‹ Systême silurien du centre de la BohêmeChapitre 54 sur 469 · I. Caractères géognostiqaes · texte numérisé non relu

I. Caractères géognostiqaes

La limite inférieure de cet étage est très-nettement marquée, sur tout le contour, par les gios bancs de Ouartzite qui couronnent l’étage D. Lors même que ces bancs sont cachés, la base de l’étage E n’en est pas moins apparente, presque sur tous les points^ parcequ’elle’ se compose de Trapps, alternant avec des schistes noirs à Graptolites. Ces Trapps, dont les apparences varient beaucoup, sous le point de vue minéralogique, mais qui, pour nous, représentent une seule et même roche, sous le rapport de son origine, forment une véritable ceinture autour des formations calcaires. Ils constituent, avec les schistes Graptolitiques, une zone ou horizon continu qui sert de base à notre division supérieure, sur toute l’étendue du terrain qu’elle occupe dans notre bassin. Suivant les localités, ils se présentent, tantôt en masses épaisses, sans trace de stratification, tantôt, au contraire, ils sont déposés en couches régulières, alternant avec des couches schisteuses remplies de Graptolites. Dans le premier cas comme dans le second, ils paraissent avoir été déposés sur place, avant l'existence des masses calcaires superposées. En effet, les Trapps ont subi, parallèlement, tous les mouvemens éprouvés par les autres roches, soit supérieures, soit inférieures, entre lesquelles ils sont intercalés, ce qui indique, qu’ils n’ont pas ete eux-mêmes la cause de ces mouvemens. En second lieu, nous observons que les masses Trappéennes ne s’élèvent jamais au delà d’une certaine hauteur dans l’étage E. et ne pénètrent, en aucun cas, dans les autres étages calcaires. Cette circonstance n’aurait vraisemblablement pas eu lieu, si les Trapps avaient été introduits après le dépôt de tous ces étapes, et s ils avaient dû contribuer au soulèvement et à la dislocation de leurs couches. Les traces du désordre occasionné par ces irruptions de matière Trappéenne, paraissent ne s’étendre qu aux schistes à Graptolites et aux sphéroïdes calcaires qu’ils renferment. Suivant les loisconnues de a giavité, ces sphéroides d Anthraconile, plus ou moins aplatis, fortement colorés par le carbone, sont toujours couchés dans les schistes, de manière que leur grand axe reste parallèle au plan des couches. Mais lorsqu ils ont été entraînés hors de leur position primitive par la masse Plutonique soit isolément, soit avec des parties de schistes, nous les trouvons fréquemment au milieu des5 Irapps, dans une situation complètement opposée aux lois de l’équilibre. H nous est d’autant plus aisé de constater le changement de position de ces sphéroides, qu’ils sont souvent remplis de fossiles de forme plate ou alongée, ( Orlhoceras , Pituites . Phragmoceras &c.) qui indiquent infailliblement le plan primitif du dépôt, autour duquel s’est formée la concrétion calcaire.

Les déversemens de matière Trappéenne ont duré moins longtemps que le dépôt des schistes a Graptolites, car nous voyons ces derniers, en masses encore considérables, au dessus de 1 horizon le plus élevé des Trapps. Si nous considérons l’ensemble de celle formation complexe, constituant la base distincte de notre étage E, nous lui trouvons, dans certaines localités, une puissance qui n’est pas au dessous de 100 mètres. Nous remarquerons, que l’apparence minéralogique des schistes à Graptolites et des Trapps est identique à celle des mêmes roches, dans les colonies signalées ci-dessus comme intercalées dans l’étage D , circonstance qui indiquerait une même source, fournissant les mêmes matériaux, à des époques différentes

Telle communauté d’origine est encore confirmée par la réapparition des memes sphéroïdes calcai- ,ef reX^nt les fossiles énumérés ci-dessus, (p. 72a) comme communs aux deux etages dI’e c à d aux deux divisions Siluriennes. Ces sphéroïdes, variant de la grosseur du poing iusau’à 60 centimètres de diamètre, se montrent d’abord isoles dans les schistes, mais pu J ^ . iM Onpluuefois ils alternent avec des couches minces calcaues, of-

ZSXFSÜL. de chaux Rentre h. ^ V' X

a TP (..pon s’élève et finissent par disparaître presque complètement. Le calcaire de ces sp ne

Ses comme celui de tout l’étage inférieur E, se distingue ordinairement par sa couleur

noire ou gris foncé. Il est tantôt compacte, tantôt cristallin, dans certaines couches qui P™

eontribué le nlus à faire distinguer les calcaires que nous décrivons, de toutes les masse.

