Deipli. Forbesi. Barr
1850. Deiphon Forbesi. Barr. — W. Haidinger's Berichte. p. 6.
La tête se compose d’une glabelle sphéroïdale , sur les côtés de laquelle les lobes latéraux sont réduits à un état rudimentaire.
Le bord frontal est profondément caché sous la saillie de la convexité sphérique vers l’avant, et il se réduit à un petit filet très-étroit. On n’aperçoit aucune trace quelconque de lobation sur la glabelle. Le sillon occipital est large et assez profond. L’anneau occipital est très-peu développé. Ces deux élémens, considérés ensemble, figurent derrière la glabelle comme un petit pédoncule, sémi-cylindrique, dont le diamètre est un peu moindre que celui du sphéroïde céphalique.
Les sillons dorsaux sont très-distincts et assez profonds. On peut aisément reconnaître leur cours, à partir des extrémités de l’anneau occipital, jusqu’au devant de la glabelle, où ils se réunissent, en se réduisant à une très-faible rainure, qui longe intérieurement le petit filet du bord frontal, déjà indiqué ci-dessus.
De chaque côté de la glabelle, au droit du centre, nait un appendice cylindroïde, analogue à celui qui prolonge ordinairement l’angle gênai dans les Acidaspis. Cet appendice, à partir de sa naissance, se courbe en arc concave vers l’arrière, et s’étend latéralement à une distance qui dépasse le double diamètre du sphéroïde central. L’oeil, situé sur cet appendice, n’est séparé de la glabelle que par la largeur du sillon dorsal. Sa surface visuelle, un peu plus saillante que le lobe palpébral, est presque sémi-annulaire , un peu amincie à chaque extrémité. Elle nous montre des lentilles disposées en quinconce, chacune formant une petite saillie distincte. Nous évaluons leur nombre à 200 par oeil. Le lobe palpébral est incliné à environ 45°, et se raccorde, de chaque côté, avec ce qu’on pourrait nommer la paupière inférieure de l’oeil, qui s’élève verticalement sur l’appendice cylindroïde. A la distance d’environ 1 mm. de l’oeil, l’appendice se bifurque et donne naissance à une pointe secondaire, méplate, assez forte, placée à 45° sur le bord antérieur et atteignant une longueur qui ne dépasse par 2 à 3 mm.
La grande suture, qui avait échappé à nos premières observations, nous est montrée, de la manière la plus distincte, par une tête parfaitement conservée. (PI. 2 B. fig. 5. 6). Le som-
GENRE DEIPHON. BARRANDE.
met de cette suture occupe la station marginale, car il est tracé sur l’arête saillante du contour frontal. Chacune des branches faciales en divergeant, atteint bientôt l’oeil, à son angle antérieur. Là, elle se bifurque pour contourner en haut et en bas la surface réticulée, qui se trouve ainsi comme encadrée dans une maille. Cette conformation est démontrée par une circonstance particulière. Dans tous les autres genres, la branche faciale, après avoir suivi le bord du lobe palpébral, réparait à l’angle postérieur de l’oeil, à partir duquel elle diverge vers le bord. Dans Deiph. Forbesi , par exception, elle sort brusquement du milieu de la base de l’œil ou paupière inférieure. A partir de ce point, elle se dirige en écharpe, sur l’appendice principal, et elle disparait en passant sur sa face inférieure, un peu avant d’atteindre la pointe secondaire. Cette suture est portée, sur tout son cours, par un petit fdet saillant, déjà observé dans les Acidaspis et autres genres. On ne saurait donc méconnaître son tracé, sur un test conservé intact, comme dans la tête qui sert à nos observations. D’autres fragmens nous permettent aussi de reconnaître la trace de ce joint, quoique moins nettement marquée. Nous constatons l’existence des sutures jumelles de jonction, qui, partant de chaque côté du sommet marginal de la grande suture, se dirigent vers la suture hypostomale et déterminent entr’ elles une pièce sous-frontale indépendante.
Pour terminer la description de la tête, il nous reste à ajouter, que du côté postérieur, l’appendice principal se raccorde avec l’anneau occipital, par une branche mince, qui borde et détermine le sillon dorsal. Cette branche est presque cachée sous la saillie latérale de la glabelle, lorsqu’on regarde la tête par le dos, mais elle est très-visible sur le profd (fig. 51 et 55).
