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LIVRE PREMIER

Chapitre 1. Ce Bureau d'addresse est ainsi appelé de son effet, pareil à celui des enseignes ou addresses des carrefours,.

et des tables qu'on met au commencement ou à la fin des livres pour y trouver plustost ce qu'on y cherche.

II. Encor qu'il soit difficile de réduire à un nombre certain la matière dont l'addresse se trouvera dans nostre Bureau, pour ce qu'elle s'estend aussi loing comme la nécessité des hommes, qui est presque infinie, néantmoins, d'autant que les propositions universelles s'insinuent mieux par les exemples particuliers qui tombent seuls sous l'imagination du vulgaire, auquel on n'a pas moins affaire qu'aux doctes, c'est ce qui nous fait parler de nostre sujet en détail.

III. D'autant que le soulagement des pauvres a donné le premier motif à cet establissement, l'impatience de ceux qui se porteront, si bon leur semble, à la seule lecture des matières, n'empeschera pas que nous ne touchions à l'excellence de la charité envers eux.

IV. Combien la charité vers les pauvres et leur soulagement est conforme aux lois de la nature en général, et en particulier par l'exemple des corps célestes qui esclairent et conservent les éléments et leurs composez dont ils n'ont que faire, par l'exemple des mesmes éléments qui compatissent et se transmuent les uns aux autres et se portent violemment pour suppléer au vuide et au deffaut de leurs voisins, d'où leurs plus admirables effets tirent leurs causes.

V. Le mesme prouvé par l'exemple de l'épithyme, du lierre et autres plantes dont la foiblesse est supportée par les autres plus fortes ; de l'abeille et de la fourmy ; du soin que prennent les autres oyseaux, selon Suidas, à bastir un nid à l'oyseau nommé cincle, à cause de sa maigreur qui luy en oste la force.

VI. Que cette vertu estoit tellement honorée des Payens, qu'ils donnoyent au plus grand de leurs dieux le titre d'hospitalier. Que toute l'antiquité la recommande jusques à luy attribuer le nom d'humanité, pour instruire un chacun à la retenir aussi long-temps que le nom d'homme. Aussi voyons-nous toutes les religions si différentes convenir toutefois en ce point, d'avoir oin des pauvres.

Vil. Combien cette charité est agréable à Dieu, par l'authorité de saint Jacques, qui en de (finit la pureté de la religion ; par celle de saint Paul, qui soustient le martyre estre inutile sans elle, et surtout de nostre Seigneur, qui l'employé pour unique raison dans son arrest de vie et de mort éternelle.

VIII. Comme la conservation de la santé est plus estimée et première en ordre que la cure des maladies, ainsi vaut-il mieux empescher la pauvreté et mendicité d'arriver que de la chasser estant venue. Qu'il est impossible de chasser et extirper cette mendicité, si on ne luy ferme l'entrée d'un costé à mesure qu'on luy donnerra la chasse de l'autre. Ce que vouloit dire Esope quand il pàrloit d'empescher les rivières d'entrer dans la mer avant que la boire.

IX. Que le plus asseuré moyen et précaution pour empescher la pauvreté et mendicité d'advenir est de fournir promptement à tous ceux qui en sont menacez les occasions de s'ayder de leur industrie et des autres moyens qu'ils ont en main, qui autrement leur demeureroyent inutiles, d'autant que nul n'est contraint de recourir à ce misérable et dernier refuge de mendier sa vie, sinon à faute de sçavoir bien s'ayder de tous les autres moyens.

X. Le plus grand bien que l'on puisse faire à quelqu'un est de luy donner un bon avis selon saint Bernard, non seulement aux pauvres , mais aussi à toute personne, combien que les pauvres en soyent plus soulagez, comme en ayants le plus de besoin.

XI. C'est pourquoy nous commencerons par la prière qui est faite à un chacun de vouloir conférer au bien et utilité des pauvres tout ce qu'il estimera pouvoir servir, soit à leur règlement général ou particulier, soit au- soulagement de chacun d'iceux, pour faciliter leur logement, vestement, nourriture, traittement en maladie, et donner principalement de- l'employ aux valides, la plus nécessaire aumosne qu'on leur puisse départir.

XII. Les conditions sous lesquelles nostre Bureau s'entremet de ces chantez sont, qu'il laissera l'honneur entier et tous les avantages que les autheurs se voudront promettre de leurs ou vertures et inventions concernants le règlement, police et admi-

nistration desdits pauvres, et fera fidèlement enregistrer sous le nom des autheurs d'icelles toutes les propositions qui seront faites à cette fin, ou autre commodité publique : leur en donnant certificats authentiques, pour leur servir en temps et lieu.

