‹ Table méthodique et analytique des articles du Journal des savants depuis sa réorganization enChapitre 4 sur 122 · ARTICLE IMPRIMÉ · texte numérisé non relu

ARTICLE IMPRIMÉ

Une personne de grande qualité et de grand mérite passe pour estre autheurdeees Jfiurtmes. Mais, quelque lumière et quelque. discernement qu'il ait fait paroistre dans cet ouvrage, il n'a pas empesché que l'on n'en ait fait des jugemens blendilTërens.

L'on peut dire néantmoins que ce traité est fort utile, parce qu'il découvre aux hommes les fausses idées qu'ils ont d'eux-mêmes, qu'U leur fait voir que sans le christianisme, ils sont incapables de faire aucunbien qui ne soit meslé d'imperfection, et que rien n'est plus advantageux que de se connoistre tel que l'on est en effet, afin de n' estre plus trompé par la fausse connoissance que l'on a toujours de soi-mesme.

Il y a tant d'esprit dans cet ouvrage, et une si grande pénétration poiu* demesler la variété des sentimens du cœur de l'homme, que toutes les personnes judicieuses y trouveront une infinité de choses fort utiles qu'elles auroient peut-estre ignorées toute leur vie, si l'autheur des Maximes ne les avoit tirées du chaos, pour les mettre dans un jour où quasi tout le monde les peut voir et les peut comprendre sans peine.

Si tous les articles avaient été écrits dans ce goût et que les auteurs eussent obtenu l'autorisation de les revoir et de les arranger à leur fantaisie, le journal n'aurait jamais suscité d'embarras h ses éditeurs. Mais Tépigramme se glisse trop souvent au bout de la plume de l'écrivain, pour qu'elle ne s'échappe point presque malgré lui, et quelque douce que soit sa critique, elle n'en semble pas moins amère à celui qui en est l'objet. D'ailleurs, à l'époque où le Journal des Savants commença à paraître, le monde littéraire i>' était pas encore habitué à attendre chaque matin le journal, pour asseoir son jugement sur un livre nouveau, et le genus irritabile vatum semblait peu disposé à se courber devant le nouveau despote dont il pressentait la puissance. Les critiques euxmêmes détestaient les jugements qu'on portait sur leurs œuvres. On connaît les vers de Boileau aux journalistes de Trévoux, qui s'étaient permis de lui soumettre quelques observations :

Apprenez ce mot de Régnier, Notre célèbre devancier :

Corsaires attaquant corsaires, Ne font pas, dit-il, leurs affaiies.

Ce fut précisément un homme d'esprit, et de l'esprit le plus mordant, qui, le premier, se scandalisa de la liberté que prenaient, dans leurs comptes rendus , les rédacteurs du Journal des Savants. Guy Patin, si impitoyable pour les autres, ne put supporter les appréciations que Salo fit de V Introduction à l'histoire par les médailles^ que Charles Patin, son fils, venait de publier. 11 engagea l'auteur à répliquer; cette réplique ne demeura pas sans réponse de la part de Salo, et cette réponse aurait été le sujet d'un nouveau factum, si le journal n'avait été ouvertement protégé par Colbert.

Je ne sais si vous avez reçu certaine espèce de gazette qu'on appelle le Journal des Savans, de laquelle l'auteur s'étant plaint d'iui petit article contre mon fils Charles^ sur la médaille qui fut ici faite Tan passé pour les Suisses ; il v a répondu. Je vous ai envoyé sa réponse, laquelle est sage et modeste; ce nouteau gazelier y a répliqué, et y a parlé en ignorant et en extravagant^ en quoi il n'eût pas manque de répon>e forte et aigre avec de bonnes raisons, si Von n'eût prié Carolus de surseoir sa réplique, et menacé d'une lettre de cachet. La vérité est que M. Colbert prend en sa protection les auteurs de ce journal, que l'on attribue à M. de Sallo, conseiller au Parlement, à M. l'abbé de Bourzé, à M. de Gomberville, à M. Chapelain, etc.; si bien que Carolus est conseillé de différer sa réponse, et même par l'avis de M. le premier président, qui Ta ainsi désiré (on en dit une cause particulière, savoir, qu'il n^est pas

DU JOURNAL DES SAVANTS. ix

bien avec M.Clolbert depuis le procès de M. Fouqiict). Nous verrons ci-après, si ces prétendus censeurs, sine suffragio populi et quiritum^ auront le crédit et Tautorité de critiquer ainsi tous ceux qui n'écriront pas à leur goût. Sommes-nous du temps de Juvénal, qui a dit hardiment : Dat veniam corvis, vexât censura columbas. Une chose néanmoins nous console, c'est que nous n*avons point tort, et que les savants et intelligents sont de notre avis. Mais ces Messieurs abusent de leur crédit. La république des lettres est pour nous, mais M. Golbcrt est contre. Et si mon fils se défend, on dit qu'on renverra à la Bastille; il vaut mieux ne pas écrire '.

La lettre de cachet dont parle Guy Patin semblerait une exagération dne à la tendresse paternelle, si on ne se rappelait que, dans le même temps, Boursault perdit une pension de 2000 livres et fut misa laBaslillepour s'être diverti d^un capucin dans une gazette en vers qui servait d^amusementà toute la cour.

La vanité de Ménage fut également blessée par Salo, qui censura vertement ses Amœnitates juris civiliSj et bien que plus contenue que celle de Patin, sa colère n^en fut ni moins visible ni moins durable. Il attendit pour éclater que l'impression de ses Observations sur Malherbe fût achevée, et inséra dans sa préface le passage suivant, à l'adresse de son adversaire :

« J'aurais pu le railler par d'autres railleries, et plus fines et plus ingénieuses; f aurais pu faire voir au public que les gazettes de ce nouvel Aristarque, qui vient censurer ici les plus fameux écrivains de notre siècle, lui qui n'a rien écrit, et dont le nom n'a été imprimé que dans la liste de la quatrième des enquêtes, ne sont, pour me servir des termes de M..Sarasin, que des billevesées hebdonladaires, et sa dignité, quelque respect qne j'aie pour elle, ne m'en aurait pas empêché : Maledici sénat oribus non oportet^ remaledtci civile fasque est; mais je tire trop de gloire de ceux qui écrivent contre moi pour écrire contre eux. »

Tanneguy le Fèvrc, Grégoire Hiirel et tous ceux qui avaient de bonnes raisons pour redouter la critique du journal, tentèrent, mais en vain, de nuire à sa réputation toujours croissante.

Il fallut une puissance plus absolue, une influence plus redoutable que la leur, pour ébranler cette institution naissante, que dirigeait un honnête homme et que protégeait un grand ministre.

Les rédacteurs avaient publié, dans le numéro du lundi 12 janvier 1665, le décret de la Cotigrégation de l'Index, en y ajoutant les réflexions suivantes :

> Extrait d'une lettre de Guy Patin à Falconet (20 mars 1605). — >LeUrc dclxv, p. 517/t. III. Bdit. Réveillé'Pariie.