• consiste dans l’ odeur qu’ils répandent lorsqu’on les brise. Celte odeur, en genei TT" hîe leur a Mt donnerVnom de Calcaire fétide CSUnkstein ). Quelquefois elle est accompagnée d’émanations alcôholiques. Les bancs réguliers de ces calcaires varient beaucoup d’épaisseur, depuis quelques centimètres jusqu à 2 mètres.

T naissance totale de cet étage est aussi très-variable sur les divers points du contour . En y comprenant la base Trappéenne que nous avons définie, elle s’eleve au moins a 3 00 mètres , en certaines localités, tandisque dans d’ autres elle ne dépasse pas la m^deje ehiffre On trouve le long du ruisseau qui descend de Lodemtz a St. ,

“te bord, Te là rivière^ Béraun, „n peu à l'av.l de 1» vide de nom, ^ coup es

naturelles, qui exposent un développement vertical au moins égal au maximum que nons d’indiquer.

II. Caractères paléontologiques de l'étage calcaire inférieur E.

La Faune de cet étage ou Faune troisième de la Bohême, est la plus riche de toutes elles J Taraient nos divers groupes. Elle offre, pour- la plupart des classe», le maxrmum de leur développement en genres et en espèces.

Parmi les Crustacés, les Trüobites présentent le chiffre maximum de leurs espèces, tan- 41» J Tus remarquons: dans le nombre de, genres une diminution notable, relattemen a l’étage des quartzites D , ainsique le montrent les chiffres qui suivent. (Y ou . explication.)

Etage D. genres 2 3 „ E. „ 17

différences — 6

espèces 61

„ 78 dont 2 de genre

indéterminé.

Parmi les 17 genres de l’étage E, 11 la Faune seconde, soit dans les colonies, hre de leurs espèces dans 1 étage E.

étaient déjà représentés dans l’étage D, soit dans Le tableau suivant indique leurs noms et le nom-

ESQUISSE GÉOLOGIQUE

Acidaspis

Calymene

Dalmanites

Phacops. 6

Ampyx

Cheirurus

Lichas

Spliaerexochus 1

Arethusina

Cypliaspis

Illaenus

A ces 1 1

genres, se

sont ajoutés

six nouveaux types, jusqu’alors non représentés

hême, et dont

nous indiquons aussi le

nombre

d’espèces dans

l’étage E.

Bronteus

Deiphon

Proetus

genre indéterminé 2

Cromus

Harpes

Staurocephalus

Nous ferons remarquer, que les six genres que nous venons de nommer, sont les derniers qui ont apparu dans les mers Siluriennes de Bohême, pour y compléter le développement de cette Tribu. En d’autres termes, nous n’aurons à signaler l’introduction d’aucun type nouveau, dans les étages superposés. Mais nous devons faire observer en même temps, que plusieurs des genres apparaissant pour la première fois à la base de notre division supérieure, sont représentés dans la division inférieure de diverses contrées Siluriennes. Ainsi, Bronteus et Harpes ont été signalés en Irlande par le Capt. Portlock, dans des formations considérées comme équivalentes de l’étage de Caradoc en Angleterre et appartenant à la Faune seconde.

En opposition avec le développement numérique des espèces des Trilobites dans l’étage E, nous avons à signaler une diminution frappante dans leur taille, comparée à celle des formes propres aux deux étages C et D. Notre division supérieure présente cêpendant des Bronteus et des Dalmanites , dont les dimensions sont comparables à celles des plus grands Paradoxides et Asaphus de la division inférieure, mais nous ne les rencontrons que dans les étages calcaires F et G, c. à d. après la période du développement maximum, et puis, durant la décadence de la tribu Trilobitique.

Malgré l’augmentation que nous venons de signaler dans le nombre des espèces de Trilobites, la plupart très-prolifiques dans notre étage E, ces Crustacés perdent, à cette époque, la prédominance marquée dont ils avaient joui jusques là, dans les mers Siluriennes de Bohême. Sous ce rapport, ils cèdent le premier rang à la classe des Céphalopodes.

Le lecteur trouvera, dans l’explication de la PI. 50, le nom de toutes les espèces de Trilobites appartenant à l’étage E.

Parmi les Crustacés autres que les Trilobites, nous n’aurons à décrire que quelques formes de la famille des Cythérinides et les restes problématiques nommés Pterygotus. Agass. ou ceux qui ont été indiqués comme Ichthyodorulites. Murch. Silur. Syst.

Les Céphalopodes, dont l’existence était bornée à quelques Orthocères, dans l’étage des quartzites, prennent subitement un développement prodigieux dans l’étage E, et ils atteignent le maximum, soit dans la diversité des genres et des espèces, soit dans la multiplicité des individus. Nous distinguons parmi eux huit genres, dont deux, Ascoceras et Trochocerus sont nouveaux et jusqu’à présent, exclusivement propres à la Bohême. Nous évaluons à 220 ou 230^ le nombre total des formes spécifiques, approximativement réparties entres les divers types, comme il suit: .

