‹ Tabès et eaux minéralesChapitre 4 sur 4 · NÉRIS · texte numérisé non relu

NÉRIS

Néris est une petite ville du département de l’Ailier, non loin de Montluçon, à 355 m. d’altitude. Malgré ^®lte élévation relative, les chaleurs caniculaires sont pénibles, et d’après Labat, l’atmosphère est alors éner-

et délibitante.

homme Balaruc, Néris a une antique et brillante ori- §ine. Egalement comme Balaruc, Néris a subi le long

effacement d’une éclipse, succédant à l’éclat de sa réputation sous la domination romaine. Ce n’est qu’au commencement du siècle actuel que ces eaux ont reconquis une partie de leur ancienne faveur.

Les sources de Néris, ou puits, sont au nombre de sixmais, en réalité, il n’existe qu’une nappe unique d’eau minérale, captée dans six points différents. Le Grand Puits alimente seul, actuellement, les établissements balnéaires. Les eaux en sont parfaitement limpides. Elles donnent, au toucher, une sensation onctueuse, due sans doute à leur richesse en matières organiques. Elles sont inodores et sans saveur marquée. Elles offrent surtout cette particularité de donner naissance, dans le réservoir, à une sorte de végétation sous-marine, de consistance gélatineuse, la nérésine ou conferve de Néris.

La température ds sources, au Gran d-Puits, dépasse 52“ centigrades. L’abaissement de cette chaleur à un degpé compatible avec la balnéation est obtenue à l’aide de bassins réfrigérants, où l’eau est amenée par une machine élévatoire, et d’où elle est conduite dans les appartements balnéaires.

L’eau minérale de Néris a été souvent analysée, et tout récemment par Willm. Elle contient, par litre, Ig-30 de principes fixes, dont 0,50 de bicarbonate de soude ; 0,36 de sulfate de soude, et 0,18 de chlorure de sodium. On y trouve en outre des proportions infinitésimales de lithine, d’acide carbonique libre.

En réalité^ la minéralisation de cette eau est à peu pies

négative, impuissante, en tout cas, à expliquer son action

thérapeutique. Néris est bien le type de ces sources in terminées dont l’application ne dérive nullement de constitution chimique ; eaux thermales simples de La a^ Les thermes comprennent deux établissements : leGian et le Petit, qui ne diffèrent que par le confort des nagements, le Petit étant réservé à la classe indigente e aux hospitalisés. Les eaux s’administrent en pulvérisations, bains, douches et vapeurs. Les confei' ^

sont aussi utilisées. L’eau en boisson n’est employée que pour favoriser la poussée à la peau. L’indication des pulvérisations n’a aucun rapport avec le traitement du tabès. C’est la balnéation en baignoires ou en piscines qui constitue le procédé essentiel de la cure de l’ataxie à Néris.

La température du bain, grâce au système de réfrigération déjà signalé, peut varier de 30° à 40° dans les baignoires. Dans les piscines chaudes, elle atteint de 36° à 42°, suivant les heures. Dans les piscines tempérées, elles descendent de 34° à 32°. Une méthode spéciale de l’application balnéaire à Néris, c’est le bain prolongé. Elle est fréquemment formulée pour les ataxiques. Ce bain est pris dans de petites piscines, et sa durée varie de deux à huit heures.

Dans le plus grand nombre de cas, la douche est mise à contribution. L’hydrothérapie générale, il estvrai, médiocrement installée, est rarement utilisée pour les tabétiques. Mais les douches anales et rectales sont d’un emploi fréquent chez ces malades, surtout dans les cas d’atonie intestinale, de constipation opiniâtre par parésie musculaire. La douche par aquapuncture, obtenue, suivant la méthode instituée par de Laurès, par la mise en jeu de jets extrêmement ténus, peut convenir dans les cas d’anesthésie en plaques. Ce procédé spécial est couramment employé dans les névralgies. Par analogie, on peut l’essayer contre les douleurs fulgurantes du tabès ; mais ^vec beaucoup de mesure et en s’entourant de précautions.

L application des conferves, très pratiquée autrefois, plutôt délaissée maintenant, s’effectue en cataplasmes, frictions, en bain local. Elle provoque, d après le 1^' de Ranse, une action stimulante qui a pu rendre des services dans certains troubles trophiques des extrémités.

L’effet balnéaire est bien différent, suivant qu’il s’agit 'le bains tempérés ou de bains chauds. Les bains tempérés, écrit de Laurès, amènent rapidement un sentiment de fatigue générale, coïncidant avec un abaissement sen- ^*l>le de la circulation. Une soif plus ou moins vive se

développe ordinairement après le bain, ainsi qu’une tendance au sommeil contre laquelle beaucoup de malades ont peine à lutter. Les bains chauds, au conlraire, sont excitants. Ils provoquent rapidement l’éclosion de la crise thermale. De Laurès et de Ranse ont particulièrement signalé les phénomènes d’excitation balnéaire, fréquents à Néris, qui constituent cette crise. Ils surviennent surtout dans le second septénaire delà cure, et présentent, comme symptômes habituels, un léger degré de fièvre, de la céphalalgie, delà fatigue et de l’insomnie. De Laurès anoté qu’à ces phénomènes les plus fréquents se joignait quelquefois une véritable poussée vers la peau, avec éruption,démangeaisons et malaise général.

Chez les ataxiques, la crise thermale se traduit toujours par le retour des douleurs fulgurantes et l’exaltation des troubles viscéraux. Quelquefois l’excitation se produit après le traitement balnéaire : crise post-thermale. Les tabétiques semblent plus particulièrement prédisposés à cette prorogation de l’action des eaux, et il n’est pas rare, plusieurs mois après le départ de Néris, de constater l’exacerbation momentanée du mal.

Néris réclame, parmi les applications les plus caractéristiques de ses sources, le traitement des maladies des centres nerveux, et notamment de l’ateixie locomotrice. C’est de Ranse qui a le, mieux étudié la spécialisation Nérisienne de cette affection. Parmi les types si complexes et si variés de la maladie de Duchenne, on verra plus loin que, sans contredit, les cas où dominent les phénomèneij douloureux, l’hyperesthésie, l’éréthisme, sont plus spécialement tributaires de Faction des bains de Néris.