La cour de Rome ayanl tooBjoun ses visées^ il nVst pas trop seur de s^attacher scrupuleuBcmeat à ses censures. C'est pourquoy ce décret ne doit pas empeschcr qu'on ne fasso toufgours autant d'estime qu'on faisoit, du livre des Libertés derégUse gallicane, composé par feu M. de.Marca..*... De mesme on n'aura pas moins bonne opinion de la sinc<érilé de H. Ba« luxe» quoiqu'on Taccuse dans ce décret d'avoir faussement attribué ce livre à M. de Marca; car il est visible que la Congrégation n*a usé de cette adresse^ que parce qu'elle n'a pas osé attaquer directement la mémoire de ce grand archevesque, et qu'elle s*est imaginée qu'il seroit plus facile de descrier son livre, en substituant à sa place une personne d'une dignité moins relevée dans l'Église.

Semblabiement,* cette censure n'empeschera pas que le livre de M. de Launoy n*ait toufrjours l'approbation universelle, puisqu*on sçait qu'il n'a esté censuré que parce qu*il deflend trop bien les droits des ordinaires contre les prétendus privilèges et exemptions des ordres religieux.

Une telle indépendance de paroles, émanées delà bouche d'un magistrat aroi deColbert, souleva rindignation des ultramon tains. Le gallicanisme bien connu des rédacteurs ne fit que grossir Forage. De Bourzeys avait épuisé, contre la Société de Jésus, toute Ténergie de sa plume ; de Gomberville était livré à Port-Royal, Tabbé Gallois n^aimait pas les Jésuites, et si Chapelain gardait plus de mesure avec eux, c^était une suite de cette a humeur circonspectissime » que lui reprochait souvent Balzac. Quant à Salo, il s'était déclaré contre la probabilité.

Les Jésuites ne manquèrent pas une occasion si favorable et réunirent les moyens d'attaque propres à détruire le journal. Golbert résista le plus longtemps qu'il put. Dès le 30 mars i665, le journal cessa de paraître '; mais il n'était point encore définitivement supprimé, car au mois de mai Patin disait :

Pour le Jour liai des Savans, on s*en moque ici^ et ces écrivains mercenaires se voient punis de leurs téméraires jugements par leur propre faute, («rdiis sibl cacavit malum. S'ils eussent continué dans leur folle et inepte façon de critiquer tout le monde, ils s'alloient attirer de terribles censures. Un savant homme, qui en sait bien plus qu'eux, et qui a déjà beaucoup écrit, est fort en colère contre eux ; il dit que leur fait n'est que finesse pour faire valoir leurs amis et nuire à ceux qui ne le seront pas. C'est une violence qu'on n'avait jamais vue en France. Dès le troisième cahier du journal, M. le premier président me dit, seul à seul dans son cabinet : Ces g$ns4à se mêlent de erUiqt$er, ils se feront bien des ennemis, et nous serons bientôt obligés de leur imposer silence. Tout cela est arrivé par leur faute, ct^à leur propre hoifte •.

Enfin, à force de sollicitations, le nonce du pape obtint la suppression du journal, ce que Patin annonce à son ami Falconet avec une joie indicible :

• C'était le treizième naméro qai paraissait depuis Torigine.

* Extrait d^une leUre de Guy Patin à Faleonet (!•' mai mai 1605). Edit. BéseilU-Parise, t. III, p. 5S7, lettre dclu.

DU JOURNAL DES SAVANTS. xi

L'on m*a assuré ce matin, que le Journal des Savons est tout à fait condamné. Il est devenu sage; il ne courra plus les rues, le roi Ta arrêté par son commandement. M. le chancelier en a envoyé redemander le privilège que M. de Salo, conseiller de la cour, lui a aussitôt renvoyé ; c'est lui qui- en était le premier entrepreneur, le directeur ou Tinvcnteur. Pour le sieur de Hédouville, c'est un nom en l'air qui cache un cadet de Narmandiey et par conséquent qui n'a guère d'argent * .

Cette victoire, remportée par les ennemis du journal, ne fui pas aussi complète qu^ls Teusseat désirée. Coibert avait eu trop de part à sa création, pour ne pas le rétablir. Il aurait même readu le privilège à M. de Salo, si ce dernier s'était soumis aux conditions humiliantes qu'on voulait lui imposer.

« Les plaintes de Rome, écrit à ce sujet Chapelain, sur la liberté do noire Journal des Savans^ en ont fait suspendre la continuation, et il est à craindre qu'une aussi utile institution que celle-là n'échoue entièrement, depuis que M. de Salo, qui en était l'âme, en a plutôt voulu abandonner le soin que de se soumettre au syndicat auquel les puissances voulaient qu'il s'assujettit. On croit néanmoins que quelqu'un relèvera cette entreprise, qui ne laissera^ pas d'être profitable, encore qu'elle ne soit pas menée avec la noblesse et le style du passé. Les Anglais, à notre imitation, en ont commencé un en leur langue. Ils sont doctes, curieux et libres, et Ton n'-en doit rien attendre que de bon. Outre que, n'ayant pas l'obligation de garder les mêmes mesures qiîe nous, il y a sujet d'espérer qu'il sera plus durable et non moins hardi que le nôtre. x>

La conduite de M. de Salo, en cette circonstance, fut pleine de dignité, et bien que cet échec inattendu le mît au désespoir, il préféra supporter celle épreuve en silence que de conserver sou œuvre aux dépens de ses opinions.

L'impulsion qu'il avait donnée au journal était immense. En dépit des jaloux «t des maltraités, il voyait ses efforts couronnés de succès, et le public encourager de plus en plus son entreprise. *

Non-seulement il rendait compte d'un nombre assez considérable d'ouvrages, mais il insérait des articles sur toutes sortes de sujets historiques ou scientifi-^ ques, faisait connaître les nouvelles littéraires et accordait même une place aux demandes des savants ^. C'était presque le chapitre des Questions et Réponses

« Extrait d'une lettre de Guy Patin (8 mai 1666). Edit. Réveillé-Parise^ t. HI, p. 533, lettre dclxz. Dans cette même lettre Guy-Patin annonce en même temps le rétablissement da Journal. < Le Journal des Sçavans^ ditril, sera rétabli; mais il sera commis à d'antres gens que ci-devant, qni auront plus de retenue et moins d'intérêt. »

> On lit dans le numéro du londy 2 février 1665, p. 72, ce qui suit :

■ Le R. Père Ph. Labbe, de la Ck>mpagnie de Jésus, a depuis peu découvert, dans un ancien manu»-

qu'a fait revivre notre confrère M. Lud. Lalanne, dans VAtheneum français et dans la Correspondance littéraire.

