PRÉFACE
Cette troisième édition, qui survient plus de six ans après la précédente, constate nécessairement beaucoup de changements dans la matière qui nous occupe^ surtout à ces débuts du vingtième siècle, où les impôts ont fait preuve d'une extrême mobilité de chiffres et de tendances.
Les chiffres d'abord ont varié dans le sens, bien entendu, de continuelles augmentations., poursuivies avec un inconcevable excès. Est-ce là une loi fatale, ou bien une poussée transitoire? Ne verra-t-on jamais quelque gouvernement économe réduire le montant des dépenses et des taxes, par conséquent, ou mieux encore, ne verra-t-on jamais des peuples sages, à défaut des gouvernements incapables de Têtre par eux-mêmes, exercer sur leurs représentants une pression victorieuse afin d'obtenir l'arrêt, sinon le recul des débordements fiscaux. Ces peuples sages recueilleraient de leur courageuse intervention des avantages de deux natures. En premier lieu, l'Etat cesserait d'empiéter, comme il le fait, sur le domaine de l'initiative privée, ce qui réserverait à celle-ci toute la place libre, au
sein de laquelle elle a seule le droit de se mouvoir, au grand
profit du public et des consommateurs- Puis, cette même initiative privée se verrait délivrée du poids excessif des charges qui alourdissent sa marche, s'opposent à son essor, la mettent en infériorité sur les marchés étrangers, et lui font autant de mal par les énormes payements actuellement exigés d'elle que par la menace incessamment suspendue sur sa tête de plus forts payements encore. Tout le monde, d'ailleurs, condamne en vain la progression des chiffres du budget des recettes, et nous ne saurions, nous-mêmes, formuler contre cette progression autre chose que des vœux, platoniques aussi, sans grand espoir de les voir se réaliser.
Les tendances, au contraire, comportent des discussions et des conclusions effectives, dont le succès, sans doute, paraît aussi très incertain, mais qui, à la longue, pourraient et devraient exercer une salutaire influence. C'est l'objet principal de ce livre. Dans cet ordre d'idées, il s'est efforcé de distinguer nettement ce que la science fiscale admet ou tolère, et ce qu'elle condamne.
Ainsi, l'impôt sur le revenu n'a rien de répréhcnsible en luimême. Libre à chacun de le prôner, ou non, à son gré, suivant que sa perspicacité, aux points de vue historique et psychologique, Tincline à supposer que cette forme d'impôt convient ou répugne aux mœurs, aux souvenirs, au tempérament des habitants auxquels il doit être appliqué. Encore, en parlant de la forme de l'impôt sur le revenu, eût-il mieux valu dire les formes^ formes très diverses, qui, les unes ou les autres, relèvent également de l'appréciation personnelle.
Au sujet de la progressivité des tarifs, la théorie observe-