On conçoit combien, pour cette catégorie de malades, le traitement thermal a besoin d’être ménagé. On ne doit pas oublier que la crise thermale atteint plus vivenien les sensitifs, les douloureux. Il faut donc être sobre e températures élevées, interdire les bains de vapeur e d’étuves, et se complaire surtout dans l’usage de la médi cation tempérée. D’autre part, les symptômes tabétiques

dont Néris sollicite le traitement, sont des symptômes de début, à diagnostic souvent difficile ou douteux. Les praticiens de Néris ont cité quelques exemples saisissants des dangers d’un traitement balnéothérapique intempestif dans ces circonstances délicates.

LAWIALOU

Le vallon de Lamalou s’ouvre sur la vallée de l’Orb, à l’extrémité occidentale du département de l’Hérault, au milieu des contre-forts montagneux qui unissent les Cévennesà la montagne Noire, sous un climat remarquable par la pureté de son air et la douceur de sa température.

La station est constituée par trois établissements, qui sont désignés, d’après leurs positions respectives : Lamalou-le-Bas, le Centre et le Haut. L’origine de ces établissements est loin de remontera la même époque. Sans pouvoir prétendre à l’antique origine de Balaruc et de Néris, Lamalou-le-Bas s’énorgueillit d’avoir fondé la réputation du vallon thermal ©t se dénomme volontiers Lalïialou l’ancien.

Contrairement à ce qui a été signalé pour Néris et Balariic, les divers établissements de Lamalou sont alimentés par des sources de température et de composition différentes qui représentent comme des individualités distinctes d’une même famille, chacune avec sa physionomie propre et ses aptitudes particulières. De noml^i“euses buvettes, alcalines, arsenicales, ferrugineuses, associent leur action à celle des bains. Ainsi se trouvent naturellement réunies deux médications qu’on essaye artificiellement de combiner dans les autres stations de

^médullaires.

L’analyse chimique des eaux de Lamalou a été faite Pai de nombreux savants, notamment par Moitessiei en 1863 et Willm en 1880. Les principes dominants de leur “minéralisation sont les bicarbonates de soude, de magné-

sie et de fer. On y constate aussi la présence de l’arséniate de soude et de cuivre, de la chaux, potasse, lithine, manganèse, strontiane, etc. La température des eaux offre ce caractère exceptionnel d’atteindre naturellement, sans le dépasser, le degré le plus convenable à la balnéation. Gomme l’a exprimé le D'’ Donné, elles sont thermales juste au point utile.

Aussi sont-elles employées à leur chaleur native, sans qu’il soit nécessaire de les refroidir, comme à Balariic, ou, comme à Néris, de les mélanger dans des bassins spéciaux.

Vue dans la piscine, les sources de Lamalou ont un aspect louche et jaunâtre qui disparaît aussitôt qu’on les examine sous un petit volume. Cette nuance ocreuse ne tarde pas à revêtir les parois des bassins, et à teinter les peignoirs d’une couleur caractéristique. L’eau mouille peu la peau, comme à Gastein. Elle provoque des picotements et des démangeaisons assez vives. Elle est môme irritante, car elle avive les écorchures et les plaies.

Gomme effet physiologique immédiat, elle augmente fortement l’activité circulatoire, surtout sur les organes du bassin. Elle provoque de l’excitation génitale.

A Lamalou comme à INéris, il importe de distinguer Faction primitive et Faction secondaire de la balnéation.

Chez presque tous les ataxiques, l’influence du traitement se manifeste au début par une exaspération des troubles de la sensibilité qui justifie pleinement le nom de période d’excitation. Mais cette poussée thermale es passagère et disparaît presque toujours avant la fin de a cure.

Toutes les indications précédentes sont communes aux trois groupes de Lamalou ; mais cette apparence d iden tité n’exclut pas de sérieuses différences, dont le rôle es important vis-à-vis delà cure du tabès. 11 convient après avoir formulé les ressemblances j de spécifiei e dissemblances des trois établissements.

A Lamalou-le-Das, le plus fréquenté par les méduUai-

res, la température évolue de 31° à 38° pour les bains, suivant les piscines. La somme des sels dissous dans fean est égale à 2,1269, et les bicarbonates alcalins y sont en moyenne proportion. Le Centre est plus ferrugineux, à température moins élevée, avec une somme de sels dissous plus minime. Le Haut offre une température de 27° à 30% avec une proportion plus considérable d’acide carbonique. La somme des sels dissous y est de 1,4625.

La diversité des moyens thérapeutiques est grande à Lamalou. Elle a pour principal élément cette dissemblance, qui vient d’être signalée, des trois groupes de la station. Elle dépend aussi de la multiplicité des procédés balnéothérapiques dont elle est naturellement dotée et dont elle a été artificiellement pourvue : piscines, baignoires, buvettes, appareils hydrothérapiques, bains et douches d’acide carbonique, galerie d’émergence des sources thermales ou étuves naturelles, etc.

Quelle est l’importance du rôle attribué à chacun de ces procédés dans le traitement du tabès ? Sans aucun doute, c’est la balnéation qui constitue à Lamalou lé principal moyen de traitement de l’ataxie, et surtout la balnéation par les piscines. L’expérience accentue tous les jours cette prédominance.

Le groupement des trois établissements qui constituent Lamalou est une grande ressource pour la cure d une maladie aussi complexe que le tabès. Il y a là comme une gamme hydrologique, comme un clavier dont chaque touche à sa tonalité propre, que le médecin peut faire résonner à propos. J’ai établi pour les nombreuses sources des trois Lamalou une classification très simple qui est devenue la règle du vallon thermal. Elle sépare les eaux en deux groupes; le premier, d’une température plus élevée, d’une alcalinité plus concentrée ; c’est le groupe des sources chaudes. Le second, dune chaleur et d’une alcalinité moindres : c’est le groupe tempéré. Ainsi e vœu deDuchenoy trouve à Lamalou sa réalisation « qu il serait à désirer que les eaux tempérées-fussent à côte des

chaudes, les faibles à côté des fortes, pour les varier et les approprier à toutes les circonstances, à la nature des symptômes, au tempérament des malades ».

