POST-SCRIPTUM
Monsieur Itard ne connaît plus aucune mesure dans ses attaques ’ tout moyen de répandre ses diatribes lui est bon. Il ne me pardonnera jamais d’avoir suivi la meme carrière que lui ; les honorables suffrages que j’ai obtenus de l’Académie royale des Sciences ne lui laissent aucun repos! JN’ayant pu déprécier mes travaux par la voie des journaux , ce médecin à lu en présence de l’administration des sourds-muets et de l’Académie royale de Médecine les mémoires qui font l’objet de cette lettre. Peu satisfait des résultats qu’il a obtenus de ces premières démarches , il attend beaucoup plus d’effet d’une thèse qui vient d’être soutenue à la Faculté de Médecine. L’auteur de cet écrit a mis tout en œuvre pour me nuire ; mais en revanche, prodigue d'éloges envers M. Ilard, il prétend que lui seul a contribué aux progrès de l’art de traiter les maladies de l’oreille : c’est ce qu’il affirme comme scîî élève. et son chej'de travaux.
Cet aveu est plus que suffisant pour faire pressentir toute l’animosité de ce jeune docteur contre moi: aussi s’exhale-t-il comme son maître, et peut-être sous sa dictée, en personnalités injurieuses, en suppositions mensongères qui se trouvent démenties par les mémoires que j’ai lus à l’Académie royale des Sciences.
Le plus profond mépris eût été ma seule réponse à des sorties aussi inconvenantes, aussi calomnieuses, si elles n’étaient en quelque sorte revêtues de la sanction de deux membres de l’Académie de Médecine. Que M. Itard se soit laissé encenser par son élève, tout le monde a ses faiblesses : mais M. Coulanceaulî.... accepter la dédicace d’un écrit supprimé en grande partie par la commission de l’Ecole de Médecine chargée de l’examiner! approuver en quelque sorte des personnalités qui ont attiré à leur auteur de la part d’un professeur le refus de
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présider à sa réception! c’est faire présumer qu’il partage aveuglément les sentiments , les passions de son ami ( M. Itard)c’est donner lieu de douter de son impartialité, s’il avait à comparer les travaux de mon adversaire avec les miens!
A Dieu ne plaise que je cherche ici à faire planer le soupçon sur M. Coutanceau : il me permettra seulement de lui faire observer qu’il ne devait pas ignorer que ses maîtres se sont formellement prononcés sur mes mémoires, que son protégé, le digne élève de M. Itard, a feint de ne pas connaître, pour justifier ses hostilités. Il lui sied bien de juger mes talents pratiques, de parler surtout du cathétérisme de la trompe d’Eustache, après le rapport qui a été fait en 1822, à l’Académie des Sciences , par MM. Pelletan et Percy , où il est dit :
a Le cathétérisme de la trompe d’Eustache, qu’il vaut « mieux appeler EustacJù , est une des grandes ressources « qu’emploie le docteur Deleau dans le traitement des di- « verses espèces de surdité* et, s’il est loin de s’en attribuer « l’invention, on ne peut guère lui en contester le perfection- « ne ment.
« M. Deleau s’est plu, dans son mémoire, à nommer « M. Itard , son premier guide , et à lui faire hommage de « son heureux début dans la carrière , ainsi que des progrès « qu’il y a faits (i) : car le disciple est allé plus loin que le « maître , pour qui cette assertion ne peut être que glorieuse « et satisfaisante (2). Notre jeune docteur ne s’est pas borné à « sonder par la narine correspondante à l’oreille affectée : il « est parvenu à sonder par la narine opposée , ce qui est ex- « trêmement précieux dans le cas d’un polype qui remplirait
(1) A cette époque je ne connaissais pas M. Itard ; je croyais devoir être reconnaissant de l’instruction que j’avais puisée dans ses ouvrages.
(2) On voit que M. Itard ne pense pas comme M. le baron Percy, ce qui ne surprend pas les personnes qui ont lu son ouvrage : il ne peut supporter les travaux de ses contemporains j il jette du doute sur la véracité / de Wathenj à peine daigne-t-il parler du docteur Saissy. (Voy. son ouvrage, 2® vol,, pag. 252. )
« la première , clans celui d’une déviation de la cloison nasale , « ou lorscjue les cornets du nez ont trop de développement.