Nautilus. 2

Lituites. 2

Ascoceras. 6

Phragmoceras. 8 à 10

Gomiihoceras. 1 4 à 1 6 Trochoceras. 18 à 19

Cyrtoceras. 70 à 75 Orthoceras. 95 à 100

Nous devons cependant faire observer, que les exemplaires de la plupart des espèces, surtout des premiers genres nommés, sont très-rares, mais quelques formes d’Orthocères et de Cyrtocères ont rempli de leurs fragmens des bancs entiers, ce qui fait supposer des myriades d’individus. Les genres Ascocerus , Phragmoceras , Gomphoceras et Liluiles disparaissent avant la fin du dépôt de l’étage E, pour lequel les trois premiers doivent être considérés comme éminemment caractéristiques. Le genre Liluiles , après une disparition temporaire dans l’étage F, reparaît dans les étages G et H. Nous appèlerons l’attention des paléontologues sur l’existence des Naulilus, pour la première fois bien constatée à cette époque.

La classe des Pléropodes est représentée dans l’étage E, par les deux genres Conularia et Pugiunculus , offrant chacun quelques espèces très-rares. Cette classe a subi une décroissance marquée, par rapport à son développement dans l’étage des quartzites D.

Les Hétéropodes ne fournissent à la Faune de l’étage E, que très-peu d’espèces du genre Bellerophon.

La classe des Gastéropodes a eu son développement maximum dans cet étage. Elle y est représentée par plus de 80 formes, dont le genre Capulus offre à lui seul plus de 20. Les autres sont réparties entre les types: Euomphalus , Nalica, Murchisonia, Pleurote maria, Turbo, Turrilella, fyc. SfC. Comme particularité paléontologique , nous signalerons une espèce de Turbo ? et deux d’Euomphalus munies de leur opercule.

La classe des Acéphales présente, à la même époque, une variété de formes jusqu’ici sans exemple dans les autres contrées Siluriennes. Nous en comptons au moins 80, appartenant aux genres Cardiola, Avicula, Mylilus, Cardium, Pleur orhy nous , Ac. Ac. Ce développement subit est suivi d’une période de décroissance dans l’étage superposé F.

La classe des Brachiopodes, que nous avons vue. à peine représentée dans l’étage des quartzites, par quelques espèces de chaque genre, s’accroît rapidement sous l’influence du calcaire, dans l’étage E. Le tableau suivant indique pour chaque type le nombre d’espèces que nous avons déjà décrites dans nos premiers travaux:

Terebratula. 26

Spirifer.

Leptaena.

Orbicula.

Penlamerus. 2

Orthis.

Chonetes.

Lingula.

Ensemble, 64 formes spécifiques. Chacun de ces chiffres sera modifié par l’addition de quelques nouvelles formes, découvertes dans le cours de ces dernières années. Malgré cette augmentation, le nombre total des espèces de Brachiopodes de l’étage E restera encore inférieur à celui que nous offrira l’étage calcaire moyen F, où celte classe a eu son développement maximum.

Les Echinoderines se réduisent à un petit nombre d’espèces d’Encrines, qui paraissent cependant avoir produit des myriades d’individus, si l’on en juge par les débris, qui, quelquefois constituent des bancs entiers de calcaire, dans l’étage E.

Les Zoophytes ont fourni à la Faune de ce groupe un nombre de formes, que nous évaluons à plus de 40, mais qui sera peut-être surpassé par celui des espèces de l’étage moyen F. Nous comprenons dans cette classe 20 espèces de Graptolites. Ces corps, déjà décrits dans un mémoire spécial, que nous avons publié en 1850, n’ont eu en Bohême qu’une période

ESQUISSE GÉOLOGIQUE

d existence très-limitée. Nous avons signalé leur apparition accidentelle dans l’étage des quartzites D. Maintenant, nous constatons leur disparition complète, un peu au dessus des schistes à Graptolites, mais bien avant la fin du dépôt de l’étage E.

Les genres de Polypiers que nous observons en Bohême, sont en grande partie ceux qui ont été décrits en Angleterre, et dont nous croyons aussi reconnaitre la plupart des espèces, principalement parmi les Calamopora, P orties, Cyathophyllum , Catenipora , &c. &c.

Nous avons à signaler le manque complet de Tentaculites , dans notre étage calcaire inférieur E.

Rapports entre la Faune de l’étage E et celle des étages contigus : D — F.