Lies Notices de M. de Salo sont généralement bien écrites, mais souvent trop

courtes, peu substantielles et dépourvues d'intérêt. M. Ch. Daremberg a remarqué dans presque toutes, au contraire, <x quelque trait piquant, quelque réflexion spirituelle, et çà et là quelques critiques fines et de bon goût *. » C'est vraiment trop d'indulgence, et quelque justice que l'on rende au fondateur du Journal des Savants^ on ne peut lui reconnaître tant de qualités. M. de Salo écrit correctement, ne manque pas d'esprit, .raille même quelquefois avec grâce; mais il distribue l'éloge et le blâme avec si peu de discernement, qu'on le voit admirer également la Joconde de La Fontaine et celle de Bouillon, maltraiter Spelman et Spanheim, et louer l'abbé Tallemant. Ces fautes de goût ne retireront pas à M. de Salo Testirae que l'en doit ressentir pour son caractère. 11 sut non seulement penser, mais agir. Grâce à son activité, il put mettre à exécution une idée neuve et heureuse, ce et qui subsiste encore aujourd'hui avec plus de vigueur que jamais^ accompagnée d*une nombreuse postérité ^ ». Grâce à son indépendance et à son courage, il eut des ennemis et fut persécuté. Le succès de son entreprise était dès lors assuré.

Lorsque Colbert vit que M. de Salo était déterminé à ne pas reprendre la direction du journal, il chercha parmi les anciens rédacteurs un écrivain capabledele remplacer. Son choix tomba sur l'abbé Gallois, que de Choisy appelle méchamment « son docteur h gages, » parce qu'il donnait des leçons de latin à ce ministre, en carrosse, dans ses voyages de Versailles à Paris.

M. l'abbé Gallois était mathématicien, astronome, physicien, jurisconsulte et linguiste. « Il semblait né, dit Fontenelle, par la grande variété de son éru- « dilion, pour ce travail de journaliste, et de plus, ce qui n'est pas commun

crit qui appartieol à Me&sieurs du chupitre de Beau vais, quelques ouvrages de Marius Hercator, qui vivait vers l'an A30, du temps de saint Augustfn. Cette découverte est d'autant phis considérable, que personne n*a encore parlé do cet antheur, qnoyqu'il ait beaucoup travaillé contre Pelagius, Celcstius et Julien, et qu'il ait traduit, de gnc en latin, quelques pièces de saint Cyrille, de Nestorius, de Théodore, de Théodoret, etc.

« Comme ce | ère a dessein de faire part au public des belles choses qu il a découvertes, il supplie tes personnes curieuses d'anciens livres, de voir dans leurs bibliothèques s'ils n*ont rien de cet autheur, afin d'en rendre l'édition plus parfaite. >

Dans le numéro du 2 mars, il y eut un avis semblable :

« Ceui qui auront quelques manuscripts de Petrus Blexcnsis, sont priez de vouloir les communiquer au sieur Pigct, libraiic, pour rendre plupparfa'te l'édition qu'il e^t »ur le point d'en f»iie, etc. »

* Voy. Journal des Délais^ 20 avril 1859.

• Foutenelle.

DU JOURNAL DES SAVANTS. xm

(( chez ceux qui saTcnl tout , il sayait le français et écrivait bien. » Personne n'était donc plus capable que lui de continuer l'œuvre de M. de Salo. Malheureusement, son intimité avec Colbert, qui voulait le posséder tout entier, son assiduité aux deux Académies, dont il était membre, jointes à un amour curieux des livres, à une avidité de savoir et à une intempérance de lecture que rien n'égalait, lui firent oublier trop souvent le journal ci ses abonnés.

Le premier numéro parut le 4 janvier 1666. 11 est précédé d'un avis de l'imprimeur au lecteur, ainsi conçu :

L*interraption survenue à te journal n*a servy qu'à \c faire souhailor davantage ; car tous les gons de lettres ont tesmoigiid un extrême rogi et d'estre privez d*un ouvrage qui leur faisoit voir en racourcy ce qu'il y a de plus beau dans tous les livre», et qui leur donnoit en mcsme temps beaucoup de plaisir par la diversité des choses qui y estoient rapportées. Il y a pourtant eu quelques personnes qui se sont plaintes de la trop grande liberté qu'on s'y donnOit de juger de toutes sortes de livres. Et certainement il faut avouer que c'e^toit entreprendre Fur la liberté publique^ et exercer une espèce de tyrannie dans Tempirn des lettre?, que de s*attribuer le droit de juger des ouvrages de tout le monde. Aussi est-on résolu de s'en abstenir à l'adveuir^ et au lieu d*exercer i-a critique^ de s'attacher à bien lire les livres pour en pouvoir rendre un compte plus exact qu on n*a fait jusqu'à présent. Et cela estant, on est asseuré qu*il n*y aura personne qui n'ait de la joye de voir revivre un ouvrage aussi utile et aussi agréable que ccluy-cy. Au reste, afin qu'on n'ait pas sujet de regretter le temps pendant lequel ce journal a discontinué, on s'est proposé de parler des meilleurs livres qui se sont cependant imprimez; de sorte que celte inteiruption n'cmpeschera pas que l'histoire sçavante qu*on avoit d'abord fait espérer, ne soit aussi complète qu'elle aurait pu estie.

Comme on le voit, le rédacteur cachait au public le véritable motif de la . suspension du journal. Par un sentiment de haute convenance, Colbert ne voulut point que le changement de direction fût annoncé ; il observa même la bienséance jusqu'à retenir le privilège tant que vécut M. de Salo. Ce ne fut qu'à la mort de celui-ci que ce privilège fut accordé officiellement à l'abbé Gallois, « à la place du sieur D. S. C. D. P., lequel est depuis peu décédé. »

Le regret exprimé peut-être avec trop d'humilité, d'avoir entrepris sur la liberté publique et exercé une espèce de tyrannie dans l'empire des lettres, et la promesse de ne plus s'attribuer le droit de juger des ouvrages de tout le monde, prévinrent les esprits en faveur des nouveaux rédacteurs, que Guy-Patin ap^ pelle les critiques réformés '.

Le Journal des Savans recommence ici de paroistre. Un honnête homme m*cst aujourd'hui venu dire que j'étois prié de prendre ma part de la satisfaction qui m'étoit due dans la pré-

> Elirait d'une lettre de Guy Paiin (8 Janvier 1666). Êdit Réveillé-Pariie^ U m. p. 575, leU. DCXCViif.

(kce de la semaine présente^ et que dorénavant personne n*auroit occasion de s'en pUôndre. Je Tai prié d'aller faire ce compliment à mon fils Charles, qui avoit été roffensë, el qui pourtant, par mon conseil, s'en cloit moqué ell'avoit méprisé, voyant le peu de raison que cet impertinent gazetier avoit de reprendre ce qn*il n'entendoit point, et même avec calomnie et double fausseté. Le même m'a dit que Ton travailloit pour y mettre le grand recueil duPèie Théopliile Raynaud, dont j*avais présenté moi-même le Mémoire Tan pané, dès la fia du mois de janvier, il y a bien près d'un an. le serai bien aise de voir le jugement q^e feront ces MM. les critiques réformés, de ce grand ouvrage !

iM. Tabbé Gallois dirigea ie journal pendant un an avec laplusIouaMe persévérance ; mais, dès Tannée suivante, les livraisons conuncncèrent à paraître avec moins de régularité, et les abonnés durent croire souvent à une nouvelle suppression.

