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DE PAR LE ROY

On fait assavoir à toutes personnes qui voudront vendre, acheter, louer, permuter, prester, emprunter, apprendre, enseigner; aux maistres qui veulent prendre des serviteurs, et à ceux qui cherchent condition pour servir, en quelque qualité que ce soit;

à ceux qui auront les lieux, commoditez et industrie propres pour estre employez à quelques-unes des choses mentionnées en ce présent livre, ou qui auront d'autres avis à donner ou recevoir pour toutes sortes d'affaires, négoces et commoditez quelconques, qu'ils y seront reçus indifféremment, sans qu'on y préfère ou favorize aucun autre que celuy qui fera la condition du public meilleure ; et qu'ils se pourront addresser au Bureau estably à cet effet par Sa Majesté pour la commodité publique, qui est ouvert depuis huict heures du matin jusques à midy, et depuis deux jusques à six de relevée, ausquelles heures chacun sera receu à y venir, ou envoyer donner et rencontrer l'addresse qu'il désirera.

Ledit Bureau d'addresse se tient près le Palais, rue de la Calandre, et au Marché-Neuf, à Venseigne du Coq.

Ces deux dernières pièces occupent chacune le recto d'un feuillet séparé et non paginé.

En m'étendant aussi longuement sur le Bureau d'adresse, je crains d'avoir cédé à ce sentiment, d'ailleurs bien naturel, qui fait s'exagérer, aux antiquaires et aux fouilleurs, l'importance de leurs trouvailles; cependant j'aime- à penser que je n'ai pu me tromper que du plus au moins. Si tous ces détails, en effet, ne sont pas précisément littéraires, ils ont au point de vue politique et moral une importance incontestable; ils nous font connaître à fond une institution remarquable pour le temps, et dont on ne savait guère que le nom; ils jettent surtout une vive lumière sur les commencements de

Renaudot, sur son génie inventif, son habileté, son savoir-faire, sur la haute faveur dont il jouit longtemps, lui et ses innocentes inventions, que le Parlement, après les ayoir sanctionnées, devait plus tard englober toutes dans la même condamnation.

Parmi ces inventions nous savons qu'il faut placer les Monts de Piété, dont il fut l'introducteur en France, sinon l'inventeur. Le roi, « désirant le gratifier et favorablement traiter, en conséquence de ses services, et pour donner moyen à lui et aux siens de continuer, leur fit don , exclusivement à tous autres, par Brevet du 1 er avril 1637, de la direction et intendance générale des Monts de Piété, qu'il unit inséparablement et incorpora à celle des Bureaux d'adresse, pour en jouir par eux à perpétuité.

Dès auparavant, et en attendant le résultat des interminables enquêtes auxquelles son projet de Mont de Piété fut soumis, il avait ouvert des bureaux de ventes à grâce des meubles et autres biens quelconques.

La permission défaire ce « commerce, lequel était inconnu jusqu'alors, bien que la commodité en fût telle que chacun sait, et qu'il se reconnût par la fréquence du peuple qui y eut journellement recours » , lui fut accordée par un arrêt du Conseil du 27 mars 1637, dont les considérants méritent d'être rapportés :

