ACTE PREMIER
MONDOR
AL ! Nicaise !
NICAISE
... Un petit clerc, maigre et gringalet...
MONDOR
N'ayez garde aux méchants propos de ce valet, Jeune homme; et dites-nous ce que vous savez faire.
A Nicaise.
— Toi, sur le premier mot que ta bouche profère!..
Il lui montre la pointe de son soulier. NICAISE.
Suffit! mais j'ouvre l'œil.
MON D'OR fait un signe à Nicaise qui lui approche la chaise à droite de la première table, et s'assied gravement. — Nicaise reste debout à gauche de Mondor. — Gauthier debout au milieu. — Francisquine n" 4, assise à gauche de la deuxième table.
Par ainsi, mon ami, Vous voulez débuter au théâtre, et parmi Les champs clos différents ouverts à la jeunesse, Vous choisissez le champ cher aux sœurs du Permesse?
GAUTHIER
J'écoute, ce faisant, mon penchant et mon cœur.
MONDOR
Bien! — Fritelin premier, votre prédécesseur, Était en grande estime auprès du populaire.
— GAUTHIER
J'aurai, faute de mieux, le désir de vous plaire.
MONDOR, à Nicaise.
Très-bien!
A Gauthier.
— Vous êtes neuf dans notre art?
Il est vrai ;
GAUTHIER
Mais depuis quelque temps, à mon démon livré, Spectateur assidu de vos hautes prouesses. J'étudie, et je sais par cœur toutes vos pièces!
MONDOR
Très-bien !
NICAISE
Très- bien ? — J'enrage ! Il dit à tout : très-bien ! Mais, jour de Dieu ! monsieur, savoir par cœur n'est rien. Savoir... quoi? — Débiter les tirades... par tranches? Il faut le sentiment — l'habitude des planches.
MONDOR
Assez!
A. Gauthier.
Vous, dites-nous quelques vers au hasard I
GAUTHIER
J'en sais de Tabarin, qu'on croirait de Ronsard !
Il réoitO) de manière à faire seutir à Francisquiae que c'est & elle que s'adressent If s vers suivants.
« L'amour? ouy, c'est l'amour qui m'afflige et martelle,
Qui me fait soupirer en mes tristes ennuis,
C'est luy qui me causa cette playe mortelle,
Et qui fait que les jours ne me sont que des nuits.
C'est le cruel amour qui me lient et maîtrise, C'est luy qui me tourmente et qui me fait mourir, C'est luy qui me blessa et lequel me méprise, Alors que je le pry me vouloir secourir...
C'est luy qui m'attira cette flamme cruelle En formant dans mon cœur mille horribles tourments, Dès le jour que je vy ma mignonne Isabelle, Isabelle! l'objet de mes contentements.
Isabelle, la fleur, de toutes les plus belles, — Qui porte dans ses yeux mille brillants flambeaux, Qui surpasse en blancheur les blanches colombelles, Et surmonte en douceur la douceur des agneaux.
Isabelle, qui est toute ma douce amie, Mes soûlas, mes plaisirs, ma joye et mon support, Tout l'appuy et soutien de ma mourante vie. Et tout l'allégement de ma vivante mort ! »