‹ Tableau de l'amour conjugal (volume 4)Chapitre 10 sur 25 · SOI · texte numérisé non relu

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dans le repos , et que le mouvement lui est quelque chose de si naturel, qu'il en est inséparable : si bien qu'il ne faut pas s^ëtonner si elle est incessamment dans Tagitation , puisqu'elle prend son origine dans l'esprit céleste qui l'a créée , et qui est d'une nature à ne demeurer jamais dans l'oisiveté. Enfin , comme les plaisirs du mariage sont si excessifs, et qu'ils touchent si vivement notre corps et notre âme^ il faut que ce soit quel* que chose d'immatériel qui sème tant de plaisirs en nous.

Son origine est aussi contestée que sa nature. Les uns ont cru qu'elle sortoit de Dieu, qvi'elle étoit une partie de sa substance, et une étincelle de sa divinité; les autres, qu'elle étoit une partie du soleil et de l'âme du monde, laquelle étant partagée entre toutes les <Uioses animées^ ceux des honimes qui en avoient le plus étoieut aussi les plus spirituels. Il y en a qui se sont imaginé que toutes les âmes avoient été. conservées au ciel, pour être ensuite distribuées aux corps qui en ay oient besoin; d'autres, qu'elles étoient

eti&es et placées dans le corps d'an enfaul au moment qae la conception se faisôit ^ ou après. que Tembryon aVoit toutes les parties accomplies et disposées à la recevoir ; d^autres^ qu^elle rcnoit de Pâme de nos pères 9 par le .moyen de la semence. Enfin 9 il y a sur cette matière des pensées si ridicules ^ que je perdrois le ten^ps ^ si je les Toulois toutes rapporter ici.

Four moiy après avoir examiné tout ce que Ton peut dire de la nature et de Porigine de rame y je prends Dieu à témoin ^ pour me servir de Fçxpression de S* Jérôme^ que je ne vois rien qui me puisse satisfaire sur cela. En effet ^ c^est une partie de la sagesse humaine que d^avouer sincèrement quUl y a quelque chose que nous ne savons pas;

Mais j quoi 'quHl en soit y sHl faut consi<* dérer Phomme tel qu^il est, nous le devons considérer composé de quatre sortes de subs« tances différentes.

L^entendement ou Pintelligence 9 si Pon veut 9 en est comme le maître^ étant une partie indépendante et immatérielle. C^est lui qui nous vient de dehors y et qui n^est pas, comme les autres parties , attaché à la matière. Il est envoyé dans le corps de Penfant qui commence à se former dans les flancs de sa mère, comme un ange ou un premier moteur qui va bâtir un domicile pour sa demeure y selon le sentiment de ïertuUien, et qui rendra compte un jour de ses bonnes ou, de ses mauvaises actions.

X<e corps est comme IVsclave j il souffre

toutes Ie« incommodités auxquelles nous sommes, sujets y et obéit ^ en qualité dUnfé* rieur, aux lois que lui impose cette partie supérieure de* nous-mêmes.

L^entendementet le corps de Phommesont deux substances si éloignées l'une de Pautre,

3uHl est impossible qu'elles se puissent joinre sans un lien qui les assemole. Il a donc fallu quelque chose qui particip&t en quelque façon des deux extrémités, pour les lier Pune à Pautre : Pâme et les esprits sont ce merveilleux lien qui joint Pentendement au corps de Phomme.

L'âme est une substance pure, çt comme un élixir de tous nos esprits. Les, esprits sont engendrés de la plus pure portion^de notre sang; ils sont tres-purs, très-claiirs, et avec cela très- prompts à se mouvoir aux moindres ordres de notre entendement. Le cœur est la

i)artiequi en fabrique la matière, le cerveau a perfectionne^ et les. nerfs conservent les esprits, et les portent enfi|i par tout nqtre corps.

Puisque Pâme et les esprits lient Penten* dément avec le corps, Pâme sert aussi, de lien pour unir Pentendement. aux esprijts, et les esprits unissent Pâme et le corps si bien, que, selon ce sentiment. Pâme apprQphe davantage de la substance de Pentendement, s'il m'est permis de parler de la sorte, et les esprits de la substance du corps* Ainsi , l'entendement et Pâme sont quelque chose de fort différent dans Phomme; aussi remarquons-nous que tous les peuples

ent divers termes pour les désigner quand ils en parlent à dessein. En effet j il semble que ce qui nous fait TÎyre soit autre chose que ce qui nous fait penser^ seloii la réflexion de Lactance; car Pâme est assoupie dans ceux qui dorment , lorsque Tentendemeiit se fait connoitre par les^fonctions : au lieu que ' dans les fousPentendementestcommeéteint^ lorsque Pâme ne laisse pas de bien agir* L^entehdement et Pâme sont donc différents Pun de Pautre, s'il le faut dire une seconde fois, puisque le premier vient de Dieu ^ et ue Pautre est communique par le moyen e la semence de nos pères.

Peut-être que le sentiment dans lequel nous sommes ) que la semence est animée , pourroit paroître étrange , si nous n'apportions de bonnes raisons pour en faire valoir la vérité.

