‹ Tableau de l'amour conjugal (volume 3)Chapitre 3 sur 15 · CHAPITRE JEL · texte numérisé non relu

CHAPITRE JEL

S'il y a de véritables signes de grossesse.

Quoique parmi les hommes il y aït des coulumes qui nous paroissent ridicules, on‘doit pourtant s’imaginer que l’on a eu de bonnes raisons de les établir. Le temps les a favorisées, et l'usage, qui est le maître et le tyran des ac- Lions des hommes, les a soutenues. Ces coutumes se sont sanctifiées dans la suite, comme: les petits ruisseaux qui, coulant vers ia mer, se g ossissent enfin, et deviennent de grands fleuves.

L'exercice que font les gens mariés en dan-

(29) sant le jour de leurs noces, paroit extravagant à plusieurs personnes, qui blânient toujours ce qui ne leur plait pas. Îls ne sauroient se persuader que ce n’est pas sans raison que l’usage tolère cette ancienne coutume. Mais si l’on faisoit un peu de réflexion sur les effets que causent les mouvements des mariés, peut-être frouveroit-on que la danse des noces n’a été inventée que pour perpétuer plus aisément l’espèce des hommes; car ce n’est ni la melice du siècle, ni la depravasion des mœurs, ni l’adresse de l'amour, si les volupiés déréglées, qui sont la cause de cette cérémonie : c’est la raison même qui a vrulu que les mariés dansassent le jour qu’ils se mariert, afin que, par cette agitation, leur corps fût plus libre, plus ouvert et plus propre à la génération.

Les naturalistes nous font remarquer que, si Von veut avoir un cheval de prix, on doit fatitiguer la cavale avant qu’elle soit couverte, ef que de cette conjonction plutôt que d’une antre ; il naît ordinairement un animal fougueux rt propre à la guerre.

Ainsi les femmes s'étant agitées avant que de se joindre amoureusement à leurs maris, sont défaites d’une partie de leurs excréments, et la chaleur qu’elles nt acquise en dansant a servi à dessécher leurs parties amoureuses, qui në

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(3) sont le plus souvent que trop humides, et qui, par ce moyen, ne sont pas disposées à la génération ; car la trop grande humidité de ces parties est uné des principales causes de stérilité des femmes.

Après ces dispositions, on doit observer daus le mari et dans la femme d’auties circonstances qui servent de conjectures pour établir la Co‘i+ noissance que nous pouvons avoir de la gros sesse d’une fenime, car si le mari n’ést ni ton jeune ni trop vieux, que son tempérament süit robuste et ses parties principales bien saines ; qu’il ne soit ni trop gras, ni trop maigre, ét qi’ ait les parties de la génération bien faiés € bien disposées; que d’aiileurs la fémm: ait aussi les mêmes dispositions, qu’elle soit dens la fleur de son âge, et qu’elle jouisse d’une santé parfaite , qu'elle ne soit ni trop grande n° tr6p petite, et que ses règles aient accoutumé de coùler selon les lois de la nature, je ne doute point que, s’il y a les moindres marques que la fémme soit grosse, on ne doive se le persuader, après tant de dispositions d’un cèté et d'autre.

Mais, parce que ces conjecturés ne Sont pas dessignes évidents de la grossesse, ilme semble que l’on en doit chercher quelque autre, pout la connoître avec certitude. On sait que la grossesse est ordinairement de neuf mois aCCome |

f5r) plis: ainsi nous éxaminerons d’abord les signes qui nous servent ‘le conjecture pour la découvrir dans les prèmiers mois, et puis ceux qui nous la rendent plus sértufhe dans les derniers.

On a lieu de croire qu’une femme a conçu | lorsque, après s’êtré divertie avec un homme, éllé demeure sèche, et qu’elle ne rend point ce qu’elle a rèçu, et qu'avec cela un bomme se tstire sans étre beaucoup humide. Au même temps, la femme ressent comme de petits frissons, semblables à ceux qui nous arrivent après avoir mangé. Elle souffis quelquefois des foiblesses et des vomissements dans le moment que la semence de l’homme est dardée vers le

fond de sa matrice, et qu’elle est reçue dans Pune de ses cornes pour se joindre avec la semence de cette femme, et ÿ faire la conception.

