BALARUC
' La station de Balaruc est située à l’extrémité sud de l’Hérault, sur les bords de l’étang salé de Thau, dont la vaste surface, en communication constante avec la Méditerranée, représente en réalité une portion de mer.
Le climat de cette région est d’une extrême douceur pendant le printemps et l’automne ; mais les chaleurs de l’été sont excessives. Les malades doivent absolument éviter d’effectuer leur cure pendant la période caniculaire.
L’histoire de Balaruc est ancienne ; d’Aigrefeuille raconte que les étuves de Montpellier, en grande réputallon, furent abandonnées quand les eaux de Balaruc prirent de l’extension, sous l’impulsion de Rondelet, le H Rondibilis de Rabelais. Mais cette lointaine vogue n’était elle-même qu’un retour de faveur, datant de l’époque Romaine. C’est à la fin du XYI® siècle que Balaruc atteignit le point culminant de sa prospérité. En 1578, parut ouvrage deDortoman, médecin de HenriIV, sur les cauet les effets de ces eaux ; De causis et effectibus aquarum Belilucanarum ; et en 1706, Chirac guérit par les ®nux de Balaruc le régent de France, Philippe d’Orléans. Cos deux dates constituent l’épopée de Balaruc. Puis vint «ne longue période de défaveur et d’oubli, qui persiste encore, et qui semble résister au mouvement de rénovations qui entraîne actuellement l’iiydrologie française.
Les eaux de Balariic appartiennent à la classe des chlorurées sodiques fortes : eaux muriatiques chaudes. Leurs principaux caractères sont leur richesse en s^l marin (7 g. 45) et leur haute thermalité ; 45 “ à 50 *. Elles méritent bien l’ingénieuse dénomination d’eaux de mer chaudes que leur a donné Grasset.
L’aspect de l’eau est limpide et transparent. Sa saveur est salée et amère. Prise en boisson, à petite dose, elle est rapidement absorbée et stimule la nutrition. C’est cette action que Rousset appelait l’effet altérant. Fonssagrives la compare à l’influence du chlorure de sodium dans l’engraissement des chevaux. C’est, en réalité, une confirmation des règles posées par le D*' Albert Robin à propos de la médication chlorurée sodique, à savoir ; indication dans les états morbides avec diminution des échanges azotés (hypoazoturie), amoindrissement des oxydations azotées, et action d’épargne sur les tissus riches en phosphore.
A doses plus élevées, l’eau de Balaruc est laxative, purgative même, suivant la quantité, Rotureau (1) a soigneusement attiré l’attention des médecins sur la ténacité de cette action, même après la cure, et sur les diarrhées rebelles qui en sont la conséquence.
Les doses de l’eau en boisson et ses effets immédiats doivent donc être toujours attentivement surveillés. Est-il besoin d’ajouter que, chez les ataxiques, cette action perturbatrice peut devenir encore plus fâcheuse, surtout dans les cas assez fréquents de ténesme intesti nal, d’incontinence anale ou de diarrhée tabétique ?
Les bains de Balaruc peuvent être pris à des températures variées. La chaleur naturelle de l’eau oscille, il es vrai, entre 45° et 50°, température évidemment trop é e vée pour la balnéation. Aussi est-on obligé de laisser re froidir en réservoir une partie de l’eau des sources. G es par l’addition de l’eau ainsi refroidie à l’eau de therma lité naturelle qu’est obtenu le mélange balnéaire.
(1) Traité sur les principes des eaux minérales, 1859.
mélange peut aller de 25° à 40'’ suivant le cas. La baignoire est le mode de balnéation exclusivement usité.
L’action du bain est extrêmement excitante. Sous son influence, la peau rougit vivement. La stimulation des terminaisons nerveuses cutanées est assez intense pour provoquer la production des réflexes. Aussi l’administration du bain aux malades tabétiques, même dans les cas les mieux indiqués, exige-t-elle une surveillance rigoureuse, surtout en ce qui concerne la durée. Cette réserve ne s’impose pas seulement, comme on serait tenté de le croire, aux formes douloureuses, hyperesthésiques, du tabes, aux cas où prédominent l’excitabilité et la faiblesse, toutes circonstances dans lesquelles, on le verra, l’emploi des bains de Balaruc est particulièrement difficile. Elle est nécessaire chez tous les ataxiques, même les plus chroniques et les plus torpides. Chez ces derniers malades, dont Balaruc réclame particulièrement la cure, la durée de l’immersion devra souvent être réduite au minimum, et la température de l’eau ramenée au degré le plus modéré.