« M. Deleaii rapporte en détail la manière dont on procède « le plus généralement dans le cathétérisme dont il est ques- « tion, et il ne refuse pas ses éloges à ceux qui le pratiquent « ainsi. Mais, sans trop s’enorgueillir de sa supériorité, il « prouve incontestablement qu’il fait mieux, en ce que les « instruments des autres sont nombreux, compliqués, non « susceptibles de recevoir les formes c[u’exige la diversité des « cas , puisqu’ils sont de métal dur , tandis que les siens sont « simples , flexibles et propres à se prêter à toutes les cour- « bures qu’on a besoin de leur donner , à raison de l’angle « plus ou moins évasé ou rentrant que forme la fosse nasale « avec la trompe qui lui correspond j et c’est ce défaut de flexi- « bilité qui cause le plus de tâtonnement à l’opérateur , « comme le plus de douleurs à l’opéré, et cjui nuit le plus « souvent à l’entrée de la sonde dans le canal , et par consé- « cjuent à l’œuvre de l’abstersion.
« Il ne faut à M. Deleau cju’une petite sonde de gomme « élastique, ouverte par les deux bouts, pourvue à l’un d’eux « d’un pavillon d’argent, pour y attacher un long fil de soie , fe avec lequel on la retient en place , en tirant ce fil autour de la « tête , et portant un mandrin de fil d’argent , qu’on redresse « et courbe à volonté. Cette sonde, préalablement enduite « d’huile, et dont le contact est incomparablement plus doux « que celui des sondes métalliques , étant introduite à l’aide « de manœuvres combinées selon la structure et la disposi- « tion anatomique des parties , on y adapte une petite serin- « gtie, et on injecte une liqueur dont les propriétés varient selon « la nature de l’engorgement : tantôt c’est une eau tiède sim- « plement délayante ou détersive • tantôt c’est une eau astrin- « gente ou aromatique • quelquefois aussi l’auteur a recours « aux fumigations sèches ou humides, et même, si on voulait « employer l’électricité, il propose de faire arriver jusqu’à « l’oreille interne des excitateurs appropriés.
« Enfin, il parle de porter dans la trompe de petits cylindres « d’éponge préparée, pour la dilater en certain cas, et nous « ne doutons pas qu’il y réussisse ainsi que dans le cathétérisme « par la narine opposée , quoique nous ne le lui ayons pas vu « pratiquer • mais i’un de nous ayant été témoin de l’adresse « et de la promptitude avec lesquels il l’exerce sur la narine « correspondante , nous répondrions qu’il s’en retire aussi bien « que sur l’autre, quand d’ailleurs aucun vice de conformation, « aucune altération pathologique, ne s’y opposent.
« Au reste M. Deleau, qui a fait d’excellentes études classi- « ques et médicales , qui est doué d’un jugement sain , de « beaucoup de sagacité, et d’une dextérité manuelle peu com- « mime, s’étant presque exclusivement consacré à la curation « de la surdité et des autres affections de l’organe auditif, ne « pouvait que se distinguer dans cette partie si intéressante de « l’art de guérir, qu’il a voulu, à l’exemple de MM. Itard et « Saissy, arrachera l’aveugle et avide empirisme j et nous « allons voir, dans le mémoire que nous avons encore à faire « connaître à l’Académie, quelles moissons il a déjà recueillies « dans ce champ depuis si peu de temps défriché , etc., etc.
« En voilà assez pour faire connaître à l’Académie le mérite « et l’importance du traitement spécial auquel se livre M. le « docteur Deleau , et pour faire désirer que ce médecin si re» ft commandable trouve dans la confiance publique et dans l’es- « time des amis de l’humanité la récompense de son zèle et de « ses utiles et intéressants travaux. »
Signé Pelletan , Percy, rapporteurs.
L’Académie approuve le rapport, et en adopte les conclusions.
Certifié conforme :
Le Secrétaire perpétuel , Conseiller d’Etat, Commandeur de l’Ordre royal de la Légion-d’ Honneur , .
Signé CUVIER.
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