D'ailleurs, s’il est vrai que limagination
soit la cause de la ressembiance, pourra-t-on.
dire que les mouches o4 que les plantes même out de l’imagination pour engendrer ce qui leur est semblable ? Une moucke à miel, par cxemple, a la même figure et les mêmes inclinations que celles qui l'ont engendrée; et celle-ci leur
est si semblable, qu’il est impossible qu’on
ne les prenne l’une pour l’autre. Cependant peut-on dire que c'est l'imagination de ces animaux qui est la cause de leu” ressemblance ?
3. D’autre part, l’imagination de la femme doit avoir été vivement frappée par les objets
dont elle doit faire l’impressicn sur le corps de.
l'enfant qui se forme dans sen sein. Mais si cette femme n’a jamais vu scn grand père, ou qu’elle n’ait jamais oui parler des défauts de ses ancêtres pour se les représenter fortement à l'imagination, comment pourra-t-elle faire un enfant louche, borgne, boïteux, ou pied-bot?
(35) Cependant V'histoire nous apprend qu’il y avait autrefois des familles à Rome qu’on ne distinguoit que par les défauts de leurs ancêtres, qui étoient Sarobons, Conclus ou Scaures; et à Jurgères, dans notre voisinage, 1l y a un muet, fils d'un homme qui parle, et peui-fils d’un autre muet.
Je connois une femme boiteuse du pied droit, qui fit sa première fille incomimodée du même pied; cependant cie m’a souvent protesté qu’elle n’avoit jamais pensé à soi. incommodité pendant qu'elle concevoit, ni durant toute sa grossesse. Aussi est-il certain que sor défaut est peu sensible, et ew’elle y est tellament accoutumée qu’elle n’y pense presque Jamais.
Les petits hommes du septentrion ont tous les cuisses courbées en dedans; mais ce n’est pas sans doute l'imagination de leur mère qui les rend semblables à leurs ancêtres : c’est plutôt quelque chose d’interne et d’essentiel, que nous découvrirons ci-après. Car, de s’aller imaginer que le caprice d’une femme puisse forcer les principes dont l’âme se sert pour agir naturellement, j'avoue que c’est ce que je ne saurois comprendre.
4. Au reste, si l'imagination est la cause de la ressemblance externe, elle doit aussi être
(34) ; une causé universelle, et agir incessamment de la même façon dans tous les particuliers : de sorte que Les enfants devroient toujours naître. sémblables à ceux que la mère s'est fortement imaginés. Si elle a pensé, par exemple, à un. héros, l'enfant qui en naïîtra aura la figure de la personne imaginée ; et cependant nous voyons sous les jours le contraire, et nous sommes témoins qu'un enfant ressemble à son frère, à son oncle ou à son bisaieul, à qui la mère n'aura pas pensé, ni au moment de sa conceptiow , ni même durant sa grossesse.
5. Après tout, pour f-1re une ressemblance, il faut que toutes les petites parties qui doivent concourir à composer un enfant, soient tellementdisposées pour une grosse tête, par exemple , pour un nez aquilin, pour de grus yeux noirs et pour tout le reste du corps, que nouë remarquions dans un enfant une figure semblable à celle de son aicul. Ce n'est point à l'imagination de la mère, qui est une faculté animale, comme l’appellent les médecins, à former ainsi un corps et à en observer toutes les dimensions; elle manque d’instrument pour cel, et n’a d’empire que sur ce qui lui appartient. La formation d’un enfant ne peut être que l’action de l’intelligence ; qui se sert de l’âme pour lui donner la figure convenable. C’est donc à este âme à
domrer la forme externe, et à chaque partie, at à tout le corps même. Et ce scroi une chose xidicule, que la faculté formatrice de l'âme, qui n’est autre chose que l'âme même, compost une paitie, et que, u'un autre côté, limagisation qui n'en est qu'une faculté, dui donnât la figure. La boulangère qui aaouruten cette ville, il y a quatre où cinq ans, à sa troisième conche . difficile, parce qu’elle ue ce pouvoit délivrer d’un enfant qui avoit, ccmme son père, les épaules fort larges, ne raourut que par l'effort qu’elle fit en tâchant de le mettre au monde. Il ressembloit si parfaitement à son père, dans la largeur de la poitrine, ae je ne puis croire que cette conformation soit venue de l'imagination de la mère.
Sur ce princij'e, la mère de Pierre Forestus ; Pun de nos savants médecins, refusa en mariage, pour sa fille, un bomme fort riche parce qu'il étoit large d’épaules, dans la cramte que sa fille ne mourûten rouche, selon lexpérience qu .. en avoit.
. Mais encore est-ce linnagisiation de la mère qui a engendré dans les reins de son fils une pierre qui lui à été tirée à l’âge de cinq ans ? La mère a-t-elle jamais yrensé à cette maladie, n laquelle le père avoïtde. dispositions, quand, Aaläge de dix-huit ans, 1i ft cet enfant , puisque
(36 ) le père même n’avoit point encore ressenti cette incommodité? Il ne s’en est aperçu qu’à l’âge de cinquante ans.
7. Enfin l'on ne peut attribuer à l'imaginaon de fa mère l'horreur au’avcient deux frères : rour du fromage, puisque leur mérc aimoit avec. yassion cet aliment; on devoit plutôt attribuer: tette répugnance à des causes internes et :ssen-! elles, puisque, selon la remarque deSkinkius, qui nous en fait l’histoire, leur père ne pouvoit! ga souffrir l'odeur säns se pâmer.
Aprés cela, il faut donc dire que ce n’est pas! Vi agination de la mère qui est la cause de lai x2scemblance des enfants, non plus que des ins: clinations et des maladies auxquelles ils sonti sajets ; que c’est plutôt un pareil, et je puis dire un même principe, qui 2 fait le corps du père, qui travaille sur celui du fils, et que l’âme de: celui-ci imprime des caractères semblables sur une matière qui lui obéit, et qui a des dispositions à ces mêmes accidents.
Afin d'examiner de plus près cette question, on doit observer plusieurs choses, que je jug Rre nécessaires pour la bien entendre.
Premièrement, on dot remarquer que la se-
mence est animée de l'âme de l'homme, qui esl eommunicative, comme nous l'avons expliqué
ailleurs.
: Secondement, que les semences de l’homme et de la femme, étant mêlées, ont des mouvements actuels et des mouvements en puissance ; que les premiers sont des puissances prochaines, et que les autres ne sont que des mouvements éloignés.
Troisièmement, que la ressemblance est naturelle ou accidentelle ; que la naturelle pra: cédant des principes intésnes de l'enfant, est toujours certaine et constante , au lieu que ac cidentelle ne l’est pas.
1. Cela étant supposé, examinons d’abord la cause de la ressemblance du fils au père, de la fille à la mère, comme la plus naturelle le toutes.
2. Recherchons ensuite la cause de la ressemblance de la fille au père, et du fils à la mère.