‹ Tableau de l'amour conjugal (volume 2)Chapitre 13 sur 21 · MALE LT · texte numérisé non relu

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une aiguille qui a servi à ensevelir les morts, et puis pendus au cou d’une fille, avec une étais lette de nerf de loup, pour l'empêcher d’être dépuceiée. Nous nôus rirons des caractères éphésiens, écrits avec du sang de chauve-souris, et puis pendus au cou de la mariée pour lé même effet; nous tiendrons pour superstitions ce que l'on dit ordinairement des vertus de l'aiguiilette, soit faite de nerfs de loup, soit de peau de chat ou de chien enragé. On aura beau Ja faire teindre d’ne ou de trois couleurs, la nouer de trois ou de neuf nœuds, cracher trois fois sur la poussière on dans son giron, et dire tout bas quelques mots obscurs et barbares, pendant que le prêtre dit aux mariés ces mots latins’, ego vos conjungo; rien de tout cela ne sera capable de faire sur nous la moindre impression, si nous ayons tant soit peu de force d’esprit.

Nous n’avons que faire, pour ous garantit de ces charmes, de graisse la porte de là chambre 6àù l’on doit coucher, avec de la graisse de loup ou de chien bt d’attachér À la colonne du lit des mariés des testicules de cod, de jeter dans la chambre des fèves coupées par la moitié, et faire beaucoup d’autres bagatelles que les vieilles fémmes ont invéntées pour amuser les enfants. Pour nous moquer des maléficés,

nous n’avons besoin que de vigueur et de hardiesse; il ne faut qu'avoir été sage avec Îles femmes, et être amoureux quand on se marie, pour mépriser tout ce qui peut s'opposer aux plaisirs du mariege. Et s’il fant s'expliquer ici plus uetieinent, voulez-vous rompre toutes sortes de charmes? soyez sobre, et modérez toutes vos passions; ne soyez ni si lent ni si ardent à amor: usez de votre femme lorsque la nature vous excitera à l’embrasser. La chasteté vous rallumera souvent le feu que vous aurez perdu entre ses bras; et par-là, si les mariés veulént, ils apprendront à se moquer du sortilége; car c’est une grande partie de la santé que de vouloir être guéri.

On ne peut doses que les vapeurs noires d’une humeur mélancolique ne puissent troubler notre imagination, et nous persuader des choses qui ne sont pas. Nous en avons des exemples, et il ne se passe point d’année que je

n'en fasse quelques cbservations en faisant la

médecine.

Si un homme ne peut connoître sa fenme, parce qu’il croit avoir l’aiguillette nouée, il ne faut pas d’abord combattre directement son opinion. Plus on s’opiniâtre à lui dire que c’est une bagatelle, plus il sera obstiné dans son sentiment, C’est l'effet d’une humeur noire et mé

( 1e8 } lancolique, que de rendre fermes ceux en qui elle domine. Tout ce que l'on doit faire dans : cette occasion, c’est de traiter cet homme comme un fou, et de tâcher de guérir son imas gination blessée, par quelque action de sou plesse, comme Montaigne guéritun comte avec an petit talisman d’or.

Un juge allemand demandoit un jour à une fameuse sorcière, qui est-ce qui pouvoit être le plus tôt guéri d’un scrtilége ? À quoi elle ré: pondit fort à propos, que c’étoit celui qui gardoit le plus long-temps ses vieux souliers ; vou lant dire par-la, qu’il ne falloit que du temps et de la patience pour guérir ceux qui pensoient être ensorcelés.

Je crois pourtant, ainsi que je l’ai dit ailleurs, qu’il y a des remèdes pour aous rendre froids auprès des femmes, sans que nous soyons pour cela charmés. Mais ce que l’on appelle sortilége ou enchantement, ne se fait que par un pacte tacite ou exprès avec le démon; et pour cela, l’on ne se sert que de paroles obscures, de figures, d'herbes sans vertus et d’aues bagateiles, qui nous font bien voir que ce n'est pas la nature qui agit, maïs tout autre chose. |

Il est impossible que le diable, pour venir à la seconde proposition que je dois examiner

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en peu de mots, puisse empêcher la nature d'agir, quand elle a tout ce qu’il lui faut pour agir. L'enfant qui se forme dans les flanes de sa mére, ne s’y forme que par un exprès commandement de Dieu. Le démon n’2 nul pouvoir d'empêcher ia génération, et encore moins quand elle est appuyée du sacremert de mariage. La nature suit inviolablement les ordres du Créateur, quand elle n’est point empéchée dans son action par quelques causes naturelles ou violentes; et si le démon ou un sorcier peut s opposer à la conception, ou plutôt si le prince des puissances de l’air, pour me servir de l’expression de saint Paul, exerce son pouvoir sur les incrédules et sur les rebelies, ce n'est paint par le sort, maïs. par limpie crédilité d’une femme, par sa peur ou par l'agitation extraordinaire de son sang et des humeurs. Car, qu'un serpent, mis sous le seuil d’1nz porte, puisse rendre une femme stérile, il n° y a que les fous et les hypocondriaques qui puissent le croire.

