ARTICLE IMPRIMÉ
(Journal des Savants, -1665, page ^6.)
Réflexions ou Sentences et Maximes morales, à Paris, chez C. Barbin, au Palais.
Une personne de grande qualité et de grand mérite passe pour être l'auteur de ces Maximes ; mais, quelque lumière et quelque discernement qu'il ait fait paroltre dans cet ouvrage, il n'a pas empêché que l'on n'en ait fait des jugements bien différents.
L'on peut dire néanmoins ce traité est fort ulile, parce *
qu'il découvre aux hommes les découvre aux hommes les fausses
idées qu'ils ont d'eux-mêmes, et leur fait voir que sans la religion ils sont incapables de faire aucun bien ; qu'il est bon de se counoitre tel qu'on est, quand même il n'y auroit que cet avantage de n'éire pas trompé dans la connoissance qu'on peut avoir de soi-même.
Quoi qu'il en soit, il y a tant d'esprit dans cet ouvrage et une si grande pénétration pour connottre le véritable état de l'homme, à ne regarder que la nature, que toutes les personnes de bon seus y trouveront une infinité de choses qu'elles auroient peut-être ignorées toute leur vie, si cet auteur ne les avoit tirées du chaos du cœur de l'homme pour les mettre dans un jour où quasi tout le inonde peut les voir et comprendre sans peine.
idées qu'ils ont d'eux-mêmes, qu'il leur fait voir que sans le christianisme ils sont incapables de faire aucun bien qui ne soit mêlé d'imperfection, et que rien n'est plus avantageux que de se coonoitre tel qu'on est en effet, aûo de n'être pas trompé par la fausse connoissance qu'on a toujours de soi-même.
11 y a tant d'esprit dans cet ouvrage et une si grande pénétration pour démêler la vérité des sentiments du cœur de l'homme, que toutes les personnes judicieuses y trouveront une infinité de choses fort utiles qu'elles auroient peutêtre ignorées toute leur vie, si l'auteur des Maximes ne les avoit tirées du chaos pour les mettre dans un jour où quasi tout le monde les peut voir et les peut comprendre sans peine.
Au x\iii c siècle il n'y a, pour ainsi dire, en France, aucun écrivain de quelque célébrité qui n'ait fait insérer au moins un article dans le Journal des Savants.
Voltaire, qui en toute occasion se plaît à marquer sa mauvaise humeur contre les journaux, fait une exception formelle en faveur du Journal des Savants, et même il se loue de Messieurs du journal , qui
« n'ont pas cru devoir refuser » deux Mémoires justificatifs de sa façon (juin et octobre 1638) sur les Eléments de philosophie de Newton mis à la portée de tout le monde.
Vers 1758, M. de Malesherbes fit proposer à Rousseau, avec toutes sortes de bonnes grâces, une place au Journal des Savants et un honoraire de huit cents francs; mais notre misanthrope de Montmorency , quoiqu'il se dît fort touché de cette démarche, résista obstinément aux avances qui lui étaient faites. Ses raisons assez maussades ne durent pas être fort du goût de Messieurs du journal : « Que m'auraient importé les sujets de la plupart des livres que j'aurais à extraire, et les livres mêmes? Mon indifférence pour la chose eût glacé ma plume et abruti mon esprit. On s'imaginait que je pouvais écrire par métier > comme tous les autres gens de lettres, au lieu que je ne sus jamais écrire que par passion. Ce n'était assurément pas là ce qu'il fallait au Journal des Savants! *
La grande science et la grande érudition entrèrent au Journal des Savants avec Dupuy, qui dirigea le journal à partir de 1758, pendant près de trente ans; avec de Guignes, Sainte-Croix, de Boze, Barthélemi, Tessier, de La Place et de Lalande. — Daunou, Lévesque, Bailly, de Bréquigny, d'Aubenton, La Porte du Theil, Larcher, le prince Galitzin, y commencent aussi leur réputation; les
travaux des Académies ou des Sociétés savantes de la France et de l'étranger y sont suivis avec une sollicitude toute particulière; les observations météorologiques y sont recueillies avec soin; une vaste correspondance met toute l'Europe savante en communication avec le savant recueil.