Les douches ne représentent à Lamalou, dans le traitement du tabès, qu’un rôle très secondaire. Deux méthodes sont employées de préférence ; la douche en pluie très fine, très divisée et d’une température modérée ; et l’association d’une douche brisée périspinale avec une douche chaude sur les pieds.

De nombreuses buvettes contribuent à la richesse hydrominérale du vallon. Elles représentent un auxiliaire de la médication balnéaire assez généralement mis à proüt par les ataxiques de Lamalou. Pour ne citer que les plus usitées, La Vernière et le Petit, Vichy sont digestives et diurétiques ; la première, en outre, légèrement purgative ; VUsclade agit activement sur les fonctions de l’estomac et de la vessie, si souvent troublées dans le tabes ; Capus^ ferrugineuse à un liant degré, et arsenicale, combat avec succès les troubles de l’anémie. La Mine^ Bourges^ La Nouvelle^ la Souveraine^ également ferrugineuses à des degrés divers, ont une influence du même ordre, mais plus ou moins atténuée et appropriée aux susceptibilités digestives de chaque malade. Voilà, esquissées en traits rapides, les indications caractéristiques des principales buvettes.

Elles peuvent être classées en deux groupes. L’un est doué de vertus reconstituantes. On sait combien I anémie est fréquemment associée aux manifestations tabétiques, ainsi que la débilitation produite par le surmenage, la fatigue, les excès. Le remontement de l’état généra est alors la condition expresse du succès.

L’autre groupe est particulièrement indiqué chez les malades prédisposés aux congestions sanguines. H efficacement combattre certains troubles viscéraux, dyspepsie gastro-intestinale et la gastralgie, si fréquente chez les médullaires, et la paralysie vésicale, si commune dans le tabès.

Les alîeciions chroniques de la moelle constituent 1 in- Hiration la plus vantée de Lamalou. Mais la spécialité la plus accusée de cette station a trait au tabès. De tout temps les ataxiques ont été envoyés à Lamalou. G est un fait digne dë remarque que cet envoi empirique, précédant de longtemps l’étude précise et scientifique des maladies des centres nerveux, et remontant à une époque où il ne pouvait être basé sur d’autres données que celles de la tradition et de l’observation. Nous avons déjà signalé la surprise de Duchenne de Boulogne, à l’aspect d’une réunion d’ataxiques à Lamalou, avant 1 apparition de la magistrale étude qui sortait du chaos cette maladie nouvelle. ^

Quelle que soit l’origine de cette réputation traditionnelle, elle s’est progressivement étendue, généralisée, et le nom de Lamalou est inséparable, dans 1 esprit dupiaticien, de celui du tabès. Le P*’ Grasset écrivait réceinment encore ; « Lamalou paraît avoir, dans le tabès, la plus grande valeur », et leD^Labat, à la suite dune étu e faite sur place, résumait ainsi son impression devant la Société d’hydrologie médicale : « Arrivé à Lamalou incrédule j’en suis revenu croyant. Dans la période initia e, certains faits autorisent à espérer la guérison ; dans la période d’état, l’amélioration est la règle... mal, en face duquel tous les moyens sont venus échouer Lamalou s’ouvre comme une porte de salut à aque e

faut frapper en temps opportun.»

La réunion dans le même vallon des sources emp et chaudes des trois établissements de Lamalou permei d’attaquer, avec un égal succès, et simultan ’rip la

troubles les plus divers de l’ataxie locomotrice, ce sensibilité comme ceux de la motilité Pa-'.of “P ""A

verra le témoignage dans la seconde partie e ce

An point de vue étiologique, les eaux de Lamal^ont surtout indiquées dans le tabès d’origme ^ et dans le tabès consécutif à la fatigue, a P e-ux excès. Les ataxiques anémiés et à cons i u i

vrie semblent en retirer les elTets les plus rapides et les plus nets.

Etude comparée de Lamalou, Balaruc et Néris, et de leurs similaires, au point de vue de la théra< peutique thermale du tabès. — Trois sources principales d’indications différentielles: 1“ Elément pathogénique, diathésique ou constitutionnel : 2° Elément symptomatique ; 3° Complications concomitantes. — Exposé et classement.des indications et contre-indications particulières à chaque station. — Le roulement thermal appliqué à la cure du tabès. — Conclusions et aphorismes.

Le rapide exposé dans lequel viennent d’ètre dessinées par grandes lignes, avec seulement leurs traits les plus caractéristiques, les stations françaises qui occupent le premier rang dans la thérapeutique thermale du tabès, va donner plus de sûreté et de clarté à la récherche comparée de leurs indications différentielles. La tâche, pour être ainsi rendue plus aisée, n’en reste pas moins encore remplie de difficultés et d’écueils. Mais aussi quelle tentative intéjressante et quel résultat utile que de permettre au praticien de prescrire à bon escient dans une matière aussi complexe, et de. restreindre l’application d’un remède, jusqu’alors empirique et banal, aux seuls cas ou il convient le mieux !

Non pas qu’on puisse espérer découvrir toujours la formule simple et précise qui permettrait de dire : Pour tel cas, Lamalou. Pour cet autre Néris ; et Balaruc, pour ce troisième.— Non ; car, si dans de trop rares circonstances, tous les éléments constitutifs de l’état morbide semblent désigner une source thermale parfaitement détermi née, le plus souvent, au contraire^ certains de ces élé-

menls indiquent une station, tandis que certains autres poussent au choix d’une station différente, sinon contradictoire.

En présence de cette complexité, une seule méthode permet d’aboutir h, des résultats pratiques : c’est celle qui consiste à étudier séparément, à classer, à hiérarchiser même, les éléments divers qui doivent faire la hase de l’indication.

Ces éléments, en l’espèce, peuvent se grouper en trois catégories principales.

L’une comprend les états morbides fondamentaux qui sont comme la trame sur laquelle se déroule le syndrome clinique : rhumatisme, syphilis, scrofule, etc. Cette influence du fond, de l’essence pathogénique, ces manifestations de l’état général concomitant, diathésique ou non, sera examinée en première ligne. La seconde source d’indications doit être tirée des actes morbides eux-mêmes, c’est-à-dire de la nature particulière des symptômes prédominants.

