ANIMAUX ERBANT DANS LES LLANOS
Dans les steppes de Caracas errent en troupeaux nombreux les animaux désignés sous le nom de Cervus mexicanus; jeunes, ils ont la peau tachetée et Tapparence du chevreuil. Nous avons aussi trouvé, ce qui a droit de surprendre sous un climat aussi brûlant , des Yariétés complètement blanches. Le Cervus mexicanus ne s'élève pas sur la pente des Andes , près de Téquateur, à une hauteur de plus de 700 à 800 toises; mais à 2000 toises se trouvent des cerfs de haute taille qui souvent aussi sont blancs, et que je serais embarrassé de distinguer du cerf européen par aucun signe spécifique. Le Cavia capybara, nommé Chiguire dans la province de Caracas, est ce malheureux animal qui est poursuivi dans Teau par le crocodile et dans la plaine par le jaguar. Il court si mal que souvent nous avons pu le saisir avec la main. On fait fumer les extrémités de ce cabiai en guise de jambon ; mais l'odeur de musc qu'il répand le rend fort désagréable au goût. Nous préférions sur le bord de TOrénoque les jambons d'ànes. Les animaux à exhalaisons fétides, mais marqués de raies élégantes, qui habitent ces lieux , appartiennent au genre Yiverra ; ce sont les Yiverra Mapurito, Zorriila et vittate*
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LES GUARAUNOS ET LÈS PALMIERS MAURITIA.
Le petit peuple des Guaraunos ou Guaranis nommé dans la Guyane anglaise Warraws et par les Caraïbe» U-ara-u, habite le delta marécageux et le réseau des fleuves de TOrénoque , particulièrement les bords du Manamo Grande et du Cano Macareo. Ils se sont aussi répandus , sans beaucoup changer leur genre de vie , sur le littoral compris entre les embouchures de TEssequibo et la Boca de Navios de TOrénoque (comp. Humboldt, Relation historique, t. I, p. 492; t. II, p. 653 et 703, avec Richard Schomburgk, Reisen in Britisek Guiam, 1" part., 1847, p. 62, 120, 173 et 194). D'après le témoignage du naturaliste éminent quie je viens de nommer, il existe encore aujourd'hui 1700 Guaraunos épars aux environs de Cumaca et le long du Rio Barima qui va se jeter dans le golfe de la Boca de Navios. Le grand historien Bembo, contemporain de Christophe Colomb, d'Amerigo Vespucci et de AJonso de Hojeda, connaissait déjà les mœurs de ceux des Guaraunos qui habitent le delta de TOrénoque. Il dit dans ses Historiœ Venetx (1551, p. 88), « quibusdam in locis propter paludcs incolse domus in arboribus œdi • ficant. » Il est au moins extrêmement vraisemblable que le cardinal Bembo a eu en vue les Guaraunos répandus autour de l'embouchure de FOrénoque, plutôt
que les indigènes qui habitent près de l'entrée du goire de Maracaibo, à Tendroit ou Alonso de Hojeda, accompagné de Vespucci et de Juan de la Cosa, trouvait aussi, au mois d'août 1499, une population « fondata sopra Tacqua come Venezia » (voyez le texte de Riccardi reproduit dans mon Examen critique, t. IV, p. 296). La Relation de Vespucci dans laquelle nous trouvons indiquée pour la première fois Tétymologie du nom de Venezuela ({petite Venise), appliqué à la province de Caracas, ne parle que de maisons bâties sur pilotis, et non d'habitations au milieu des arbres.
Sir Walter Raleigh nous fournit un témoignage plus rapproché de nous et à l'abri de toute contestation. Il dit expressément avoir vu à l'embouchure de l'Orénoque, lors de son second voyage en 1575, les feux des Tivîtives ou Qua-rau-etes (c'est ainsi qu'il nomme les Ëuaraunos) briller dans le haut des arbres (Raleigh, Discovery of Guiana, 1596, p. 90). Dans l'édition latine publiée sous le titre de : brevis et admiranda Descriptio régni Gnianœ (Norib., 1599, tab. 4), on lit une description de ces feux. Raleigh le premier apporta en Angleteire des fruits du palmier Mauritia qu'il compare très- Justement, en raison de leurs écailles, à des pommes de pin. Le Père José Gumilla, qui visita deux fois les Gua* raunos comme missionnaire, dit à la vérité qu'ils habitent dans les Palmarès ou buissons de palmiers qui croissent au milieu des marais; mais il se contente de mentionner quelques habitations flottantes suspendues à
des pieux élevés et ne dit rien des planchers fixés sur des arbres encore couverts de feuillage (Gumilla, EUtoria natural, civil y geographica de ktë Naciones situadas en las riveras del RioOrinoco. Nuevainipr.l791t p. 143, 145 et 163). Hillhouse et Sir Robert Schomburgk sont d'avis que Bembo etRaleigh ont été trompés tous deux, Tun par les récits qu'il a recueillis, l'autre par le témoignage même de ses yeux; que des feux placés au dessous des palmiers en éclairaient le <e,et que les navigateurs qui passaient auprès croyaient voir les habitations des Guaraunos fixées au sommet des arbres: « We do not deny that, in order to escape the attacks of the mosquitos, the Indian sometimes suspends his hammock from the tops of trees ; but on such occasions no fires are made under the hammock. » (Comp. Journal of the royal geogr. Society , t. XII , 1842, p. 176 ; Description ofthe Murichs or lia Palm, read in the meeting of the Britisch Association held at Cambridge, june 1845, imprimé dans le Colonial Magazine de Simond; et Raleigh, Discovery of Cruiana^ édit. de Sir Robert Schomburgk, 1848, p. 50.)
Le beau palmier Moriche, Mauritia flexuosa, Quiteve ou Ita-Palme , appartient , d'après Martius , aussi bien que le palmier Calamus, au groupe des Lepidocariées ou Coryphinées. Linné en a donné une idée très-inexacte, en disant qu'il est sans feuilles. Le tronc peut avoir jusqu'à 25 pieds de haut, mais il n'atteint probablement cette élévation qu'à 120 ou 150 ans. On rencontre
le Mauritia à une grande hauteur sur la pente du Ouida, au nord de la mission d'Esmeralda, où j'en ai vu moi-même d'une grande beauté. Il forme, dans les lieux humides, de magnifiques groupes de verdure fraîche et brillante, qui rappelle la verdure des Aunes. Son ombre conserve aux autres arbres un sol humide ; aussi les Indiens disent-ils que le Mauritia a la propriété mystérieuse d'attirer l'eau autour de ses racines. C'est en vertu d'une théorie semblable qu'il ne faut pas, suivant eux, tuer les serpents, parce que leur destruc • tioD entraînerait le dessèchement des flaques d'eau (lagunas). Ainsi l'enfant grossier de la nature confond la cause et l'effet. Gumilla nomme le Mauritia flexuosa des Guaraunos, Tarbre de vie, arbol de la vida. Sur la montagne de Ronaima, à l'est des sources de l'Orénoque, le Mauritia croît à une hauteur de 4000 pieds. — Dans l'intérieur de la Guyane, sur les bords inexplorés du Rio Atabapo, nous avons découvert une nouvelle espèce de Mauritia dont la tige est garnie d'épines, et à laquelle nous avons donné le nom de Mauritia aculeata (Humboldt , Ronpiand et Kunth, Nova gênera etspecies Plantarum, 1. 1, p. 239-255 ).
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