I. Caractères gêognosliques
Le passage entre l’étage moyen F et l’étage supérieur G, se fait d’une manière insensible. Les masses calcaires qui composent ce dernier , se font cependant reconnaître, en général, par des bancs plus épais, et un aspect argileux, que ne présente pas l’étage moyen. La plupart des couches de l’étage supérieur paraissent composées de rognons irréguliers, plus ou moins gros, depuis le volume d’une noix, jusqu’à celui de la tête. Ces rognons sont écrasés les uns contre les autres, et plus ou moins soudés ensemble, suivant la nature et l’épaisseur d’une petite couche d’argile, qui les enveloppe. Tantôt, cette pellicule, 'argileuse, très-mince, résisté aux actions atmosphériques, et alors la couche calcaire reste solide; tantôt, au contraire, l’argile se délite à l’air, et les rognons deviennent aisément libres. Dans tous les cas le calcaire formant ces rognons est compacte, et présente une pâte très-fine, traversée souvent par des veines^ de Spath calcaire blanc. On rencontre aussi dans leur intérieur des nodules de Quartz noirâtre, ou Chert, dont nous avons déjà parlé. La couleur de la pâte calcaire est le plus souvent grisâtre, mais elle parait aussi verdâtre et elle devient rouge dans diverses localités. Les teintes varient quelquefois dans l’étendue d’un même banc.
Des couches de schistes argileux, très-feuilletés, séparent ordinairement les strates calcaires et deviennent sensiblement plus épaisses vers la partie supérieure de l’étage. A mesure que cet élément argileux devient plus abondant, les couches de carbonate de chaux diminuent d’épaisseur, et vers la limite supérieure, nous voyons reparaître, au milieu des schistes, des
sphéroïdes calcaires analogues à ceux qui caractérisent la base de l’étage E. On peut voir
une formation de ce genre, dans le vallon de St. Procope, derrière les dernières maisons du village de Hlubocep, aux environs de Prague. Ainsi, aux deux extrémités opposées de notre massif calcaire, dans le sens vertical, la formation de ces sphéroïdes parait une conséquence de la i ai été relative de la chaux carbonatée. L’horizon où nous voyons disparaître l’élément calcaire, est celui que nous avons adopté comme limite supérieure de notre étage G, et comme base
de l’étage H, qui couronne notre division supérieure.
Nous voyons apparaître dans cet étage, en plusieurs localités, les premiers et seuls vestiges de poissons, que nous présente notre bassin Silurien. Ces fossiles se réduisent à quelques fragmens osseux, très-rares et très-incomplets.
La décroissance dans les forces vitales, déjà signalée au sujet de la Faune de l’etage moyen F, devient Lien plus rapide dans l’étage G. On peut dire, qu a 1 exception des Tnlobites toutes les autres classes disparaissent, pour ainsi dire, ou bien ne sont représentées nue par un petit nombre de formes et d’individus. Celte pauvreté de la Faune cinquième de Bohême est encore aggravée par celte circonstance singulière, que les enveloppes calcaires des Mollusques, tels que les Céphalopodes, Acéphales &c., ont ete dissoutes au milieu des couches calcaires qui les renferment. Les moules eux mêmes sont le plus souvent comprimes et plus ou moins défigurés, de sorte qu’on pourrait les croire roules. La masse qui les remplit est identique à celle de la roche ambiante, mais la surface du fossile parait ordinairement enveloppée d’une pellicule argileuse, analogue à celle que nous avons décrite, comme entourant les rognons calcaires. O11 serait donc tenté d’attribuer a 1 action de celte substance argileuse, la dissolution du test des fossiles. Quelques Brachiopodes, tres-rares, ont échappé plus ou moins à cette influence. Heureusement, elle ne s est pas fait sentir sur les Inlobites, dont nous trouvons ordinairement le test conservé, quoique difficile a séparer de la roche. Cette classe, résistant plus que toutes les autres aux causes de dépérissement qui ont signale l’époque du dépôt de l’étage G, est devenue encore une fois prédominante, maigre la réduction de près de moitié qu’elle a subie, dans le nombre de ses espèces, comparé a celui de 1 etage
F Ces chiffres sont 40 et 75. En opposition avec celte décadence, nous remarquons dans
certaines espèces, telles que Dalman. spinifera, Daim, rugosa , Br ont. formosus, Br ont. Kutoraai, &c. des dimensions développées qui annoncent, que le milieu ou vivaient ces Crustacés convenait à leur nature. La résistance que celte classe unique a opposée aux influences fatales à toutes les autres, démontre encore, que le système Silurien a ete le centre de sa création ainsi que l’a observé Sir Rod. Murchison. - Les types genenques des Trilobites qui se sont maintenus dans l’étage G, sont tous ceux de l’étage moyen F, que nous énumérons
dans te tableau suivant, en indiquant le nombre d’espèces qui appartient a chacun deux. (Voir
PI. 50 et son explication.)