Le tableau placé ci-dessus (p. 72 a) indique un assez grand nombre d’espèces communes aux étages D — E. Nous avons déjà fait observer, que ces espèces ne sont pas celles qui sont répandues sur toute la surface de l’étage D, et qui caractérisent la Faune seconde, mais qu’elles proviennent d’une formation adventice de schistes à Graptolites, intercalée dans la masse de cet étage. Nous les avons comparées à une colonie avancée, qui, étant venue explorer la contrée où devait s’établir plus tard la Faune de l’étage E, n’a subsisté qu’à la faveur des circonstances favorables qui l’avaient amenée , et a disparu avec elles. Ces circonstances étaient évidemment, la nature des dépôts argileux qui ont donné naissance à ces parties isolées de schistes à Graptolites, et la présence du calcaire dans les mêmes eaux. Les mêmes circonstances, de nouveau combinées à une époque postérieure, ont en effet ramené les mêmes formes animales dans le bassin Silurien de Bohême. Nous évaluons à plus de 1200 mètres la puissance de la partie de l’étage D, qui s’élève au dessus des enclaves de schistes à Graptolites, du côté Nord-Ouest par rapport à l’axe. Cette hauteur des dépôts postérieurs à l’extinction de la colonie, peut donner une idée du temps qui a pu s’écouler, entre les deux apparitions successives de celte Faune étrangère. — On pourrait se demander d’où elle venait. Or, si on considère la position topographique des schistes à Graptolites, soit intercalés dans l’étage D, soit en masse continue dans l’étage E, on voit qu’ils sont topographiquement rapprochés de l’extrémité Nort-Est du bassin, tandisqu’ils ne se présentent jamais, ni vers le centre du terrain, ni vers son extrémité Sud-Ouest. On serait donc induit à chercher vers le Nord-Est, la source qui a fourni l’argile et le calcaire de ces dépôts. Ce serait aussi dans cette direction, qu’aurait dû exister, quelque part, le centre d’où sont parties à deux reprises différentes, les colonies qui sont venues peupler les mers de Bohême. Les êtres qui les composent, sont très-distincts par leurs formes de ceux qui avaient auparavant animé les mêmes parages. Cette différence s’explique en partie, si l’on se rappèle que diverses considérations exposées ci-dessus, nous ont porté à admettre, que les dépôts de nos étages B — C — D ont été amenés par des courans venant du Sud-Ouest, c. à d. d’une direction diamétralement opposée à celle de l’introduction des schistes à Graptolites et des calcaires. Les êtres qui caractérisent les étages C et D, s’ils n’ont pas été créés sur place, seraient donc venus avec les mêmes courans du Sud-Ouest. Ainsi, le centre de diffusion, d'où ils seraient partis, différerait complètement de celui qui a donné naissance à la Faune des colonies et à celle de la division supérieure.

Il est à remarquer, que les espèces propres aux colonies, ne se sont jamais mêlées à celles qui caractérisent tout le reste de l’étage D, dans son étendue horizontale et verticale, soit au dessus^ soit au dessous de ces enclaves. Il a donc fallu, que les êtres caractéristiques de la Faune seconde aient complètement abandonné les parages où se déposaient les schistes à Graptolites des enclaves, dans lesquels ils n’ont pas laissé la moindre trace.

Des faits analogues à ceux que nous venons d’indiquer, ne nous semblent pas avoir été observés jusqu’ici dans les autres régions paléozoiques; mais en appelant sur eux toute l’atten-

tion des savans, nous espérons qu’ils ne resteront pas isolés. Il est aisé de concevoir les considérations importantes auxquelles ils doivent donner lieu. En effet, dès qu ils est constaté, dans notre bassin Silurien, que les représentans de notre Faune troisième, ont apparu en Bohême, à deux époques différentes, séparées par un long espace de temps, on ne peut expliquer ces apparitions successives et distinctes, que par deux suppositions. La première consisterait à admettre deux créations locales d’êtres semblables, dans les mêmes parages, aux deux époques en question. Cette interprétation nous paraîtrait la moins vraisemblable. Nous avons déjà admis l’autre hypothèse, qui consiste à considérer les deux apparitions successives, comme des immigrations ou colonies, provenant d’un centre de diffusion, extérieur à notre bassin.