Enfin, certaines complications peuvent coexister avec le tabès. Elles ont quelquefois une part sérieuse dans la gravité du mal ou dans la déchéance de l’organisme, et sont alors de nature à modifier la prescription des sources en apparence les plus légitimes. A la recherche de ces modifications se rattache le troisième groupe des indications thermales du tabès.

Indications différentielles tirées de l’état général.

Le médecin qui étudie avec attention les résultats obtenus contre le tabès par la balnéothérapie therniale est frappé tout d’abord par une double coïncidence : c est d’une part, que les ataxiques auxquels les eaux conviennent le mieux, quant à leur ataxie, bénéficient également de la cure pour leur état constitutionnel, et qu’en revanche, d’autre part, ceux dont le traitement balnéaire

ne transforme pas avantageusement la diathèse prédominante, ne retirent de la cure aucun avantage, quanta leur affection médullaire.

En d’autres termes, les eaux ne modifient pas la maladie, sans modifier parallèlement l’organisme du malade.

Si spéciale que soit leur action thermale, si essentielle que paraisse l’affection locale à son origine, la cure balnéaire sera impuissante à atteindre directement la lésion, sans le consentement de l’économie, sans son intermédiaire ; et, toutes les fois qu’il existera entre l’action des sources et le tempérament du malade un véritable désaccord, on peut affirmer que, quelle que soit d’autre part la légitimité de l’indication, le résultat poursuivi ne sera pas atteint.

Il faut donc que la cure soit appropriée à la constitution héréditaire ou acquise du tabétique pour obtenir l’amélioration du tabès.

Première donnée clinique qui permet de poser en principe que, dans le traitement balnéaire des affections médullaires, il faut faire dépendre la direction thermale du diagnostic du fond autant et même plus que du diagnostic de la forme, et que les causes générales ou individuelles qui ont présidé à la genèse de l’ataxie ou facilité son développement, sont une source importante d’indications et de contre-indications différentielles des eaux.

La nature des causes productrices du tabès a été et reste encore l’objet de discussions et de controverses. Ce n’est pas ici le lieu d’entrer dans ce débat (l) mais, quoique la question soit encore en litige, on peut considérer comme actuellement acquise cette proposition , que les éléments étiologiques qui semblent avoir la plu®

(1) Voir mon étude : Recherches sur les causes de l’ataxie loco motrice. Progrès médical : 29 août et 5 sept. 1885.

grande importance dans la genèse de l’ataxie locomotice sont l’arthritisme, la syphilis, l’hérédité nerveuse et les abus fonctionnels.

Examinons-les tour à tour.

En tête des affections constitutionnelles qui peuvent engendrer ou accompagner le tabès, dit Grasset, je citerai le rhumatisme.il est parfaitement vrai qu’on trouve souvent chez les ataxiques un arthritisme héréditaire ou personnel, qui a préparé le terrain d’abord, et qui, ensuite, sous l’influence d’excès ou de toute autre cause, se localise sur l’axe spinal et développe dans les cordons postérieurs les scléroses que, dans des cas différents, on observe sur d’autres organes.

Voyons comment se comporte vis-à-vis des tabès ainsi produits chacune des stations thermales qui font l’objet de cette étude.

Balaruc ne convient pas aux tabétiques rhumatisants. Nous devons, écrit Bousquet (1), baser une des principales contre-indications de Balaruc sur l’existence de la diathèse rhumatismale. Si le rhumatisme s’est développé chez un sujet nervepx, excitable, on n’obtiendra aucune amélioration des eaux de cette station. Au contraire, par leur haute température et leur riche minéralisation, ces sources et leurs similaires détermineront de nouvelles poussées et réveilleront les douleurs intenses. L’expédence démontre que les médullaires rhumatisants se trouvent mal d’un séjour à Balaruc ou aux boues de

Saint-Amand.

Néris au contraire, peut revendiquer la cure des tabétiflues arthritiques à la condition toutefois que la diathèse n’ait pas produit dans l’économie un état de dégénérescence trop marqué. Quoique aucun des médecins distingués qui ont écrit sur Néris n’ait différencié à ce point de vue l’action de ces eaux dans le tabès, il semque les effets de cette station dans le rhumatisme en

' d) Bousquet. Balaruc. Thèse de Montpellier, page 49.

général, et notamment dans le rhumatisme douloureux permettent de bien augurer de cette influence dans les cas d’ataxie provoquée ou aggravée par le rhumatisme.

Mais c’est surtout pour Lamalou que l’indication est formelle. « Si derrière une maladie du système nerveux écrit Grasset, vous trouvez l’arthritisme, Lamalou est indiqué » et nous-même (1) : L’expérience m’a appris que l’action thermale de Lamalou se fait sentir d’une manière particulièrement favorable chez les malades dont les antécédents rhumatismaux sont nettement établis. Il suffira de faire remarquer que sur cent sept cas de tabétiques plus ou moins améliorés par la médication thermale, quatre-vingt-un ont pu être classés sous la rubrique étiologique de rhumatisme. U est certain que chez la plupart des médullaires rhumatisants, l’amélioration par la cure de Lamalou se manifeste avec une apparence de durée, desûreté qui forcent l’attention.

11 est donc légitime de conclure ainsi :

Bans les cas de tabès chez les arthritiques, les eaux de Lamalou sont particulièrement indiquées. Les eaux de Néris trouvent fréquemment aussi'un emploi utile- Les eauoo de Balaruc sont contre-indiquées .

Si les eaux de Balaruc ne conviennent pas aux ataxi^ ques rhumatisants, elles sont, en revanche, parfaitemcn appropriées aux médullaires, lymphatiques et scrofu e • Néris et Lamalou ne sont pas, il est vrai, absolumen^ contre-indiqués chez ces malades, surtout dans les désignées par certains sous le nom de scrofule sensi ou éréthique. Mais c’est à l’action altérante et exci an^ de Balaruc qu’il convient de recourir dans communs à la vérité, où la diathèse strumeuse est sociée au tabès. c-

(1) Indications de la cure de Lamalou, Paris, 1878.

l'existence du lymphatisme ou de la scrofule chez un tabétique indique la cure de Balaruc et des thermes salins, de préférence à celle de ISéris, de Lamalouou de leurs similaires.

