‹ Tabarin; comédie en deux actes en versChapitre 35 sur 40 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

NICAISE

Je les ai vus !... J'allais, galopant à leur suite; Mais la foule et la nuit favoiisent leur fuite !

Partis ''... malheur sur vous, traîtres qui me jouez !

Il boadit hors du toimeau, puis tout à coup s'arrête et chancelle. — ÎSicuise n» 1 , et Mondor n" 3 le soutiennent.

Mais qu'ai-je donc? au sol mes pieds resttnt cloués.

La force m'abandonne, et sous la douleur lâche.

Mon corps — comme rompu — se refuse à sa tâche. —

Faisant de vains efforts pour marcher.

— Ah ! courage !. . venez!., viens !.. couronssur leurs pas!..

Rires.

. . N'enlends-je pas qu'on ril?... Bon Dieu! ne riez pas, Messieurs!... c'est sérieux, et je souflre dans l'âme!

LE PEUPLE, riant.

A merveille!...

Pardon!... on m'a volé ma femme,

Rires du public.

Je l'aimais en dépit de tout; je suis jaloux, Et je la veux !

LE PEUPLE

Bravo, Tabarin !

Taisez-vous!

Cette foule est stupide à rester là clouéî!...

Le public s'étonue, et fait silence.

EIj ! la pièce est finie, et la farce est jouée... Kt ce que vous voyez n'est rien moins que plaisant, .^u nom du ciel! mes bons n.essieurs, allez- vous-en! .. Allez!... puisqu'on vous dit que la pièce est finie! Est-ce drôle de voir un homme à l'agonie, Se frapper la poitrine et pleurer comme un veau?

Le public se reprend à rire bruyamment.

— Dieu clément! se peut-il qu'ils s'y trompent?...

o2 TABARIN

LE PEUPLE

Bravo!...

Taisez-vcus! ce n'est plus un rôle que je joue. Et les pleurs sont trop vrais qui roulent sur ma joue! Car cette femme, qu'on ma prise, était mon bien — J'étais son serviteur — son esclave — son chien — Et vous ne voulez pas que mon cœur se déchire?...

— Si le hasard vous fit témoins de mon martyre, Laissez qu'à ma douleur je m'abandonne en paix! Le malheur qui me frappe a droit à vos respects.

— Et toi, viens, ami, viens, car ma raison s'égare!...

Nicaise sort par le fond du théâtre. — Tabarin descend le petit escalier en chancelant. — Mondor est resté sur le théâtre pour apaiser l'orage .

LE PEUPLE, qui a écouté avec stupeur le couplet précédent, murmure, puis crie, et se fâche-

La pièce ! Tabarin !

MONDOR

Dieu! ce peuple est barbare!

LE PEUPLE

TABARIN, en avant du petit escalier, hors de vue pour le peuple.

Qu'est-ce donc?

LE PEUPLE

A bas le rustre ! . . à bas ! . .

A bas le rustre!.. Ah! ciel vengeur! je n'ai donc pas Ce droit-là, de crier sous le coup qui me tue?.... J'appartiens à la foule, et la foule me hue S'il m'arrive — dans ma douleur réfugié — D'oublier quelle chaîne est rivée à mon pié !...

LE PEUPLE

Tabarin !... Tabarin !...

MONDOR

Lâches!...

Page 1