En résumé, la glabelle forme à elle seule la plus grande partie de la tête. Les joues fixe et mobile sont réduites l’une et l’autre à un état rudimentaire. La première est représentée par le lobe palpébral, par l’appendice cylindroïde, et par sa branche de raccordement avec l’anneau occipital.
La joue mobile, quoique très-exigue, conserve sa position et sa conformation habituelles. D’après ce qui a été dit, il est clair que c’est la pointe secondaire qui représente la pointe génale des autres Trilobites, tandisque l’appendice principal ne serait qu’une partie transformée de la joue fixe.
L’hypostôme et le thorax sont inconnus. Le pygidium que nous associons à la tête décrite l’accompagne dans plusieurs localités, sans qu’on puisse l’attribuer à aucune autre espèce. Il offre d’ailleurs une forme, dont la bisarrerie s’accorde très-bien avec celle de l’autre partie du corps, ainsi que sa granulation.
L’axe permet de reconnaître 4 à 5 anneaux diminuant rapidement de relief et de longueur, vers l’arrière. Chacun de ces anneaux porte un appendice à chaque extrémité. Les appendices du premier anneau sont libres et consistent dans une pointe, très-peu oblique, dont la longueur ne dépasse pas 3 mm. Cette pointe est isolée, à partir de l’anneau d’où elle sort, et on voit une petite cavité à son origine. II en est autrement dans les quatre segmens suivans, car les appendices que l’on distingue libres à leur naissance, s’unissent à une petite distance de l’axe, pour former ensemble une forte pointe cylindroide, divergente à 4 5°, légèrement arquée, et rappelant beaucoup la forme de l’appendice latéral de la tête. Nous observons dans la fusion de ces quatre appendices de chaque côté, que les deux intermédiaires sont plus faibles que les deux extrêmes, qui semblent contribuer le plus à produire par leur jonction, la forte pointe composée. L’appendice du second anneau se courbe parallèlement à l’axe, tandisque celui du cinquième anneau prend une direction transverse. Ces deux appendices se rencontrent donc à angle droit et la grande pointe qui en résulte, suit la direction de la diagonale. Elle parait se prolonger au moins à 10 mm. La surface sub-carrée, qui se trouve enfermée entre les appendices du second et cinquième anneau, est sensiblement au dessous du niveau des autres parties du pygidium.
Le test parait avoir un quart de millimètre d’épaisseur. La surface de la glabelle est ornée d’une granulation fine, et de grains beaucoup plus forts, coniques, irrégulièrement semés, plus serrés sur l’arrière que sur l’avant. Ces grains se retrouvent sur les appendices cylindroides, soit de la tête, soit du pygidium. Leur grosseur et leur fréquence varient, suivant les individus.
Dimensions. Longueur de lu tele, 6 tu ni. Largeur d’un oeil à l’autre: 8 mm. Longueur des cinq anneaux de l’axe du pygidium: 4 à 5 mm.
Gisent, et local. Ces fragmens, rares, ont élé trouvés sur la montagne Dlauha Hora, à S1. Iwan, Sedletz, près Lodenilz, en plusieurs points sur les collines dites Lislice, aux environs de Béraun, et sur les escarpemens de Wiskocilka, près Prague. Ils appartiennent à notre étage calcaire inférieur E, où ils sont associés avec Acid. Leonhardi. Acid, propinqua, Cheir. insignis } Arelh. Konincki, Sphaer. miras } &rc.
Rapp. et différ. Aucun Trilobite, à notre connaissance, ne présente de telles analogies avec celui que nous venons de décrire, qu’on puisse jamais être en danger de les confondre spécifiquement. Nous trouvons cependant épars, dans divers genres, la plupart des caractères dont Deiplion Forbesi offre la réunion.
1. La glabelle sphéroidale rappèle celle des Sphaer ex ochus , et celle de Cheir. globosus.
2. La réduction de la joue fixe a lieu, notamment, dans les Proetus} mais cependant à un degré beaucoup moindre, et toutes les espèces de ce genre ont la joue mobile trèsdéveloppée.
3. La réduction partielle de la joue mobile se remarque dans plusieurs Paradoxides et surtout dans Parad. inflatus (PI. 13.), dont l’angle gênai est repoussé vers l’avant jusqu’au droit de l’oeil. Une disposition analogue se voit aussi dans la tête de divers Liclias (PI. 28.) quoique à un degré moindre. Il reste néanmoins une surface appréciable à la joue mobile dans tous ces Trilobites.