La matrice, comme si elle avoit de la joie d’avoir reçu l’humeur qui lui est propre, se resserre pour la retenir; ce qui causé à la femme jé ne sais quel mouvement dans ses parties naturelles, duquel elle ressent du chatouillement ét du plaisir, et fait qu’elle recherche alors plus

ardemment la compagnie d’un homme.

Si, quelque temps après, la sage-femme la touche, et qu’elle rencontre une douce résistance, la matrice et son orifice interne ferme

et mollet comme le cul d’une poule, ou le mu-

(32) gau d’un chien naissant, il n’y a pas lieu de douter que la femme n'ait conçu.

Mis on ne se contente pas d’avoir des sie gnes communs, on fait envore quantité d’expér'encs, à limitation de F'antiquité, pour dés couviir la grossesse d’une femme. Les uns frots tent l’un rouge les yeux de celle que l’ox soupçonne grosse; @t, si la chaleur pénètre la paupière, on ne doute plus après cela que cette fimme ne soit enceinte. |

Lis autres tirent de son corps quelques :

gouti es de sang, et après Les ayoir laissées tomher dans de l’eau, ils conjecturent qu’elle est grosse si le sang va au fond. If y en a d’autres q ai ! 1i donnent à boire cinq ou six onces d’hyd con cl simple ou anisé, en se mettant au lit, at ils j agent de Ja conception par les tranchées que vutte boisson cause à la femme.

D autres lui donnent encore une ou deux oncas de suc de senecon, mêlé avec un peu Sea le pluie, et s’imaginent qu’elle est grossa s elle ue la vomit point.

Qu:lques-»ns, après avoir mis dans ses parties naturelles une gousse d’ail, ou fait brûkr de la myrrhe, de l’encens, ou quelque autre chose aromatique, pour lui en faire recevoir ia vapear par le bas, croient qu’elle est grosse, si lle ne ressent point quelque temps après à

et AG

(53 ) la bouche on au nez l'odeur de l'ait ou des choses :romatiques.

Ïl y en à encore qui font diverses expériences sur l'urine. Ils considèrent cette liqueur dès qu on la rend; et, après l’avoir trouvée troublee, et de couleur de l’écorce de citron mûr, avec de petits atomes qui s’y élèvent et qui y descendent, ils disent qu’elle a conçu.

D’autres laissent l’urine pendant la nuit dans un bassin de cuivre, où l’on a mis une aiguille fine; et, s'ils observent le matin quelques points rouges sur l’aiguilie, ils ne doutent plus de la grossesse.

Quelques autres prennent parties égales d'urine et de vin blanc : si l'urine, après avoir été agitée, paroît semblable à du bouillon de fèves , ils assurent que la fenme est grosse.

Les autres laissent pendant trois jours reposer à l’ombre, dans un vaisseau de verre bien bouché, l'urine d’uge femme; et, après lavoir coulée par un tafletas clair, s'ils rencontrent de petts animaux sur le taffetas, ils ne font pas difficulté d'affirmer que la femme est grosse.

Enfin, je ne saurois dire combien d’expériences les hommes ont tentécs pour découvrir la grossesse d’une femme; mais les dégoûts, les envies de vomir, les vomissements même,

‘4 (34) ict autres accidents qui leur arrivent, sont des signes bien plus certains, s'il ÿ en a au moins de certains, que toutes les bagatelles dont l'antiquité a fait parade pour connvitre une fénime grosse. nt 00 168 réglés mañquent à une femme sans qu'elle soit aftaquee par des frissons ou par une fàcheuse fièvre; que le ventre lui devienne plus plat où plus resserré qu'auparavant, selon le proverbe des sages-femmes :

en ventre plat, enfant y a; QUE principalement après avoir mangé elle soi: lente, et qu'elle n2 puisse se toucher le ventre sans douleur, ca sont aussi dés marques de conception.

Sés règles, retenues pour la génération, Ja éausent ordinairement des amertumes de bou:

che, des rapports âpres ou { igres, des éblouissements, des langueurs; des lassitudes, des douleurs de tête et de reins, des chagrins, au des transports de joiædont elle ne sait pas cllemême la cause, des taches at visage ou dans quelque autre lieu du corff, des assoupis* sements: enfin, le plus scuvent un appétit dé: réglé ; car il s'en est vu qui ont mangé des charbons, de la cendre, Au plâtre at d’autres choses: pareilles. Toutes ces pécidemis he sont causés! que par Le manquement des règles que la nature: & retenués pour ses usages particuliers ; eti

(35) toutes les parties de la femme ne soufffent que parce qu’elles sont arrosées des humeurs qui doivent chaque mois être évacuées.

