ARTICLE V
Du sang des-Aègïes,
Ija Katnre ne s'est pas contentée de faire naître dans les liommee et àmvts les femmes de la matière propre à engendrer des enfants j elle a encore ordonné aux femmes de produire de quoi ks entretenir après les avoir conçus / et de quoi les nourrir quand ils sont nés. Le sang des règles qui coulesi régulièrenient tous les mois dans les femmes saines j^ c^t qui ;ne sont ni enceintes :|ii trop vieilles , est semblable au sang d'une victime que Pou vient d'égotger : aussi est-il une portion du sang de leurs artères. Il est vrai qu'elles se déchargent quelquefois par là de toutes les impuretés dont leur corps est rempli y e.t c'est alors ce qui fait paroître ce sang impur et corrompu.
Bien que nous observions ^ quoique rare- , . ment dans quelques arbres , des fruits sans fleurs y que quelques femmes soient devenues gros^ssans avoir leurs règles, commenousle' mai'que Hippocrate de la femme de Gorgias; cependant les fleurs des femmes devancent presque toujours la conception , et sont lé plus souvent un sigi^e de fécondité.
. Ce sang est pour l'ordinaire un sang superflu par son abondance. La cause de ses cpancbements périodiques semble être quel--
Que chose de fort caché, puisqu'il se trouve, dans les écrits des médecins, tant de différentes opinions sur ce sujet.
1. Les uns disent que roisiveté, la bonne chère , et le tempérament froid et humide des femmes ne contribuent pas peu à les faire ce qu'elles sont. Elles ne dissipent pas tout le sang quMles engendrent : ce qui reste tous les jours de superflu y après quMIes se sont nourries 9 faisant peu à peu une plénitude considérable dans la masse de leur sang y Tient enfin à un tel degré d'abondance , qu^aa bout d'un mois ou environ , la Katnre en étant comme accablée, les femmes s^en déchargent par les lieux destinés à cette évacuation.
S^.: Les autres croient que ce qui cause les fleurs aux femmes, n'est pas seulement Tabohdance du sang, mais une qualité souvent manifeste, et quelquefois cachée : si bien que les règles des femmes, ajoutënt-ils, étant âpres, pénétrantes , corrosives et malignes , il n'y a pas lieu de douter qu'elles ne puissent ouvrir de temps en temps les vaisseaux de la matrice pour se Êiîre passage y et pous délivrer ainsi les femmes d^s maux où elles tomberoient par la demeure de ce sang tout à fait ennemi de la Nature. D'dii fient qu'il y en a eu qui s'en sont déchargées- par différentes pattàes de leur corps , la N^rtitre ne pouvant souffrir cet excrément paTfm ses liqueurs les plus pures.
Il ne faut pas douter, ajoutent- il» ^ de la mauvaise qualité des régies^ si l'oii cou^
sidère avec quels chagrins les femi^es s^eii déchargent ^ , quelles loiblesses elles en tes* sentent 9 et quelle màuraise couleur elleâ ont lorsqu'elles en sont incommodée^. Bt si Pon observe que les femmes qui sont en cet état font mourir par leur toucher une vigne qui pousse^- qu'elles rendant un arbre stérile , qu'elles font aigrir |e vin , et rouiller le fer et Pacier, qu'elles procurent de fansses couches à fine ^mme grosse, qu'elles en rendent une autre stérile, qu'elles obscurcissent la glace et l'éclat d'un miroir ou d'un ivoir© poli^ qu'elles font enrager un chien, et rendent un homme fou, si l'un ou l'autre goûte de ce sang; enfin, qu'elles causent encore beaucoup d'autres accidents , on peut 4ife que la mauvaise qualité des règles est cause de leur écoulement périodique.
3. Les autres attribuent le flux des règles à des causes supérieures, et se persuadeàk qiie la lune est la maîtresse des mouvements que nous y obsctrvons; car ils ont remarqué que la mer s'enfloit davantage^ que les os îés animai^j^ étoient plus pleins de moelle y que les arbres avoient plus de sève et que les femmes souffroient ausssi plutôt l'épanchement de leurs humeurs au renouveau ou an plein, qu'en tout autre temps : si bien que^ comme la lune a>beaucoup d'empire sur les çhqses humides , les femmes étant d'un tempérai^ient froid et humide, propre, par conséquent, à souffrir les impressions de cet astrç , ils ne doutent pas aussi qu'il ne leur fasse ressentir les effets de sa vertu.
