JOURNAL
DES SGAVANS
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RECUEIL SUCCINT ET ABRÉGÉ de tout ce qui arrive de plus surprenant dans la nature, et de ce qui se fait ou se découvre de plus curieux dans les Arts et^dans les Sciences.
Tant de promesses ne pouvaient être qu'imparfaitement remplies ; aie peu de santé » de Fabbé de La Roque en retarda Texécuâcn, et son peu de talent re« froidil bientôt Pardeur du public. Le rédacteur s'aperçut du mécontentement général ' , et, sous prétexte de flatter Bayle et d'injurier le Mercure galant^ il s'efforça de rallumer le zèle de ses abonnés.
c S la première ardeur ayec laquelle on receat d*abord dans le monde le J&urmU des Sea^ vans, se fust également soutenue par tout, ou que ce beau dessein eût esté imité en mesme temps dans les princ^ux endroits de FEuropei on auroit pu former régulièrement toutes les années par la communication mutuelle des ouvrages de tous cespays^ une histoire parfiute des Arts et des Sciences, qui est Tunique but qu'on s'estoit proposé dans le Journal.
c Nous y avons travaillé sans disccmtinuaUon depuis dix ans avec le plus d*applicaUon et d'exactitude qu*il nous a esté possible. Mais après tout, ilnous manquoit encore quelque chose. A peine coanoissîons^nousy que par les seuls Catalogues de Francfort, les livres qui se font en AUemagne.Geux de Hollande^ qui est le lieu du monde où il s'en imprime le phis, ne
« Dans son avis adressé aa lecteur en 1684, l'abbé de La Roque essaya ainsi de se Jostifler : « Le peu de santé, dit-il, dont rAnteor dn Journal a Jouy pendant presque tonte cette dernière année, ne Ta pas seulement empêché de donner an Pntdic ce qa*il afoit ùàt espérer touchant les Jooraanx des Pi^t Ëtrangen; il n'a pu mesme se trouver en état de mettre ordre à certaines petites choses touchant le Journal, qa*<m loy a souvent demandées avec empressemeot.
« 1. On se pbdnt et avec Jortice qne, surtout depuis ees dernières années, il n^ a qoaal plnseû dejeor
xYiv HISTOIRE
noient à nous qu*aYcc peine^ par la juste difficulté que Ton (ait de laisser entrer dans le Royaume les Livres qui tiennent d*un pays où Ton a la liberté de tout dire et de tout écrire. Mais aujourd*huy par le moyen des Journaux qui se font dans ces deux pays, nous sommes ayertis de tout ce qui s*y passe^ et on nous apprend tous les mots ce que nous ne pouvions ordinairement sçavoir qu'au bout des semestres entiers ou des années.
a Cela joint à ce qui nous Tient d'Angleterre sur la Pb|8ique et à ce qui se fait en France oii Ton pousse aujourd'huy les Arts et les Sciences au plus baut point de leur perfection, ne peut pas manquer de satisfaire pleinement les Curieux et les Gens de Lettres.
« C'est ce que nous allons tascher de faire mieux que jamais dans nos Journaux. On jugera aisément de ce qu'ils pourront estre à l'avenir, par le grand nombre de belles choses, et la variété surprenante des matières que ce meslange nous fournira. Nous ne les traiterons pas
détenniné pour la distribution du Journal, ce qui est cause qu'on ne sçanroit plus l'envoyer à jour réglé dans les Provinces et dans les Pays Étrangers, et que les Curieux mesme qui se trouvent à Paris, per* dent par ce retardement et cette attente de plusieurs Jours, la moitié du jdaisir qu'ils ont de voir à point nommé, oe qui se fait de nouyeau dans les Arts et dans les Sciences.