Ces rapprochemens partiels n’ affaiblissent nullement P indépendance générique assurée à Deiplion , par la forme de sa tête et de son pygidium.
Nons devons nous borner là, tant que la forme des élémens thoraciques de Deiplion Forbesi nous sera inconnue. Cependant, si la vue des fragmens existans peut nous induire à hazarder une conjecture, nous dirons, que ce genre prendra probablement sa place dans la famille des Cheirurus , à la suite de laquelle nous l’avons provisoirement placé.
Deiplion se trouve à Dudley, dans l’étage de Wenlock, c. à d. à une hauteur géologique parfaitement en harmonie avec celle que nous signalons en Bohême. Nous possédons des exemplaires de ce Trilobite Anglais, que nous devons à la bonté de notre ami M. Fletcher de Dudley. Ce sont seulement des têtes, que nous ne saurions différencier de celles que nous a fournies la Bohême. Le pygidium n’était pas encore découvert à Dudley, lors de notre séjour récent dans cette ville. (1851.)
XIV'. Famille, comprenant deux genres, dont un seul est représenté en Bohème.
*Zethus» — SHtu/t/tnn te.
Genre Dindymene. Corda.
1847. Corda fonde ce genre, d’après une espèce qu’il nomme, Dind. Friderici-Augusti. Il en reproduit la tête, sous le nom de Dind. speciosa. ( Prodr . p. 120 .)
Caractères génériques.
Forme générale du corps ovalaire, trilobation bien marquée dans toute son étendue. La tête, très-développée, occupe au moins un tiers et le pygidium un cinquième de la longueur totale.
Tête à peu-près sémi-circulaire, limitée vers l’intérieur par une ligne presque droite. Sillon et anneau occipital distincts. La glabelle, très-enflée, plus ou moins alongée, rétrécie en arrière, parait globuleuse, et se projette en avant du contour gênai. On n’aperçoit sur sa surface aucune trace quelconque de lobation. Son relief s’élève au dessus de celui des joues. Les sillons dorsaux, étroits, mais profonds, divergent à partir de la nuque, en opposant leur convexité, et ils se rap-
GENRE DINDYMENE. CORDA.
prochenf un peu vers le front. Il n’existe aucune trace, ni des yeux, ni de la suture faciale.
Les joues forment, de chaque côté, entre la glabelle et le contour de la tête, une surface sub¬
triangulaire, curviligne, très-bombée, arrondie au sommet, analogue à celle des joues des Trinucleus.
Hypostôme inconnu.
1.0 segmens au thorax. L’axe occupe environ la même largeur que chacun des lobes latéraux, abstraction faite des pointes des plèvres. Il est saillant, bombé, compris entre deux sillons dorsaux bien marqués. Ses anneaux, minces, laissent, entr’eux une rainure qui leur est
égale en largeur. Leurs extrémités sont un peu enflées. Les plèvres, presque horizontales, pré¬
sentent une surface un peu coudée, un peu au delà du milieu de leur longueur. Leur partie interne est au moins aussi longue, que la partie externe. Elle est ornée d’un bourrelet qui se tuméfie à son extrémité, pour donner naissance à une pointe oblique, croissant en longueur vers l’arrière, et tendant à devenir parallèle à l’axe. Sur les bords de la partie interne, nous voyons les bandes habituelles, dont la plus large est en avant.
Le pygidium, alongé, étroit, présente un assez grand nombre d’anneaux sur l’axe, qui se prolonge jusqu’au bord postérieur. Sur chaque lohe latéral, on distingue deux plèvres analogues à celles du thorax, presque parallèles à l’axe, et qui se terminent en pointes semblables aux pointes thoraciques.
Dimensions. Les espèces connues ne dépassent pas 10 m. m. de longueur.
Distribution verticale et horizontale.
Nous ne connaissons jusqu’ici que deux formes appartenant à ce genre. L’une et l’autre, très-rares, appartiennent à la formation des schistes gris-jaunâtres , qui couronne notre étage des quartzites D. Ce genre, qui n’a paru qu’à la fin de la Faune seconde de notre division inférieure, n’est nullement représenté dans la division supérieure. Il a donc eu une très-courte période d’existence. La distribution horizontale des espèces ne paraît pas moins restreinte, car tou.s les exemplaires proviennent des côteaux de Karlshütte et de Kônigsbof, aux environs de Béraun.
Rapports et différences.
