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DE LA CULTURE DES PLANTES CÉRÉALES

, Les mêmes ténèbres qui couvrent la patrie primitive des animaux domestiques, compagnons inséparables de l'homme depuis les plus antiques migrations, cachent aussi le lieu où ont originairement pris naissance les plantes céréales. Ces plantes sont appelées en allemand ^Qreîraide, mot dans lequel Jacob Grimm a retrouvé ingénieusement l'ancien mot gitragidi^ getregede, de iragan porter; ce sont en quelque sorte les fruits apprivdsés, les fruits les plus à la portée de l'homme, fruges, frumentum, de même que l'on oppose les animaux apprivoisés aux animaux sauvages. (Jacob Grimm, Guehiehte der deuischen Sprache, 1848, l'* part., p. 62.)

C'est sans contredit un phénomène très-surprenant qu'un côté de notre planète soit habité par des peuples auxquels le laitage et la farine de toutes les graminées à épis étroits, telles que les Hordéacées et les Àvénacées ont été de tout temps complètement inconnus, tandis que dans l'autre hémisphère, presque toutes les nations cultivent les céréales et élèvent les animaux qui donnent du lait. L'ancien et le nouveau monde peuvent être caractérisés par la différence des graminées que Ton y cultive. En Amérique, on ne récolte que du mus entre le 52" degré de latitude septentrionale et le 46** de latitude méridionale. Dans l'ancien continent au contraire, depuis les époques les plus reculées auxquelles remonte l'histoire , nous découvrons de tout cdté des céréales, partout sont cultivés le froment , l'orge , l'épeautre et l'avoine. D'après une antique croyance que rapporte déjà Diodore de Sicile (1. Y, c. 2), il pousse une espèce de froment sauvage dans les campagnes de Leontini, en Sicile. La Fable nous apprend aussi que Cérès fut trouvée dans les prairies alpestres d'Enna; enfin Diodore raconte que « les Atlantes ne connurent pas les fruits de Cérès, parce qu'ils s'étaient séparés du reste des hommes, avant que ces fruits eussent été montrés aux mortels. » M. Sprengel a recueilli plusieurs passages intéressants , d'après lesquels il serait tenté de supposer que la plus grande partie des céréales cultivées en Europe, croissaient originairement à l'état sauvage dans le nord de la Perse et de l'Inde.

Le blé d'été, par exemple, viendrait spontanément dans le pays des Musicans, Tune des provinces de l'Inde septentrionale (Strabon, 1. XV, p. 1017); Torge, « antiquissimum frumentum, » comme rappelle Pline, et la seule céréale connue des Gouanches croîtrait en Géorgie sur les bords de TAraxe ou Kur, suivant Moïse de Cbo- Tèùe(GeographiaArmeniœ, éd. Whiston, 1736, p. 360), et à Balascham dans le nord de llnde, suivant Marco Polo (Bamusio, t. II,p. 10);enfinonrencontreraitderépeautre sauvage près d'Hamadan. Mais, ainsi que Ta démontré avec sa pénétration ordinaire mon maître et mon ami Link, dans un Mémoire plein d'une saine critique (Abkandlungen der Berlinisçhen Akademie, 1816, p. 123), ces passages laissent subsister une grande incertitude. J'ai aussi, il y a longtemps, exprimé des doutes sur l'existence des céréales sauvages en Asie {Essai sur la Géographiedes Plantes, 180ô,p. 28),etsupposéqu'ellesn'étaient devenues telles qu'après avoir été cultivées. Reinhold Forster qui, avant son voyage avec le capitaine Cook, entreprit, sur l'ordre de l'impératrice Catherine, une expédition scientifique dans la Russie méridionale, signala de l'Hordeum disticbum sauvage au confluent de la Samara et du Volga. A la fin du mois de septembre 1829, en allant d'Orenbourg et d'Ouralsk à Saratow et à la mer Caspienne, M. Ëhrenberg et moi avons herborisé aussi sur les bords de la Samara. Nous avons été frappés, en effet, du grand nombre d'épis de froment et de seigle que nous avons rencontrés sur un sol sans

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culture ; mais ils étaient redevenus sauvages et ne paraissaient pas différer des céréales ordinaires. M. Ëhrenberg obtint de M. Carelin une espèce de seigle, Secaie fragile, recueilli dans la steppe des Kirghiz, que Marschail de Bieberstein avait cru iopgtemps être la plante mère de notre seigle cultivé, Secaie céréale. L'herbier de Michaux n'a pas confirmé non pbs, ulnsi que Ta remarqué déjà M. Achille Richard^ l'oi»nion de Michaux et d'Olivier, qu'en Perse, près d'Hamadan, Tépeautre, Triticum Spelta, croît naturellement â l'état sauvage. Les renseignements nouveaux dus au zèle infatigable d'un savant voyageur, le professeur Charles Koch, méritent plus de confiance. Il a trouvé une grande quantité de seigle (Secaie céréale var. p pectinata) sur les montagnes du Pont^ à une hauteur de 5 ou 6000 pieds, dans des lieux où, de mémoire d'homme, cette espèce de céréale n'avait jamais été cultivée; fait d'autant plus important, dit-il, que nulle part chez nous cette graniinée ne se reproduit d'elle-même. Dans la partie du Caucase qui traverse lo Chinan, Koch recueillit aussi une espèce d'orge qu'il nomma Hordeum spontaneum et qu'il considère comme n'étant autre que l'espèce sauvage appelée par Linné Hordeum zeocriton (Charles Koch , Beitràge zur Flora des Orients, l«'fasc.,p. 139 et 142 )