On sait l’importance, la prédominance, faudrait-il peutêtre dire, de là syphilis dans l’étiologie du tabos. Quelles sont les indications thérapeutiques qui découlent, pour chacune des trois stations et de leurs similaires, de la connaissance de cette origine spéciale ?

Déclarons d’abord que ni Balaruc, ni Lamalou, ni Néris, nepeuvent être assimilés aux thermes tels que ceux d’Aix-la-Chapelle, d’Uriage, de Luchon, par exemple, où triomphe la méthode iatraleptique, et où la pratique habituelle et en quelque sorte classique, réside dans l’association des frictions mercurielles et de l’usage interne et externe des eaux. Il n’entre donc pas dans le programme de ce travail de rechercher jusqu’à quel point les stations hydrominérales augmentent la tolérance des h'ictions hydrargiriques, ni même d’établir l’utilité, très contestée (1), de cette méthode. Cette association représente plutôt un procédé spécial du traitement mercuriel une cure thermale. JElle sort donc de notre sujet.

Pour rester strictement dans les limites de cette étude, bornons-nous à constater que la coexistence de la syphi- Is et du tabès n’a donné lieu à aucune indication parti • culière, en ce qui touche les sources de Néris. Nous ^ avons trouvé, ni dans les monographies de cette stafion, ni dans les nombreux travaux dont elle a été l’obni dans les observations qui s’y rapportent, aucun

(1) A.lthauss notammeal a procédé iatraleptique ? l’oblige à faire b

rendus résultats ».

après uoe étude minutieuse des effets Aix-la-Chapelle, déclare que « son explus grandes réserves au sujet de pre-

renseignement, ni môme aucune allusion, relatifs à cette origine spéciale.

Pour Balaruc, il paraît démontré que l’action altérante de ses eaux en boisson, et aussi la stimulation si énergique de ses bains, ont jdu souvent être utilisées avec un profit incontestable chez des malades atteints de syphilis des centres nerveux à évolution torpide.

Lamalou semble avoir une valeur adjuvante encore plus grande et qui peut s’appliquer à des cas plus fréquents.Les observations publiées par différents auteurs (Privât, Belugou,’Caizergues, Ménard fils) donnent la preuve de l’influence favorable du traitement thermal de cette station chez des malades incontestablement atteints de tabès syphilitique. Dans les circonstances les plus habituelles, la cure hydrominérale a joué le rôle d’un adjuvant du reremède spécifique. Une syphilis traitée sans toniques, a écrit Courty, a beaucoup de chances de résister. Dans l’espèce, faction adjuvante de Lamalou agit, non seulement sur les forces de l’économie, mais encore sur a spécialisation médullaire. » Dans l’ataxie locomotiice, ces thermes s’adressent à la fois à l’état général du ma a et à la lésion organique ». C’est ainsi que s exprim^ le D" Gaizergues, qui a préconisé l’emploi de Lama o dans sa remarquable Etude des myélites syphilitique Concluons :

Aucune indication notable ne dérive^ 'pour Vorigine syphilitique du tabès. Balaruc et surtou malou, ont une action favorable rarement directe^ o souvent adjuvante du traitement spécifique.

L’hérédité nerveuse se retrouve chez presque ataxiques. Chez un grand nombre, l’affection mé ^ est accompagnée d’un état neurasthénique plus ou accentué, qui en exalte les manifestations sensib 6S

multiplie les perceptions douloureuses. Il est utile d’étudierl’action respective de Balaruc, de Néris et de Lamalou chez les malades de cette espèce.

Balaruc, sans hésitation, doit leur être interdit.

La contre-indication est formelle. L’éréthisme nerveux, sous quelque forme qu’il se présente, a toujours été aggravé par l’action de ces bains, dontla haute température et la riche minéralisation ne peuvent qu’accentuer la surexcitabilité et la sensibilité des neurasthéniques.

Pour Néris et Lamalou, l’indication est au contraire parfaitement légitime ; mais il faut distinguer.

Si la neurasthénie est très accentuée et prédomine sur les autres éléments symptomatiques, si elle est, en quelque sorte, en état constant d’activité et d’exaltation, alors ordonnez Néris. « Les éréthiques, dit de Ranse, les nerveuxà l’excès, les agités, retirent de Néris un calme profond ».

Si, au contraire, le nervosisme est accompagné de dépression, s’il constitue cette association paradoxale d’excitabilité et d’apathie, d’impressionnabilité et de passivité à laquelle les auteurs anglais ont donné le nom de faiblesse irritable^ alors choisissez Lamalou.

Ainsi se justifie ce nouvel aphorisme :

Les eaux de Balaruc sont absolument contre-îndi- ^uées chez les tabétiques à hérédité ou à tempérament ^^^^opathique. Les eaux de Néris contiennent particu- Lerement aux ataxiques érétiques et excitables. Les de Lamalou sont indiquées dans les cas de fai-^ irritable., quand le nervosisme est accompagné

«e dépression.

indication thérapeutique importante résulte de la "^uence, dans la genèse du tabès, delà fatigue, au sens ® plus étendu du mot, que celte fatigue soit due à Pex-

eès du travail physique : suractivité du système moteurou qu’elle soit causée par la fréquence et la vivacité des préoccupations morales : suractivité du système intellectuel et affectif ; ou quelle dépende de l’abus des fonctions génésiques; suractivité fonctionnelle du système sensitif; ou, enfin, qu’elle résulte, comme c’est souvent le cas,de l’association de ces diverses causes déprimantes.

Vis-à-vis des symptômes ataxiques dans la production desquels les abus fonctionnels, l’épuisement et le surmenage nerveux, peuvent ôtre invoqués, la supériorité d’action des eaux de Lamalou sur celles de Balaruc et de Néris peut ôtre légitimement affirmée. La reconstitution de l’organisme est alors la condition sine quà non delà rétrocession du mal. A ce titre, les buvettes reconstituantes de Lamalou s’associent parfaitement aux bains sédatifs de ses piscines. Ainsi se trouvent réunies, naturellement et dans les meilleures conditions, deux médications que l’on essaye de combiner artificiellement dans d autres stations fréquentées par les ataxiques, où l’usage es d’associer, dans le traitement du tabes, à la cure pai es bains, l’emploi des eaux minérales transportées.

