Paris, renferme un individu, dont
toutes les formes sont identiques avec celles des Ogyyia, et qui montre, en place, l’hypostôme
fourchu des Asaphus. Ce Trilobite-, que nous avons récemment observé, diffère d'Og. Guettardi, pareequ’il n’a, sur chaque lobe latéral du pygidium, que 4 à 5 côtes distinctes, au lieu de 7 à 8 qu’on trouve sur l’espèce citée. Il offre d’ailleurs une forme alongée, et nous ne serions
pas éloigné de croire, qu’il représente la forme longue d'Og. Desmaresti, dont la forme large, un peu exagérée par la pression, a été figurée par Brongniart et reproduite par M. Rouault, sous le nom d’O. Brongniarti. Quoiqu’il en soit de cette identité, il n’en est pas moins certain, qu’un Trilobite, qu’on ne distinguerait en rien de ceux qu’on nomme Ogygia, porte l’hypostôme fourchu, et appartient par conséquent aux Asaphus. C’est un motif puissant pour présumer, que tôt ou tard les espèces que nous venons d’énumérer dans le groupe douteux, nous révéleront une semblable caractère générique, et sortiront des rangs des Ogygia.
Les groupes des Ogygia , d’après la forme de la suture faciale, se trouvent déjà indiqués par M. Salter, dans une note sur ce genre. (Dec. II. J II les subdivise, suivant la glabelle large ou étroite , distinctement ou indistinctement lobée. On voit, que le petit nombre des formes connues peut dispenser de ces subdivisions.
Classification des Asaphus.
Nous admettons, jusqu’ici, le nombre constant de 8 segmens au thorax des Asaphus. Cependant, nous ne devons pas oublier, qu’un Trilobite, offrant en apparence tous les principaux traits de ce type, a été décrit avec 9 segmens par le Capt. Portlock, sous le nom de As. latifrons. (Geol. Rep. p. 292. PL VII. fig. 5 — 6.J Si ce fait se confirme, sans que l’espèce en question présente d’autres caractères différentiels, par rapport aux Asaphus, elle formera naturellement une section particulière, dans ce genre, qui grossira la série du tableau, p. 192.
En comparant entr’eux les Asaphus, il nous semble, que le trait de la conformation par lequel ils diffèrent le plus les uns des autres, au premier aspect, consiste dans l’apparence du pygidium, dont la trilobation et la segmentation sont très-distinctes dans certaines espèces, tandisque dans d’autres, elles sont à peine indiquées et parfois complètement latentes. D’après cette considération, les Asaphus connus pourraient se grouper comme il suit:
Subdivision I.
Segmentation latente sur les lobes latéraux du pygidium.
Groupe A,
'Axe distinct, quelquefois segmenté.
Groupe B.
Axe peu distinct ou effacé.
(Sous genre Isotelus.)
Groupe C.
Suture faciale à branches unies.
* A. expansus. . . Linn. (sp.)
* A. extenuatus. . Wahl, (sp.)
* A. laeviceps. . . Daim. •
* A. (Is.) ovatus. . . Portl.
* A. (Is.) Powisii. Portl. (non Murch.)
Subdivision II.
Segmentation très-marquée sur les/ c , e ■ /'roull)î , - , , , n.,. \ suture taciale a bran
trois lobes du pygidium.
branches isolées.
(Sous-genre Basilicus Salter.)
Suture faciale inconnue.
A. (Is.) gigas. . .
. Dekay.(sp.)
frontalis. .
. Daim.
angustifrons.
. Daim.
nobilis.
. Barr.
Barrandei.
. Vern.
: ingens .
. Barr.
tyrannus. .
. Murch.
Powisii.
. Murch.
grandis
. Sars.
Fourneti. .
. Vern.
comme caractère
subordonné,
afin de maintenir le plus près possible les unes des autres, les espèces qui sont unies par les plus grandes analogies, dans leur conformation et leurs ornemens. On remarquera, que plusieurs formes imparfaitement connues, ne se trouvent pas dans nos 4 groupes. — 1. As. Powisii Murch. ayant des côtes distinctes au pygidium, appartiendrait à la subdiv. II. Les fragmens de tête qui lui ont été associés, (SU. Syst. pl. 23. fug. 9. a. b.J paraissant appartenir à un autre genre, nous ignorons quel est le cours de sa suture faciale , et nous ne savons à quel groupe l’incorporer. La forme Irlandaise à laquelle le Capt. Portlock a appliqué le même nom spécifique, ayant un ■pygidium non segmenté, nous paraît différente, jusqu’à plus ample information, et nous l’avons
GENRE ASAPIIUS. BRONGNIART.
classée d’après son apparence. (Geol. Rep. p. 297. PL VI. fig. 1.) — 2. Les fragmens que Sir Rodéric Murchison et le Capt. Portloek ont classés parmi les Asaphus , sous divers noms, sont trop peu complets pour nous permettre de leur assigner une place. — 3. As. grandis Sars. flsis. 1835. Heft. IV. PL 9J appartient, par son pygidium segmenté, à la subd. II. La tête nous est inconnue. — 4. Les 9 espèces de Norwège nommées par Boeck. (ci-dessus p. 646) ne sont pas figurées. — 5. As. devexus Eichw. n’a été ni figuré, ni décrit. — 6. Divers fragmens d’Amérique nommés Asaphus par J. Hall , et figurés dans la Paléontologie de New-York , sont trop incomplets pour être sûrement déterminés. — 7. Nous avons vu récemment, dans la belle collection de notre ami M. de Yerneuil, un Asaphus des Etats-Unis, qui, portant à l’angle gênai une pointe longue et grêle, constitue une espèce très-distincte d’As. fls.J gigas. Malheureusement nous ne savons quel est le nom spécifique qui lui a été donné par les savans Américains. Ce Trilobite se rangerait dans le groupe de A. gigas, d’après les souvenirs qui nous restent de sa conformation. — 8. Enfin, As. Fourneti Vern. est nommé d’après des fragmens qui montrent une segmentation distincte sur les lobes latéraux du pygidium. Il appartient donc à la subd. II. mais sa tête est encore inconnue.