En effet, dans Tespace de huit ans(i666-1674), Tabbé Gallois ne fit paraître qu'une année complète, celle de 1666. Il ne donna que seize numéros popr l'année 1667, treize pour 1668, quatre pour 1669 \ un seul pour 1670, trois pour 1671, huit pour 1672, et se reposa toute Tannée 1673, pour faire })araitre un seul cahier ^ en 1674!

Ce qui serait aujourd'hui une cause de ruine, ne servit alors qu'à augmenter la fortune du journal. La rareté des livraisons les faisait rechercher avec plus d'ardeur. Jamais les lecteurs n'avaient été si nombreux, jamais ils ne s'étaient montrés si avides de nouvelles.

1 C'est dans le naméro du 2 septembre iseo que parut le privilège du roi, en faveur de Tabbé Gallois. 1^6 Toici tel qu'il est imprimé dans le Journal :

Extrait du privilège du Ray,

Le Roy ayant Jugé qu'il estoit nécessaire poor l'avancement des Sciences de continuer leJonmûl det Sçavani^ et qu'il estoit important de commettre pour conduire cet ouvrage, une personne capable à la place du sieur D. S. C. D. P., lequel est depuis peu décédé, Sa Mijesté a cboisy le sieur Galloys, qui a composé ledit Journal depuis l'année 1666, pour le continuer doresnavant, et luy en a accordé le privilège ; faisant deffenoes à toutes personnes d'imprimer on de vendre ledit Journal pendant doute ans dans les terres do son obéissance, sans le consentement exprès dudit sieur Galloys, ou de contrevenir en quelque manière que ce soit audit privilège, comme il est plus amplement porté par les Lettres-patentes de Sa Majesté, données à Salnt-Germain-en-Laye, le dernier Jour de rosy 1660, signées Loeu, et plus bas, par le roy, otCoLBcaT, scellées du grand sceau de cire Jaune.

Registre sur le livre de la communauté des imprimeurs et libraires, le 28 Juin 1660.

' 11 y a eu deux numéros publiés cette année-là : celui du 1*' Janvier et celui du 17 décembre. Tout porte à croire que le second et dernier est de Tabbé de la Roque. D^abord celui du 1** Janvier est signé par le S' G. P. A. D. C., tandis que le second ne porte aucun nom d'auteur et renferme de plus la pro> messe « de donner désormais le Journal des Savane de quinze Jours en quinze Jours, » promeae que l'abbé Gallois n'aurait point faite, sachant bien qu'il lui aurait été impossible de la tenir. Poor rem* plir cette lacune, on Joint ordinairement k la collection do Journal le recueil de J.-B. Denys, intitulé : Mèmovru et CMféreneei tur les arte et Ut sciences.

DU JODRNAL DES SAVANTS. xv

Bien que très--8upérieurs par la forme aux articles de M. deSalo« les artir clés de Tabbé Gallois ont néanmoins peu d^ intérêt «Trop fidèle à la promesse de ne plus exercer de critiques, ses comptes rendus se ressentent de cette cruelle nécessité. Ne pouvant user de la satire, il abuse de l'éloge, et ses formules de politesse semblent parfois tellement exagérées, qu'on ne sait si Ton ne doit pas plutôt les considérer comme de yéritables ironies. C'est ainsi qu'en parlant du Florilegium de Guillaume Coeffeteau, il adresse à Tauteur ce compliment : a Le nom illustre qui paraît à la tète de ce livre porte sa recommandation avec lui, car quoique ce ne soit pas M. Coeffeteau, évéque de Marseille, qui soit auteur de cet ouvrage, il suffit d'avoir été frère d'un si excellent homme pour mériter Vestime de tout le monde. »

Il accorde même des louanges à quelques auteurs décries, et ne craint

point

De ramper dans la faoge avec Tabbé de Pure

en le complimentant sur sa traduction de V Histoire des Indes orientales du Père Masset : « Une si belle histoire méritoit bien, dit-il, d'iètre traduite en françois, et elle ne le pouvoit être par une personne plus capable que M. de Pure, qui est assez connu par ses autres ouvrages. »

L'abbé Gallois, heureusement pour sa réputation d'écrivain, n'a pas toujours si mauvais goût. Tous les auteurs ne sont pas de ses amis ; s'il a des préférences, il a aussi des exclusions, et malgré ses promesses, peut-être malgré lui-même, il ne peut résister à la tentation de jouer parfois le rôle de Zoïle ; mais sa sévérité n'exclut pas la politesse. c< Il prend, dit Bayle, un tour si ingénieux pour dire ce qu'il pense, que l'auteur a raison d'être mécontent et n'a nul bon prétexte de se plaindre. Tant il est vrai qu'il y a des railleries qui (Sachent, dont on n'oserait paraître fâché ^ » Parfois cependant, les expressions n'étaient point mesurées avec assez de soin, et quelques auteurs mécontents jugèrent qu'il était de leur honneur de se défendre. Le célèbre ministre Claude, l'hébraisant Yaumorin et Tannegûi Lefèvre répliquèrent au journaliste. Comme dans presque toutes tes disputes littéraires, le combat finit faute de combattants.

Ce fut à la fin de l'année 1674 que l'abbé Gallois se démit de ses fonctions. Colbert, qui s'était peut-être aperçu de l'aimable insouciance de son protégé, crut bien faire en nommant un journaliste d'un esprit tout opposé, et désigna

* Voy. le Dictionnaire liihtwique tt critique^ art. Ptiolê.

l'abbé de La Roque pour lui succéder. Ce choix fut mauvais. L'abbé de La Roque n^avait pas assez de capacité pour diriger une telle entreprise.

Esprit vulgaire, critique maladroit, écrivain médiocre, il aurait beaucoup mieux ivdigé une feuille d'annonces qu'un journal littéraire. Cependant, il faut lui rendre cette justice : plus soucieux que ne Tétait Tabbé Gallois de ses. devoirs envers le public, Tabbé de «La Roque sut le satisfaire par son exactitude à remplir les engagements qu'il avait contractés ^ Il publia le journal hebdomadairement pendant toute Tannée 1678, donna une traduction abrégée des journaux anglais et italiens et annonça la prochaine apparition d'une édition du journal en petit format ^. Fatigué d'un travail si pénible, il ne

* L*abbé de La Roque prévenait toujours ses lecteurs, par un avis, dos retards ou des obstacles qui arrêtaient la marche régulière du journal. Le fopteinbrc 1675, il prévient ses abonnés que le journal va cesser de paraître pendant deux nrois :

« L'exactitude avec laquelle on a donné le journal tous les quinze jours, comme on Tavoit promis au commencement de cette année, doit cstro un seur garand pour Pavenir. Cependant pourdonn< r quelque relAcbe à l'esprit et le délasser de la peine que cet ouvrage donne par l'assiduité et la rechcrcbe à laquelle il engage : op l'interrompra jusqu'à la Saint-Martin, pour le reprendre de nouveau en cm tempslà avec la môme exactitude, et peut-oMre le doniiem-t-on môme après cela tous les huit jours. » L*abbé de La Roque poussait même la prévenance jusqu'à initier ses lecteurs à ce qu'il allait faire : « Gomme le^ louanges qu'on donne quelquefois dans lo^ournal aux auteurs, offensent très-souvent leur modestie, on est résolu de ne plus dire simplement qt.e le nom de l'auteur, laissant au lecteur le jugement qn'iJ doit faire du mérite de l'ouvrage et de celuy qui Ta compoi^é, après qu*il aura lu le précis que nous ferons du livre avec la dernière exactitude. • (Jouitial des SavanU^ 20 Juillet 1676.)

