VI AVERTISSEMENT
laisser subsister des doutes, sont aujourd^hu des faits avérés, tant sont fécondes les méthodes appliquées à l'observation de la nature, quand elles sont mises en œuvre par les grands esprits qui ont su faire dans le do* maine de la science la part légitime de Timagination. Il n'est pas jusqu'à l'aveu sincère d'erreurs inévitables qui n'augmente encore la confiance, sans rien ôter à l'étonnement. Soit que M, de Humboldt prévoie toutes les ressources que peut fournir à la navigation la loi de l'intensité magnétique, soit qu'il circonscrive et montre presque du doigt les sources inexplorées de l'Orénoque, il semble que la nature prenne soin elle-même de ratifier les promesses de l'observateur; on sent entre elle et lui un commerce intime et presque une solidarité mystérieuse.
A son retour en Europe, au moment où il lisait les Tableaux de la nature à l'Académie de Berlin, M. de Humboldt était ému de la tristesse qui frappait ses yeux; il recommandait la contemplation de la nature comme
DU TRADUCTEUR. Vil
un remède^ ou du moins comme une distraction puissante à cette disposition des esprits; aujourd'hui , après un intervalle de plus de quarante années , il retrouve la même tristesse, plus générale et plus profonde. Les circonstances, sous ce rapport, sont plus que jamais favorables au succès de ce livre. Nous ne sentons que trop le besoin de nous arracher en pensée aux lieux que nous habitons, pour aller chercher dans les contrées lointaines, au milieu des vastes déserts, ou sur les cimes des montagnes, plus de lumière et de calme, et élever nos âmes vers la divine puissance qui veille à rharmonie du monde.
Août 1850.