Outre les accidents que nous venons de marquer, il en arrive d’autres après les quatre premiers mois de grossesse, qui nous servent de nonvelles preuves. Le sang qui croit tous les jours dans les veines d’une femme pour l’usage de l'enfant, qui en a alors plus de besoin, leur apporte plusieurs petits désordres qui uous instruisent de l’état où elles sont. I se jette sur la gorge, et leur cause, aux unes plus tôt, et aux autres plus tard, des douleurs et des duretés aux mamelles, lorsque le lait commence à s'y former, et que le mamelon, avec son cercle, devient rouge aux blanches, et noir aux brun-s. Leur voix commence alors à devenir vlus grosse, par la chaleur naturelle qui se multiplie, et leur salive est plus abondante; car on n’a jamais guère vu de femmes grosses, au moins de cellesiqui jouissent d’un emborpoint, qui ne ce grandes cracheuses.

Il paroït même aux jambes et aux cuisses des plus sanguines des veines enflées de diverses couletrs, que nous appelons varices; car on les remarque bleues aux blanches, et noires aux brunes, par la variété de leur tempérament,

636) x Après tout, l’un des signes les plus assurés ‘qui nous peuvent découvrir la grossesse d'une femme, c’est le mouvement de l'enfant; car si fon met la main sur son ventre, et qu’on l'y uenne fort long-temps, lou s'aperçoit, vers le quatrième ou le cingnième mois, d’un mouverent doux, et, sur 1 fi de la grossesse, d’un nuuvenent un peu plus fort qui vient ds haut en bas, et vers le devcat du ventre de la femme quand gfle est couct .e. Le fardeau nc se meut p'int de la sortie; :1 suit le mouvement du corps, et il tombe comme du plomb du côté qu’il se penche. Les vents ont aussi un mouvement indifférent. Ils se font:sentir inégalement, tantôt d’un côté et tantét de l’autre; et leur mouvement ne se fait pas vers le devant du ventre, comme dans une véritable grossesse ; mais on le sent le long des boyaux, que l’on entend quelquefois gronder.

Si l’on observe le pouls des femmes grosses, on trouve qu’il,gst beaucoup plus prompt et plus élevé que dans un autre temps; aussi ontelles alors du sang et de la chaleur autant que deux personnes, et des médecins peu expérimentes a toucher le pouls de ces femmes, s’imagineroient aisément qu'elles ont la fièvre.

On ne se contente pas de découvir en général la grossesse d’une femme par les signes que

(7) nousavonsexposés; on veut encore savoir si elle est grosse d’un garçon ou d’une fille, ou même encore si elle est grosse de plusieurs enfants.

Il est vrai que les garçons nous donnent souvent des marques que les filles ne nous donnent pas; car celle qui est enceinte d’un garçon se porte ordinairement beaucoup mieux, et se sent même plus tôt que si elle l’est d’une fille, qui, dès les premières actions de sa vie, commence à donner plus de peine à sa mère, que ne le fait un garçon pendant toute sa vie.

Si la mère, sur la fin de sa grossesse, tombe dans quelque fâcheuse maladie sans faire de fausse couche, c’est une forte conjecture qu’elle portedanssesflancsplutôtunefillequ'ungarçon:

celui-ci a ses attaches plus sèches que cefle-la; il ne sauroit résister à des attaques si rudes,

Mais encore, un mâle r-ndra robustes toutes les parties droites de sa mère, qui, en voulant marcher, se servira plutôt du pied droi', et, en voulant prendre quelque chose, agira plutôt de la main droite que de la gauche. On remarque encore dans son œil, dans la mamelle #t dans son pouls du côté dci , beaucoup plus d'éclat, et beaucoup plus de changement et de fire que du gauche; et, si lon tire de ses mamelles une goutte de lait, lorsqu'elle y en aura de per- -fectionné , on verra qu’elle se conservera ronde

| (38) sur l’ongle, si elle porte un garçon; au lieu que, si c’est une fille, le lait, étant fort séreux, ne se soutiendra pas si bien.

Pour le nombre des enfants, on ne peut con sidérer que la grosseur extraordinaire du ventre; et, par le milieu, une espèce d’enfonçure,; qui nous donne des marque, des Jumeaux.