* Voici la préface dans laquelle il annonce ces différents cliangemeots :

9 L'empre^scment avec lequel on demande le journal dans les paîi étranger?, aus!^i bien que dans les proviuccs les plus reculées du royaume, a obligé l'auteur de chercher un moyen de l'envoyer aussi commodément qu'une simple lettre.

« Pour cet effet, on en fera toujours désormais une impression en petit, qu'on distribuera à même temps que le grand. Ain» ceux qui sont entestez des petits volumes et qui se donnent la peine de faire venir des pafa étrangers les journaux en petit, pourront désormais s'épargner ces soins. Ils y trouveront même cet avantage qu*ils les auront exempts de toutes les fautes qu'on y laiss". glisser en ces pals là, soit par négligence, soit pour ne pas entendre assez bien la langue françoise.

n L'auteur du journal a longtemps douté s'il devait se tenir à la quinzaine, en le donnant au public suivant le dessein qu'il avoit pris d'abord, ett^u'il a suivi exactement depuis trois ans,' ou le donner tous les huit jours conmie feu M. de Salo et M. l'abbé Galloys l'on fait avec tant d'applaudissement dans les commencemens de cet ouvrage; mais enffn, il s'est déterminé à la huitaine, tant pour satisfaire à l'empressement des curieux qui le demandent de toutes parts tous les huit jours, que pour ne laisser pas vieillir mille nouveautez qu'il u déjà entre les mains, et qu'on luy promet encore des pab étrangers.

' « Si ceux qui en reçoivent en leur particulier veulent avoir la bonté de les luy communiquer avec le nom des inventeurs, il les ajoutera à celles qu'on luy envoyé. Ainsi le public profitera de tous costez. Mais comme celles qui viennent d'Angleterre sont d'un goost particulier à Paris, on les donnera désormais dans une plus grande étendue qu'on n'a fait jusques icy ; et peut-estre, suivant l'avis de beaucoup d'honnestes gens, ne seroitron pas fasché d'avoir en notre langue une traduction fidclle, du moins on abrégé, de tout ce qui est contenu dans le joumai d'Angleterre, qui ne perdra rien par la mort de IMl-

DU JOURNAL DES SAVANTS. xvit

fit paraître les numéros, en 1679, que tous les quinze jours, et profita de ce changement pour s'entretenir arec ses abonnés *.

a Lé désir de continuer longtemps à faire part au public de ce qui se passe et de ce qui se découvre de plus beau dans le monde sçavant et industrieux^ oblige Fauteur du journal de remettre à tous les quinze jours son ouvrage^ que le dësir de satisfaire à Tempressement des curieux, l'avait engagé de donner régulièrement toutes les semaines pendant cette der^ nière année.

« Ce présent quoyque moins fréquent, ne sera pas moins digne de la curiosité de ceux qui se divertissent ou qui veulent s'instruire dans cette lecture; car, outre qu'on ne laissera rien échapper de singulier, et que de temps en temps on donnera des extraordinaires quand les nouveautez qu'on recevra demanderont de n*estre pas difiérées, on pourra faire un plus juste choix encore des ouvrages dont on remplira le journal^ afin qu'on n'y trouve rien que de plein de suc, d'instniction ou de nouveauté.

lustre M. Oldemburg, à qui le public doit tant de belles choses, puis que la Société royale d'Angleterre vient de remettre la publication et le travail entre les mains de Messieurs Grew et Hook, si connus 4>ar leurs ouvrages et si dignes membres de cette célèbre compagnie.

« On en fera de même pour le journal d'Italie, du sçavant M. l'abbé Naiari. Si bien qu'avec ce qu'on ajoutera des observations qui se font en Allemagne et ailleurs, on trouvera dans le journal françois ce qui se passera de plus curieux, ou qui se découvrira de plus beau dans toutes les parties du monde ; puisque suivant toujours le premier dessein du journal, on y fera sçavoir les expériences de physique et de chymie qui peuvent servir à expliquer les effets de la nature, les nouvelles découvertes qui se font dans les arts et dans les sciences, ce que l'anatomie pourra trouver de nouveau dans les animaux ; en un mot, tout ce qu'on s'estoit proposé dans le commencement dé cet ouvrage, que le public a trouvé si utile.

« On ajoutera à la fin, le titre des livres nouveaux, à mesure qu'ils paroistront, si Messieurs les auteurs et les libraires prennent la peine de nous en donner avis, réservant à en parler dans l'occasion. »

> L'abbé de La Roque n'aimait pas faire de surprise à ses abonnés, et le dernier feuillet de ses numéros renferme toi]\Jours quelques avis qui témoignent de son empressement à satisfaire le public. •

En voici quelques échantillons :

« Comme il ne manque plus rien à nostre petit journal, pour la commodité du public, que de paroistre le lundy au matin, nous avons résolu de le tenir prest désormais huit jours par avance, et pour cet effet nous n'en donnerons point lundy prochain, mais seulement le premier lundy de Carême ; et après tous les autres lundys tout de suite dès huit heures du matin. » {Journal des Savante^ 14 février 1678.) — c On n'a pas donné règlement dans les grands froids derniers le petit journal comme on avait coutume de le faire, mais dorénavant on le fera avec plus d'exactitude que jamais, et il sera tof\|ours prest en môme temps que le grand, n {Journal des Savants du 17 avril 1670.) -~ « Pour la commodité de ceux qui vont aux champs, on avancera le dernier Journal que l'on devoit donner avant les vacations, et on le distribuera dès lundy prochain. » {Journal des Savants du & septembre 1870.) — « Nous réservons toutes nos nouveautez pour le premier journal, qui sera le dernier que nous donnerons avant nos vacations, et qui se distribuera dès lundy prochain, pour la commodité de ceux qui doivent aller à la campagne. » {Journal des Savants du septembre 1680.) — « L'on a promis au commencement de cette année, les journaux en petit volume. On y travaille actuellement, et le public est averty qu'il trouvera ceux qui auront paru pendant les mois de janvier, de février et de mars, imprimez in-12, à la fin de ce mois-cy. On continuera d'en donner un semblable à la fin de chaque quartier, pour la commodité de ceux qui veulent envoyer le joumfd dans les provinces et dans les pays estrangers. » {Journal des

Savants, k mars 1686.)

xm HtSTOiai

« MM. toaiitttiCTetlPi> les libraires ne t ro tt fcr^ pas paiement sur tooies sortes d'cnmages; et pour ces esprits grossiers qui ne oonnoissant la literature que par le dos ou par le prix des liiresi se medent de juger des ourrages etdes iof entioDs les plus jolies et les phis utiles dont on enrichit tous les jours nôtn siècle, qn*ils laissent porter ce jugement aux sçavants et auigensdumestier^ el qa*ils se sontiennent seulement du bmeuz Ne ntar ntlra erepUam.