D’où, la conclusion suivante :

Les eaux de Lamalou sont particulièrement dans les iahés consécutifs à la fatigue et à I produits par la suractivité des fonctions de nisme^ notamment des fonctions génésiques.

Nous pouvons aussi établir maintenant des enseignements qui précèdent aux divers tempei des malades, sous cette formule concise :

A Balaruc^ les lymphatiques et les scrofuleux, ris, les névropathes et les agités ; à Lamalou, ^ miques et les déprimés.

2” Indications différentielles tirées de l’état symptomatique.

Les troubles symptomatiques du tabès sont nombreux,, déformé variée et même contradictoire : douleurs fulgurantes et anesthésies, spasmes et parésies, éréthisme vénérien et débilité génésique, contractures et paralysies motrices...

Des manifestations aussi complexes et aussi opposées doivent, sans aucun doute, apporter les enseignements les plus utiles à l’indication différentielle, à l’opportunité comparative des différentes stations thermales recommandées contre la maladie de Duchenne. Il convient de les analyser.

Au premier rang des symptômes tabétiques, se présentent les troubles de la sensibilité, et tout d’abord les douleurs.

Lamalou et Néris agissent utilement vis-à-vis des douleurs fulgurantes.

Eu ce qui concerne la première de ces stations, tous es observateurs sont unanimes dans leurs constatations. ‘^ Lamalou possède une action des plus nettes sur les phénomènes sensitifs. Il calme sûrement les douleurs » (Grasset. Leçons cliniques).— Et le D' Privât, avec l’auei’ité de sa longue expérience : « Les crises douloureu- ®6s deviennent moins fréquentes et moins intenses ». — ® D' Gros (de la Douleur) « La sédation des douleurs généralement obtenue à Lamalou après une ou plusieurs cures ». — « On peut affirmer que les désordres ® la sensibilité sont tributaires de la cure de Lamalou » 'Belugou, loc. cit. Il serait facile de multiplier les citations .

B en est de même pour Néris. La constatation de leur action utile dans les désordres sensibles a été établie par les médecins de la station. « Parmi les désordres si

bizarres de l’ataxie locomotrice, écrit Morice, les douleurs fulgurantes et l’éréthisme sont rapidement améliorés h Néris ».—Et de Ranse ; « Les cas où dominent les phénomènes douloureux réclament l’action sédative de Néris».

Ces deux stations sont donc également fondées à réclamer la cure des phénomènes douloureux de l’ataxie. Le choix à effectuer entre l’une et l’autre ne manquera pas quelquefois d’ètre embarrassant. Le médecin devra tenir compte alors des éléments précédemment formulés. Il faut savoir, à l’occasion, grouper les médications, les subordonner les unes aux autres et les hiérarchiser.

Quant à Balaruc, l’existence des douleurs vives a toujours été considérée comme une contre-indication formelle de ces thermes. Il ne faut jamais, a écrit leD'Brousse, employer les eaux de Balaruc lorsque les phénomènes douloureux ont pris une grande intensité. Et dans sa monographie, le D’’ Bousquet déclare que l’hyperesthésie contre-indique toujours les sources de cette station.

Vis-à-vis des troubles sensibles du tabés^ tels que douleurs fulgurantes^ hyperesthésies^ Balaruc est contreindiqué. U expérience a prouvé au contraire Vefficacit des sources de Lamalou et de Néris contre ces mêmes symptômes.

Les désordres qui intéressent les fonctions de la vessie et de l’intestin sont des plus fréquents dans le ils peuvent se manifester à une époque très rappro^^ du début. .

La réte-ntion d’urine a plus de chance d’être favora ^ ment modifiée à Balaruc ou à Lamalou qu’à Lamalou, la balnéation peut être secondée par 1 emp ^ opportun de certaines buvettes : la Yernière, l’Uscla Balaruc, les injections d’eau minérale ont été etnp concurremmentavec les bains. M. Planche a comniumî les succès qu'il a retirés de ces injections, dans les lysies vésicales. En regard, signalons que Grasset aU

rincontinence d’urine comme une contre-indication de Balaruc.

L’influence de ces thermes salins est encore plus manifeste contre la constipation, si fréquente dans le tabès. Dans ce cas, le rôle prépondérant est dévolu à la boisson, suivant le procédé de Fonssagriyes. On* se rappelle que c’est au chlorure de sodium que l’eau de Balaruc doit ses propriétés purgatives.

La paresse intestinale peut être aussi modifiée à Lamaloii ; mais l’action de ces thermes est à cet égard moins sûre et moins précoce. On ne saurait y compter. En revanche, cette station influence avantageusement le symptôme pénible décrit par Fournier sous le nom d’incontinence anale, et l’anesthésie qui l’accompagne.

Concluons ;

Balaruc et Lamalou conviennent aux %)arèsies vési-cales et intestinales. Contre la constipation., Balaruc doit être placé en première ligne. Lamalou doit être Vrèférê dans les cas de parésie vésicale avec incontinence.

Les troubles des fonctions génitales sont presque constants, dès l’origine même du tabès. Ils consistent, comme on sait, dans une dépression plus ou moins marquée des facultés génésiques. Il est généralement admis que la défaillance virile, dans cette affection, est chronologiquement précédée d’une surexcitation de la fonction. Cet éréthisme tnitial comporte l’indication de Néris. Il en est de meme des crises clitoridiennes. Le médecin songera d’abord à

ôris, en présence de ce désordre, si bien décrit par Pitres.