Un nègre, esclave de Fernand Cortez, fut le premier qui cultiva le froment dans la Nouvelle-Kspagne. Il en trouva trois grains sous une provision de riz que l'on

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avait apportée d'Espagne pour la nourriture de l'armée. Dans le cloître des Franciscains, à Quito, j'ai vu, conservé comme une relique , le vase de terre qui avait contenu les premiers grains de froment, semés à Quito par un moine franciscain , nommé Fray Jodoco Rixi de Gante, du nom de la ville de Gand (Gante) où il était né. Le premier semis fat fait devant le cloître, sur laplazuela de San Francisco, après que l'on eut coupé la forêt située au pied du volcan de Pichincha, et qui s'avançait jusqu'à ce lieu. Les moines, que je visitai souvent pendant mon séjour à Quito, me prièrent de leur expliquer l'inscription tracée sur le vase , dans laquelle ils soupçonnaient quelque allusion au froment. J'y lus cette pensée^ exprimée en vieil allemand : « Que celui qui me vide n'oublie pas son Dieu. » Je ne pouvais me défmdre moi-même d'un 'sentiment de respect à la vue de ce vieux vase allemand. Plût à Dieu que partout, dans le nouveau continent, on eût conservé les noms des hommes qui, au lieu d'ensanglanter le sol de la conquête, y ont déposé les premières semences des céréales! — Pour ce qui touche à l'affinité originaire des langues, « elle se révèle moins fréquemment, dit Jacob Grimm, dans les diverses espèces de céréales et, en général, dans les choses de l'agriculture , que dans celles qui tiennent à l'élève des bestiaux. Lorsque les pasteurs se dispersèrent, ils avaient encore un fonds d'usages communs, pour lesquels les agriculteurs qui leur succédèrent durent choisir des termes particuliers; aussi de ce

feit que relativement au sanscrit, les Romiiios et les Grecs sont placés ordinairement sur la même ligne que les Allemands et les Slaves, on peut conclure que ces deux groupes de peuples éiuigrèrent en même temps à une époque très-reculée. Le java indien (frumenlum hordeum) comparé aujawai lithuanien et aajt/wa fionois est une rare exception à la règle générale qu( je posais tout à l'heure, n (Grimm, Geschickte i^l deutschen Sprache, 1" part., p. 69.) m

Note 28, page 19.

Dans tout le Mexique et le Pérou , les hautes plainei de montagnes offrent seules des traces de civilisaliot avancée. Nous avons vu sur la croupe des Andes à 1600 et 1800 toises de hauteur, des ruines de palais e de bains. Des hommes du Nord, emportés vers l'équa teur par le courant de l'émigration, ont pu seuls s plaire dans un semhiable climat.

Note 99, page t9.

INCIENNES BEUlTIONS ENTRE L'aSIR ORtENTALK BT L'aMÉBIQOE OCCIDEKTALE.

Je crois avoir démontré dans l'ouvrage intitulé des Cordillères el Monuments despeuplesindtgènesdel'i mérique, que les peuples occidentaux du nouveau cont nentavaienteu, longtempsavantl'arrivéedei Espagnol: des relations avec l'Asie orientale. L'analogie des calei

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driers mexicains, thibétains et japonais, des pyramides i gradins exactement orientées , les anciens mythes sur les quatre ftges ou les quatre bouleversements du monde et sur la dispersion de la race humaine après une grande inondation, sont autant d'indices à Tappui de cette croyance. Ce qui , depuis que j'ai publié mon livre , a été imprimé en Angleterre, en France et aux Ëtats-Unis, sur les singulières sculptures , exécutées presque dans le style indou , que Ton a trouvées parmi les ruines de Guatimala et de Tucatan, donne encore plus de valeur aux analogies que je signalais. (Yoyez la Relation écrite par Antonio del Rio à la suite du voyage qu'il fit en 1787, et traduite, d'après le manuscrit original, par Cabrera, sous le titre de Description of the Ruins of an ancient City y discovered near Palenque, 1822, p. 9, tab. 12-14; Stephens, Incidents ofTravel in Yuca^ tan, 1843, 1. 1, p. 391 et 429-434 ; t. II , p. 21, 54, 56, 317 et 323; le grand et magnifique ouvrage de Cather- Wo<J& : Wiews of ancient Monuments in Central America, Chiapas and Yucatan, 1844, et enfin Prescott : the Conquest of Mexico^ t. III, Âppend., p. 360.)