4* Enfin^d'autrespenscn^qu^ilya quelque chose de caché et dUnconnu dans la pause des règles y et que c^est plutôt la loi de la Nature qu'aucune autre cause qui en a imposé aux femmes la nécessité et l'incommodité toutensemble ; car ils ont remarqué qu'il y a des femmes aussi chaudes et sèches que des hommes ; qu'il s'en trouve qui travaillent et qui ne font guère bonne chère, et qui , .néanmoins 9 font toutes assez connoitre qu'elles sont fécondes* Le sang des règles n'est pas si mauvais que l'on se le persuade , pourvu qite les femmes soient saines 9 puisqu'il sert de nourriture à l'enfant qu'elles portentdans leurs entrailles 9 et qu'elles le nourrissent ensuite du lait de leurs mamelles,
La lune n'est pas toujours la maîtresse des règles ; elles coulent aussi bien au dernier quartier qu'au nouveau , ou au plein : si bien qu'après tout ils se sentent obligés de croire que Dieu j ou plutôt la Nature , par ses ordres qui nous sont inconnus j communique aux femmes une nécessité secrète de se pur* ger tous les mois.
Mais toutes ces opinions différentes ne satisfont pas ceux qui veulent pénétrer dans les secrets dé la Nature. Elles ont toutes des difficultés insurmontables , et 9 à dire le vrai ^ pas une ne me plaiti II faut donc chercher quelque autre cause du mouvement des règUs dans une fille de quinze ans^ qui continue, à se pi^rger régulièrement pendant une partie de sa vie*
Si j'établis bien ce que je^ pense , j^ue le
flux des règles ii?est causé que par une lêrmexitation que fait la semence de cette fille sur toute la niasse de son sang., je me per* suade d^avoir trouvé la plus véritable cause* de ses épanchements péiiodiques.
Four éclaircir cette difficulté y on doit sa« voir que le sang a une très-grande disposi-^ tion à se fermenter 9 tantôt suivant les ordres* de laiNature. tantôt contre ises légitimer décretSi Nous réprouvons tous les jours de la première façon par le mouvement de notre cœur et le battement de nos arlères ; et nous n^avons que trop d'expériences de la seconde^ dans nos fièvres intermittentes ou continues» .
Le levain naturel du cœur et des autres viscères 9^ selon le sentiment de quelques-uns 9 agite le sang continuellement par des ébullitions agréables^ la pituite dépravée le fait tous les jours d'une manière fâcheuse^ la bile de deux jours Tan, la bile noire le. troisième jour^ et enfin la semence de la femme ne le fait fermenter qu^au bout de vingt-^sept ou trente jours.
Cette semence , ainsi que noua l'avons dit ailleurs^ étant une saveu-r insipide et tailt' soit >peu âpre, ce qui se connoit même par' son odeur désagréable , fait , par toutes ces qualités ,bouiUonn;ér le sang qui sort toiis les mois de ses vaisseaux* ^ *
Examinons cette matière de plus près , et voyons comment la semetu^e d'une jeune fiile peut se communiquer à toute la masse de son sang, pour le faire ^enfler et fermenter
quAnd ses premières règles sont prêtes k pa' roître.
Nous savons^ par la description exacte que nous avons faite des vaisseaux de la matrice p ue ceux que nous avons nommés sanguins j escendantdésparties supérieures ^ se divisent en deux rameaux ; que Tun de ces rameaux va auxtesticulesetà latrompe, etPautre à la 'matrice. Lepremier est composé, commecelui-ci^ ' d^artère , de veine , de nerf, et de vaisseau ' lymphatique. L^artère et le nerf portent au ' testicule la matière à faire de la semence; la ' veineet le vaisseau lymphatique rapportent en hautlerésidudesliquenrsq^e le testicule et les trompés n^ont pas trcmvées proprespour nourrir leur substance, et pour servira leurusage : si bien que cette matière infectée , pour ainsi dire, d'une vapeursubtileetséminairedu testicule et des trompes , remcmtant en haut , se mêle parmi le saog et dans la veine cave des* G^ndante , ou dans l'une àei% émulgentes , pour conojnuhiquer, d'un côté et d'autre, à toute la masse du sang les esprits et la ma-* tière vireuse qui a été puisée dans le testicule * et dans les trompes.