> Pour remédier à ce désordre, on a résolu d'avancer désormais Timpression du Journal d'un jour entier, afin qu'il se trouve prest immanquablement tous les Lundis de chaque quinz^e, dès les huit heures du matin. D'ailleurs comme souvent, lorsqu'il n'y a qu'un bureau, on court risque de ne pas trouver ce que l'on demande, on a résolu, pour l'entière satisfaction du Public, d'en établir quatre différents, sçavoir : deux à la rue Saint-Jacques et deux dans le Palais, sans compter qu'on en distribuera encore chez Florentin Lambert, où se trouvent tous les Journaux anciens depuis l'an 1605.
c On fait bien plus, en faveur de tous les Curieux, soi^des^pays étrangers ou des Provinces du Royaume, qui malgré ce qui leur en couste par la Poste, veulent voir les Journaux dans toute leur, nouveauté, on va roprondro le soin de les imprimer encoro en petit : ainsi tous les lundis, il y aura de quoy choisir, et l'on pourra en charger les postes, sans qu'il en coûte plus que pour une simple lettro.
a 3. n y en a qui trouvent qu'il faudrait des Journaux extraordinaires plus souvent qu'il ne s'en imprime ; mais on voudrait bien qu'ils ne (Vissent pas remplis d'une seule matière. Il n'est pas très-malaisé de satisfaire à ces deux articles, mais il faudroit aussi en mesme temps, que ceux qui veulent voir plusieurs choses tout à la fois dans le Journal, s'accordassent avec ceux qui veulent qu'on y traite quelquefois à fond une matière singulière. On trouvera pourtant un milieu qui pourra peut-estre satisfaire les uns et les autres.
« 3. Enfin on souhaiteroit de voir dans le Journal l'extrait des livres à mesure qu'ils paroissent, afin que chacun pût se régler là dessus pour l'estime et pour l'achapt qu'il en doit faire. Il y a sur ce point un tempérament à prendre, qui est que pour les Livres dont la lecture peut se faire en peu de Jours ou en peu d'heures, on ne manquera pas d'en parler dans le Journal à mesure qu'ils sortiront de dessous la Presse ; mars pour les grands Livres qui demandent et beaucoup de tempe et beaucoup* d'application pour en rendre compte, il faut qu'on se donne patience, et qu'on attende qu'on les ait pu lire sans précipitation. Messieurs les Libraires sont mesme priez là dessus, pour leur intérest particulier, d'en faire part au plustost à l'Auteur du journal, et de n'attendre pas qu'il en apprenne des nouvelles que par leur moyen.
« Au reste ceux qui auront à luy apporter leurs Livres, leurs machines, leurs mventions, les lettres de leurs amis, et enfin toutes les autres curiosités, ^opt ils veulent faire sçavoir des Nouvelles au Public, sont priez de choisir pour cet effet l'après-dlnée du Jeudy de chaque semaine ; car ils le trouveront tot^ours sans manquer, et ils pourront mesme avoir le plaisir d'en Osire remarquer eux-mesmes les beautés de tous ces ouvrages aux Curieux qui s'assemblent chez 1 uy ce Jour là. »
DU JOURNAL DES SAVANTS. xxv
à la Térité dans toute l'estendue où elles se trouveront à leur source, mais les Extraits que nous en donnerons ne leur feront rien perdre de leur beaute/Nous serons surtout soigneux de la conserver toute entière aux Nouvelles de la République des Lettres que M. Bayle a commence cette année de nous donner en Hollande. Quand les articles qui y sont contenus se trouveront courts et curieux, nous les donnerons tous entiers, pour répondre à Thonneur qu'il nous fait d'insérer dans ses Journaux ce quil trouve de plus à son goust dans lesnostres; mais quand ils seront un peu trop longs, nous en ferons un précis où Ton n'oubliera tien de tout ce qui sera capable de divertir ou d'instruire.
t L'Auteur de ces Nouvelles ne trouvera pas mauvais que nous soyons un peu plus sévère sur tout ce qui regardera la Religion. Il croit faire son devoir en parlant, conmie il fait, sur ces matières, et nous manquerions au nostrc si nous les laissions passer de la sorte. Les libertins et les profanes qui se mettent peu en peine de la Religion, y trouveront à redire ; mais les gens sages loueront nostre procédé. En tout cas, nous pourrons leur dire à peu près ce qui* ce mesme auteur répond si judicieusement à ceux qui pourroient se plaindre de ce qu'on este des ouvrages des anciens poètes toutes les saletez et les ordures dont ils sont remplis, que pour peu qulls soient raisonnables Us se convaincront etix-mesmes^ s'ils usent de réflexion, qu*on doit faire nécessairement ce que l'on va faire,.» (Page 244.)