Sur ce qui a esté représenté au Roy en son conseil, par Théophraste Renaudot, intendant général des Bureaux d'adresse de France, qu'il se présente journellement en sesdits Bureaux plusieurs gentilshommes et autres sujets de Sa Majesté qui auraient grand désir de la servir en ses armées, s'ils estoient promptement secourus et aidez d'argent en la nécessité présente pour se mettre en équipage, ayant des meubles et autres * biens qu'ils exposeraient volontiers en vente, si la honte ne les retenoit et empeschoit de découvrir leur indigence, laquelle ne pourrait être tenue secrète s'ils se servoient du ministère des revendeurs, revenderesses et autres menues gens qui ont accoustumé de s'entremettre de tel négoce, joint le peu de sûreté qui se rencontre parmi eux ; ce qui n'arriverait si lesdites ventes se faisoient par le ministère des commis dudit Renaudot, qui en useraient plus directement et fidellement, comme ils font des autres choses à eux commises et confiées ; mesmes que ceux qui ont à présent besoin d'argent pour l'acquittement de leurs dettes, payement de leurs tailles, emprunts ou contributions, se pourraient servir de la mesme commodité pour trouver les fonds qui leur seraient nécessaires, et par ce moyen éviter les emprisonnements de leurs personnes, saisies et ventes judiciaires de leurs biens à vil prix ; offrant ledit Renaudot, pour la commodité publique et service de Sa Majesté, d'y contribuer ses soins, affection et industrie, pourveu qu'il plaise à Sa Majesté lui accorder un salaire raisonnable pour l'entretenement de ses commis, en attendant l'establissement des Monts de Piété, dont elle a témoigné qu'elle avoit agréable de luy accorder l'intendance pour la joindre à celle desdits bureaux : Sa Majesté, en attendant qu'elle ait examiné en son dit conseil les propositions ci-devant faistes pour l'établissement desdits Monts de Piété, a permis et permet audit Renaudot de prester son ministère à tous les sujets de Sa Majesté et regnicoles qui voudront vendre ou acheter, troquer ou eschanger des hardes, meubles, marchandises et autres biens généralement quélsconques, dont le commerce n'est prohibé par les ordonnances ; sans que, pour raisons desdites ventes, troques ou

achats qui se feront par ledit Renaudot, ses commis ou autres par lui préposez en ses bureaux, soit purement et simplement ou à condition de rachat, il puisse prétendre autre plus grand droit que six deniers pour livre du prix de la chose vendue ou échangée, laquelle ne pourra estre réclamée ni vendiquée, sous quelque cause et occasion que ce puisse être, non plus que si elle avoit esté vendue par autorité de justice, si ce n'est en cas de larcin. Faisant sa dite Majesté défenses, etc.

Dans l'article du Mercure français que nous avons déjà cité, Renaudot explique ainsi Vusage et commodités des ventes à grâce du Bureau d'adresse :

U reste à faire gouster au public, dans l'exécution, les commoditez qu'il en recevra, et que cette institution, comme elle est volontaire en toutes ses parties (nonobstant l'impression contraire qu'en pourront donner les larrons, uzuriers ou monopoleurs, qui seuls n'y trouveront pas leur compte), n'a pas moins d'innocence, mais apportera beaucoup plus d'utilité aux particuliers que toutes les autres de céans , dont aucune jusques à pré- * présent n'a donné juste sujet de plainte , puis qu'on y augmente et facilite le légitime commerce de tous, et qu'on n'interdit à aucun le sien ordinaire.

Aussi à vray dire, les ventes, troques et achats qui se font désormais céans en exécution de l'arrest du conseil cy-dessus, manquaient auparavant à la perfection de ce bureau : y ayant bien quelques personnes qui ont le loisir d'y venir ou envoyer quérir le billet contenant l'adresse des choses dont ils se veulent accommoder, mais beaucoup plus grand nombre d'autres qui, tenant de l'impatience familière à nostre nation, perdent la volonté des choses si elles ne sont présentes. Joint que l'adresse se faisant quelquesfois à l'un des bouts de cette ville ou fauxbourgs de Paris, et possible vers un étranger qui eh estoit délogé le jour d'auparavant pour s'en retourner en son païs, ou vers quelqu'autre qui avait disposé de son affaire sans en venir faire deschar-