De tous ces signes, il y en a de très-légers et | de très-ridicules; car, de penser que lon puisse découvrir la grossesse d’une femme par ses urines, c'est ce que je ne saurois me persuader. Je sais bien jusqu'où l'av-rice des hommes a >oussé celte curiusité; mais Les différentes opinions où ils sont sur ce sujet me font justemen douter dela vérité de leurs expériences.

L'urine ne nous peut donner, tout au plus.

que des marques de Vétat des parties d’où elle vient, et de la disposition de celles par où elle passe. Comrac elle ne traverse PRs la matrice, ef qu'elle ne fait qu’efleurer son col, quelles conjectures peut-on fase par cet excrément, si C@ n'est de la diposition de fa vessie, des reins €! des parties supérieures ?

Toutes ces expériences.que l'on fait ordinairement avec de lurine, sont sunerstiticuses tout cequ’on metdans la matrice est dangereux” l'ail est caustique et brûlante, si on lapplique: aux parties tendres du conduit de la pudeur. Les

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vapeurs des choses aromatiques sont suspectes, et il ne faut que cela pour faire de fausses conches. Mais il ÿ à d’autres signes qui nous rendent plus certains que ceux-là de la grossesse d’une femme; car la sécheresse de ses parties, après les caresses amoureuses, les chatouillements et les frissons qu’eile ressent aussitôt, les foiblesses et anéantissement: cù clle tombe dans le moment, sont de fortes conjectures pour nous faire croire qu’elle a déjà conçu.

D'autre part, si la matrice cst formée, die les règles soient retenues, qué le ventre s’aplaüsse d'abord , et qu'il s’er"e dans la suite, cué l’on s’aperçoive du laït qui se forme dans lé: mamelles, et qu'eufir ca sente dans $on flanc un mouvement qui ne peut venir que de l'agitaton de l'enfant, qui est, si je puis parler ainsi, une partie des entrailles de sa mère; tous ces signes, dis-je, joints ensemble, paroissent d'assez fortes preuves pour nous persuader qu’une femme est grosse.

+ Mais, à dire le vrai, il n’y a pas plus d’assurance à la Croire grosse, qu’à deviner si elle à une pierre dans la vessie lorsqu'on en à quelques marques. Tant de signes qu'il vous plaira de la grossesse d’une femme, ce ne sont pourtant que des conjectures qui nous peuvent quelquefois tromper, et .< des moyens de confu-

(41 sion pour un médecin qui s’y assure avec trop de ccnfiance. J'avoue qu. l’on est assuré de la pierre, quand on la touche avec la sonde, et que Von est aussi persuadé de la vérité de la grossesse lorsqu'on touche de la main la tête d’un enfant qui est dans le pas.

Si nous examinons en particulier tous ces signes que l’on cruit étre les plus propres à nous

endre certains de la grossesse d’une femme, ous verrons ciairement qu'ils sont tous doueux ou équivoques; car, de demeurer sèches après avoir été embrassées ; cela peut venir de la complexion de la femme et de la chaleur excessive de ses parties. De ressentir un plaisir extrême jusqu’à l'évanouissement, ce m'est Pas non plus une marque de conception. Le cœur ressent de pressantes atteintes de l'amour, quand on jouit avec passion des délices du mariage; et le chatouillement que ressent alors une femme, vient aussitôt des embrassements d’un mari et de la compression de la poitrine, que des plaisirs de la conception, jasque-là même qu'il s’en est vu qui ont engendré sans avoir ressenti de plaisir.

1} y a des femmes stériles qui ont uaturellement la matrice fermée, et il s’en trouve d’autres qui ont leur orifice dur et calleux, qui ne sont pas grosses pour cela.

Les règles manquent souvent aux filles sans aucun soupçon qu’elles soient enceintes: et les pâles couleurs, pour ne rien dire des autres maladies, sont toujours accompagnées du défaut des règles. L’on n’a guère vu de femmes incommodées de faux germes ou de fardeaux, à qui les règles u’aiznt manqué; mais encore il y a des femmes grosses qui sont réglées les premiers mois de leur grossesse, et j’en connois même qui l’étoient régulièrement pendant presque tout le temps qu’elles étoient enceintes : et d’autres qui ne le sont pi avant ni après la conception comme il arriva à la femne de Gorgias, selon le témoignage d'Hippocrais, dans ses Épidémies, qui, n'ayant poin) ses règles, ne laissa pas de devenir grossr, et d’en manquer après comme avant la conception.