Les principaux rédacteurs depuis 1816 furent MM. Daunou, Raynouard, E. Burnouf, Abel Rémusat, Julien, Letronne, Raoul Rochette, Cousin, Sylvestre de Sacy, Quatremère.
Pendant plus de vingt ans, de 1816 à 1839, la direction du journal appartint à M. Daunou, et elle ne pouvait être en des mains plus habiles et plus dévouées.
« Sa manière d'y juger les ouvrages, dit un éminent critique, se rapportait en toute convenance à celle que ce journal a conservée, et que M. Daunou aurait seul retenue, quand tout le monde de nos jours l'eût abandonnée : elle consiste à se borner et presque à s'asservir à l'ouvrage qu'on examine, à Y extraire, à le suivre pas à pas, en y relevant incidemment les fautes ou les beautés, sans se permettre les excursions ou les coups d'œil plus ou moins étrangers. La critique moderne, même la meilleure (témoin la Revue d'Edimbourg), a bien dévié de cette voie prudente et de ce rôle où le juge se considère avant tout comme rapporteur. Le livre qu'on examine, et dont le titre figure en tête de l'ar-
ticle, n'est le plus souvent aujourd'hui que le prétexte pour parler en son propre nom et produire des vues personnelles. Ici rien de semblable; on fait connaître, sans tarder et dès la première ligne, Fouvrage dont on doit compte aux lecteurs ; le plan, les divisions, quelquefois le nombre de pages, y sont relatés ; peu s'en faut que la table des matières n'y passe. Voilà bien des lenteurs ; mais aussi on apprend nettement de quoi il s'agit, on est en garde contre les témérités, et une juste finesse y trouve pourtant son recours dans le détail. Ces discrets avantages ne se montrent nulle part avec autant de distinction que dans les articles de M. Daunou. Si l'on regrette au premier abord qu'il ne se permette aucune conjecture rapide, aucune considération soudaine, générale et trop élevée, on s'aperçoit bientôt que, dans son habitude et presque son affectation de terre à terre, il trouve moyen de laisser percer ce qu'il sent, de marquer ses réserves, d'insinuer ses malices couvertes, de faire parler même son silence : il atteint véritablement à la perfection en ce genre exact et très-tempéré. S'il n'a en rien reculé les anciennes limites, il a, mieux que personne, creusé le champ et mis en valeur, sur ce terrain étroit, les moindres parcelles.
» Les petites notes non signées, rejetées à la fin du journal, ont droit à une mention : elles contiennent, sous leur enveloppe purement bibliogra-
phique, bien de piquantes malices résultant du seul fait de citations bien prises. Le grave éditeur semble par instants s'y égayer ; c'est comme son dessert (1). »
L'organisation actuelle du Journal des Savants ressemble fort à l'organisation d'une académie. Les membres se recrutent par élection, et leur nomination est soumise à l'approbation du ministre. Us sont divisés en assistants et en auteurs : les assistants ne doivent au journal que l'éclat de leur nom ; les auteurs sont tenus de fournir au moins trois articles chaque année. Tous les articles sont lus et discutés dans les conférences qui se tiennent régulièrement tous les quinze jours au ministère. Les auteurs reçoivent une indemnité fixe, mais fort modique; ils ont un droit d'assistance aux conférences, et les articles sont payés en proportion de leur étendue, dans la mesure des fonds disponibles. Les personnes étrangères à la compagnie du journal peuvent être chargées, après la recommandation de deux membres du bureau, de rédiger des articles sur des ouvrages choisis par le bureau lui-même.
Voici comment est composé aujourd'hui (1859) le bureau du Journal des Savants :
Président : Le ministre de l'instruction publique.
(1) Sainte-Beute, Portraits contemporains, t. ni, p. 53.
Assistants : MM. Lebrun, secrétaire du bureau; > T audet, Giraud, Mérimée.
Auteurs : MM. Biot, Cousin, Chevreul, Flourens, Villemain, Patin, Magnin, Mignet, Hase, Vitet, Barthélémy Saint-Hilaire et Littré.