ger le registre du bureau, comme il s'y estoit obligé, donnoit quelquesfois une peine inutile qui apportait du dégoust. Au lieu qu'à présent les deux parties, si elles le désirent, se rencontreront dans le bureau, qui sera par ce moyen vrai bureau de rencontre comme porte son nom et institution, ou du moins la chose dont on se voudra accommoder s'y trouvera avec son juste prix : de laquelle on se pourra approprier sur le champ par l'intervention d'un des commis du bureau, qui aura pouvoir d'en traiter, et ainsi on n'y viendra plus à faux, car tous y trouveront, aux heures ci-après déclarées, certaine responce à leurs demandes, et notamment quiconque y voudra apporter des hardes, meubles, marchandises, et les mémoires d'autres biens généralement quelconques et choses licites à soy appartenants, sera asseuré de ne s'en retourner point sans quelque contentement. Pour ce que, ou il rencontrera la juste valeur desdites choses en eschange et troque ou en argent, et en ce cas il ne tiendra qu'à luy qu'il ne les eschange ou vende purement et simplement, ou s'il en trouve moins qu'il ne les estime, il les vendra à grâce et faculté de rachapt, en estant quite en l'un et Fautre des cas cydessus pour les six deniers pour livre du prix de la chose vendue ou eschangée. Pour exemple, celuy qui apportera une bague ou tapis de Turquie qu'il estimera cent écus, s'il en trouve autant, le vendra et en touchera tout l'argent, à la réserve de sept livres dix sols, à quoy se montent les six deniers pour livre du prix de la vente : et le bourgeois, orfèvre, frippier, ou autre qui l'aura acheté, l'emportera et en disposera comme du sien. Que si le vendeur ne trouve que deux cents livres et l'estime d'avantage, il luy sera permis de le vendre à grâce et faculté de le retirer dans le temps qu'il prendra, en payant seulement cent sols pour les dits six deniers pour livre. Au bout duquel temps le vendeur rapportant deux cents livres, la dite chose luy sera rendue. Autrement la chose sera vendue purement et simplement au premier jour de vente qui se fera audit bureau immédiatement après ledit temps expiré, en sa présence ou absence, sans aucune autre signification que celle qu'on luy en a fait de bouche en luy

baillant ladite somme lors de la vente à grâce, et le surplus (si aucun est) sera rendu au précédent propriétaire de la chose, ou autre ayant pouvoir de luy, s'ils la viennent requérir dans un an et demy pour tous délaiz : lequel temps passé, ils n'y seront plus reçus. A ce qu'aucun n'en ignore. Et sera pour cet effet le bureau ouvert depuis huict heures jusqu'à unze du matin, et depuis deux jusqu'à cinq de relevée. Tous sont aussi avertis de n'y apporter ou envoyer aucune chose dérobée ; l'exacte perquisition qu'on en fera estant un moyen infaillible d'attrapper tost ou tard les larrons et receleurs, et les faire punir, sans miséricorde, comme il est desja arrivé.

Suivent, sur « Tordre qu'on y observe », des détails que nous nous abstiendrons de reproduire, mais qui étaient parfaitement entendus.

On peut juger, par tout ce qui précède, de l'importance du Bureau d'adresse. C'était, à la fois, un bureau de placement, un office de renseignements, un Mont de Piété; mais c'était avant tout, dans la pensée de son fondateur, une institution charitable.

« Chacun sait, lit-on dans un Factum du procès d'entre TA. Renaudol et les médecins de VEcole de Paris, combien de milliers de pauvres personnes se sont retirées de la mendicité, ou l'ont évitée, par les emplois qu'ils ont rencontrés et qui leursonttous les jours donnés audit Bureau d'adresse. Mais, pour ce qu'il n'y a point de pauvreté plus à plaindre que celle des malades, ce Bureau s'est particulièrement

adonné à leur traitement, auquel les médecins de l'école de Paris ayant été invités, et quelques-uns d'eux étant venus au commencement, le blâme qu'ils en ont reçu de leur corps, par une pure envie, les en a fait retirer. Les docteurs en médecine de Montpellier et des autres universités fameuses qui se trouvent en cette ville, au nombre de plus de quatre-vingts ou cent, et qui ne cèdent point aux autres en doctrine et expérience, les ont surpassés en charité : ils viennent alternativement tous les jours donner leurs conseils gratuits à tous les pauvres malades qui s'y trouvent en foule pour y recevoir du soulagement en leurs maladies. Et Dieu ayant béni les mains et les conseils de ceux qui se sont ainsi charitablement voués à traiter ses membres, le succès a redoublé l'envie des défendeurs jusqu'au point d'avoir, en haine de cette charité, fait défendre par le prévôt de Paris à tous lesdits médecins de Montpellier et d'autres universités, et même audit Renaudot, de plus pratiquer leur art de médecine dans cette ville et faubourgs. »