Le ventre devient grêle d’abord et se grossit ensuite aussi bien par le faux germe, par le fardeau et par d’autres maladies, que par la véritable grossesse; et souvent l’on ne peut guère disinguer la tumeur causée par ces différentes ‘ncommodités.

Le lait et le mouvement de l'enfant, qui semblent être les marques les plus assurées de la grossesse, ne le sont pas plus que les autres. On voit des filles qui ont du lait par le manquement de leurs règles, si naus en voulons croire 2,

(42) Hippocrate ce! d'autres médecins après lui, et des femmes qui n'en ont point du tout, qu’elles ne soient accouchées.

Les mouvements qu’elles senvent dans le ventre peuvent être excités par des vents ou par des humeurs, et les exemples des femmes qui s'y sont trompées ne Sont pas rarct; quelques savants médecins y ont mâme été surpris. Hippocrate, tout docte qu’il étoit, a douté de la grossesse de la sœur de Téménès, et Avenzoar donna un violent purgatif à sa femme sans la connoître grosse.

Ïl y a d’ailleurs tant de souplesses parmi le sexe, qu’il faut être hien fin pour n’y être pas surpris quand il vent nous ér imposer. Car, lorsqu'une femme a dessein de paroître feconde pour être plus aimé de son raari, ou pour recevoir quelque chose de son amant, il n’y a point de ruses qu’elle n'invente poar paroïtre grosse. Il en est de la grossesse comme des écritures, on ne peut connoître celles-là véritables et celles-ci fausses que par conjectures. Ce ne sont pas les premiers enfants qui ont été supposés après que l’on est demeuré d'accord de la grossesse d'une femme, Lépida fut condamné? pour en user de la sone, et il ne ‘“ætrouve arjourd'hui que trop de femmes qui se font fort, ou de feiudre leur grossesse, ou Àe supposer un enfant.

(47) | Après tout cela, on peut conclurc que l'on ne doit jamais affirmer positivemert qu’une femme est grossé, puisque tous les signes don: On peut se servir sont incertains, et que la femme même, qui en duit plutôt être le Juge que nous, s’y trompe fort souven!.

CHADITRE IV.

De la Formatic:: de l'homme.

Tr me trouve insensiblement engagé, pay l:

suite de la matière que je traite, à parler de quelques questions fort diMeiles qu’agitent les thcologiens, les philosophes et les médecins. L'antiquité s’est trop aftachée à la raison pour juger Juete sur ce qu’elle novs 2 laïssé par écrit : la plupart des choses qu'elle à d'tes, sont Ou vaines, où douteuses, ou fausses par cette raison-là. Et, pour ne parler ici que de le for. métion de l’homme, tout ce qu'elle neut à enseigné es! très-obscur où très imparfait: telle. ment que nous avons été obligés de mettre, pour ainsi dire, la main à l'œuvre, afin de découvrir en ce point les secrets de la nature Nous ne nous sommes pas servis des découvertes qui ont-eté faïies par les autres ; nous

avons aussi pris beaucoup de soin d’en faire sur les animaux, et sur les femmes même, afin de chercher plus exactement les admirables principes qui ont servi à nous former.

Nous sommes persuadés que la femme donne la matière aussi bien que l’homme pour former l'enfant qu’ils engendrent tous deux; mais parce que l’on ne sauroit discourir de la formation d’un enfant sans avoir auparavant observé avec exactitude les parties qui y travaillent , il m’a semblé à propos d'ajouter ici à ce que nous avons dit, au chapitre premier de la première partie de ce livre, beauéoup de choses particulières que j'ai remarquées dans les parties naturelles de la femme, la cannoissance desquelles nous servira beaucoup à comprend:: comment la nature agit en nous formant. Les deux semences de l’homme et de la femme étant jointes ensemble, il se fait un enfant par le moyeu de l'intelligence qui fabrique pour elle-mê.ne toutes les parties dont nous admirons tous les jours les actions et les usages. Mais parre que ce composé d'âme et de corps ne sauroit vivre sans nourriture, nous parlerons du sang des règles, et puis nous observerons par degrés jes démarches que fait la nature pour former un enfant dans les entrailles da sa mére,

Fo. de ARTICLE Îi,

De ia Semence de l’homme.