Ce centre de diffusion ou de création supposé existait donc avec sa Faune propre, pendant qu’une autre Faune toute différente, celle de notre étage des quartzites D ou Faune seconde animait les mers de Bohême. Les formations qui se déposaient dans ces divers parages, sont donc, absolument parlant, des formations contemporaines, et cependant les fossiles qui caractérisent chacune d’elles, sont très-différens. Si nous découvrions quelque part, sur la surface des contrées orientales de l’Europe, un bassin offrant les mêmes êtres qui distinguent notre étage calcaire inférieur E, nous pourrions, avec toute vraisemblance, considérer ces dépôts comme représentant une même époque, tandisqu’en réalité, ils appartiendraient à deux périodes successives. Nous ne serions, au contraire, nullement disposé à regarder le bassin étranger comme contemporain de notre étage D, avec lequel sa Faune ne nous indiquerait aucun rapport, si l’on fait abstraction des colonies. Cette erreur serait parfaitement logique, si nous n’avions pas eu l’occasion de signaler dans la hauteur de notre étage D, les premières apparitions isolées, ou colonies d’essai, de notre Faune troisième; car dans ce cas, nous devrions admettre ici comme ailleurs, que les êtres caractérisant chaque formation, se sont succédé dans l’existence, suivant l’ordre absolu qu’indique la superposition des étages contenant leurs dépouilles. Ces inductions, tirées des faits apparens, seraient cependant dénuées de fondement réel.

En appliquant aux faits exposés le principe des oscillations du sol, notre idée des colonies ne s’évanouit pas, ainsi que le suppose un célèbre paléontologue, M. Alcide d'Orbigny, dans son Cours élémentaire de Paléontologie , Tome 2. p. 309. En effet, il reste constaté, par nos observations répétées: — 1° qu’une enclave composée de Trapps, de schistes à Graptoliles et de sphéroïdes calcaires, est très-régulièrement intercalée, en stratification concordante, entre les couches de la formation des schistes très-micacés d. 4.-2° que cette enclave intercalaire renferme presque uniquement des fossiles de notre Faune troisième, savoir, 5 7 espèces sur 63, tandisque les couches, soit sous-jacentes, soit superposées, des schistes trèsmicacés, ne présentent que les formes caractéristiques de notre Faune seconde.

En appliquant le principe des oscillations a ces données, nous admettons avec M. Alcide d’Orbigny, autant de mouvemens du sol qu’il semble en indiquer. Nous supposons avec ce savant, — 1° que les couches des schistes très-micacés d. 4, sous-jacentes par rapport à l’enclave, et renfermant exclusivement les fossiles de notre Faune seconde, principalement des Trilobites, avec quelques Céphalopodes; Ptéropodes, Brachiopodes, <fcc. se sont déposées au fond d’une mer plus ou moins profonde. — 2° que le fond de cette mer s’est relevé au niveau supérieur des marées, pour recevoir les strates de l’enclave, c. à d. les Trapps, schistes à Graptolites et sphéroïdes calcaires, dans lesquels apparaissent les premiers représentans de notre Faune troisième savoir, des Trilobites, Céphalopodes, Brachiopodes, Graptolites, &c. (voir p. 7 2 a). — 3° que le même sol s’étant alors enfoncé sous les eaux, a été recouvert par une nouvelle et puissante série de couches des schistes très-micacés, (1. 4, superposées à l’enclave et contenant les fossiles de la Faune seconde, qui caractérisent les couches de la même formation d. 4, sous-jacentes à cette enclave. — 4. que le sol s’est relevé une seconde fois, au niveau supérieur des marées, pour se charger d’un nouveau dépôt de Trapps, schistes à Graptolites et sphéroïdes calcaires, semblables à ceux de l’enclave, mais constituant la base de notre étage calcaire E, et présentant notre Faune troisième, c. à d. celle de la division supérieure, dans tout son développement.

ESQUISSE GÉOLOGIQUE

Quelque étendue qu’on suppose à ces oscillations du terrain, dans le temps et dans l’espace, il est évident, qu’il faut implicitement admettre, que les êtres de la Faune troisième ensevelis dans 1 enclave, ont dû exister avant que la Faune seconde fut anéantie. Sans cette condition, les roches de l’enclave n’auraient pas pu être recouvertes par de puissans dépôts, €l. 4 , renfermant une immense quantité de fossiles de cette Faune seconde. Voilà donc la coexistence, au moins temporaire et partielle, de la Faune troisième avec la Faune seconde, reconnue indispensable, dans l’application du principe des oscillations, faite suivant les indications de M. Alcide d’Orbigny.

Or, cette coexistence de deux Faunes, apparemment successives , puisqu’elles caractérisent dans toutes les contrées Siluriennes deux étages superposés l’un à l’autre, est le fait que nous avons essayé d’expliquer, par l’idée des Colonies.

Cette idée présente, il est vrai, peu d harmonie avec la théorie qui enseigne l’extinction subite et totale de la Faune de chaque étage géologique, avant l’apparition de la Faune qui lui succède, dans l'étage immédiatement superposé. Cependant, puisque le principe des oscillations du sol, que M. Alcide d’Orbigny a cru pouvoir lui substituer, est impuissant pour faire concevoir, comment les fossiles de notre Faune troisième se trouvent régulièrement intercalés dans la hauteur occupée par notre Faune seconde, nous maintenons notre interprétation de ce fait, jusqu’à ce qu’une nouvelle conception vienne jeter plus de lumière, sur ce sujet à peine effleuré.