Les procédés de la douche, à Balaruc, sont tout à fait primitifs. Ils ne consistent plus cependant, comme encore tout récemment, à projeter sur les malades, à l’aide dune cruche, un gros jet d’eau minérale à 50°. Néannaoins, pour être moins barbare, l’administration de la douche provoque toujours une excitation si violente, et produit des effets congestifs si fréquents, qu’on doit la annir catégoriquement de là thérapeutique antiataxiflue de cette station.
Sans être aussi absolue, une réserve encore très rigoureuse doit diriger l’emploi des boues minérales, très usité ^ Balaruc. Ce sont des terres rapportées de 1 étang et plongées dans les réservoirs que traverse l’eau thermale cri sortant de son bassin de captage. Ces boues sont forlonient minéralisées et provoquent une action révulsive intense. Leur application locale et limitée peut convenir sans doute aux troubles anesthésiques, assez fréquents
dans le tabès ; mais leur emploi général : le bain d boue proprement dit, doit être interdit aux ataxiques^
L’eau de Balaruc s’administre encore en bains depieds thermaux, et même en injections vésicales. Le Planche prétend avoir retiré les meilleurs effets de ces injections dans les paralysies vésicales (1). C’est une indication à noter pour les parésies du sphincter vésical, qui constituent un signe vulgaire de la maladie de Ducheni^.
C’est principalement par ses succès contre le symptôme « paralysie » que Balaruc a conquis sa légitime notoriété, et, pour mieux préciser encore, c’est surtout dans la cure des paralysies d’origine cérébrale que réside sa véritable, son incontestable spécialisation.
Pour le tabès, l’indication est moins nette. LeD‘'Fonssagrives, il est vrai, a rendu témoignage, dans son traité de thérapeutique, de la confiance exceptionnelle qu’il avait dans ces eaux, prises en boisson, contre l’ataxie locomotrice ; mais il n’a rien formulé. Le D"" Brousse a publié, en 1882, dans le Montpellier médicaX^ les observations de quelques tabétiques traités par les eaux de Balaruc. Deux de ces malades furent notablement améliorés. Les autres, au contraire, subirent une aggravation. Les deux améliorations obtenues sont attribuées par M. Brousse à l’action reconstituante des eaux sur l’ensemble de l’organisme. Quant aux aggravations, elles ont suggéré à cet auteur l’indication suivante : «Balaruc ne doit être employé dans l’ataxie locomotrice que lorsque les phénomènes douloureux sont nuis ou peu intenses. » Observation judicieuse, dont nous tirerons profit dans l’examen comparatif qui fait l’objet de ce travail.
On sait l’importance qu’acquiert, en thérapeutique thermale, la connaissance de l’état morbide fondamental qui existe sous le syndrome clinique, Or^ la scrofule a toujours été traitée avec succès à Balaruc, cette eau de mer chaude. Si donc, derrière l’affection du centre nerveux,
(1) Planche. Balaruc-les-Bains, 1886 Mémoires de l’Académie des bciences et lettres de Montpellier.
derrière le tabes, se trouve un fond lymphatique ou scrofuleux, l’indication de Balaruc se présentera dans sa forme la plus expressive.
Par ce court exposé préliminaire, on conçoit que les eaux de Balaruc sont des eaux puissantes, qu’il est indispensable de manier avec précaution. Tant qu’un processus actif se développe, et même tant que l’évolution progressive de la sclérose n’est pas complètem ent arrêtée ,il faut tenir en méfiance ces sources excitantes qui peuvent faciliter l’essor d’une nouvelle poussée vers le centre médullaire.
Si, au contraire, le malade ne présente plus que les conséquences d’une lésion déjà enrayée, si tout phénomène congestif s’est éteint, surtout enfin si le tabès est invétéré, torpide, et si les phénomènes sensitifs sont au minimum, tandis que les troubles paralytiques sont accusés, et, d’autre part, si derrière les phénomènes ataxiques se trouve un fond lymphatique ou scrofuleux, alors, 1 utilité de Balaruc s’affirme et se précise.
Nous justifierons plus tard et nous développerons con- Iradicloirement les diverses formes de cette indication. Mais, qu’on ne l’oublie pas, même dans les circonstances les plus favorables, l’emploi des eaux de Balaruc exige beaucoup de prudence et de tact. Restriction qu’il faut ^Ppliquor sans réserve aux sources de Bourbonne, de Wilde Naüheim, comme aux boues de Saint-Amand.