Lansle cas plus habituel de débilité génésique ou d im- Pnissance, l’influence favorable de Lamalou est incontestable. Tous les savants qui ont étudié l’action physiologique

Lamalou ont constaté l’activité circulatoire provoquée par l’emploi balnéaire de ces eaux sur les organes du baset l’excitation génitale qui en résulte. Ce n’est pas

tout. A cette influence particulière des bains sur l’appareil sexuel s’associe l’effet stimulant des eaux en boisson. C’est ainsi qu’à Lamalou, la balnéation, déjà si efficace par elle-même contre l’atonie génitale, possède, comme puissants auxiliaires, des buvettes dont l’action reconstituante et remontante s’exerce dans le môme sens. Aussi est-ce une des réputations les plus justifiées de ces thermes que ses bons effets sur la débilité ou l’insuffisancè vénériennes— il ne saurait s’agir de l’impuissance absolue, — ainsi que sur les pertes sérninales qui accompagnent souvent la première période du tabès.

Chez les tabétiques^ Véréthisme vénérien indique Néris, tandis que Vaffaiblissement viril ou les pertes séminales indiquent Lamalou.

Les troubles tabétiques de la motilité sont les plus rebelles aux modifications du traitement thermal. Ces troubles sont de plusieurs ordres, comme on saiC et affectent les degrés les plus divers.

Il n’est pas rare, au début de l’affection, qu’ils se manifestent seulement sous forme de lourdeur et d’engourdissement, avec épuisement rapide. Cette sorte de parésie musculaire : lassitude, jambes de plomb, antérieure aux désordres de la coordination, est en général heureusement modifiée par les cures thermales de INéris et de Lamalou, mais surtout par celle de Lamalou.

Il en est de même des phénomènes d’ordre paralytique, de l’hémiplégie qui s’associe au tabès dans quelques cii-

constances exceptionnelles^ et que Fournier a cliniquement

décrite sous le nom d’ataxo-paraplégie. Mais c’est Balaruc qui a le droit de réclamer dans ce cas l’indication prédominante, surtout, ce qui est d’observation constante, si la maladie a revêtu dès l’abord une forme torpide

et à réactions lentes.

Bien plus fréquent, bien plus important, est ce déiè

glement spécial et si caractéristique des fonctions motrices, cette incoordination musculaire qui a donné, à la maladie son nom le plus répandu : l’ataxie. "Vis-à-vis de ce symptôme capital, le choix de Lamalou s’impose. Non qu’il soit permis par cette indication d’escompter la disparition de l’incoordination motrice. Mais ce qu’on peut à bon droit espérer du traitement thermal de Lamalou, c’est d’enrayer le développement progressif de ce trouble majeur, souvent même, ainsi qu’on en trouve des exemples dans les monographies spéciales, les médecins ont eu la bonne fortune de constater que, grâce à des cures successives et régulières, ce maintien relatif de la coordination ne s’est pas démenti pendant une observation longtemps prolongée.

Il est donc permis d’émettre l’affirmation suivante :

Les troubles tabétiques de la motilité sont les plus 'i^èsistants à Vaction thermale. Cependant, Vataxo-para- V^égieest tributaire de Balaruc. A Lamalou doivent être envoyés de préférence les incoordonnés, les ataxiques Vroprement dits.

3° Indications différentielles tirées des complications concomitantes.

Les complications qui accompagnent si fréquemment i ataxie peuvent aussi apporter un utile élément d’appréciation dans le choix de la station thermale.

L importance de cet élément s’accroît naturellement en raison de la gravité de la maladie surajoutée au tabès, et surtout de la part plus ou moins grave qu’elle a pris à ^ déchéance de l’organisme.

Aussi convient il d’étudier en première ligne les indications différentielles qui peuvent résulter pour le traiteuient hydrominéral de la coexistence d’une maladie du Cœur et de la sclérose médullaire.

L’association d’une affection cardiaque au tabes est fréquente, à tel point qu’elle a inspiré à certains auteurs l’idée d’un groupe de maladies de cœur secondaires (?*■ Grasset).

Il est certain que l’état de la circulation joue un rôle important dans le développement de la plupart des lésions de la moelle, et que certaines altérations des organes qui y président, l’artério-sclérose par exemple, doivent être classées au nombre des provocations patbogéniques qui donnent le plus souvent naissance aux affections des centres nerveux.

Quelle est l’influence spéciale de Balaruc, de Néris ou de Lamalou, et de leurs succédanés, dans les cas de tabès compliqués de troubles cardiaques ?

Il y a peu de temps encore, une semblable question eût constitué une hérésie, la récusation absolue de tout traitement balnéaire dans les maladies du cœur représentant un véritable dogme thérapeutique. Les derniers Congrès d’hydrologie, les savantes discussions de la Société d’hydrologie de Paris, ont singulièrement atténué, pour ne pas dire plus, la rigueur des contre-indications relatives aus troubles circulatoires. On n’a plus le droit, par le seul fait qu’un ataxique est affecté de symptômes cardiaques, et même d’une dégénérescence de tissu, de renoncer, sans plus ample informé, au bénéfice du traitement thermal.

Il convient cependant d’exclure des eaux qu’on peut alors autoriser les sources fortement minéralisées et celles qui possèdent une température très élevée. Leur caractère excitant provoque toujours une tendance congestive fort dangereuse pour les cardiaques. Balaruc donc et les stations similaires sont absolument contre-indiqués. Néris pourra convenir, mais sous la réserve formelle, nettement spécifiée par le D*" Morice, que la chaleur native de 1 eau sera atténuée par les bassins réfrigérants. Quant à Lamalou, la température des sources oscillant entre 28° et 3o , suivant les établissements, on peut dire que cette station présente les conditions naturelles les plus favorables

aux labétiques souffrant du cœur et de la circulation.

Qu’il s’agisse des bains refroidis de Néris ou des sources de Lamalou à leur chaleur vraie, l’emploi du traitement thermal, chez les médullaires cardiaques, exige les plus grandes précautions.

C’est ici qu’il faut appliquer le précepte d’Ambroise Paré : Peu à peu faict. Il est bien entendu du reste qu’il ne s’agit pas, en ces circonstances, de traiter une maladie de cœur chez un tabétique, mais un tabès compliqué d’état cardiaque. Le malade aura recours au bénéfice de la cure thermale, non pas 'parce que^ mais quoique il existe un désordre de la circulation. C’est en ces termes limitatifs que l’indication doit être énoncée. En voici la formule :

Balaruc est absolument contre-indiqué chez les tabétiques cardiaques. Il est légitime., au contraire., de recourir chez ces malades à l’action des bains naturelleïïhent tempérés de Lamalou., ou de ceux de Néris., Wèalablement tempérés dans des bassins réfrigérants.

