‹ Tableau de l'amour conjugal (volume 2)Chapitre 5 sur 21 · Observons aussi la cause de la ressem · texte numérisé non relu

Observons aussi la cause de la ressem

lance que les enfants ont confisément avee leur père et leur mère.

4. Découvrons encore pourquoi les frères et les sœurs se ressemblent.

5. Voyons après cefa la source de la ressemblance des enfants au grand-père, aux bisaieuls et aux oncles.

6. Examinons enfin pourquoi uy enfant ne ressemble à à aucun de ses parents.

1. La cause de la ressemblance dx fils au père, et de la fille à la mère, ne peut être prise que des principes internes qui servent à former ces enfants, c’est-à-dire, des semences de l’homme et de la femme, qui, étant unies en= semble, ne font qu’un corps, sur lequel l'âme, qui est l’autre principe, venant à agir, se fa brique un domicile pour la semence.

Je le dis encore une fois, je ne parle point ici de l’âme immortelle, qui ne communique jamais, et qui ne fait point de ressemblance. Je: parle seulement de l’âme matérielle, aui sert d’instrument à intelligence, qui la fait aoir se lon ses ordres. |

Les esprits, ou l’âme qui réside dans la ses. mence de l’homme, s’étant donc mélés avea l’âme qui est dans la semence de la femme, lorsque la conception s'accomplit, et ne faisant alors qu'un même composé, travaille, ent qualité de principe, sur la matière la plus terrestre et la plus épaisse de la semence de l’un ét de l’autre sexe. Et parce que la semence d’une femme peut être d’un tempérament chaud et sec, qu’elle a les parties de sa matrice pressées les unes auprès des autres, et qu’elle ne manque pas esprits pour produire un mâle, la semence: de l'homme, lui imprimant son caractère, fait uni mélange qui a toutes les qualités convenables à

(39) former un garçon; var l'âme qui est dans la semence de l'homme, ayant le mouvement fort prompt et fort actif, l'emporte sur l’âme qui est dans {a semence de la femme, et fait ainsi obéir la matière sur laquelle elle travaille; si bien que celle-ci étant pénétrée par celle-là, il se fait un mélange dans la boule où se forme l’enfant , lequel cause la ressemblance qu’a cet enfant avec son père. |

Si l’on mêle du levaiu bier aïgre parmi de la pâte, le pain qui sera fait sentira l’aigre, quoi-

ue le levain y soit cntré en beaucoup plus petite quantité. Tout de même, l’âme qui est dans la semence du père, eu, si l’on veut, les esprits qui y résident étant fort pénétrants, se font connoître dans le mélange qui se fait des deux semences; et c’est ce qui arrive toujours, selon les lois de la nature, que le fils est semblable au père, et la fille à la mère : autrement, selon le sentiment d’Aristote, ce seroit une espèce de monstre, sil ressembloit à quelque autre personne.

Le projet de l'enfant ayant donc reçu la complexion du père par les impressions qu’a faites sa semence sur la semence de la femme, se perfectionne tous lesjours par cesmêmes principes. Si Le père, par exemple, est bilieux et mélancolique, qu’il soit haut et prompt, et qu’il ait avec

Go) | cela la voix grosse et de bonnes inclinations. une portion de son âme, qu’il communique à son enfant, par le moyen de sa semence, portera partout avec elle ces qualités qui en sont inséparables. Elle dilatera et étendra la matière des os; elle produira de la chaleur et de la sécheresse dans les principales parties; elle causera, en un mot, un tempérament bilieux et mélancolique : enfin, la partie de la semence du père, qui n’est autre chose qu’une portion de son âme, avec sa partie grossière, dont le corps est en partie formé, l’emportant sur l’âme, la matière qui est TE la semence de la mère est la source de la ressemblance qu'a un garçon avec son père, non seulement d'espèce, maïi encore de sexe et d’individu.

