PRÉFACE
Depuis la première édition de cet ouvrage parue en 1893, les idées fiscales aussi bien que les expériences fiscales ont fait beaucoup de chemin, ce qui nous avait empêché jusqu'ici d'entreprendre une nouvelle édition. Mais n'était-ce pas s'illusionner que de croire à la possibilité d'un temps d'arrêt, d'une stabilité même temporaire, dans les esprits et dans les faits et d'en attendre le jour. D'autant plus que, si ce jour arrivait jamais, il eût été trop tard alors pour prendre la plume, à moins de se résigner à dresser passivement l'inventaire des législations existantes.
Les principaux événements fiscaux survenus depuis 1893, que notre première édition pressentait d'ailleurs, sont les suivants : impôt sur le revenu remanié ou installé en Prusse et dans les différents Etats de l'Allemagne, impôt sur le capital superposé à l'impôt sur le revenu en Prusse, ainsi qu'en Hollande et dans les cantons suisses, extension des exemptions à la base du tarif de Yincome-tax en Angleterre, avec augmentation considérable de son tarif plein à la suite de la guerre sud-africaine, budgets delà Grande-Bretagne transformés dans
Il SYSTÈMES GÉNÉRAUX D'IMPOTS
le sens d'une énorme augmentation de dépenses et de recettes,celles-ci provenant en partie désormais de matières imposables exemptées ou dégrevées jusque-là, introduction du système progressif à l'égard des successions, en Angleterre d'abord, puis en France, monopoles fiscaux s'apprêtant chez nous à devenir un instrument normal de bénéfices budgétaires, l'impôt sur les boissons profondément remanié en raison du dégrèvement des boissons hygiéniques, les droits dédouane sur le pain et la viande encore surélevés, enfin le système d'imposition des valeurs ostensibles, créé par la Révolution, subissant tous les jours des attaques susceptibles de rendre son maintien pour le moins précaire. D'un autre côté, les chiffres partout modifiés d'année en année dans le sens d'une progression continue, sans merci, ni terme apparent.
Ce mouvement à peu près universel a nécessité le remaniement de presque toutes les pages du volume. Nous offrons donc au public plutôt un manuscrit nouveau qu'une deuxième édition (i).
Cependant, si l'exposé des faits et des chiffres a comporté de nombreuses transformations, les principes qui les dominent n'ont pas varié. Certaines expériences décourageantes, sans doute, auraient pu modifier nos jugements primitifs, de très bonne foi, si elles avaient paru convaincantes.
Mais ce que nous nommions en 1893 la vérité ne semble aujourd'hui avoir rien perdu de ses droits. Cette vérité, au contraire, à mesure que se prolonge l'étude des questions fiscales, ne fait que se préciser.
Il apparaît, en effet, en synthétisant les innovations jugées
\i) Le plan de U première édition cependant a été à peu pris complètement maintenu.