Les troubles trophiques constituent une complication ^^Habés assez fréquente pour que la généralité des ailleurs les ait classés au nombre des symptômes mêmes

® cette affection. Cette place ne saurait leur appartenir, puisqu’ils sont presque toujours dus à des lésions nerveulocales, émancipées de toute dépendance avec 1 axe ^^diillaire. Complications ou symptômes, ces désordres ®un.t de plusieurs genres. Tantôt ils se manifestent par la ^(^ute des ongles, la chute des dents, par le mal perforant: yiS'à'vis de ces troubles trophiques, dont la nature est Identique et qui coexistent fréquemment, l’expérience a depuis longtemps démontré l’action favorable de Lama-

Tantôt ils prennent la forme d’éruptions particulières,

®zona principalement; et alors, ils sont plus particuliè- "“"dient justiciables de la cure de Néris. D’autres fois en-

fin, ils consistent dans l’évolution d’une arthropathie tabétique, dont la constatation doit faire songer à Balaruc

Des symptômes d’atrophie musculaire s’ajoutent souvent aux accidents de l’incoordination motrice. Dans cet état, que Fournier propose d’appeler l’ataxo-atrophie, le traitement thermal de Lamalou sera d’uné application judicieuse et presque toujours suivie de succès.

Les indications qui précèdent peuvent être ainsi résumées :

Les troubles trophiques qyeu'oent être modifiés par Vaction thermale', le mal perforant et l'atrophie desmuscles par Lamalou ; le zona et les éruptions par Nèris; les arthropathies par Balaruc.

Le tabès est quelquefois associé à des symptômes cérébraux, passagers ou persistants, qui tantôt lui servent de prélude, tantôt l’accompagnent à des étapes variables de son évolution.

Ces troubles affectent des degrés très dissemblables. Le plus souvent, ils sont simplement d’ordre sensitif.

L’intelligence reste normale, mais le patient, en proie au chagrin, est moralement déprimé. Ayez alors recours à l’action reconstituante de Lamalou.

Conseillez également Lamalou dans le cas de vertiges, associés plus fréquemment qu’on ne croit, à la maladie de Duchenne.

Ce sont là les plus légers parmi les désordres d’origioo

cérébrale. Les plus graves constituent la pseudo-paralysie

générale des tabétiques, et même représentent la vérita ble péri-encéphalite diffuse, dont le tabès, au dire e certains, ne serait lui-même qu’une émanation ou qu forme. En face de cette redoutable évolution, les eaux minérales ne sauraient représenter un moyen d actiou bien efficace. Si cependant les circonstances médecin à associer la balnéothérapie aux autres procé

du traitement, c’est à Balaruc qu’il devrait recourir de préférence.

Rarement, l’alaxie débute par des ictus congestifs, apoplectiformes, ou aphasiques. Dans d’autres cas, rares aussi, le premier phénomène est une hémiplégie plus ou moins persistante. Le malade se présente alors à la fois comme un médullaire et un cérébral, et c’est à Balaruc ou aux eaux similaires qu’appartient l’indication dominante .

Il convient donc de soigner à Lamalou les tabétiques moralement et intellectuellement déprimés. Il faut réserver pour Balaruc les troubles cérébraux profonds et surtout la paralysie générale., dans les cas exceptionnels ou on pourra recourir à la médication thermale.

4“ Modifications successives de l’indication différentielle.

Les sources principales d’indications^ qui peuvent faciliter le choix de la station thermale convenant le mieux à ^ncas de tabès déterminé, viennent d’être successivement examinées dans les pages qui précèdent.

Les diathèses, les causes générales qui engendrent cette ’^aladie ou qui l’entretiennent, ont déterminé une preûiière sélection.

Le tempérament morbide, les dispositions créées chez 'Chaque malade par le tabès lui-même^ comme le nervo- ®*snie ou l’anémie par exemple, ont fait l’objet de nou- ^^lles et importantes distinctions.

L analyse des symptômes^ et enfin, 1 étude des piinci P^l^s complications a permis de déterminer encoie avec P'is de précision le choix opportun.

Mais, qu’il s’agisse d’états généraux, individuels, symptomatiques, associés, les indications afférentes à chaque

cas peuvent s’intervertir et se suivre. Le nervosisme exalta peut faire place à l’anémie profonde ; la douleur fulgurante peut cesser alors que l’incoordination commence^- à 1 éréthisme vénérien succède l’impuissance, et l’incontinence d’urine au ténesme vésical. Le médecin devra tenir compte de cette nouvelle modalité de l’organisme ou de ce nouvel aspect de la maladie, et modifier son choix suivant que se modifie l’indication thérapeutique.

Ces modifications successives constituent ce que Tillot a parfaitement dénommé le roulement thermal : roulement légitime, à la condition d’être aussi éloigné de finconstance sans motif que de l’obstination systématique.

Les formules thérapeutiques précédemment exposées permettent d’adopter ce roulement, qui doit toujours être justifié par une transformation de la maladie, aux sources d’indications nouvellement survenues. Il est inutile de les énumérer une fois encore. Qu’il me soit permis de faire remarquer seulement que ces modifications de cure peuvent s’effectuer à Lamalou même, sans changer de station. La multiplicité des sources de Lamalou, leur diversité a déjeà été signalée.

Il y a là comme une gamme hydrologique, comme une série thermo-minérale allant du chaud au tempéré, du stimulant au sédatif. Passer d’un groupe de cette série à un autre groupe, c’est faire du roulement thermal, et, qui mieux est, du roulement thermal sur place.

Ainsi sejustifie le dernier aphorisme de ce travail :

Les changements symptomatiques si fy'équents le tabès peiwerd déterminer des changements dans dication thermale. Lamalou a cet avantage que ce toulement thermal peut s'effectuer sur place, grâce à lu variété des sources rature.

Clermont (Oise). —

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