Ce que nous venons de dire suffira pour appeler l’attention des savans sur ces questions:

1. Jusqu’à quel point les ressemblances ou identités palèontologiques peuvent-elles démontrer, que des formations géographiquement isolées les unes des autres, sont contemporaines? —

2. Jusqu’à quel point la dissemblance entre tes Faunes de bassins isolés et éloignés, correspond-elle à une différence dans t époque des dépôts où elles sont ensevelies?

Ces questions sont évidemment liées d’une manière très-intime avec les lois de la diffusion et de la distribution des espèces, encore peu étudiées jusqu’à ce jour.

Les rapports entre nos étages calcaires E- — F sont loin d’être aussi multipliés et aussi intimes, que le ferait supposer la concordance de leurs couches et la difficulté de tracer entr’eux une limite tranchée. Aucune révolution apparente n’a séparé ces deux époques, et cependant, il a fallu des causes puissantes, pour éteindre presque complètement une des Faunes les plus nombreuses qui aient jamais peuplé les mers, et lui substituer une série d’êtres nouveaux. Beaucoup de genres de l’étage E se propagent, il est vrai, dans l’étage superposé F, mais le nombre des espèces qui se perpétuent de l’un à l’autre est très-borné.

Parmi les Trilobites de l’étage E, sept genres sur 17, disparaissent complètement, savoir:

Cromus.

IJlaenus.

Arethusina.

Deiphon.

Arnpyx.

Sphaerexochus.

Staurocephalus.

Parmi les 10 autres qui persistent, 6 seulement présentent ensemble 8 espèces communes aux deux étages E — F. Elles sont nommées dans le tableau ci-après.

La classe des Céphalopodes éprouve une destruction plus étendue. Sur huit genres existons dans l’étage E, quatre disparaissent, savoir:

Ascoceras, Phragmoceras, Goinphoceras, Lituites.

Parmi les 220 a 230 espèces qui pullulaient durant le dépôt de l’étage E, un très-petit nombre se retrouve dans l’étage F. •

Les Pléropodes, Hétéropodes, Gastéropodes et Acéphales de l’étage inférieur, subissent le même sort, et nous ne saurions citer que quelques formes douteuses de ces diverses classes, que l’on puisse considérer comme s’étant propagées dans l’étage moyen.

Les Brachiopodes ont opposé plus de résistance aux causes destructives, ou pour mieux dire, les influences funestes aux autres classes ont favorisé leur développement. Non seule-

ment tous les genres existans dans l’étage E se sont propagés dans l'étage F , mais nous comptons encore 14 espèces qui ont traversé ces deux époques, et que nous indiquons cidessous.

Nous n’avons aucune Encrine qui soit commune aux deux étages. ^

Parmi les Polypiers, un petit nombre d’espèces se transmet d’un étage à 1 autre. Nous avons déjà dit, que tous les Graptolites disparaissent, même avant le sommet de l’étage E.

Nous ajouterons plus tard à ce tableau quelques espèces de Céphalopodes, Gastéropodes, Acéphales &c., qui ne sont pas encore décrites.

Nous avons déjà mentionné la concordance parfaite, sous le rapport de la stratification, entre l’étage calcaire moyen F et l’étage calcaire inférieur E. Bien qu’on ne puisse pas assigner entre ces deux groupes une limite tranchée, il est aisé cependant de distinguer I un de l’autre, lorsqu’on parcourt la série des couches superposées. Plusieurs localités présentant des coupes naturelles, telles que le vallon de St. Iwan, le vallon de Lochkow, et les bords de la Moldau près Prague, on est frappé de l’aspect différent qu’offrent les calcaires fetides de 1 etage inférieur, par rapport aux bancs de l’étage moyen. Ce contraste avait déjà frappé le D . Fr. Ambr. Reuss, à une époque où la distinction des formations paléozoïques était encore ignorée. (Ci-dessus p. 16.) Il y a donc, abstraction faite de la nature des fossiles, dans l’apparence même des roches, des moyens de bien caractériser ces deux étages contigus. L’absence de l’odeur fétide, dans l’étage moyen F, se remarque d’abord. La couleur est aussi generalement moins foncée que celle des calcaires de l’étage E, et elle approche beaucoup du blanc, dans la plupart des localités les plus célèbres par l’abondance des fossiles. Cependant, la couleur considérée seule, serait un fort mauvais moyen de distinction. Nous trouvons, en effet, a Pworetz près Prague, dans les vallons de Slivenetz, de Lochkow, sous Trzebotow, et près YYonoklas, des calcaires, tantôt gris-noirs, tantôt noirs, constituant l’étage moyen, ainsi que et j i . vpintîvp Lps localités nue nous venons de citer, soin

ont produit ces teintes opposées, se sont presque partagé la surface des depots contemporains. Les masses de calcaire gris-blanc nous offrent aussi, dans leur intérieur, des parties irreguheres, colorées en rouge, ou en jaune, mais le plus souvent, ce sont des enclaves qui ne paraissen pas même former des bancs entiers. Nous ne trouvons jamais, dans 1 étage mojen, es sp îe roides calcaires qui caractérisent une bonne partie de l’étage inférieur. Les couches du pre-