Il en arrive ainsi de la ressemblance qu’a unc file avec sa mère; car la matière qui est ren: fermér-dans une boule, étant d’une Complexes froide et humide, si on la compare à la matière dont un garçon est formé, ne peut servir qu’« faire une file, principalement si la semence du l’homme est foible et languissante, et qu’elld approche du tempérament de celle dela femme® lâme ayant une force dominante, prend li dessus sur l’âme de la semence de l’homme, et! étant unies ensemble, impriment sur la matièrus qui est disposée à recevoir son caractère fémi:

nin, des marques de ressemblance avec la femme dont elle procède : de sorte que, si la femme est d’un tempérament froid et humide, qu’elle soit pituiteuse et sujette aux fluxions, que ses passions soient moderées, et ses mœurs raison nables , l’Âme qui agit fortement sur la matière du projet de l'enfant, produira aussi les mêmes effets dans la fille qui doit naître; car le tempérament de la mère est la cause de tout çe que tous remarquons en elle. Que ses mœurs et sa santé en soient des effets, et que la disposi-. tion de l’Âme et de la matière de la semence suive aussi par nécessité ce même tempérament. on doit sans doute attendre que la fille soit sem. blable à sa mère, et qu’elle ait les mêmes inclinations, puisqu'elle possède plus de son corps que de l’âme et du corps de son père. L’âme de la semence du père, et sa semence même, n’4 servi dans cette occasion qu’à rendre la semence de la mère prolifique, et à augmenter la matià e du projet.

Elle a souffert, pour ainsi dire, plus qu’elle n’a agi, et l’on diroit même que le père n’a en rien contribué pour faire cette fille, tant clle ressemble à sa mère dans les qualités du corps et dans les passions de l’âme.

2. Mais si la. fille ressemble au père, et le fils à la mère, ce qui arrive souvent, on doit con-

eevoir, d’une autre façon, la cause de la ress semblance individuelle. Si le père, par exemple 4 est grand et gros; s’il ect sanguin et pituiteux qu’il ait la chair mollasse et les actions lentes si la mère, au contraire, ect petite, sèche ec bilieuse , prompte et agissante, et qu’elle ait ls chair ferme, il peut arriver, et il arrive même ‘ous les jours, que la fille ressemblera au à et le fils à la mère.

La source de cette ressemblance est, que Vâme et la matière qui servent à la conception sont la cause de la ressemblance, lorsque l’une ou l’autre semence fait paroitre, dans le mélange de la formation, ses qualités premières et secoudes.Je pourrois dire, pour éclaircir ceci, que l’âme et la matièredela semencedel’homme, étant conformes à ses principes, c’est-a-dire;. étant froides, humides, lentes et pituiteuses, comme est celui d’où elles procèdent, elles dominent sur l’âme et sur la matière de la semence de la femme, et par leur matière et par leurs qualités ; si bien que l’âme, qui est dans la semence du père, ayant souvent des mouvements trés-actifs et très-pénétrants, s'empare de l’âme de la semence de la mère, st par cemélangeilne se fait qu'un corps subtil, dont la partie domtinante retient toujours le parti de la complexion du père : l’âme dominante imprime donc son

caractère féminin sur l'enfant qui doit se fermer dans les entrailles de sa mère, et rend cette fille semblable à son père. Elle est grande et grosse comme lui; elle est lente dans ses actions; ses yeux sont bien fendus; ses règles sont abondantes; enfin, elle est pituiteuse et sanguine comme son père.

Mais si le père ne donne que fort Le de he mence, qui ne serve seulement qu’à frire fermenter la semence de Ja femme, plei-e de feu et d’esprits, il naïîtra de ce mélange ur garçon, qui aura le tempérament de la m?re, la même figure et les mêmes inclinations. 11 core petit comme elle, etil lui sera tout sembiaoie, sc: l’on en excepte le sexe : car cette femme, fiant à Vire complexion chaude et sèche, si nous la >mparons à son mari, imprime sur le projet d’ son enfant un caractère maseulin qui se feroit toujours connoître, à moins que la semence du père ne détournât l’inclination de la nature.

3. Il n’en arrive pas ainsi lorsque les cafants ressemblent à leur père et à leur mère toit ansemble. Les semences des deux sexes sort 2lors tellement égales en matière, en force et er qualité, que l'enfant a des parties de lun et de

l'autre, ou bien il a une partie semblable à {2 . même partie du père, et il en a une autrs qui ressemble à une partie de la mère. Cet enfant,

par exemple, avec le nez de son père et la bouche de sa mère, a la poitrine de sa mère, et le foie ou l'estomac de son père : en un mot, il sera sujet aux incommodités de l’un, et aux passions de l’autre.