« Nous n'en userons pas de même pour ces tours fins, ces expressions agréables, ce sel qu'il sçait répandre à propos, et que la délicatesse de nos Auteurs François a banni du Journal quasi dès le temps mesme de son instituteur ; car pour toutes ces petites choses, elles seront ûdellement couchées comme il les écrira. Si ceux qui s'y trouveront interressez ont quelquelois à y répondre, nous leur donnerons volontiers place dans le Journal, et cela épargnera à l'auteur du Mercure Galant la peine qu'il vouloit si honnestement se donner de les venger. Nous n'empescherons pas qu'il n'entre en lice quand on l'attaquera comme on a déjà fait ; mais pour les autres, il agréera que nous leur offrions un autre champ de bataille qu'il n'a nul droit de leur présenter; et comme nous ne pyratons point sur ses Costes, nous le prions de ne point venir faire des incursions dans la République des Lettres, qui est comme le pays héréditaire du Journal.
V Voilà, mon cher Lecteur, ce que nous avions à te dire au commencement de cette année. Nous allons redoubler nosire travail pour redoubler la satisfaction; et pour te faire sçavoir ce qui se fuit tous les mois en France, ea.Angletcrre, en Allemagne et en Hollande, nous te donnerons un journal tous les huit jours * .
« De La Roque. »
Non content de publier un journal toutes les semaines, il Vengage un mois après à donner de temps en temps des numéros extraordinaires et à y insérer des Mémoires ^.
1 Préface du 8 Janvier 1685.
s On a souhaité de voir dans le journal des pièces entières ou de fort longs extraits de livres, comme cela ne se peut faire dans les journaux ordinaires où Ton est bien aise de voir plusieurs choses à la fois, nous en donnerons de temps en temps d'extraordinaires, qui contenteront pleinement sur ce sujet. Nous commencerons par le premier, que pour cet effet nous remettons à la quinzaine prochaine. {Journal des Savants^ 29 janvier 1685.)
Le numéro suivant contient, en effet, une dissertation sur deux médailles grecques, par Terrin, conseiller du roi à Arles.
11 y avait déjà douze ans que l'abbé de La Roque dirigeait le Journal des Savants avec cette fécondité dont il faut lui savoir si peu de gré. Étonné que ses qualités de journaliste n'eussent pas encore rencontré d'apologiste, il crut devoir rompre ce silence trop éloquent, et profita du premier numéro de janvier 1686 pour faire son éloge.
Voici ce morceau où Foutrecuidance ne le cède qu'au charlatanisme :
« Je mesuîscadiéà toy^mon cher Lecteur, le plus longtemps qu'il in*aestë possible, par un principe de modestie qui sied si bien à toutes sortes de gens et qui doit surtout estre inséparable d*un homme de ma profession. Tu ne sçaurois pas mesme encore mon nom s*il m*cust esté permis de te le déguiser davantage, et si un trarail assidu de près de douze années et lieancoup d'exactitude à te faire part dans le Journal de tout ce qui se passe de plus con^^idérable dans la République des Lettres, ne Teusi fait passer depuis longtemps dans les pa^s les plus éloignez, avec celuy des personnes qui m*ont devancé dans ce travail.
c II est vray que les Étrangers y ont jette tant de confusion que le Sieur de Beughem, Hollandais, qui vient de nous donner une Bibliographie universelle, dont nous parlerons au premier jour, a crû même qu*wi quatrième ou cinquième auteur avoit mis la main au Journal des Sçavans de rann<^e 1678. 11 avoit d(^jà fait cette faute dans la table qu'il a pris la peine de dresser de tous les Journaux, que rautcw* des Jugemens des Sçavans a|<pelle ass( z grossière, et qu'il ne peut luy pardonner d'avoir publiée sous le tilre s^pécieui de la Francf Sçavante, Pour l'empescher de se tromper davantage, ci afin qu*il puisse luy-mesme corriger les impressions du journal qu'on fait en Hollande sur la bonne ou plûtost sur la mauvaise foy desquelles on voit bien qu*il s'est laissé tromper, et qui contiennent des fautes plus considérables encore que celles-là.