ESQUISSE GÉOLOGIQUE

autres, mais se séparant sous les influences atmosphériques, par l’effet d’une petite enveloppe argileuse, dont chacun d eux est entouré. Cette structure caractéristique, rare dans l’étage moyen, devient très-commune dans l’étage calcaire supérieur G. Elle est toujours accompagnée d’un caractère minéralogique, qui fournit un nouveau moyen de distinction. C’est la présence de la Silice, qui est, tantôt répandue dans la masse calcaire et modifie beaucoup son aspect, tantôt concentrée en rognons irréguliers, soudés ou enveloppés dans les couches. Ces rognons ont ordinairement une couleur noirâtre, et rappèlent ceux qui sont nommés Chéri par les géologues Anglais. Nous avons fait observer ci-dessus, que les calcaires de l’étage inférieur sont presque absolument dépourvus de Silice. Nous ajouterons, que celle substance ne se trouve pas dans les bancs du calcaire moyen, qui sont riches en fossiles, quelle que soit la couleur de la roche.

IL Caractères paléontologiques de l'étage F.

On peut dire en général, que la Faune de l’étage F, ou Faune quatrième de Bohême, porte le caractère d’une période de décroissance, dans la force vitale de la plupart des classes. Nous voyons, dans presque toutes, le nombre des types génériques, mais surtout celui des formes spécifiques, se réduire très-notablement Cet étage nous présente aussi un exemple frappant de l’influence du milieu ambiant, sur le nombre et la taille des individus d’une même espèce. Nous observons en effet, que les exemplaires d’une même forme spécifique, existant à la fois dans le calcaire blanc et dans le calcaire noir, sont toujours plus multipliés et plus forts dans le premier que dans le second. Une autre circonstance digne de remarque, c’est que les enclaves rouges ou jaunâtres, déjà signalées dans le calcaire blanc, sont fréquemment caractérisées par des formes, qui ne se trouvent pas hors des masses qui portent ces nuances.

Les Trilobites ne présentent plus que dix genres, qui fournissent ensemble 75 espèces, c* à d. presque autant que les 17 genres de l’étage inférieur E. (Voir PI. 50 et son explication)

Acidaspis

Cheirurus

Harpes

Proetus

Bronteus

Cyphaspis

Lichas

Calymene

Dalmaniles

Phacops

Ces dix genres se sont propagés de l’étage inférieur E. Tandisque le nombre des genres décroit, le chiffre des espèces s’accroît dans plusieurs d’entr’eux. On voit, par le tableau cidessus, Fétonnante variété de formes que présentent les deux types Proelus et Bronteus , éminemment caractéristiques de cet étage. Tous les autres genres, à l’exception des Phacops , présentent une diminution dans le nombre de leurs espèces^ relativement à l’étage calcaire inférieur E.

Outre cet accroissement numérique des formes, dans les trois genres signalés^ nous voyons certaines espèces, telles que Br. palifer et Br. campanifer , reproduire les grandes dimensions des Asuphus et des Paradoxides, en opposition avec la taille exigue que nous avons remarquée, dans tous les genres de l’étage E. Aucun des ,dix types que nous venons de citer ne disparait pendant le dépôt de l’étage F; nous les retrouverons tous représentés dans l’étage supérieur G. En harmonie avec le développement des Trilobites, encore très-voisin du maximum, nous avons à signaler, dans l’étage moyen F, un accroissement subit des Cylhérinides. Cet accroissement a lieu, d’abord sous le rapport du nombre des espèces, qui s’élève au moins à 8, mais surtout sous le rapport des dimensions de ces nouvelles formes, hors de proportion avec celles qui étaient connues jusqu’ici, soit parmi les espèces éteintes, soit parmi les espèces vivantes. Une de nos espèces dépasse la longueur de 70 mm.