« On a si fiMi approuvé la méthode de donner à la fin de diaque journal le titre des livres nouveaux, à mesure qu'ils s'impriment à Paris ou dans les pais étrangers, qu'on continuera exactement de le ftôre: etilTade l'iqiparençe que la chose sera tous les jours plus curieuse* puisque le commerce que k paix va (aire renaistre ne manquera pas sans doute de nous fournir mlDe beaux ouvrages dont la guerre nous avoit prives»

« Au reste, la justice que Ton a tâché de rendre aux inventeurs desnonveDesmadiines,eii à ceux qui ont hit quelques nouvelles découvertes dans la physique, dans la chymie« dans ranatomiCi etc., nlnvite pas peu ceux qui seront asses heureux pour enrichir de nouveau le public par le fruit de leur e^rit et de leur industrie, de ne tarder pas à fkire pari de leurs Inyentions à l'auteur du journal, afin de ne se laisser point enlever la gloire qui suit toujours les nouvelles découvertes, et de n'avoir pas le chagrin de voir qu'un autre se nare d'un honneur qui souvent leur a coûté bien delà peine, bien du chagrin et hien de la dépense* s

Le ptanoder numéro de Tannée 1680 coatenait on nouvel afia da riaûf»» monr sa leeteor, dans laqnd l'abbé de La Roque inséra, preequ^en entier, le texte du prÎTilége du roi î %

« Le commereot que la paix a entièrement rétahly dans la République des Lettres, a d^à procuré à Tauteur du journal des choses asi«es singulières, pour pouvoir assurer les sçavants que l'on n'a jamais eu de quoy satisfaire, ni plus pleinement, ni plus agréablement leur

« Les amaieun des louanges, et ceux qui se laissent si fort entester de leurs méchans ouvrages, qu'ils ne scauroient voir sans chaleur qu'on n'en lasse pas un bng détafl dans le journal, n'y trouveront pas si bien leur compte; car comme Ton est absolument résolu de ne (Mre désormais que le nom de l'auteur, sans raccompagner d'un seul terme qui sente sa louange, on i^est aussi proposé de délivrer les curieux de la fatigue que donne la lecture d*un méchant livre en ne leur en faisant pas même sçavoir le titre*

« Et parce que plusieurs personnes d'esprit qui cherchent à s'occuper, forment tous les jours de nouveaux projets d'ouvrages sur les Sciences, qui ne leur réussissent pas dans la suite pour estre trop conformes an dessein du journal, il ne sera pas hors de propos de leur bire sçavoir une fois pour toutes, quelle estl'estendue de ce dessein, que Sa Majesté a^tpraové et eonfirmé plus d'une ibis par ses Lettres-patentes et par ses Privilèges; car, après le comr meneement ordinaire à tous les privilèges de UmU, par la grâce delHeu^rofide France eiàe Navarre, à «es oaiejs et féaus cemelUert, eti!., $almt, etc.; et la raison qu'on y donne de rétablissement de cet ouvrage, qui est petir faire êçavair à loue le$ François cequiu poite^ ce qeii se ftU, on qui se déceatre de cwieux dans le monde, sar tontes sortes d'arts et de sciences, en parlûit de l'auteur du journal et de la nature de cet ouvrage, il est dit : « Dans lequel journal il pouiTa mettre Fahrégé, extiaict ou jugement de toutes sortes de livres qui seront imprimes dans toute fEurope, sur toutes sortes d* Arts et de Sciences, les diverses Ex^

DU JOURNAL DBS SAVANTS. xtt

riences. Machines^ Inventions^ Médailles, Devises^ InscripUonat ObâtofM^ tMnMm Mcou- ▼ertes tant dans les Arts que dans les Science! , conw laltoénaltquev VkjàfÊÊf MécaÉlqiie, Architecture^ Hédecinev Ckjvnàê, Anatottie^ NsfigalioBs, ReliiCiona delTefagi^ Mflolm MatU'* relie» Arantives véritiddes^lionstresy Froéigesy Apparitioi» célesleft, TrtiiiM#4erveB el édtres eboiea corieinHy AiresUéa PvtemeDt,.Sentettcea des anires sièges. Cours et loMieCions •c*' clésiastiques. Ordonnances des Évesques, Décisions des UniTersitez, Resohiliens des liaH i lé g gcsisHr toutes sortes de questims seiealifiqQe8,lféttoites EccléskMliqaes, lltoraia Aéadé* roiques et Historiques, Éloges des hommes illustres et sçayans^ Nouvelles sur les sciene«9 qvi seront données dans les Journaux des pays estrangen «A Fan en fkit ft rimitilloil ils eiAly de Franee, et généralement tout ce qui regarde les Arts et les Science?^ et qui pe«l esti^digne de la curiosité des gens de lettres^ etc. Faisons très-ezpresacs inhibition» et defienses, fctoWf personnes de quelques qualîlé on condition qu'elles soient, de coHlreWri leittt jMTMl, de donner son jugement, là d'écrire sur auenbè» desdiles: choses et matIèreSi flwrtout dM il aimesté puié dans le journal, sous quelque préleste, titre et occasloti que ce Mit^nlniieWlè par forme d*avis, comme de Bibliographie, Critique ou autrement, attendu qœ let susdites matières appartiennent proprement audit Journal des Sçavana, etc.

« Au reste, ]^ur contribuer de tout nostre pouvoir à contenter les Estrangers aussi bien que les autres, nous prendrons im si grand soin du petit Journal, que dâormais il sera toujours prest en mesme temps que le grand, c'est-ànfire sur les neuf à dix heures âa Lundf qui escherra dans la quinzaine. Et parce qu'on prend goust tous les jours de plus en plus a» Ca-* taiogue que Ton donne ordinairement à la fin du Journal, tant pour nos livres nouveaux que pour ceux qui viennent des pays Estrangers, la chose en ^era désormais d'autant plus belle, que Ton ne manquera pas de recevoir tous les mois ce qui s'imprimera de plus curieux dans toute rEurope. »

S^il avait fallu exéculer à la lettre les articles de ce privilège, un fédacteur, si zélé qu'il fût, n'aurait janaais pu y parvenir à lui seul. L'abbé de La Roque ne chercha malheureusement que trop à se conformer au programme, que- soa genre d'esprit tendait plutôt à agrandir qa'à restreio4rft } esaajani ain de suppléer par la quantité à la qualité de se^ arfiefes. Le jotnmal: lui (fut cependant deux améliorations qu'il est juste de signaler : une fisfe complète des ouvrages imprimés dans le courant de l'année, et une série de faits divers qu'il publiait à la (in de chaque numéro, sous le titre de : ^ouveautez de la quinmme^ tamtpùur bâ Uwest nëumaux que pmur k^ mubte^ dto^es entietii^s. Ccrt peat^tnc W mie; partie waÎMeat inléresfftDte^ di» jomaiek et que Ta» aîÉ encore du plaisir k paBcourir.