C'est ce qui fait aussi la bonne-gràce des fem- ' nieset)desfilles,leurenjouement, leur vigueur et leur hardiesse, car^pourparler de cette sorte, les vapeurs sulfurées et spiritueuses de la semence se mêlant parmi leur sang, leur servent comme de levain., qui d'un côté cause leurs règles , et d'un autre fait ce que nous trouvons d'agréable et d'engageant dans les femmes- La matière q^ui revient de$ testicule» et des-
i 7^) tpomp^ est ensuite portée dans tout le eorps ,
Ïar le mouvement du coeur pt des artères.
Ilie arrose avec le sang toutes les parties f qui deviennent ensuite plus échauffées et plus pleines d'esprits : si bien que cette jeune m|e) à rage de quinze ans^ qui est le temps où ses testicules* commencent à avoir de la force pour répandre leurs vapeurs par tout son corps y aevient plus active et plus amoureuse quelle ne Pétoit auparavant. Elle se sent en état d^attendre un homme de pied ferme j elle l'iroit même attaquer amoureusement y si la pudeur et la bienséance ne Pen empêchoient. C'est alors que la 'Nature j qui n-^est jamais dans Toisiveté y la dispose à la propa« gation du genre humain. Bile échauffe ses parties naturelles > et j conduit incessamment de la matière et aes humeurs pour. les faire servir à perpétuer son espèce»
Cette matière séminaire j qui se mêle ainsi touë les jours peu à peu parmi son sang | dispose cette dernière humeur à la fermenta* tion y jusqu'à ce qu'une suffisante quantité de vapeurs spermatiques y étant mêlée ^ l'éhuUition soit parfaite et accomplie 9 de sorte que le sang puisse sortir des vaisseaux que la Nature a préparés pour servira cette évacuation. Le vin qui bout dans un tonneau fermé se fait passage à travers ses petites fentes ^ et évacue une suffisante quantité de moût pour rendre le calme au reste. Ainsi y le sang qui bouillonne par le levain dont nous venons de parler , se fait des ouvertures par les extrémités des vaisseaux de la matrice | et après
(75) que 9 pour Pordinaire , le pins mauvais e?eêt épanché j celui qui reste demenie en repos jusqu'à ce que ^ clans un mois ou environ ^ il y ait encore une nouvelle matière qui le trouble et qui lé fasse sortir. Car , si nous faisions réflexion aux qualités de la semence delà femme y nous demeurerions, d'accord que ce levain n'a point de force pour ca'user de plus pron^pts mouvements.
Si le sang est dans un juste tempérament j comme il arrive dans les femmes qui se portent bien , la fermentation s'achève promptement y et l'évacuation de leurs règles finit à peu près dans trois ou quatre jours; mais si le sang est plein d'excréments j de crudité ou de pituite 9 quelle apparence y a-t-il qu'il s'écnauffe et qu'il se fermente si prompte- . ment ? Sa fermentation dure alors plusieurs jours y et son épanchement ne se fait qu'avec douleur» Ce sang^est comme du moût qui a été depuis peu exprimé de quelques grappes de raisin. On a beau l'approcher. du feu , il ne s'enflamme point ^ et s'il s'échauffe un
t>eu 9 ce n'est qu'avec peine. Au contraire y si e sang contient des matières bilieuses et soufrées, la fermentation s'en fera plus promptement , et la femme qui en sera incommodée né manquera pas d'être attaquée de douleurs de tête, de flancs et de ses parties naturelles j qui seront quelquefois enflées par l'âpreté de l'humeur qui en sort. Ce sont les accidents que causent les règles dans une femme malsaine ; mais tout est pur dans une femme pure , et ses fleurs y qui sont aussi
(74) vermeilles et aussi épurées que le sang qui lui reste dans les veines^ ne lui apportent que de la joie et de Pallégresse.