La collection du Journal des Savants, de 1 665 à 1792, se compose de 111 volumes in-4°. 11 en existe, en outre, une excellente table, de l'origine à 1750, par Vabbé de Claustre, en 10 volumes du même format. Cette table est suivie d'un Mémoire historique sur le journal, et d'une notice des journaux créés à son imitation, qui m'ont été d'un grand secours. M. Cocheris, attaché à la Bibliothèque Mazarine, achève en ce moment une autre table qui comprendra toute la nouvelle série du journal, de 1816 à 1859.
Depuis 1816 le Journal des Savants, publié à raison d'un cahier par mois, forme un volume chaque année. Le prix de l'abonnement est de 36 et 40 francs.
Le Journal des Savants fut contrefait en Hollande dès son origine. Les libraires hollandais se bornèrent d'abord à le réimprimer, avec un petit nombre d'additions extraites pour la plupart des Mémoires de Trévoux. L'idée leur vint ensuite de réimprimer également ces Mémoires en entier. Cette combinaison du Journal des Savants avec le Journal de Trévoux
dura dix années, et fut très-goûtée. Depuis 1764 jusqu'en 1775 inclusivement les éditeurs hollandais ont ajouté au journal des articles tirés du Mercure, du Journal de Verdun, de Y Année littéraire, des Ephémérides du Citoyen, et de divers journaux écrits en anglais. En 1776, ils lui donnèrent le titre de Journal des Savants combiné avec les meilleurs journaux anglais. On trouve dans cette série beaucoup d'articles tirés de Y Affiche de Province de Querlon.
La collection de ce petit journal, depuis 1 665 jusqu'en mai 1782, se compose de 380 volumes.
L'édition du Journal des Savants faite en Hollande, édition dont, par parenthèse, l'entrée en France était interdite, ce qui en rend les exemplaires très-rares à Paris, a une table particulière, rédigée par Robinet, en deux volumes in-12, et qui embrasseles années 1 665-1 753inclus. Le tomeLxxix du journal combiné avec les Mémoires de Trévoux contient la table des années 1 754 à 1 763.
Il serait assurément inutile aujourd'hui de faire l'éloge du Journal des Savants. « Rien, écrivait il y a cinquante ans un homme qui n'aimait guère les journaux, Delisle de Sales, rien n'honore plus les lettres que la longue et honorable existence de ce journal, qui régnait sur l'opinion publique lorsqu'elle n'était pas dépravée, et comptait, dans sou
bon temps, cent mille lecteurs éclairés, non pas entassés sur un seul point, mai» disséminés dans toutes les Académies et les Universités de l'Europe. Ce journal n'a jamais été confié qu'à des hommes de lettres du premier ordre, qui avaient fait leurs preuves de lumières, d'érudition et de vertu. On y discutait sans disputer, on mettait les poids dans la balance, et une analyse sortie de cette espèce de bureau généalogique de Chérin était un titre de noblesse, qui ouvrait à un homme de lettres jusque alors inconnu la porte de tous les chapitres où il voulait s'affilier. C'était une institution mère avec laquelle toutes les sociétés littéraires de l'Europe tenaient à honneur de correspondre. »
« C'est la gloire et c'est aussi la force du Journal des Savants, dit M. Ch . Daremberg dans une excellente notice dont je me suis beaucoup aidé (1 ), d'avoir été le premier organe de la critique littéraire (le premier en date et le premier en considération) et d'en être resté le représentant le plus élevé et le plus sérieux; d'avoir su conserver une attitude libérale, une indépendance respectueuse, de ne s'être jamais attaché à d'autre parti qu'à celui de la science et des lettres (Voltaire lui-même lui a rendu ce beau témoignage) , de s'être montré fidèle aux plus saines traditions littéraires, d'avoir toujours évité les éclats
(h) Journal de* Débats, numéros des 20 et 22 avril 4859.
ou les scandales de la renommée, non par timidité, mais par un juste -sentiment de son importance et de sa dignité....