Lssemence de l’homme est l’écume de notre meilleur sang, selon Pythagore, et le doux écoulement de la moelle de l’épine du dos, se-

on Platon; elle est la plus pure et la plus délicate partie du cerveaa, ainsi que le veut Alcméon, et une substance tirée de tout notre corps, comme l’estiment Démocrite et Hippocrate. Enfin, si aous en croyons Épicure, elle est un élixir, un extrait ou abrégé de notre âme etde notre corps. D’autres philosophes, comme Aristote, se sont imaginé qu’elle étoit un excrément du dernier aliment. En effet, ce n’est qu’un pur excrément avant la conception et avant que l'intelligence y soit introduite, et l’on ne doit la regarder que comme le sang que Jon nous tire dans des palettes. Mais, selon l’idée qu’en a Tertullien, elle est un effet de nos désirs amoureux , et un flux de notre lasciveté bouillante.

Sa substance doit être épaisse et gluante, si elle est selon les lois de la nature, afin de conserver plus long-temps l'abondance des esprits et de la chaleur naturelle dont elle est remplie, Elle est ainsi dans les hommes d’un âge médio- -ere, la chaleur dont ils abondent plus que les

autres, cuisant cette mctière et la perfection. naut pour la rendre féconde. Ce qu'elle a de propre, c’est que la chaleur l’épaissit, et que la froideur la fond et la noircit en même temps. En effet, l’air froid en dissipe les esprits et la rend un cadavre de semence, pour parler sinsi; au lieu que la chaleur en multiplie les partie: subtiles, pourvu qu’elle soit dans un lieu où elle puisse conserver son tempérament.

Son odeur, que l'on peut appeler vireuse, est une marque de sa fécondité; et tous les amimaux qui sont en chaleur fort exhaler de: leur corps une odeur si pénétrante, qu’à peiie peuton demeurer auprès d’eux. Si on les tue en €e temps-là pour en manger le chair, leur odeur est si désagréable , que j'ai connu des personnes qui étoient obligées de vomir après en avoir goûté.

Si l’on considère exactement la semence de l'homme, on y trouvera deux sortes dé sübstances, l’une épaisse et gluante, l’autre déliée et spiritueuse ; c’est dans cette dernière païtie, ainsi que nous l'expliquerons ci-après, que réside le principe du mouvement, lequel principe est d'une nature proportionnée à Ce qui brille dans les astres.

Cette semence, ains! cumposée, ne vient pas seulement des testicules (a * et ds pelités ves-

( 47) sies {k) qui la conservent, elle coule encore de tout le reste de notre corps, ainsi que l’assure Hippocrate, le plus ancien et Le plus éclairé de nos médecins.

Car si elle ne venoit point de toutes les pares de notre corps, nous ne nous apercevrions pas d’un épuisement si subil et si universel lorsque nous embrassons une femme. Dans un moment, notre cœur et notre cerveau ne s’épuiseroient pas d’esprits, tout notre corps ne tom-

beroit pas dans un anéantissement que l’on ne sauroit exprimer.

D'ailleurs, nous ne tressaillirions pas de joie, si tout notre corps ue contribuoit à cet épanchement, et la volupté ne seroit pas si excessive, si elle ne dépendoit de toutcs nos parties.

Au reste, s’il est vrai que les esprits de la semence soient faits de la partie la plus subtile du suc nerveux, et que ce suc soit fait du sang de nos artères et de nos veines, je ne vois pas pourquoi on refuse à ces mêmes esprits le caractére des parties d’où ils sortent : car si les urines nous marquent les différentes dispositions des parties par où elles passent, la semence coulant des parties de tout l’homme, portera aussi sans doute avec eile les idées de :out notre corps.

En effet, quelle raison pourrions-nous ap-

(48) 1 porter de la ressemblance des enfants a leur pèr- ou à leur mère, si nous n’étions persuadés de gette vérité? Et comment pourrions-nous nous imaginer qu'une femme naturellement boiteuse fit un enfant boiteux comme elle du même côté, et qu’elle en engendrât d’autres avec de pareils défauts qu’elle a apportés du ventre de sa mère?

Si l’on veut en attribuer la cause à la force de l’imagination, je n’ai qu’à rapporter ici l’histoire que nous fait Gassendi, d’une petite chienne qui, étant boiteuse, fit des chiens boiteux, pour faire voir en passant que limagination n’a point de part dans ces sortes de ressemblances, puisqu'une chienne a imagination fort foible, ou n’en a point du tout. |

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