J'ajouterai encore à ce que je viens de dire, que, s’il est vrai que Jésus-Christ soit venu enchaîner le démon pour l'empêcher de nous nuire, et qu’il y ait présentement des hommes plus éclairés que dans les siècles passés, qui se sont aperçus de la souplesse des uns et de la foiblesse des autres, an ne drit pas s'étonner

(10 ) qu'on ne voie pas à celte heure tant de sorciers qu autrefois. Médée, qui ne se servoit que d'herbes qui agissent par des qualités manifestes, passoit pour sorcière dans un siècle ignorant; et un joueur de gobelets passeroit pour magicien parmi les Siamois, sl leur faisoit voir ses souplesses ei son industrie.

C'est une grande marque de sagesse, de me vas croire légèrement tout ce que lon nous dit des charmes et du sortilége. Si l'on purgecit gvec l’ellébore ou avec le vin émétique tous ceux qui pensent avoir l’aiguillette nouéc, je ge doute point quais ne fussent, pour la plu pat *, bientôt guéris des maladies du cœur et d a que leur cause l’kameur mélanco: | lique. C’étoit le sentiment du grand jurisconjulte Alciat, qui avoit assisté au procès dé beaucoup de sorciers, et qui disoit, pendant | qu'on les brüloit du côté du Béarn, que le feu)

*étoit pas un si bon remède pour eux que la purgt-. ion. En effet, nous ne voyons pas que les parjements les plus sensés aient été si foibles, dans! 2es derniers siècles, que de se laisser séduire! aux impostures des <orciers. Celui de Paris se: Hoque, avec raison, de cette bagatelle, et celte! Hlustre compagnie ne s’est jamais repentie ; Bomme ont fait les autres, d’avoir été trop fafile à persuader.

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Si l’on eût purgé plusieurs fois le cerveau de Gratienne Gaillard, femme de Jean d’Auroux, de Berri, qui tomboit dans de fâcheux accidents lorsque, dans les premicres années de son mariage, on lui parloit de son mari, au lieu de la démarier comme fit M. la Chapelle, official du diocèse de Bourges. sans duute que l’on auroit mieux agi dans cette occasion. Car, puisque M. Couturier, docteur ei médecine, et deux autres médecins, jugtrent qu’elle étoit folle, il n’y avoit point d'autres remèdes, pour la remettre en son bon sens, que ceux que noug avons proposés.

= Les exorcistes anciens en usoient bien mieux que ne font aujourd” bui nos modernes. Jamaïs ‘ils n’entreprenoient de faire sortir, par les priés res de l'église, le démon du corps des possédés, que les médecins r’eussent auparavant bien purgé le malade.

Si de grands hommes ont semblé croire aux impostures les sorciers, ils ont voulu parler comme le peuple, et ont été quelquefois bien aises de se laisser tromper avec lui. L'art fait | souvent paroitre des choses surprenantes. La nature s’en mêle quelquefois ; mais Dieu ne permet que fort rarement qu'il se fasse des prodi- ‘ges et des miracles : et c’est, à mon avis, une . foible raison de dire que Dieu permet tout ce

Le”

(114 6 | que l’on croit pour l’ordinaire des enchantements.

Mais je rappelle dans mon esprit que l’on est fort mal récompais® après avoir écr# pour ou contre les sorciers, et que Bodin, qui se déciara autrefois leur ennemi capital, a passé aussi bien pour magicien que Wier, qui en a entrepris la défense. Jamais Apulée, accusé de magie, ne se seroit tiré d'affaire, avec toute sa philosophie et tout son bel esprit, si Lolannus Avitus, ami de Claudius, n’eût intercédé pour lui auprès de ce président. On me permettra donc de n’en rien dire davantage, et il sufüt que Naudé ait fait en ce siècle l'apologie des grands hommes accusés de magie.

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