La cause de aette ressemblance n’est autre chose que le mouvément différent des différentes parties de la semence de l'homme et de la femmes et s’il est vrai que la semence coule des principales parties de lun et de l’œutre, et qu'avec cela elle soit animée, ainsi que nous l’avons prouvé, il me sembie qu’on ne doit point avoir de peine à concevoir comment une partie d’un enfant ressemble à une pañie de son père, et qu’une autre partie de ce même enfant ressemble à une partie de sa mère. Ca-, comme la portion de la semence qui coule , par exemple, de la tête du père ou de la mère, fait des mouvements différents, Pune et l’autre portions étant méêlees, sans pourtant être confondues, l’intelligence, qui a ordre de la nature de former un enfant, trouvant une matière disposée à former Îa tête d’une telle ou d’une telle façon par la victoire d’une semence sur l’autre, travaille sur cette matière selon les ordres qu’elle a reçus; mais, cémme celle rencontre beaucoup de matière dans la portion de la semence qui doit servir à faire le nez, et que outre cela cette ma-

(45 ) tiére a encore des mouvements forts et actifs, elle forme, par le moyen de l’âme qui lui obéit toujours, cette partie de l’enfant semblable à celle de son père, c’est-à-dire, elle fait un nez gros et aquilin.

Il en arrive de même dans la formation des autres parties du corps de cet enfant : si biem que la portion de la semence qui est destinée à former le cœur et la poitrine, tenant plus de la matière et de l’âme de la semence de la mère, l'enfant à venir sera sujei aux mêmes passions et aux mêmes incommodités que la mère. Enfin, selon les divers mouvements, forts ou foibles, que le projet aura recus, l’enfant aura quelques parties semblables à celles de son père, et quelques autres, à celles de sa mère.

4. C’est encore la même cause qui rend les jumeaux et les jumelles semblables les uns aux autres. Car, si nous faisons réflexion sur ce que nous avons dit au chapitre & de ce livre, nous serons persuadés que la semence de l’homme, se communiquant presque dans un moment à beaucoup de petites boules que la femme conserve dans les conduits de la matrice, elle leur imprime son caractère, et fait les mêmes impressions sur les unes que sur les au« tres: si bien que, s’il s’y trouve de la différence, sait pour le sexe, soit pour l'individu, celé

(46) vient plutôt de la femme que de l'homme; car, pour la semence de homme, elle se partage à

plusieurs boules de l’un ou de l’autre côté de la

matrice quand ik y a des dispositions pour l’y recevoir ; et, faisant les mêmes impressions sur les unes que sur les autres, elle cause ainsi la ressemblance des jumeaux et des jumelles.

5. Mais il n’en est pas de même quand les enfants ressemblent à leur grand-père ou à leur Bisaïeul. La nature ne fait point alors agir l'âme par des mouvements actuels et prochains; ello he la fait agir que par des mouvements en puissance, et ne fait point représenter les personnes dont l’Ââme procède, mais celle dont elle a été

produite. Ces trois enfants qui, dans la famille de Lépide, à Rome, naquirent loir les uns des

autres, avec une membrane qui leur couvroi:

an œil, sont des preuves authentiques de ce que avance.

Pour comprendre bien cela, on doit être persuadé que les ressemblances que nous avons avec nos ancêtres sont en puissance dans nôtre

semence, par l’âme et les humeurs qu’ils nous:

ont communiquées: si bien que, s’il y a quelque cause accidentelle qui empêche un enfant de ressembler à son père ou à sa mère, on doit croire qu'il représentera l’un de ses parents dont l’idée est demeurée dans l’âme du père et

de la mère. Car, s’il est vrai que mon âme est venue de mon père, que l’âme de mon père soit sortie du sien, et ainsi toujours en remontant, par le commandement que Dieu fit à la nature au commencement du monde, selon la remarque de Tertullien, je pourrai dire que mon âme porte avec elle le caractére et l’idée de tous ceux par lesquels elle à passé ; et si la semence commuaique successiverient à plusieurs particüliers à peu près Île nêrse tempérament, quelie difficulté y a-t-il à croire qu’un enfant peut vessembler à son bisaieul, non seulement selen à figure de ses parties externes, mais envor:

selon ses passions et son humeur? Une pierr®? d’aimant touchant un morceau de ler lui communique sa propre vertu, et puis ce morGeav de fer agit avec une pareilie activité que la pierre même. Ainsi il arrive souvent que a semence du fils fait de pareilles impressions que feroit la semence du père. C’est de que on sera plus pleinement persuadé par la question que nous allons examiner; savoir, peurquei un enfant ne ressemble à aucun de ses parents.