Acidaspis 4
Calymene 1
Cheirurus 4
Cyphaspis 2 Dalmanites 8 Lichas 1
Phacops 6 | Proetus 5
Bronteus 8
Harpes 1 ;
Nous ferons remarquer, que ces genres, en excluant Calymene , sont ceux qui représentent la tribu Trilobitique dans les formations Dévonniennes, et notamment dans a région Rhénane, et dans celle du Harz. R ne manque à cette série, que Plulhpsia et Homalonotus , pour compléter le nombre des genres Dévoniens.
La classe des Céphalopodes est encore représentée dans notre étage G, par six genres, dont le tableau suivant montre la pauvreté en espèces.
Lituites.
Naulilus.
Cyrtoceras. 1 Orthoceras. 4
Gyroceras. 2 îGoniatites. 1 à 2
Nous indiquons Goniatites avec doute, parceque les individus que nous sommes dispose à rapporter à ce type, d’après leur forme générale, ne nous permettent pas cependant de distinguer positivement les traits caractéristiques de ce genre. R est tres-probable, que parmi les Orthocères , nous pourrions indiquer un chiffre plus considérable d especes, si quelque circonstance heureuse nous faisait rencontrer des fragmens mieux conserves. H est assez singulier de trouver de petits Trilobites en parfait état de conservation, dans la grande chambre des’orthocères, dépouillée de son test. Cette circonstance nous montre, dune manière certaine, que la dissolution de celte enveloppe n’a eu lieu qu’à une époque postérieure au remplissage, et aussi peut-être à la pétrification de la masse interne, ou moule intérieur.
Les Ptéropodes et les Ilétéropodes sont très-peu représentes dans l’étage G.
Les Gastéropodes y sont extrêmement rares, et nous ne connaissons que quelques moules qui peuvent appartenir soit aux Turritella soit aux Murchisonia.
ESQUISSE GÉOLOGIQUE
Les Acéphales nous ont fourni quelques formes de Cardiacés, dont une ou deux sont très-remarquables par leurs dimensions, qui dépassent de beaucoup celles que les mêmes genres nous ont otTertes dans les autres étages. Nous avons aussi recueilli une espèce de Pleurorhyncus , très-rare.
La classe des Brachiopodes, après le grand développement qu'elle a montré dans l’étage F, se réduit subitement dans l’étage G, à quelques espèces très-pauvres en individus.
Terebr. reticularis. Linn. sp.
Terebr. obovata. Murch.
Terebr. tarda. Barr.
Pentam. linguiferus. Murch (sp.)
Spirifer superstes. Barr.
Leplaena depressa? Soiv.
Choneles. ?
Les genres Orbicula et Lingula ne sont pas représentés.
Les Echinodermes de cette époque n’ont laissé d’autres traces que les tiges d’Encrines que I on rencontre rarement.
Les Zoophytes ne nous ont offert qu’une forme analogue aux Turbinolia.
Les Tentaculiles se trouvent dans 1 étage G, mais toujours petits et aussi rares que dans l'étage F.
Rapports entre la Faune de l'étage G , et celle des étages contigus F — //.
Nous avons déjà énuméré ci-dessus (p. 7 9.) les espèces qui passent de l’étage calcaire
moyen F, dans l’étage supérieur G; et nous avons vu, qu elles se composent en grande partie
de Trilobites, au nombre de 15, d’un Céphalopode et de 6 Brachiopodes. Si l’on considère l’exiguité numérique de la Faune de l’étage G, on voit qu’elle est inlimément liée à celle de l’étage F. Le caractère positif qui distingue le plus la première, consiste dans le grand déve¬
loppement du genre Daim unit es , qui est à peine connu par un seul exemplaire, dans l’étage comparé. On reconnaît d’ailleurs, dans chacun des neuf autres genres, des formes nouvelles et propres à I étage supérieur. A ces considérations , se joint celle du caractère négatif, résultant de la disparition des espèces nombreuses, observées dans l’étage moyen.
Les rapports entre la Faune de l’étage G et celle de l’étage H, sont extrêmement peu multipliés, et nous paraissent jusqu’ici se réduire à la présence commune de deux espèces parmi les Trilobites, savoir, Phac. fecundus et Clieir. Sternbergi.
Etage des Schistes culminans H.