S'il est vrai que les esprits sont des parties qui nous composent ^ comme l'enseigne Hippocrate^ et que nos parties soient animées 9 selon le sentiment de tout le monde y il n'y a pas j ce me semble , lieu de douter que la semence ne soit animée^ puisqu'elle n'est presque toute qu'esprit.

D'ailleurs si la semence des plantes a un principe de mouvement qui les fait germer, qui est*ce qui niera que la semence déPhomme n'en a pas un qui l'anime, et qui la fait agir! On l'appellera, si l'on veut, selon le sentiment d'Aristote , une partie de l'animal ^ puisqu'elle estlapriucipale cause de son mouvement^ et c'est là ce qui est le propre de Pâme.

D^au tre part ^ nous nous apercerons dans les plaisirs cjue nous prenons avec les femmes y quHl sort quelque chose de notre àuie ^ qui nous fait tressaillir de joie , puis nous demeurons languissants et abattus ^ nos yeux s^affoiblissent ^ et nous sentons que notre âme pâtit : ce qui nous fait croire que Pâme renfermée dans la semence est une distillation de notre âme, comme la matière de cette même semence est un extrait et un élixir do notre corps..

Car, qui pourroit s'imaginer que la Na*.

ture pût passer d^un lieu à un autre par un milieu qui ne participât point des deux extrémités y et que le père étant animé aussi bien que le fils, pût produire ce même fils sans que la semence du premier, qui a. servi de milieu à ces deux personnes* fût ellemême animée?

Au reste , d^oii vient Tâmour dëi^églé d\m jeune homme , qui ressemble^ si fort à sou père dans cette passion de Vâme? D^où lui vient encore cette ambition extraordinaire f qui est si naturelle à sa mère , si ces deux passions qui le dominent ne coulent de Pâme de l'un et de Pautre ?

En effet, Inexpérience nous apprend que les bêtes même de différentes espèces en pro* diiisent une troisième qui a un instinct mêlé, et que, s'il y a de la variété dans son corps, il n'y en a pas moins dans son âme, par le mélange des deux nlatières et des deux âmes de la semence de ces animaux.

Nous sâTons eiicore, par la même expé-

xience^ que tout ce qui est au monde produit , son samblftble ^ et je ne Tois pas pourquoi j entre toutes les choses animées j les hommes seroient privés de cet avantage.

En un mot^ si nous voulions suivre la pensée de Séhèque , <ç la semence a une âme ?> qui est le priitcipe de Phomme à venir 5 elle y> en conserve toute Pidée'dans-sa matière; 9> elle y cache déjà de la oarbe et des chea> veux blancs ^ enfin ^ Tenfant qui n'est pas » encore formé , est néanmoins enseveli tout d) entier dans la semence. Les traits de son 3» corps y sont déjà marqués ^ et Pon peut » dire que cette semence contient tout enao semble un enfant ^ un faomm^ et un vieiU » lard. »

C'est sur cela qu^O vide reprocboit à Fonticns sa mauvaise coutume de perdre un Lomme avec ses doigts. En effet ^ il n^est pas permis 9 par la loi, de se polluer, parce que, aelon la pensée de TertuUien , . c'est un homicide prématuré , que d'empêcher ainsi un homme de naître : et les jurisconsultes veulent que Ton punisse de xiiort uii homme , oa de grosse amende pécuniaire, s'il fait faire de fausses couches à une femme , dans quelque temps que ce soit de sa grossesse.

Nous pouvons donc conclure que la semence de l'homme et de la femme est ani?

mée, mais qu'elle est animée seulement en puissance, c'est-à-dire, comme l'explique Fomponace , qu'il ne manque que les organes nécessaires pour produire ses actions. Mais après que la semence des deux sexes est mêlée

Pune avec Pautre , les organes de ses mou« TementSy qui étoieni auparavant ensevelis dans sa matière y s^en dégageant enfin, se manifestent par leurs mouvements sensibles :

si bien que, après la conception^ la semence cesse d^étre ch qu^elle étoit auparavant , et devient ce qu^elle n^étoit pas : c^est-à-dire qa« rame de la semence nous donne alors des marques de sa présence , an lieu qu^avant cela elle étoit comme ensevelie dans rembarras de la matièreé

. La semence est comme nn architecte > pour me servir de la comparaison d^Aristote, qui conserve ààuà sa mémoire le dessin d^un édi« Ëfie qu'il veut construire^ et lorsqu'il trouve Poccasion de le faire ^ il en ùÀi un matériel qui a toutes les mesures et les dimensions pareilles à celui dont il s'étoit auparavant formé Pi4ée.

Tout ce que Ton pourroit dire contre ces principes y selon la pensée de Senert, ne seroit qu'une injure que nous ferions à Dieu par notre propre ignorance ; car si Dieu a commiandé à la Nature ^ qui n'est q.u'nn ordre secret de sa providence, par lequel toutes choses sont ce qu'elles sont^ et font ce qu'elles doivent faire ; s!il lui a , dis-je^ commandé de faire croUi^e et multiplier toutes choses , en produisant chacun son semblable, je ne.

sais pourquoi ce commandement ne tomber roit que sur ce qui n'est pas raisonnable.

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