« Hsçauraqti'en 1 665, deffunt Monsieur de Sallo,consoinerauParlement de Paris, commença le Journal des Sçavans, sous le nom du sieur de Hédouville, ne voulant pas faire paroistre le sien. Qu* en 1666 il se déchargea de ce soin sur M. l'abbé Galloys, qui commença dès lors de le faire, et qui Ta continué avec le grand- succez et de la manière que tout le monde sçait, jusqu'à la fin de 1674 que je fus chargé de ce pénible employ, auquel j'ay travaillé seul depuis ce temps là et sans aucune interruption.
• Je te le donnay tous les huit jours, mon cher lecteur, en 1678 , comme pendant cette dernière année, et je continuerois de la sorte si le Journal Ecclésiastique, dont tu verras bientost le premier volume, ne m'obligeoit de me remettre à la quinzaine. Tu trouveras dans les Journaux extraordinaires que je te donneray de temps en temps de quoy te refaire de cette petite perte; car tu y verras au long ce que les Journaux des pays éti-angers auront de plus singulier, que nous ne pouvons donner autrement que par des extraits et d'une manière trop abrégée. L'impiimeur te promet même le journal en petit comme il l'a autrefois commencé. Et parce que peu de gens peuvent plus conunodément sçavoir tous les livres qui paroissent en toute sorte de pays, peut-estre doiuieray-je de temps en temps, comme l'on me presse de le lairc, ime Bibliographie ou Catalogue exact de tout ce qui s'im*
pi imera dans l'Europe. *
« Pour cet clTet, MM. les libraires sont priez de nous foire part exactement de tout ce qu'ils mettent au jour. S*ils le font dès que leurs ouvrages sortiront de dessous la presse, ils ne se
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plaindront pas qu*on est longtemps sans en parler, et si à mesure qu'ils en recevront des pays étrangers ils veulent nous communiquer leurs catalogues, ils pourront en retirer de Tavantage.
f Tout cela, mon cher Lecteur, n'est que pour avoir de quoy te plaire davantage. Si J'en viens à bout^ j'en auray de la joye. Si ta méchante humeur me prive de cette satisfaction, je m*en console. Ce n*est pas pour les esprits mal tournez que j*écris, mais seulement pour les honnesles gens qui sçavent considérer les choses comme il faut, et qui tiennent du moins compte à un auteur du soin quMl prend de bien faire. Adieu.
« De La RoQint. »
Ce fut la dernière fois que l'abbé de La Roque s^entretint familièrement avec les lecteurs du Journal des Savants, qui cessa de paraître à la fin de l'année.
Le trop fécond directeur avait publié, depuis 1675 jusqu'en 1686 inclusivement, trois cent quarante-deux journaux. Jamais il n'en a donné moins de vingt-deux dans le cours d'une année, et il lui est arrivé d'en porter le nombre jusqu'à trente-huit.
Véritable type de l'écrivassier faiseur et vantard, l'abbé de La Roque avait en outre le défaut d'aimer le merveilleux. Il admettait sans contrôle les nouvelles les plus fantastiques, et n'aurait pas été éloigné d'écrire avec VAriostCt qu'un héros, dans la chaleur du combat, ne s'étant pas aperçu qu'on Tavait tué, continua de combattre tout mort qu'il était.
C'était tantôt un enfant qui avait demeuré vingt-six ans dans le ventre de sa mère, tantôt un nez coupé par le bourreau et qui s'était heureusement rétabli parce qu'il était tombé dans un petit pain tout chaud, tantôt l'accouplement d'un gros rat et d'une chatte, qui mettait bas des rats-chats^ etc., etc.
Cette fureur u de n'embellir ses journaux que de secrets de médecine *, * de donner l'hospitalité à toutes les inventions admirables, à tous les remèdes secrets que les Fontanaroses de son siècle voulaient bien lai communiquer, le couvrit de ridicule.
Blegny, feignant de plaindre le pauvre abbé de ce que sa profession l'empêchait souvent de parler en connaissance de cause des opérations chirurgicales, dit, avec une compassion affectée : o L'auteur du Journal des Sçavans, qui prend la qualité d'abbé, de prédicateur, de protonotaire du saint siège, n'oseroit s'expliquer utilement sur les plus beaux endroits de la médecine, car il effaceroit la dignité de son caractère en parlant de la génération de
• Voy. CaUierinot, Gaule grecque, p. 6.