» Ce calme et cette sérénité, qui procèdent, non de l'indifférence, mais de la réserve, constituent l'originalité du caractère du Journal des Savants à presque toutes les époques de son existence. Les grandeurs et les désastres du règne de Louis XIV n'y laissent aucune trace; . à le lire pendant le xvm e siècle, on ne se douterait pas de tout le bruit qui se faisait autour de Voltaire, de Rousseau et des Encyclopédistes ; s'il paraît céder un moment aux entraînements des idées révolutionnaires, c'est avec une naïveté qui trahit son inexpérience des affaires publiques; dans les cahiers de juillet 1830, de février ou de juin 1848, on ne pourrait saisir aucun écho, même affaibli, du tumulte sanglant de la rue; rien non plus n'y rappelle les discussions animées qui, de 1 820 à 1 830, ont jeté le trouble dans la république des lettres. Ce journal est un sanctuaire à la porte duquel viennent mourir le fracas des émeutes et se calmer les emportements des querelles littéraires.
» Tel est le secret de la longue durée du Journal des Savants; telle est en même temps, il faut bien le dire, l'explication de son succès restreint. Le gros du public veut qu'on l'amuse et surtout qu'on le flatte; mais le Journal des Savants, où l'agré-
ment de la belle littérature s'est trouvé constamment uni à l'austérité delà science et de l'érudition, n'a jamais eu d'autre prétention avouée que d'instruire les lecteurs d'élite. C'est ainsi qu'il tient depuis sa naissance sinon la plus grande place, du moins le premier rang dans cette portion de la presse périodique qui s'occupe des affaires de l'esprit, et non de celles des gouvernements. »
Nombreuse descendance du Journal des Savants. — Philosophical Transactions. — Àcta Eruditorum. — Bayle : Nouvelles de la République des Lettres. — Leclerc : Bibliothèque universelle, etc. — Basnage : Histoire des Ouvrages des Savants. — Journal de Trévoux. — Etc., etc.
Le Journal des Savants, à peine né, fut traduit, imité, contrefait, dans les principales langues de l'Europe. Quelques semaines après son apparition, la Société royale de Londres publiait sur ce modèle ses Transactions philosophiques. Voici en quels termes Sallo annonçait lui-même, dans son numéro du 30 mars, l'apparition de ce recueil demeuré célèbre :
Philosophical Transactions. A Londres , chez Jean Martin et James Allistry, imprimeurs de la Société royale, et se trouve à Paris chez Jean Cusson (éditeur du Journal des Savants), rue Saint-Jacques, à Vimage de Saint Jean-Baptiste.
Le dessein de faire un journal pour apprendre aux savants co
qui se passe de nouveau dans la république des lettres a été si universellement approuvé de toutes les nations, qu'il y a peu de pays où, à l'exemple de Paris, l'on n'en fasse. On l'a traduit en Italie ; on a fait la même chose en Allemagne. Mais on a fait plus en Angleterre : car, comme la belle philosophie y fleurit plus qu'en aucun autre lieu du monde, on a pris le soin d'y faire un journal en anglais, sous le titre de Philosophical Transactions, pour faire savoir à tout le monde ce qui se découvre de nouveau dans la philosophie. C'est de là qu'il faut attendre une infinité de belles choses, car il y a une société de physiciens qui s'applique incessamment à la recherche de la nature. Elle a l'honneur d'avoir le roi d'Angleterre pour fondateur, le duc dTorck et le prince Robert pour membres. Aussi cette société est-elle toute composée de grands seigneurs et de personnes recommandables par leur mérite et par une connaissance très-particulière de ce qu*il y a de plus secret dans la nature et de plus curieux dans les arts. Cette compagnie produit tous les jours une infinité de beaux ouvrages. Mais parce qu'ils sont la plupart écrits en langue anglaise, on n'a pu, jusqu'à présent, en rendre compte dans ce journal ; mais on a enfin trouvé un interprète anglais par le moyen duquel on pourra à l'avenir l'enrichir de tout ce qui se fera de beau en Angleterre.
Nous citerons encore parmi les imitations étrangères du Journal des Savants les Acta Eruditorum, fondés à Leipsig, en 1682, par Othon Mencke. Ce recueil, autrefois très- recherché, mais auquel les grands progrès faits depuis par la science ont beaucoup ôté de sa valeur, fut continué jusqu'en 1776, et se compose de 1 1 7 volumes, ornés de figures.
