‹ Tabarin; comédie en deux actes en versChapitre 7 sur 40 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Des bords de la Tamise aux rives de l'Euphrate,

Nul ne porta plus haut le drapeau d'Hippocrate;

Kt pour le beau langage et les propos fleuris.

Feu Cicéron ne fut qu'un pleutre à votre prix.

Mais là — sur nos tréteaux — son tremplin, — son empire,

Pour ce peuple assoiffé de bons mots et de rire,

Portefaix, procureurs, tire-laine, écoliers,

Chambrières, soudards, marchands et cavaliers,

Grandos dames, cachant leur rougeur sous le masque,

Pour cette foule avide, et grouillante, et fantasque,

Qui bat la place ainsi que la mer le galet.

Le valet passe maître, et le maître valet!...

Cornes-de-bœuf, monsieur, je ne suis rien qu'un pître

De bas étage, un sot, un niais, un bélître,

Indigne de toucher le bout de son manteau ;

Mais lorsque je le vois — debout sur ce tréteau,

La batte dans la main et le masque au visage,

Drapé dans des haillons sordides par l'usage,

Tenir autour de lui tout un peuple arrêté

Pantelant aux grelots de sa folle gaîté,

Transflgurés dans cet éclat qui l'environne,

Sa batte devient sceptre, et son chapeau couronne ;

Ce théâtre grossier prend des aspects de char

Triomphal, et je crois voir Tabarin César!..

MONDOR

Peste ! César !

NICAISE

Raillez! moi, monsieur, [e l'admire Et dussé-je, à mes frais, vous apprêter à rire. Un coup de pied de lui, monsieur, me fait honneur. Et quand il frappe ici — ça me bat dans le cœur !

MONDOR

Peux-tu bien élever de viles gaudrioles Au rang des élixirs qu'enferment ces fioles. Bélître?., et comparer dans ton étroit esprit Le bouffon qui fait rire au savant qui guérit?...

8 TAbAKIN

— Que Tabarin... César excelle aux intermèdes, Aux souffrances d'autrui moi je sais les remèdes,

Prenant un flacon sur la table, dans la corbt'ille.

Kt ce flacon recèle, entre autres, un trésor A porter jusqu'aux deux le renom de Mondor!

Tabarin entre, sans ^tre vu, par la draperie du iond. NICAISE.

Ce flacon?...

MONDOR

Ce flacon... mirifique, Nicaise!

Prends tes lunettes, être ignare, et qu'il te plaise Lirel

Nicaise prend les lunettes de Mondor dans la poche de celui-ci. NICAISE, cpclant.

« Philtre d'amour? »

M ON DO U, passant uu milieu du théâtre.

* Piiiltre d'amour! » oui bien ' Pbiltre d'amour!., je l'ai retrouvé!., je le tien, Ce rêve de ma vie, et mon effort suprême !... Liqueur par qui l'on est aimé, par qui l'on aime, J'ai — pbiltre bienfaisant entre les bienfaisants — Arracbé ton secret à la poudre des ans! Il est à moi, Nicaise! à moi! c'est ma trouvaille! Mon grand œuvre! — Voiià vingt ans que j'y travaille, Le jour, la nuit!., j'ai tout remué, tout fouillé ;

Passant l'> 1.

De grec et de latin je me suis barbouillé ; J'ai des vieux manuscrits secoué la poussière; J'ai suivi, comme un chien, les pas de la sorcière Dans les landes, -où croît l'herbe qu'elle cueillait, Et la nuit, penché sur la cornue oij bouillait Le breuvage fameux qui sera ma fortune. Interrogeant le ciel, et conjurant la lune. Je ne suis pas certain — dans cette œuvre d'enfer — De n'avoir point à l'aide appelé Lucifer!...

TABARIN, descendant numéro 2.

Lucifer!.. Pouah!., cela .sent les fagots en grève!

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