Les anciens monuments de la presqu'île de Yucatan étonnent plus encore que ceux de Palenque par la civilisation qu'ils révèlent. Ils sont situés entre Walladolid , Merida et Campêche , surtout dans la partie occidentale de cette contr 5e. Cependant les monuments de rile Cozumel , propi'ement Cuzamil , à l'est de l'Yucatan, sont les premiers que virent les Espagnols dans I. ^8

rexpédition de Juan de Giijalva en 1518, et dans celle de Cortez en 1519. Ce fut d'après ces monuments que se répandit en Europe une si haute idée de Fantique civilisation mexicaine. Les ruines les plus importantes de TYucatan, que par malheur aucun architecte n'a jusqu'ici ni mesurées ni reproduites exactement, sont la Casa del Gobernador à Uxmal, les Téocallis ou temples et les constructions en voûte de Kabab, les ruines de Labnah où Ton remarque des colonnes accouplées, celles de Zayi dont les colonnes se rapprochent beaucoup de Tordre dorique, enfin celles de Cbicbenquise distinguent par de grands pilastres ornementés. Un vieux manuscrit, écrit en langue Maya par un Indien converti au christianisme , et qui se trouve encore aujourd'hui dans les mains du Gefs politico de Peto , don Juan Pio Perez, indique, en katune^ ou périodes de cinquante-deux ans, les époques auxquelles les Toltèques s'établirent dans les diverses parties de la presqu'île. De ces renseignements , Perez veut tirer la conséquence que les monuments de Chichen remontent jusqu'à lafin du iv' siècle , tandis que ceux d'Uxmal appartiennent au milieu du x*" siècle. Mais on peut élever beaucoup de doutes sur la légitimité de ces conclusion^ historiques (Stephens, Incidents o/ Travel in Yucafan, t* h p. 439, et t. II , p. 278).

Les anciennes relations entre l'ouest de l'Amérique et Test de l'Asie sont à mes yeux plus que vraisemblables; mais par quelles routes et avec quelles races de l'^^ie

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ces communications eurent-elles lieu ; c'est ce qui ne Murait être encore déterminé. Un petit nombre d'individus, appartenant à la classe éclairée des prêtres, devait sans doute suffire pour produire de grands changements dans rétat politique de FÂmérique occidentale. Les fables répandues jadis sur des expéditions dÛDoises dans le nouveau continent se bornent, en réalité, à des voyages par mer au Fousang ou au Japon. n se peut, d'autre part, que des Japonais ou des Sian>pi de Corée aient été jetés par la tempête sur les côtes de l'Amérique. Il est démontré historiquement que des Bonzes et d'autres aventuriers naviguèrent sur la mer de la Chine, pour aller chercher un remède qui assurât aux hommes l'immortalité. C'est ainsi que sous Tshlnchi-houang-ti , 209 ans avant l'ère chrétienne , trois cents couples de jeunes gens des deux sexes, envoyés au Japon , s'établirent à Nipon , au lieu de retourner en Chine (Klaproth, Tableaux historiques de l'Asie, 1824 , p. 79 , et nouveau Journal asiatique, t. X , 1832, p. 335; Humboldt, Examen critique, t. II, p. 62-67). Le hasard ne pourrait-il avoir conduit des expéditions semblables dans les lies Àléoutiennes , à ilaska ou à la nouvelle Californie? Les côtes occidentales de l'Amérique étant dirigées du nord-ouest au sud-est , tandis que les côtes orientales de l'Asie sont inclinées du nord-est au sud-ouest, la distance des deux continents, vers le 45« degré de latitude, dans la région tempérée, la plus favorable au développement

intellectuel , est trop considérable pour qu'une colonie asiatique ait pu s'établir fortuitement dans ces parages. Il faut donc supposer que le premier débarquement s'opéra sous le climat inhospitalier des 65*" et 65*" parallèles, et que la civilisation s'étendit peu à peu du nord au sud, dans la direction que suivit généralement la marche des peuples en Amérique. (Humboldt,l{0lation historique, t. III, p. 155-160.) On prétendait même avoir trouvé, au commencement du xiv siède, sur les côtes de Quivira et de Cibora (le Dorado du Nord), des débris de vaisseaux partis du Catay, c'est-àdire du Japon ou de la Chine (Gomara, Historia geM' rai de las Indias, p. 117).

Nous connaissons trop peu jusqu'ici les dialectes américains pour perdre complètement l'espérance que, dans une si grande variété d'idiomes, il s'en trouve qui tuent été parlés à la fois, bien qu'avec des modifications, dans l'intérieur de l'Amérique méridionale et de l'Asie, ou qui laissent du moins entrevoir une ancienne communauté d'origine. Une pareille découverte sendt assurément de celles qui pourraient jeter le plus de jour sur l'histoire de la race humaine. Mais les analogies des langues ne méritent de confiance qu'à la condition de ne pas s'arrêter aux consonnances des racines, et de pénétrer dans la structure organique , dans les flexions grammaticales et dans tout le mécanisme où se révèle le travail de l'intelligence.

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