Les Céphalopodes, après la prédominance extraordinaire que nous avons signalée dans l’étage inférieur E, se réduisent, dans l’étage moyen, à six genres que nous indiquons, avec le nombre approximatif de leurs espèes:

Nautilus 1 à 2 Cyrtoceras 4 à 5 Trochoceras 1 Orthoeeras 10 à 15

Gyroceras 1 Goniatites 2 à 3

On remarquera dans cette classe, malgré sa décadence, l’apparition de deux genres nouveaux: Gyroceras et Goniatites. Le premier se réduit à une espèce peu répandue. Le second ne nous offre aussi qu’un petit nombre de formes, dont l’analogie avec celles des Nautilus est si grande, qu’elles ne sont réellement distinctes que par la position dorsale du siphon, et qu’elles pourraient être considérées comme constituant un véritable passage entre ces deux types. Le genre Trochoceras disparaît avant la fin du dépôt de 1 étage F.

Les Ptéropodes fournissent à la Faune de cet étage une espèce de Conularia et deux ou trois de Pugiunculus.

Les Hétéropodes se réduisent à une ou deux formes de Bellerophon.

La classe des Gastéropodes offre encore une assez grande diversité de formes, appartenant aux genres Euomphalus, P or celtia, Natica, Pleur oto maria, Turritella , Turbo , Caputus , frc. &c. auxquels s’ajoutent quelques types qui nous paraissent nouveaux. L’ensemble de cette classe a subi une notable décroissance. Les Acéphales sont dans le même cas, mais ils sont encore réprésentés par des Avicula, Cardium, Pleur orhyncus , et Mytilus. Tous ces types ensemble ne fournissent pas le quart du nombre des espèces signalées dans 1 étage inférieur E.

La Classe des Brachiopodes, au contraire, atteint dans l’étage F le maximum de son développement, sous le rapport de la diversité des espèces. C est ce qu’indique le tableau suivant, que le lecteur peut comparer à celui que nous avons donné ci-dessus pour l’étage E. (p. 72 b.) Le nombre des genres n’est pas augmenté.

Terebratula

Spirifer

Leptaena

Pentamerus

Orthis

Choneles

Orbicula

Lingula

Ensemble, 107 espèces, décrites en 1847, sans compter quelques additions à faire. Les deux genres Orbicula et Lingula disparaissent dans la partie supérieure de l’étage F.

Le grand développement de cette classe est du à la nature des eaux qui ont déposé le calcaire blanc, dans lequel nous trouvons, outre la variété des formes, une taille relativement plus grande dans les individus, surtout aux environs de Mnienian.

Les Echinodermes paraissent avoir existé en grand nombre à la même époque, car nous voyons dans le calcaire les traces très-abondantes d’Encrines, mais toujours décomposées, de sorte qu’il reste à peine quelques fragmens de tige, sans le moindre vestige de calice. Deux espèces de Cystidées caractérisent aussi cet étage.

Les Zoophytes présentent quelques unes des formes déjà observées dans F étage inférieur, telles que les Calamopora Golldandica et fibrosa. Nous voyons apparaître, dans les calcaires blancs, une assez grande diversité d’espèces appartenant aux Retepora ou Fenesiella , Hemytrypa fyc. qui étaient fort rares dans les époques antérieures.

Les corps problématiques connus sous le nom de Tenlaculiles , se montrent aussi pour la première fois, dans notre étage calcaire moyen. Ils y sont très-rares et si petits, qu’il est impossible de les reconnaître sans le secours d’une loupe.

ESQUISSE GÉOLOGIQUE. ^g

Rapports entre la Faune de l’étage F et celle des étages contigus E G.

Nous avons indiqué dans le tableau placé à la page 76, la plupart des espèces qui passent de l’étage inférieur E à l’étage moyen F. Elles sont au nombre de 24, sans compter quelques additions à faire plus tard. Le plus grand nombre est fourni par la classe des Brachiopodes.

Les rapports entre la Faune de 1 étage F et celle de l’étage supérieur G, sont à peu près aussi étendus. Les formes des diverses classes que nous connaissons communes à l’un et à l’autre, se réduisent aux suivantes, dont la majeure partie appartient aux Trilobites.

Espèces qui passent de Vêlage F dans l’étage G.

Lichas Haueri. Barr.

Calym. interjecta. Cord.

Daim, rugosa. Cord. sp.

Phac. fecundus. Barr.

Phac. Bronni. Barr.

Phac. Boecki. Cord.

Proetus gracilis. Barr.

Proet. lepidus Barr.

Cypkas. Barrandei Cord.

Acidasp. Hoernesi. Barr.

Bront. Brongniarti. Barr.

Bront. pustulatus. Barr.

Cheir. pauper. Barr.

Cheir. Sternbergi. Boeck.sp.

Cheir. gibbus. Beyr.

Gyroc alatum. Barr.

Terebr. reticularis. Linn. sp.

Ter. obovata. Murch.

Ter. tarda. Barr.

Pent. Unguiferus. Murch. sp.

Spirifer superstes. Barr.

Leptaen. depressa ? Sow.

Etage calcaire supérieur G.

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