CHAPITRE.VI
Si les Eunuques sont incapables de se ma:
rier et de faire des enfants.
Les testicules contribuent tellement à a perfection de notre saaté, que Gallien à osé les comparer, et même les préférer au cœur; mais leur principal usage est de servir à perpétuer aotre espèce, La uature ne les a pat seulement formés, comme se l’est imaginé un philosophe, pour faire tenir tendus les vaisseaux spermatiques, comme sont tendus les pcias d’ur tisserand; mais ils servent à un autre usage incomparablement plus noble que celui-là : cer ceux qui en manquent sont imparfaits et incapables de se perpétuer per la génération, Et d’ailleurs, la chaleur naturelle, qui est la source de toutes nos actions, se diminuant insensiblement par leur perte, et les fermentations naturelles ne se faisant plus, on est accablé d’incommodités et de langueurs. Le cerveau se relâche et puis se décharge sur les parties inférieures, et l’on est alors attaqué d’une infinité de maladies qu’il est impossible de guérir et d'éviter même. L'âme souffre aussi bien que le corps, et l’on devient timide et lâche, de fort et de courageux que Fon toit auparavau.
Cest ce qui a fait si fort valoir ces petites partiés de nous-mêmes, jusque-là que la jurisprudence n’admet point d'homme en témoignage, si on les Jui a coupées, et que l’église n’en veui recevoir aucun qui en soit privé. Dieu même avoit défendu autrefois qu’on lui offrit, . dans ses sacrifices, des animaux qui ne fussent pas entiers. En effet, les eunuques , si nous eu croyons l’empereur Sevère, sont une troisième espèce d'hommes, qu’il ne faut ni voir ni souffrir. Et si l’eunuque Dorothée occupa l'évêché d’Antioche, ce ne fut que par un effet de l’amritié extraordinaire que PORDORE R'ESEER avoit pour lui.
Mais, pour bien examiner la question qui fait {e sujet de ce chapitre, rous devons d'abord distingner les eunuques, pour conncître ceux qui sont propres au mariage, et ceux qui ne le sont point. Entre les eunuques qui ont été faits par la nature ou par Part, il y er a qui n’ont qu’un testicule, et d’autres qu‘ n’en ont point du tout.
On ne doit point mal juger de la virilit‘ d’un homme lorsqu'on ne lui trouve point da testicules au dehors, comme nors l’avons prouvé ailleurs par l'autorité de la faculté de mé lceine de Montpeilier, et par Î2s raisons qu nous avons déduites en cet erdroït-1là. Cor il acrive quelquefois que les testicuies étant demeures
{ 1655 au dedans, et, wétart pas descendus dans la bourse, par les obstacles qui se sont opposés à leur sortie, les hommes qui les ont ainsi cachés ne laissent pas d’être aussi parfaits que s'ils les avoient au dehors, témoins ceux dont nou:
avons fait l’histoire. Ces sortes de personnes sont vigoureuses et fortes comme les autres, et ont tous les signes qui sont nécessaires pour marquer la virilité d’un homme. Ainsi, ils sont en état de se marier et de faire des enfants. Et je ne fais aucun doute que Putiphar, qui étoit eunuque de Pharaon, et le lieutenant général de ses armées, ne fût de ce nombre-là, puisqu'il avoit une fille qu’il maria avec Joseph.
11 y a des eunuques qui n’ont qu’un seul testicule, mais il est bien fait et bien proportionné, ce qui les rend aussi féconds que les autres hommes; car, selon l’axiome des philosophes, la force unie est capable de plus d'action que celle qui est partagée. Un homme voit aussi bien, et peut-être mieux d’un œil, que s'il en avoit deux; et la nature ne nous a donné deux testicules qu’afin que l’un pât suppléer au défaut de l’autre, Cet homme, dont parle Zachalas, qui n’avoit qu’un testicule dans sa bourse ,
auquel étoient attachés d’un côté et d’autre les
vaisseaux spermatiques, étoit sans doute aussi vigoureux et aussi capable d’engendrer que geux qui en avoient deux. Mais si le testicule
{ 166, esi petit et flétri, it ne faut pas s'attendre qu'an tel homme soit propre à la génération, bien qu’il puisse être capable de caresser une femme,
Pour ne confondre point ici les espèces des eunuques, comme le font quelques-uns, je ne parlerai, ni des hommes impuissants qui onf trois testicules petits et de nulle vertu, ni de ceux à qui la maladie où les remèdes froids ont empêché l'usage de ces parties, ni encore de ceux à qui on les a brisés, comme on fait aujourd’hui aux taureaux, pour les châtrer, puisqu'un véritable eunuque est celui à qui la nature a dénié une ou deux de ces parties, ou à qui le chirurgien ‘ou queique accident en a emporté uns ou toutes les deux ensemble.