* 6. Il n’est pas besoin de répéter ici ce que nous avons dit ci-dessus de la cause de la ressemblance qu'ont les enfants avec leur père ou avec leur mère; nous avons prouvé assez évidemment, ce me semble, que la portion de

(48) l'âme de l’homme et de la femme qui accompagnoit la semence de l’ur et de l’autre sexe, et que le tempérament, qui en étoit inséparable, étoient la cause de cette ressemblance, et que c'étoit d’où vencient l'effigie, les passions de Pâme , la santé, les maladies, qui faisoient ressembler les enfants à leurs ancêtres. Nousavons encore fait remarquer que cette ressemblance, Étant naturelle , ne pouveit venir que G'uu prinèipe interne, et que. si elle manquoit quelquefois à paroître, il falloit en attribuer le changement à des causes étrangères qui troublext la nature dans son action, ef qui détournent les mouvements libres qui sa trouvent dans la semence du père ou dé la mère.

En effet, si ces mouvemsats sant un peu interrompus par des causes étrangères, Îes| enfarts naissent semblables à leur grand-père! ou à leur bisaieul, selon l’observation qu’en a! faite M. Bégon, intendant de cette province, | l’un des sages hommes et des plus curieux que: je connaisse. Il m'a dit qu’il avoit remarqué? aux Antilles des enfants jumeaux engendrés par! des métis, que l’on nomme mulätres, dont les uns, étant blancs, avoient les cheveux longs,, et les autres, étant noirs, avoient les cheveux) crépus; et que cette ressemblance ne pouvoit! venir que de leurs ancêtres, qui avoient été de

(49) ces espèces-là. Car, ajoutoit-il, il y a autant d'espèces d'hommes, qu'il y a d'espèces de chiens. Mais Vossius, qui a observé qu’en Afrique il naissoit un enfant blanc d’un père et d’une mère nègres, et que ces productions différentes venoient plutôt de la vérole que de leurs parents qui faisoient un ladre, que de la ressemblance de Îeurs ancêtres, dit aussi que ces enfants étoient foibles et languissants de vue, et ne voyant qu’au clair de la lune. S'ils sont beaucoup interrompus, ils ressemblent à leurs parents en ligne collatérale. Sils sont forcés et agités, ils ne ressemblent ni aux uns ni aux autres, mais seulement à l’espèce de Vhomme,. Enfin, si ses mouvements sont entièrement inégaux, et qu’ils trouvent une matière brouillée et désunie, il en vient des hermaphrodites et des monstres.

Le suc dont l'enfant se nourrit d’abord, le sang des règles par lequel il se perfectionne, les passions de l’âme de la mère, le lieu large ou étroit où il demeure pendant neuf mois, les aliments dont il use après être né, l’habitude qu’il prend pour ses mœurs par les exemples qu’il imite, sont de puissantes causes que je pourrois appeler étrangéres, qu: troublentquelquefois les mouvements directs de la nature, et qui lempéchent de faire des impressions natu-

pe 4)

(So) relles sur un enfant. La nature ressemble en: cela à un peintre qui fait souvent des tableaux: par imitation, mais qui en a fait aussi quel-. quefois par caprice.

Pour éclaircir davantage cette question, je:

puis dire que la sesagnce étant animée, comme: nous l’avons prouvé, porte avec elle des carac-. tères de l'individu, et que ces caractères, étant] des mouvements actuels et prochains, ne man-. quent jamais à être communiqués au corps!

sur lequel ils sont imprimés; mais comme il y ai d’autres mouvements éloignés qui ne portent!

point avec eux l’idée d’un particulier, mais qui! portent en général la figure et la représentation! d’un homme, il s'ensuit qu'aux moindres petitsi désordres qui arrivent dans la génération, le! père ou la mère peut engendrer par ses der-+ niers mouvements un enfant qui ressemble à un! homme, mais qui n'aura aucune ressemblances avec ceux qui l’auront engendré.

L'imagination de la mère trouble plutâti Paction de la nature, qu’elle ne contribue à lai ressemblance. J'avoue cependant qu’elle ah quelque pouvoir sur ses esprits et sur ses hu-+ meurs ; et si elle ne fait point d'impression sur! le projet d’un enfant qui se gouverne par lui-: même dans ses premiers jours de vie, elle eni fait du moins sur le suc nourricier, ou sur ler

(5£) ang des règles, dont l'enfant se nourrit dans es flancs de sa mere.