Revenant sur notre terrain, nous allons passer rapidement en revue, et dans Tordre chronologique,
les publications françaises issues plus ou moins directement du Journal des Savants, et publiées tant en France qu'à l'étranger : l'histoire de ces premiers essais du journalisme littéraire nous a semblé aussi curieuse qu'instructive. Nous les laisserons autant que possible parler eux-mêmes, nous exposer leurs vues, les réformes, les améliorations qu'ils prétendent apporter à ce qui existe : car c'était là leur ambition à tous, de faire mieux et plus que leurs prédécesseurs. Nous assisterons ainsi aux phases journalières par lesquelles a passé le journal, et nous suivrons pas à pas la marche, d'abord* bien peu assurée, de la critique littéraire.
Nous mettrons de côté, comme ne rentrant pas dans notre sujet, les mémoires des sociétés savantes, les recueils d'observations journalières sur la physique, la médecine, l'astronomie, aussi bien que les compilations de pièces fugitives, en vers ou en prose, toutes publications qui ne sont pas, à proprement parler, des journaux littéraires, et dont nous ne pourrions nous occuper sans grossir démesurément notre travail. Nous mentionnerons cependant, à titre de renseignement, les premiers-nés des journaux de jurisprudence et de médecine.
En 1672 commença la publication d'un Journal du Palais ou Recueil des principales décisions de tous les Parlements et Cours souveraines de France, etc. De Sallo, dans le plan qu'il avait donné de son journal,
avait promis d'y faire entreries principales décisions des tribunaux séculiers et ecclésiastiques, ce qu'il fit en effet; mais ses successeurs ayant entièrement négligé cette partie du programme, MM. Blondeau et Guéret, avocats au parlement, formèrent le projet d'un journal particulier du Palais, où ils recueillirent les plus importantes questions de droit qui avaient été agitées et décidées dans toutes les cours souveraines du royaume, ainsi que les principaux arrêts intervenus depuis 1660. Ils s'aidèrent des mémoires de ceux qui avaient plaidé ou écrit, et quelquefois même des instructions des juges. Ce recueil, composé originairement de 12 volumes in-12, réduits en 1701 en 2 volumes in-folio, est éminemment remarquable, et d'une haute valeur. L'agréable y est mêlé à l'utile, et la doctrine la plus solide s'y trouve quelquefois relevée par l'éclat d'une véritable éloquence.
Le premier journal de médecine date de 1679.
Il avait pour titre : Nouvelles découvertes dans toutes les parties de la Médecine, par Nicolas de Blégny, médecin, artiste ordinaire du roi. Ce Blégny, chirurgien de Paris, et auteur de plusieurs ouvrages peu estimés, était un homme à projets; disons le mot, c'était un charlatan, courant après la renommée par tous les moyens propres à répandre son nom r affichant, par exemple, des cours particuliers de médecine, de pharmacie, et jusqu'à un cours de
perruques pour les garçons perruquiers. L'autorité y fut quelque temps trompée , et à force d'intrigues il était parvenu à se faire nommer chirurgien ordinaire de la reine, puis du duc d'Orléans, et enfin médecin ordinaire du roi ; mais bientôt des escroqueries dont il se rendit coupable le firent dépouiller de charges dont il était peu digne d'ailleurs par ses talents. Les Nouvelles découvertes paraissaient par cahiers mensuels, et Blégny en continua la publication pendant cinq années; mais la licence de sa plume souleva des plaintes nombreuses, et un arrêt du conseil supprima son journal. Alors il tourna les yeux du côté de la Hollande, cet asile de la liberté qui était aussi le refugium peccatorum, et dont les presses complaisantes étaient toujours prêtes à imprimer ce qui ne se pouvait imprimer ailleurs , bon ou mauvais. Blégny s'associa avec un nommé Gautier, médecin de Niort, qui s'était fixé à Amsterdam, et lui envoya ses élucubrations . De cette collaboration naquit un Mercure savant, qui n'eut que deux numéros, dont le premier parut en février 1684, et qui n'a d'autre mérite que d'avoir été en quelque sorte la cause déterminante qui fit entrer Bayle dans la carrière du journalisme.