XIII. La seconde condition, que ledit Bureau ne s'entend charger d'aucuns deniers, ni de chose quelconque dont l'on voudroit faire aumosne ausdits Pauvres ou l'employer en autres œuvres pies. Ains seulement donnera l'addresse et indiquera aux personnes pieuses qui voudront aumosner quelque chose les pauvres honteux et autres nécessiteux qui se seront venus faire inscrire audit Bureau ; et pareillement addressera lesdits pauvres honteux à ceux qui voudront leur faire du bien, lequel ils recevront de la propre main de leurs bien-faicteurs ou de ceux à qui ils en donneront charge, hors ledit Bureau.

XIV. Plusieurs personnes de tous sexes et aages estants las du monde, ou n'en ayants point encor gousté les misères, s'en voudroyent bien retirer s'ils avoyent cognoissanee des occasions et commoditez qui s'en présentent, desquelles ce Bureau tiendra un registre particulier, où seront inscrites les religions et conditions ausquelles on y pourra entrer.

XV. Les pauvres religieux qui n'ont assez de revenu ny d'employ au service divin pour en pouvoir vivre auront icy pareillement leur chapitre, aiïin qu'on leur puisse subvenir, soit en conférant quelque bénéfice à ceux dont la doctrine éminente et la vie exemplaire y pourra inciter quelque pieux prélat, soit en leur donnant quelque charge d'aumosnier d'un grand, ou autre eraploy sorlable à leur condition.

XVI. Les pauvres artizants et autres menues gens malades, qui, faute d'une saignée ou de quelqu'autre léger remède, encourent souvent de longues et périlleuses maladies, qui réduisent leur famille à l'Hostel-Dieu, trouveront icy l'addresse do médecins, chirurgiens et apoticaires, qui sans doute ne voudront pas céder à d'autres l'honneur de consulter, saigner et préparer gratuitement quelque remède à ces pauvres gens qu'on leur addressera. Mais au contraire se trouvera une aussi grande ému-

lation entre eux à exercer cette charité qu'en leurs autres actions, qui leur fera envoyer leurs noms au Bureau pour estre employez à ce bon œuvre, comme ils en sont icy priez.

XVII. Toutes les expériences qu'on aura et qu'on voudra donner au public des effets admirables des simples et autres remèdes seront icy fidèlement enregistrez, et ceux qui les y voudront venir donner et recevoir non moins favorablement receuz que les pèlerins de cet ancien temple où chacun- alloit appendre et apprendre les moyens de sa guérison. Sauf à s'appliquer l'advis qu'on y prendra par celuy de son médecin ordinaire, lequel ne devant désirer que le soulagement de son malade, d'autant plus qu'il aura de capacité, sera d'autant plus aise qu'on réveille sa mémoire par quelque proposition, dont son jugement fera la conclusion.

XVIII. Pour ce qu'il se trouve des maladies secrettes, lesquelles on ne veut descouvrir à ceux de sa connoissance, ou des malades esloignez qui n'ont moyen de faire aller chez eux les médecins et chirurgiens fameux ausquels seuls ils se confient, ils pourront faire un factum bien circonstancié de leurs maladies, selon le modelle qu'on leur en fournira au Bureau, s'ils le désirent, dans lequel ils n'employront point leurs noms, comme inutiles à leur cure, et le Bureau se chargera de leur faire donner promptementavis et consultation ample, au pied dudit factum, de ceux dont ils le voudront avoir.

XIX. Comme aussi ceux qui auront des affaires et procez intentez ou à intenter, qui voudront promptement avoir l'avis des consultants sur des faits qu'ils ne voudroyent déclarer de bouche, ou qui voudroyent sçavoir si l'avis d'autres advocats, non intéressez en la conduitte de leurs affaires, se rencontreroit pareil à celuy que leur conseil leur a donné, en envoyants au Bureau le mémoire pour consulter, sans exprimer les noms si bon ne leur semble, y recevront promptement la responce signée des advocats fameux ou autres qu'ils désireront.

XX. Ceux qui ne pourront d'eux-mesmes dresser lesdits mémoires et factums trouveront addresse au Bureau des personnes

qui les dresseront, avec le secret et fidélité requise. Les jeunes advocats et autres praticiens qui voudront servir de solliciteurs es grandes maisons, soit pour le Parlement ou ailleurs, se pourront icy addresser, afin que ceux qui cherchent des personnes propres à la conduite de leurs afiaires les y puissent rencontrer.

XXI. Et s'il se trouve quelque partie qui , pour sa pauvreté ou autre empeschement, ne puisse poursuivre ses droits, elle pourra trouver, par l'addresse dudit Bureau, personnes qui luy ayderont à en faire les poursuites en justice, ou bien à tirer ce qu'elle pourra, par accord et composition amiable, de ce qui luy seroit autrement inutile.

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