On sait quels changements et nu désordres causent les alirsents au commencement de notre vie. Comme i's entretiennent notre chaeur quand ils sont vons, ils la détruisent quand ls sont mauvais. J’atiribue l’embonpoint de certains peuples à l'usage du lait, du beurre et du fromage, et à un aix froid et humide qu'ils respirent; au lieu que lon en remarque d’autres qui ont une tout autre figure, parce qu ils vivent dans un air tout opposé à celui-là, et qu'ils usent d’autres aliments,

Enfin il y a quantité d’autres causes éloignées de notre tempérament et de nos inclinations naturelles : si bien que, quand l’âge nous met en état d’être comparés à notre père ou à notre mere, nous nous trouvons alors fort différents, soit par notre faute, ou par la faute de ceux qui ont eu soin de notre éducation.

Ainsi, j'ose conclure hardiment qu'à moins qu'il ny ait des causes accidentelles et éloignées, qui changent la ressemblance que nous devons naturellement avoir avec ceux qui nous ont engendrés, nous leur sommes fort semblables. Les Garamantes, qui n’étoient pas sai:

väges en ceci, faisoient nourrir tous leurs enfants en commun ; jusqu’à l'âge de cinq ans, et

alors ils donnoient à chacun les enfants qui lui ressembloient le plus, jugeant par-là qu'il étoit. leur père, et qu'il étoit obligé d’en prendré soin. Ils croyoient denc que la ressemblance étoit une puissante conjecture de filiation, ct quelle procédoit de quelque principe interne qui étoit invariable. |

Pour moi, j'avoue que j'aurois mauvaise opinion d’une femme qui auroit un enfant qui ressembleroit à l’un de ses domestiques; et ce seroit, selon moi, une preuve assez forte pour Je faire estimer illégitime + au lieu que, sil étoit semblable à son père, ce seroit sans doute une grande conjecture pour la chasteté de la mère. |

a —— CHAPITRE VIT.

Pourquoi il y a des enfants qui naissent foibles ou imparfaits , et d’autres forts el robustes.

Six est vrai que le mariage des rois a princi-

palement en vue le bien de leurs États, il est juste que celui de leurs sujets ait aussi pour fin | la gloire de leurs princes. Un roi ne sera jamais | en état de se défendre contre les insultes de ses |

- ennemis, bien loin de conquérir des villes et

des provinces, s’il a des sujets foibles ou imparfaits : au contraire, rien ne pourra résister à sa puissance, s’il en a de bien faits et de robustes.

C'est donc une chcse digne d’un royaume bien policé, de régler tellement ce qui concerne les mariages, que tous ceux qui naissent puissent un jour être capabies de soutenir Îes

entreprises de celui aui y commande.

Si nous pouvions découvrir la cause qui fait qu’il y a tant de personnes petites, valétudipaires ou contrefaites, et en même temps ce qui fait les hommes forts et robustes, spirituels et adroits, ce seroit, ce me semble, un moyen assuté pour remédier aux désordres qui warrivent que trop souvent dans les familles et dans les États, par la négligence qui se remarque flans les mariages, et par les abus qui s’y commettent tous les jours. |

Si le roi Agésilaüs n’eût épousé une femme jeune et petite, jamais les Lacédémoniens ses sujets n’eussent eu pour lui tant de mépris ni tant d’indifférence. Gar quelle apparence qu’une telle femme eût pu fournir tant de matière pour former un enfant d’une taille avan

.tageuse ? Ses entrailles auroient été trop pres-

sées, et ses flancs trop resserrés pour s’élargir

comine il falloit, ut ellé n’auroit pas en assez d'humeurs pour lui cezxmuniquer là nourriture don: il aurait besoin. Cet enfant auroît éte un nain curine sa mère, et puis Il auroit été l’ob jet du mépris et de la haine des peuples, et un sujet indigne d’être’ le fils &’un roi.

En effet, uné petite fémme de douze ans, où quaud même elle seroit plus âgée, à les flancs trop resserrés ct les parties üe Σ génération trop petites pour y contenir, darent neuf mois, un enfant de belle taille; et, bien loin de le porter jusqu'au bout de sa grosses:e, elle seroit contraïñite d’accoucher avant que toutes les parties de lenfant fussent accomplies. Mais encore, si le mari et la femme sont fort jeunes et! de même âge, la semence de celui-là n’aug+ mentera presque point la matière de la boule où lenfant devra être formé. Elle ne communiquera seulement que jes esprits fermentatifs de la génération, et ainsi l'enfant sera toujours foible , languissant et petit.

