PRÉFACE III
condamnables, que toutes dérivent à peu près uniformément d'une même fausse conception de la nature propre de l'impôt. Si les promoteurs de ces innovations ont dévié, c'est toujours parce qu'ils ont voulu, consciemment ou non, faire de l'impôt autre chose que le pourvoyeur des budgets.
Tantôt l'intérêt de grandes réformes sociales, d'une meilleure distribution des richesses, tantôt le désir de soi-disant progrès économiques consistant à pousser l'industrie et le commerce dans des voies nouvelles, les ont incités à détourner l'impôt de son seul rôle légitime.
Or, ce n'est pas au moment où le fisc réussit péniblement déjà à remplir sa mission essentielle de pourvoyeur des budgets que nous pouvions transiger sur les droits des contribuables. Ces droits des contribuables, au contraire, méritent plus que jamais d'être défendus et délimités, en fixant corrélativement la limite des droits de l'Etat, lequel, nous le répétons, ne détient la faculté de puiser dans leurs poches que pour alimenter ses budgets. Encore faut-il que ces budgets ne renferment que des dépenses d'utilité générale, sans empiéter sur le domaine réservé à l'initiative individuelle. Ce sont là les principes constitutifs de l'ordre social lui-même. Les entreprises contemporaines ne font que confirmer la nécessité de les proclamer.
Ce livre contribuera peut-être, à leur propagation — seule récompense de notre travail — -, car il montre combien l'impôt, sous toutes ses formes, est une arme dangereuse, que le moindre excès, le moindre écart, risquent de rendre injuste et intolérable, combien de troubles et de souffrances il occasionnent, dès lors, quelle sagesse, quelles réflexions et quelle
fermeté de principes, nous le disons encore, doivent présider à la détermination de son assiette et de son incidence.
Mars 1905.