Voici un spécimen que nous empruntons à ces faits divers du 1 5 juillet 1 680 :

c Relaikn ntmv^U d'an Vofiage- de CantiMUmcple, eaniAîa de pftaos, ete» (c On apn^lié ces jours passer un ëdift du roy partant éeiSnMs à toi»- ses- sijjets dr quitter tofeltgîoir Cathi^iqœ, ApoetaHque et Hnnabie', k peine tf amenda h m oiaMe ; éeimiÊMsaaà perpétuel horsdtr roraume'et de confisbati^nr dHourllefQFrlMêfB; e(b. GAnmcf brdttbtferitârtli touchée au long diBB la Goiettle, nous'n'ien'dtons'pBS'dbmaitiige.

< PhyHotoifia KirekeriaiÊaj eU.....

• M. ValeHi MoHialis EpigrammUum HM XV, etc.

« BuUa hmoeentU papœ J, Ereetwâii Albieuii Ecdenœ m MetTûfolim. An. 1678.

c Cette époque est trop considérabley tant par la nouTolie dignité que reçoit Téglise d*Albi, que par le mérite de Mgr Serroni, qnele Roy lui adonné pour wm premier Ardieresque^ pour n'estre pas remarquée parmi les autres choses curieuses. ^

c P. Akxan^àH, doctarii Sarb(m. Hi$tariœ Eecktiaitiem $œcul»m $extum. In-8. Chez Ant. Benllier.

c Béfeslans mr la miséricorde de IHeii, par une Dame pénitente. In-i2. Chez le même.

« Si la conduite de cette Dame avoit fait moins de bruit dans le monde par qa retraite, peut-estre nous auroit-il esté permis de la faire connoistre '.

c AdékMe de Champagne, par M. de La Vaumoriere. In-12, etc.

« On nous écrit d'Allemagne, qu*01aûs Rubeckius, professeur à Upsa (sic), a imprimé un liyre sous le titre de : AUaniiea sive Maàheim^ in-fol. 2 vol., dans lequel il prétend prouver que toutes les autres nations sont descendues des Suédois. »

On y trouve quelquefois des renseignements biographiques utiles, tels que celui-ci, par exemple, concernant un gentilhomme normand, nommé de Lasson :

t Ceux qui ont veu à Paris, le Miroir de M. Yillette, dont nous avons donné cet hyver la description, auroient eu une double joye, si on eût pu leur faire voir en mesme temps celuy que M. de Lasson, gentilhomme de Normandie, avoit commencé avant sa mort, qui est arrivée ce mois de juin dernier. C'est une perte considérable pour toutes les sciences que celle de cet habile homme, car il les cultivoit toutes avec grand soin, et y excelloit comme s'il ne se fût attaché qu'à une seule. C'est de luy de qui le Poussm a dit autrefois ce bon mot, que nous n'avons pas oublié dans un de nos journaux, lorsque le voyant s'appliquer avec ardeur, dans Rome, à tous les arts libéraux, mais surtout à la peinture, il remarqua en luy un si riche talent et de si belles dispositions à y exceller, qu'il ne peut s'empêcher de luy dire que pour achever de s'y rendre habile il ne lui manquait qu'un poco di necemtà. »

Avis aux biographes normands.

. En 1681 y Tabbé de La Roque publia une préface remplie d'éloges sur sa personne, et d'observations sur les découvertes, expériences et inventions nouvelles, qu'il signalait dans le journal à Tattention des curieux '. En

« Cette réflexion est asaes fine et suffit pour rappeler aa lecteur le nom de M"* de La ValUère.

< « Ceux qui regardent les Découvertes, dit-il dans cette prâfaoe de iSSI, que Ton a faites dans les Arts et dans les Sciences depuis environ quinxe ou aeiie années, comme le firnit plustost que comme le principal si^st du Journal des Sçasans^ rendent Justice à cet excellent Ouvrage. Ce fût en efiét, une des premières yeute que feu M. de SaUe, conseiller aa Parlement de Paris, se proposa en restabiiasaat

DO JOURNAL DES SAVANTS. -«i

1683 y il prévient ses lecteurs qu^il a reçu Tordre de traduire les journaux étrangers, et que dorénavant il analysera les travaux insérés dans les recueils

l*an 1M5, et cet admirable génie, 'qui se faisoit regarder dans le l^elais comme Torade des lois, ont la satisfaction de Toir, dans la même année, son dessein imité en plusieors endroits de rEorope, et son ouTrage traduit en divers langues partout ailleurs.

. c M. l'abbé Galloys, qui l'a si heureusement et si glorieusement secondé, excita encore davantage les Curieux Tannée d'après, pendant laquelle il donna le journal tous les huit jours, et l'on ne sçauroit dire combien il nous a laissé d'excellentes choses, dans celte année et dans les autres, pendant lesquelles il s'occupa à ce Travail. Mais son génie et son rare mérite l'ayant fait appeller ailleurs pour estre occupé à quelque chose de plus relevé, U fut contraint d'abandonner ce qu'il avoit poursuivy si utilement pour les Lettres et alors, comme si une partie de leur destin eût esté attaché è ce travail, on les vit languir, et on n'entendit plus parler de Découvertes, d'Expériences, d'Inventions nouvelles, ni de toutes ces autres choses qui sont l'âme des conversations et le sujet des méditations ou des recherches des Curieux, jusques à ce que M. l'abbé de La Roque, ayant entrepris de remettre sur pied le Journal dont tous les sçavans avoient veu l'interruption avec douleur, il ralluma leur curiosité ; et il l'a si bien entretenue par l'exactitude avec laquelle il a donné depuis ce temps- là cet ouvrage tous les quinze jours, et par le soin qu'il a pris de l'enrichir de tout ce qui se fait ou qui se découvre de plus curieux dans tout le monde, qu'on n'a jamais veu un si beau meslange de curiosités, également utiles, solides et agréables.

« Et pour ne pas remonter aux années 1675, 1676, 1677, 1678, 1670, et nous arrester seulement à celle qui vient de finir, on y voit cette curieuse et utile Découverte d'un nouveau Conduit de la Bile, celle de queR^ues parties très-importantes dans l'organe de l'ouye et de la respiration, d'une troisième paupière dans les oiseaux, et enfin, de quelques organes propres k faire remonter la nourriture dans la bouche des animaux qui ruminent, dont personne ne s'estoit encore apperceu.

« On n'y voit pas moins d'effets surprenans dans la nature, avec leur entière et fidelle description, comme des Ouragans épouvantable, tant dedans que dehors le Royaume, des Chats et des Vers monstrueux, des Poires portant desfleon, despluyes de verre et de perles de Pierres, le Rhosne souffrant flux et reflux tm 1600, etc. '

« On y trouve mille Inventions et plusieurs Machines admirables, des Niveaux de toutes façons, des Balances sans poids, des moyens d'élever les enfanta sans nourrice, des manières d'apprendre à écrire à des Aveugles, un cheval d'airain qui fait huit lieues par Jour en Automne, un Globe avec lequel on fait en un instant, ce que l'on ne peut faire avec plusieurs autres qu'en plusieurs opérations, et mille autres choses de cette nature.