Les petites personnes viennent encore dune autre éause ; car, si le père et la mère sont d’un tempérament extrémement lascif, l'expérience fait voir que les enfants qui en naissent ne peu: vent être grands. L'amour de deux jeunes personnes mariées les embrase sauvent de telle sorte, qu’il ne se passe poiuf de jour que cette

(55) passion ne les agite et ne les épuisé; ei si paf hasard il naît quelques cnfanis de ces embrassements réitérés, ce ne sont que des nains el des enfants foibles, qui n’ont pas eu dans les flancs de leur mère assez de matière pour y être bien formés. On se joint trop souvent l’un à autre, pour avoir de la semence bien cuite et bien digérée; et ainsi le mari ue communique à la femme que fort peu de :natière pour la génération, et encore est-elle al conditionnéz.

La femme, de son côté, n'a que de très-foibis semence, puisque l’amour Voblige 2 la réprndre plutôt qu’il ne faudroit. Ce peu de matière, donc, qui sert à former cet enfant ; ne peut ser-

vir qu’à faire des parties trop petites pour être jamais les parties d’un corps bien proportiienné.

Si les personnes mariées imitoient la chasteté d’un roi des Palmyréniens et de Zénobie sa femme, nous aurions aussi beaucoup plus d'hommes grands, spirituels et robustes que

nous n’en avons. On rapporte que cette prin-

cesse étoit si modérée dans sa passion, qu’elle

ne s’approchoit jamais de son mari que pour en avoir des enfants, et que, pour cela, elle attendoit toujours le temps de ses règles, pour connoître si elle étoit grosse ou non. Si les règles

. paroïssoient, elle retournoit incontinent après

entre les bras du roi, afin d’obéir plutôt aux

(56 ) ordres de la nature qu’à sa propre passion; et. si les règles ne venoient point, elle se passait, pendant sa grossesse, des plaisirs du mariage, que la plupartdes Éd soubaitent alors aveci tant d’ardeur.

C’est le véritable moyen de faire des enfants forts et spirituels, que d’en user de la sorte. I semble que l’on se remarie toutes les fois ques l'on se caresse après un assez long intervalle. Il ne manque alors ni maüiére ri 7. pour!

former un enfant bien fait; et l'expérience fait} voir, tous les jours, que ke plus grands hcm:: mes sont souvent venus de conjonctions illégi:! times. Jamais Rome n’auroit été la terreur dé! ses voisins, si Romulus, son fondateur, ne f&| né de la Je: et jamais deux villes considéra: bles de PEurboé n’eussent élevé deux statues à! l'honneur et à la mémoire d’Érasme, si la nais: sance lui eût donné de l'esprit.

En effet, la semence a le temps de se cuire!

et de se perfectionner ; les esprits s’y assem: blent en plus grande foule lorsqu'on se caresse | rarement ; les plaisirs de l'amour sont même: plus grands quand on les prend avec modéra- : tion, et ils ne dégoûtent pas comme ils font or- ! Ginairement,.

Pour peu de santé qu’aient un homme et une femme, pourvu qu'ils observent tout ce que l’on |

Cobr

(57) doit observer pour faire des enfants forts et spirituels, ils ne manquent pas d'y réussir ; | nous ne voyons Jamais guère, pour me servir de la pensée d’un poëte, des aigles fiers engendrer de foibles colombes.

Mais si, dans l’excès de l'amour, la femme prend le dessus, et n’observe pas toute la bien. séance que l’on doit observer quand on se caps amoureusement, on ne doit pas douter que cette posture ne soit l’une des causes des petites et foibles personnes : car, puisqu’an homme lascif, come nous venons de le dire, ne répand à chaque fois que fort peu de se-

ence; si, d’ailleurs, il ne garde pas une posure convenable, le peu de matière qu’il répanra ne sera pas reçue où elle doït l’être, rt ainsi k ne se fera point de conception; ou, s’il s’en fait, ce ne sera qu’un avorton ou un naïn qui ’aura rien d’avantageux, ni dans l’âme, ni dans le corps.