11 en coûtait tous les ans à Renaudot « plus de 2000 livres du sien, outre son temps, son industrie et sa peine, pour faire fournir à ces pauvres malades tous les remèdes dont ils avaient besoin. De sorte que faire perdre le procès aux pauvres malades serait le faire gagner au demandeur, puisqu'il épargnerait par ce moyen une dépense de laquelle

pourront juger ceux qui considéreront ce que c'est que fournir gratuitement, à Paris, les remèdes à tous venants, et que les injures atroces et malédictions continuelles que ses ennemis vomissent contre sa personne et son honneur cesseraient vraisemblablement , n'étant inventées à autre fin que pour faire cesser cette charité (1). »

Et tout ce que Renaudot avait pu obtenir de la générosité de Louis XIII, «après les beaux règlements par lui proposés pour qu'il n'y eût plus de mendiants valides en France, fut la concession d'un emplacement pour y bâtir à ses dépens un hôtel dans lequel la grande foule des malades qui venaient recevoir gratuitement chez lui le conseil de quinze ou vingt médecins et les remèdes à leurs maladies, et qui encombraient tellement les avenues de son logis qu'ils le rendaient de difficile accès à toutes autres personnes, fût plus au large et plus commodément reçue (2). » Et encore la jalousie de l'école de Paris parvint-elle à paralyser les effets de cette largesse.

Rappelons enfin qu'il se tenait au Bureau d'adresse « une Académie ouverte à tous les bons esprits, qui y venaient conférer en public de toutes

(I) Factum du procès d'entre Th. Benaudot et les médecins de l'Eschole de- Paris.

(Q) Beqwste présentée à la Berne, par Tb. Renaudot, en faveur des pauvres malades de ce royaume.

les plus belles matières de physique, des morales, mathématiques et autres disciplines, et laquelle était une des plus belles et plus utiles institutions qu'eût faites Renaudot, au jugement même de plusieurs de ses ennemis (1). »

Le Bureau d'adresse et ses registres étaient ouverts à tous ceux qui se présentaient, moyennant une rétribution de trois sous, ainsi que nous l'avons vu, et comme nous l'apprend encore le Ballet auquel il servit de motif :

Pour nos trois sous nous y pouvons entrer, Et trouver quelque chose ou Manque.

C'était là déjà une grande facilité, eu égard à l'époque; mais Renaudot était trop habile pour s'arrêter ainsi à moitié chemin; il comprit que, pour servir utilement les intérêts de ses clients, il devait porter directement à la connaissance du public, à domicile, leurs demandes ou leurs offres. Il publia donc, dès l'origine, une feuille, qui n'était en grande partie que la reproduction des registres de son Bureau d'adresse, auquel elle servait d'organe. Nous ne saurions dire si cette feuille avait une périodicité régulière, ni quel en était le prix; mais son existence, qui ressortait déjà implicitement des privilèges de Renaudot, ne peut plus faire doute en pré-

(i) Hesporue à V Examen de la Bequeste. etc.

sence de la pièce dont nous allons parler, pièce conservée à la Bibliothèque impériale, et qui n'est autre chose qu'un numéro de la feuille commerciale de Renaudot.

Cette pièce, éminemment curieuse, que M. Ed.

Fournier a publiée dans ses Variétés historiques et littéraires, est intitulée : Quinzième Feuille du Bureau d'adresse. Du 1 er septembre 1633. Ce titre indique une certaine périodicité, et jusqu'à un certain point la régularité de cette périodicité. Quant au contenu, il n'est autre que celui des petites affiches en voici d'ailleurs les principales rubriques :

Terres seigneuriales à vendre. — Maisons et héritages aux champs en roture à vendre. — Maisons à Paris à vendre. — Maisons à Paris à donner à loyer (1)- — Maisons à Paris quon demande à prendre à loyer. — Rentes à vendre. — Bénéfice à permuter. — Offices à vendre.

Nous transcrivons les deux dernières rubriques :

Meubles à vendre.

22. Un habit neuf de drap du sceau escarlate, qui n'est pas encore achevé, doublé de satin de mesme couleur avec un galon d'argent. Le prix de dix huict escus.

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