« 11 y en a même souvent de trèa-utilea et nécessaires à la santé, soit pour la conserver ou pour la réparer quand elle est altérée, ainsi on y trouve des remèdes pour quasi toutes sortes de maux, mais sui^ tout pour la peste et les fiesvres, avec la véritable préparation du Quinquhia, confirmée par une infinité de guérisons. Les secrets n'y manquent pas non plus. Celuy du Mangeur de feu y est expliqué fort au long. Il y en a pour la taille des arbres, pour avoir des Ihiits gros et de bon goust, pour engraisser à la manière des Dames de Smyme, et plusieurs autres qui ne sont ny moins curieux ny moins utiles.

c Les artisans même y trouvent de grands exemples et des préceptes pour leur Art ; et, pour remonter de ces petites choses aux plus grandes, on y trouve de riches découvertes pour l'histoire, soit pour des faits particuliers, soit pour des Ouvrages entiers, comme celuy de Lactance de la Mort des penéeuteun^ oeluy de Pallade sur la Vie de taint Jean ChryiOitome^ le Uher diumuê Romanorum Pantifieum, VEpii" ire de Raban à l'abbé Egilon touchant l'Eucharistie ; le Concile de Germiny^ dont personne n'avoit encore ouy parler, et une infinité de semblables choses qui marquent le grand soin de l'auteur à les camasser, et qui ne répondent pas mal au dessein du Journal, que l'on verra plus au long dans l'Extrait suivant, aflnde le donner du moins une fois pour toutes. • Suit on extrait du privilège du roy, ooimneoçant ainsi : c Par lettns-pateotea du toj^ données 4

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de Breslauy de Rome, de Vienne, de Ct^Mskegiie et de Leipnek ^ H aimcMiçe également qu'il receina les curieux toutes les aprèfr-diBéee du jeudi de che^oe semaine, et que dans ces conférences on pourra apporter des Hytcs, des macbioes, des instrumeuts^iisqu'aux lettres de sas anîsb' Aptèe aveir Ibît aÎMÎ eea

SainMStoiMin-ea4t«ye»lea6wrai6lS,rignépaf teroy»D^

q^Oi de faire et compoier, ou Cdie Crire «l cwapoier par ttiloa PemnMaqm'il TMdm» et £b] vendie et distritmer, par id libraire qa*il luy plaira, le Uunmk eu S pet awa , el ftrira dMgaer au tautealeaPlandiflaquif serant aôoeaiaîraai daaa laquai Journal il panrm mitre PaMfif Jugemeatda toutaa lortea de litres qiU iftoiU imprimes daaalaiilerEiirepeBwlavleaaoïtea^

Ue reate, comme danaUPrébca de lOSS. Voj. page avm de eeMe aotfoek

« « L'ordre que l'auteur du Journal a reçu, dit-il, deûJre traduire ea notre langne toua les ^oor* naux des pays étrangerSf est quelque chose de trop avantacenx pour tea çnxietti« pour na pas la Imr ûdre sçavoir au commeDcement de cette année; car» outra le g^and nombre daa nouveaulei. qga cala foumire pour le Journal, od aure le plaisir de voir à la Sn do chaque aanéai avec plusieurs autre» choaes curieuses fort au long et dans toute son étendue^ et dont on ne peut donner dansle Jpumal qu'un extrait ou qu'un simple petit abrégâ-

t En attendant que les Journaux d'Angleterre, qu'on estime si Ibrt et aiaa fort de Jasliœ, piiiMani estre traduits, on donnera dans peu de temps un petit volume do ceux de Ireslau, qui sont les Éphémi* ridei des curieux de la nature^ ou le recueil des obanTations des plus habiles médecins d'Allemagne, touchant la physique et la médecine ; et parce que les deux petits voIumms qu'on sa psoposa de donner chaque année au public, ne sçauroient embrasser tout ce qui est contann dans un da ses gros volnmes, on donnera, le premier Jour de chaque mois, un caycr dana lequel on j^Atera aux observationa qjii ne pourront trouTer place dans ces deux petits Yohunea, cellea qui sa trouveront dans les aatns iannwma» ou qui viendront de MM* nos médedns firançois, qui ne manquèrent pas sans doute danaba suite da veuloir prendre part à cet ouvrage.

« Les Journaux da Bome^ de Venise et de Gopenbagim, qui aonà 1m autres endroits do l'Buropa o* ronenalUtJn8queaic]ràUiniitatiQndelaFrance>atcaln/de&«ipBik, eàlesaaant IL Menkanlna f» entrq^ depuis l'année derolèra, amont leur amg à laiMKe«v,.et ainai notre langne se tiuun—i inaen* siblement enrichie de toutes les curiosités qui se découvriront dans tout le reste du monda.

« Qonune toua ceanonvieaa» ounagni demandent VM^navreUa appUeation de r am a m d« Journal, il priftoeux qui auront i h^ appoiter toure Urrsa, lann maeUneai) lenn invenHonav H» lenre» dt ton» amiai ft enlia toutea Wnia anliea eorioaitas, da^vonloir ppendrem peine de choisir pourcet effet raprèft> dlnéa du Joody de chaqoaaemaina; car ilala'ftronvennt teuton» sas manquer, et ils pouvrent m ea n i e avoir lapiaîair d'ea fan» remarquer eux leswe tontes lea béantes aux corieux qui s'aswmblent cher luy ce J()ui là pouv deoicoofémnoea. On vam bientôt un volume de celles qui s'y sont tenues pendant cetu domiÈae année.

« Au.real0i comme 11 y a bien da» peraonnea que le seul titre du Jtmmal de$ Sçavantt détourne de la lectore dOt eat anvrags, an penaadaot qu'il ftiut astre sçavant et habile pour y comprendk^ queltiue choae^ oamt bien aiaa de: lanéétramper et de le tkin eannoltre par quatre petits mots qu'on it}outere désonnaia au titea^ qna'laamoina habHea^ et lea ouvrière meomes, y pevrent trouver db quoy se divertir et de quoy alnstrnire, anasi bien que le» plus sçavnntst puisque c'est un abrégé de la science universelle. q«i eamprend e»qni anive de plus surprenant dana la nature, ee qui se ftdt db plus beau et de plus curieux dans la république dea lettrée, et oe-qui m déeonvrere on qui a^invente de plus nonvean et* de plus rere dans» OBua ka arfek »

DU JOURHAL DES SAVANTS um

uiYiUtioiis» le pauvre abbé avertit qu'il va changer le titre du journal, ou tout an moins y ajouter ec quatre petits mots, pour faire comprendre l'importance de ce recueil aux personnas que son titre détourne d'une lecture si intéressante. » Grâce à ces quatre petits mots, le journal prit le titre suivant :

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