Tout le monde sait que la vieillesse est froide et languissante, et qu’elle n’a guère de vigueur dans les embrassements amoureux. Si l’on fait un enfant à cet âge-la, on doit croire, pour ordinaire, qu’il sera lent et stupide, son père ayant de matière et d’esprits que pour lui donner seulement la forme d’homme, à moins que sa mère, qui est souvent jeune et amoureuse,

EU rie ne contribue, de son côté, au génie de son en: fant, par l’abondance de son feu et de ses es-. prits. Un chevai engendré d’un vieux cheval n'est jamais agile; et les écuyers savent trèsbien qu’il n’est pas ausssi propre, ni au manége, mi à ia guerre, que ies autres. Mais dans la fleur: de l’âge, quand on ne croît ni ne décroît plus, on a tout ce qui est propre à faire des enfants spirituels et robustes. C’est pour cela que, aul rapport de César, les anciens Allemands, quik ont toujours passé pour des gens forts, estimoient que c’étoit une chose honteuse à un!

homme de connoïtre une femme avant l’âge del vingt ans. !

La mauvaise façon de vivre des pères eti mères est encore l’une des causes les plus coms* munes de la foiblesse des enfants. Jamais uni homme débauché n’engendrera un enfant ro-:

buste et vertueux; et les incommodités qui ac-+ compagnent cetenfant pendant sa vie, ne seronti que des suites assurées et des marques évidentes! des crimes de son père et des foiblesses de sai mère. La ladrerie, la goutte, les écrouelles, lai stupidité de l’esprit, et les autres fâcheusesi maladies, viennent souvent de la vie déréglée! de ceux qui nous.ont engendrés, Nous héritonsi souvent de leurs incommodités ,et presque ja=! mais de leurs vertus. Et comme le sang de cesi

pères et de ces mères est tout plein de crudités et de pituites, toutes les parties qui s'en nour rissent sont aussi des excréments qui ont des usages différents de ceux que la nature s’étoi proposés. Les testicules, pour ne m’arrêter qu'a ces parties génitales, ne peuvent faire d’un sang cru et froid une bonne semence, qui soit ensuite la cause d’un enfant sain et vigoureux. Âu lieu d’être pleine d'es prits et de feu, d’avoir une matière écumeuse et raréfiée, ei d'être pure et tempérée, elle est pituiteuse ei pleine d’ordures, se qui ne cause que des désordres dans la génération.

Ceux qui s’étudient à avoir des enfants sains et spirituels, observent, entre autres choses, ur temps qui ne scit incommode ni pour eux n pour les femmes; surtout ils se aonnent bien garde, ainsi que nous l’ayons remarqué, de les connoître pendant leurs règles ou peu de temps auparavant. Car, s’il arrive que la conception se fasse lorsque les règles sont près de couler, ov qu’elles coulent même, les ordures dont la matrice est alors remplie, tachent et infectent la semence de l'homme, qui porte ensuite de mauvaises qualités dans le lieu où réside ordinairement la semence de la femme, et où se fait Ja conception. La génération s'y accomplit pourtant ; mais la matière qui sert à former l'enfant,

n'étant pas pure et bien conditionnée, les par! ties qui en sont faites ex deviennent mal faites : de sorte que dans la suite elles font fort mai leurs fonctions, et rendent par conséquent l'en! fant valétudinaire et incommodé. Nous n’avoni sur cela que trop d'exemples, si l’honnétetée la bienséance me permettoient de les mettre a jour. |

On doit donc observer bien des choses pou ne pas engendrer des enfants mal faits : car, siu corps a des défaut: quaud on Île néglige, lâmi aussi n’en a pas moins; et je suis assuré que; Thersite n’eût été si laid , il n’eût point eu um si méchante âme; et il ést impossible qu’um âme pût bien faire ses fonctions dans le corp d’un homme tel qu’étoit le sien. Il avoit le da enfoncé , la tête pointue, du duvet au mentoïs au lieu de barbe, et avec cela il était boiteux louche. Cette laideur est une marque de tous Ji vices : au lieu que la beauté du corps est l’imag, d’une belle âme, et le caractère d’un homme bien , si nous en croyons saint Ambroise.

Ce ne sont point les astres qui nous font spi rituels, robustes, valétudinaires ou imparfait! ils sont trop éloignés de nous. Et quoique le st leil et la lune aient, à la vérité, plus de foré queles autres, cependant ils r’agissent sur n0! que comme des causes étrangères, bien difil

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