‹ Tableau de l'amour conjugal (volume 2)Chapitre 19 sur 21 · CAS · texte numérisé non relu

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Et69) j rient pour faire des eunuques. On fait prendre par la bouche une petite quantité d’opium aux enfants qu’on veut couper; et, après que le sommeil les a accablés, on tire de leurs bourses ce que la nature avoit pris t°nt de soin à fabriquer. Mais, comme on a observé que plusieurs mouroient par ce narcotique, on s’est avisé d’un autre moyen. On met les enfants dans le bain tiède, on leur presse quelque temps après les veines du cou, que nous appelons jugulaires, et par-là on les rend stupides et apoplectiques : après quoï, il est aisé de faire l'opération de Vénichisme sans qu'ils en sentent rien, Et je ne sais si l’on rendit Narsës eunuque de cette façon, qui fut bibliothécaire de l'empereur Justinien.

L'expérience a montré ensuite que Îes hommes à qui on ôtoit seulement les testicules, ne laissoient pas pour cela de se divertir avec les femmes, et de souiller aussi la couche nuptiale des autres hommes : on s’est donc résolu à couper tout net les parties naturelles des hommes que l'on vouloit faire eunuques, afin de leur ôter par-là le moyen de se joindre amoureusement aux femmes. Le paysan de Montaigne fit la même chose; car, étant importuné par les soupçons de sa femme jalouse, un jour qu’il revenoit des champs, il se coupa tout net avec

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670) une serpe :es parties naturelles, et les jeta au nez de sa femine pour lui faire dépit et pour se venger delle, Bibienus irouvant Carbo Aëtienus, et Publicus Cervinus rencôntrant Pontinus -en aduitère, sn usèrent de Îa sorte envers ces deux hommes, selon la remarque de Valèré- Maxime, . On dit que les eunuques à qui la verge réstc ent passionnémert Îles femmes ; et pârée qu'ils sont plus foib'ss d'esprit qu'ils f’étoient auparavant, ils sont anssi plus suséeptibles de passions. Quand leur imagination est une fois échauffée, et qu'une espèce de semence liquide et aqueuse qui se trouvé dans leurs prostates ou dans leurs vésicules séminaires, irrite leur parties naturelles, on ne sauroit dire jusqu'où ils poussent leur amour déréglé, C'est ge qui fi: soupçonner d’adultère le philesophe Phavorinus, tout eunuque qu’il étoits et. qui fut aussi la cause que le soldat dont Cabroie nous fait l'his: toire, le fit pendre, bien qu’il fât naturelle: ment un parfait eunuque. Cest de ces sortes d’eunuques qu’il faut entendre lé passage de l’auteur de l'Ecclésiaste, lorsqu ne dit « qu'uf «eunuque, par sa concupiscence, et capable « de déshonorer une fille en lui râvissant sa «vu ginité. ». À I est dane présentement a aisé sde déciderde! question, si les eunuaues peuvent se marier,

Les premiers, qui sont des eunuques apparent , peuvent le faire, puisqu ils peuvent caresser une femme et engendrer. Les seconds sont aussi de ce nombre; mais il n’en est pas de même des troisièmes, qui manquent de testicules, ni de ceax qui n’ont point de verge, ou qui n’en ont qu’ung petite, incapable de faire l'action pour laquelle elle est destinée; car ces derniers, ne pouvant caresser üue femme, ils doivent sans doute être jugés incapables de se marier.

Mais on pourroit dire que, si est permis à deux personnes de qurére-vingts ans de se marier, un euruque tci qu'éicit Phavorinus, pourra aussi aïoir cstle même liberté, Les vieillards ne sont point capables de faire des enfants, non plus que l’eunuaue, et le mariage ne leur est permis, selon les casuistes, que pour éteindre le feu de leur concupiscence, Si yn eunuque a donc cet avantage et pour lui et pour la femme qu’il épouse, de pouvoir se servir de sa verge, ainsi que l’avoit autrefois le musicien Smèce, pourquoi veut-on empêcher ces sortes d’eunuques de se marier ?

Cependant l’empereur Léon fit un édit pa!

lequel il défendoit aux eunuques de se marier, de quelque nature qu'ils fussent ; ; et le pape

Sixte V ft aussi une bulle qu’ envoya un Espa- gue, par laquelle il il Jéclaroit nuls les mariages de ces sortes de personnes. La raison en est

(173) manifeste :« les eunuques ne font que soupirer ken embrassant une fille », comme parle V'É.

criture , et n’ont pas de parties propres pour la génération, qui est la première fin du mariage, au lieu que d’étouffer le feu de la concupiscence n’en est que Ja seconde.

Car de s imaginer que {es testicules, comme ont pensé rt pet ne sont pas lé principales parties qui font la semence, et qu’ils ne sont point du tout nécessaires pour la génération, puisqu'il s’est vu des animaux parfaits qui ont engendré sans en avoir, c’est une erreur assez réfutée par Îes raisons que nous avons rapportées ici et ailleurs, qui nous doivent persuader qu'ils sont absolument uécessaires.

Avant que de finir ce traité et ce chapitre, il me semble qu'il n’est pas hors de propos d'examiner la question qui-se présente ; savoir, si on peut châtrer les femmes comme Îes hommes.

Tous les médecins savent que la matrice n'est pas absolument nécessaire à la vie, comme elle l’est à perpétuer les bommes. Les histoires que nous avons de sa perte sont des preuves qui ne nous permettent pas d’en douter. L'expérience même nous fait voir que parmi les animaux on coupe les truies et les poules, sans néanmoins qu’elles en meurent.

Athénée nous assure qu'Andramasis, roi des

Eybiens, fit couper toutes les temmes pour s’en servir au lieu d’eunuques : et Wier nous rapporte que Jean de Hesse, trouvant sa fille en aduitère, lui arracha la matrice, comme il faisoit aux autres animaux. Ainsi on ne peut pas &outer qu’on ne puisse rendre une femme incapable de concevoir, en lui ôtant la matrice ei les testicules; mais la difficulte est de savoir comment les anciens y procédoient. Et pou:

dire ici ce que je pense là-dessus, je ne crois pas qu’on puisse faire cette opération sans péril; et je pourrois dire que ce roi qui ne se servoit que de femmes peur eunuques, les faisoit boucler, ou leur faisoit appliquer un cadenas, comme font aujourd'hui en Italie et en Espagne les maris qui soupçonnent leurs femmes, ou bien encore comme font les nègres du royaume d’Angole et de Congo, qui, appré hendant la prostitution de leurs filles, leur cousent les parties naturelles dès qu’elles sont nées; et ainsi ce roi pouvoit avoir des femmes PTEN PR de Ja sorte, qui passoient parmi son peuple pour des femmes à qui l’on avuit tranché les parties de la génératian pour les pe 26 cher d’engendrer.

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