La plèvre à bourrelet établit un rapport entre ce genre et tous les ceux qui suivent ce type, (p 340). La conformation de la tête, l’absence des yeux et de la suture faciale séparent très-distinctement Dindymene de tout genre à notre connaissance.
Le Docfi. A. de Volborth a signalé l’affinité plus particulière qui existe entre Dindymene et Zethus , et il a même exprimé l’opinion, que ces deux genres sont identiques. fVerh. d. k. Miner. Gesell. 1847. S'. Petersb). Nous reconnaissons en effet, dans le pygidium de ces deux types, une ressemblance assez frappante, pour nous faire partager la persuasion de ce savant, si les analogies qu’il a indiquées n’étaient contrebalancées par plusieurs différences graves, principalement dans la tête, savoir: — 1. Zeth. verrucosus et Zeth. bellatulus ont la glabelle plus ou moins profondément lobée, tandisqu’aucune des deux espèces connues de' Dindymene ne montre la moindre trace de lobation : quelconque. — 2. Les, Zethus se distinguent l’un et l’autre par des yeux très-développés et très-saillans, qui constituent un de leurs traits les plus caractéristiques. Les Dindymene, au contraire, sont également dépourvues de tout organe visuel. — 3. La suture faciale, très-apparente dans le premier genre, manque totalement dans le second. — Il résulte de ces diversités de conformation, un faciès si distinct, pour la tête de chacun de ces types, qu’il serait difficile d’y saisir les liens de l’identité générique. A ces contrastes, s’ajoutent encore d’autres différences, fournies par les autres parties du corps. — 4. Le thorax des Zethus se compose de 12 segmens, dans chacune des deux espèces connues. Les deux Dindymene de Bohême ont seulement 10 segmens thoraciques et l’état de conservation ne permet pas de supposer, qu’une partie de ces élémens ait été perdue, dans les individus observés. — S. La plèvre des Zethus est pourvue
d’une facette ou biseau très-développé, qui manque complètement dans la plèvre des Dindymene. Les 10 plèvres des Dindymene sont uniformes dans toute l’étendue du thorax, tandisque les 5 premières plèvres des Zethus diffèrent des 7 dernières, circonstance très-caractéristique pour ce dernier genre, ainsi que le Dr. de Volbort l’a fait très-bien remarquer. — 6. Enfin, les deux Zethus ont 4 plèvres développées sur chacun des lobes latéraux du pvgidium, qui n’en portent que 2 dans les Dindymene. Dans le premier genre, chacune des 4 plèvres a un sillon longitudinal très-prononcé, qui divise sa surface en deux côtes sub-égales, et nous voyons, au contraire, dans le second, les plèvres représentées par un simple bourrelet sans sillon.
D’après les principes que nous avons appliqués dans le cours de cet ouvrage, chacune des différences que nous venons d’énumérer, considérée isolément, ne nous paraîtrait pas un obstacle absolument incompatible avec l’identité des deux genres comparés, Nous avons en effet incorporé dans un seul type, des espèces présentant entr’elles des contrastes de même nature, par exemple: avec la glabelle plus ou moins lobée, comme parmi les Paradoxides, Ampyx, <f-c.; — avec ou sans yeux, avec ou sans suture faciale, comme parmi les Conocephalites et les Acidaspis-, — avec un nombre variable de segmens thoraciques, comme dans les 12 genres figurant dans le tableau de la page 192; — avec une forme de plèvre notablement différente, comme parmi les Cheirurus ; — avec un nombre variable de plèvres développées au pvgidium, comme dans le dernier type cité, et dans plusieurs autres. — Ces exemples montrent, que d’après notre manière de voir, des différences de la nature de celles qui nous occupent, ne pourraient pas nous empêcher de reconnaître les liens génériques. Cependant, pour que des espèces, offrant entr’elles quelques contrastes, puissent, à nos yeux, être comprises dans un même genre, il faut que le nombre des élémens contrastans soit toujours beaucoup moindre que celui des élémens semblables, comme dans tous les exemples que nous venons de citer. C’est ce qui n’a pas lieu entre les Zethus et les Dindymene , dont la principale et presque seule analogie,, réside dans la conformation de l’axe du pygidium, tandisque presque tous les autres élémens du corps nous présentent quelque différence plus ou moins grande. Nous pensons donc, que ces deux types doivent conserver leur indépendance. Nous les avons provisoirement réunis dans une même famille, pour constater leur affinité.