Mais il n’en ect pas de même de ceux qui y'en ont ni au dedaus ni au dehors. Ils sont valétudinaires, incommodés, impuissants et Iàches, et méritent d'être chassés de la compagaie des hommes, commeinutiles à la société bumäine : : ce qui arriva au prêtre L'éonce, selon lu rapport de saint Anathase , qui lut déposé de L prêtrise pour s'être châtré , de peur de cätæ# : ser une femme qu'il tenoit chez lui.
A. les considérer dars le détail, ils ont la voix grêle et languissante, et la complexion d'une femme; on ne leur voit que du poil follet & Ja barbe. Le srnrage ct la hardiesse font place à la crainte ei à la timidité; enfin, leurs
mœurs et leurs manières soht toutes efféminées. Ce sont ces grands désavantages pour lesquels fa loi Cornélia punissoit très-sévèrement ceux qui avoient la témérité d'ôter les testicules à un homme; parce qu'en même témps on lui étoit la force, la santé, et tout ce qu'il avoit de meilleur,
Quoique ces sortes d'eunuques soient incapables d’enyendrer, nous ne manquons pourtant pas d'histoires qui rous apprénnént qu’ils ont fait des enfants. Fontaaus nous en rapporte ané d’un gentilhomme qui perdit ses deux tes: ÿirules à la guerre, et qui néanmoins engendrä après avoir été guéri; et Aristote nous a laisse ar écrit qa’un taureau noùvellément ehâtré, rendit féconde une vache qu'il avoit couverte. Mais, bien que ces histoires paroïssent presque incroyable;; eependant ce sont des faits auxquels la raison ne s’oppoce point. Car on ne doit point douter qué, s’il resté à un homme.où l'épididyme ou quelque petite portion de l'un des testicnles, sans que lés vaisseaux spermatiques soient tout-à-fait brisés; il ne soit en état de faire uve fois un enfant. Nous en sommés persuadés dans les animaux par l'expérience de chaque jour. Les ehapons mal châtrés chantent comme les coqs; eten font même l'office; Car, s'il est vrai que l’épididyme soit de là même nature qué les testicules. r’ést-à-dire, qu'il soit
(168) an entrelacis de vaisseaux entre lesquels if y ait une matière glanduleuse, comme nous l’avons remarqué ailleurs, il ne faut pas douter qu’il n'ait la vertu de faire la semence prolifique, et puis de la renvoyer vers les vésicules et les prostates pour être évacuée. Ne pourroitil pas même se faire qu'une suffisante quantité de semence se fût conservée dans les vésicules séminaires ou dans fes prostates, pour servir à la génération d’un enfant dans les premières caresses d’une femme ? Cela n’empêche pourtant pas, qu’à parler en général il ne faille dire de ces eunuques à qui ces deux petites parties manquent, qu'ils sont incapables d’engendrer.
Je trouve dans l'histoire que nous a laissée Marcelin, que Sémiramis fut la première qui fit couper des enfants : aussi est-ce vers les contrées où régnoit cette princesse, que les eunuques ont paru d’abord en plut grand nombre.
Les Perses, les Mèdes et les Assyriens ont été ceux qui s’en sont le plus servis, et nous remarquons que Nabuchodonosor faisoit couper tous les Juifs et autres prisonniers de guerre, pour n'avoir que des eunuques à son seivice; d’où vient que saint Jérôme nous fait ebserver que Daniel ; Ananias, Azarias et Misaël étoient quatre eunuques qui servoient dans le punis du roi de Babylone.
Desk ici Fa myihode dont on se sert dans jo-