1. Cette opinion ne paroitroit pas encore assez bien établie par tout ce que nous venons de dire ) si nous n^apportions des raisons pour la confirmer. Une des principales que Von peut alléguer ^ c^ést que la plupart des femmes ^ dans le temps de leurs règles y sont sujettes à une espèce de fièVre ^ ou du moins à une émotion ubiveTsellé qui y a' beaucoup de rappoft; ce qui montre qu'il se fait alors une fisrmentation dans toute la masse du sang«
a. D'autre part ^ s'il est Trai ^ comme je Tiens de le dire j que le sang ne bouillonne dans les veines des femmes pour l'évacna-' tion aux règles > que par le moyen de la semence qui s'y mêle ^ il est absolument nécessaire qu'elles aient cette sernence avant que de nous donner des marques de leur fécondité par l'épanchement dé leurs règles.
C'est la raison pour laquelle nojûs voyons quelquefois des femmes nous donner des fruits sans nous avoir fait paroître des fleurs /parce qu'elles n'ont pas assez de semence pour exciter leurs règles y et qu'elles en ont assez pour faire un enfant. Témoin cette femme de M'ontauban j dont parle Rondelet j qui accoucha douze fois, et cette autre femme de Toulouse , dont Joubert nous fait l'histoire , qui eut dix-huit enfants , sans que ni l'une ni l'autre eussent jamais su ce que c'étoit que les fleurs des femmes.
(75) 3. D^aîlleurs une fille de quinze ans se sent TÎgoureuse et entreprenante j de lâche et de timide quMle ëtoit quelques années au* parayant. La yoix lui grossit alors ; ses yeux deviennent étincelants ; la couleur de son visage est vive ; son humeur est gaie. Elle fait gloire de montrer sa gorge qui s'enfle peu à pen, pour faire connoitre qu'elle est eu état d^être mise au rang des femmes. Son, sein s'est déjà élevé jusqu'à la hauteur de deux travers de doigt , et son sang bouillonnant est prêt à sortir de ses vaisseaux. Elle donne même à sa mère des marques des feux secrets que la Kature commence à allumer dans . son sein : comme les petites chaleurs et les légers emportements lui sont alors fort naturels, ils doivent aussi faire connottre qu'elle a besoin d'être observée de fort près^ pour ne pas manquer à la pudeur du sexe 9 et encore le plus aouvent n'y réussit-on guère.
• ■ £â vaîn de nos Jeunes coquettes Ou vous voit, mères inquiètes y Conduire les yeux et les pas.
L*aînoùr a mille et mille appas , £t pour surprendre ua cœur, sait des routes secrètes . Que vos soius ne connoissent pas.
En effet 9 cVst alors que la semence d'une fille j mêlée parmi son sang ^ ne le fait pas seulement fermenter ^ mais qu'elle élève sa gorge j qu'elle lui échauffe l'imagination , et lui inspire de l'amour, pour se perpétuer par le moyen de la génération.
4- C'est assurément par le défaut de sentence queFhœtuseperdit ses règles à lafffleur
de son Âge. Elle devint si sèclie ^ par la tristesse qu^elle conçut de Pabsence de son mari^ que sans doute ses testicules étant alors privés de leur fonction ordinaire , et étant de* venus étîques et desséchés j ne furent plus en état de fournir à la masse du sang une matière pour la faire bouillonner. Et j parce u^elle n'étoit plus ferme par Pépanchement e ses règles , elle perdit aussi sou tempérament, pour prendre celui d^un homme, sans changer de sele. On la vit toute veliie , et son menton garni de poil j ainsi quç le rapporte Hippocrate.
5. Enfin, s^il est vrai, ce. que nous rapportent quelques médecins^ que les femmes à qui Ton a poupé la matrice et les testicules ont manqué dé règles , et qu^elles manquent aussi des mouvements ou des effiorts que la Nature fait de temps en temps pour se décharger de son sang superflu j on doit croire j qu^ayant perdu les principales parties qui contrihuoientà faille fermenter le sang dans leurs veines^ elles ont aussi été privées de ces épanchements périodiques. Car Pexpérieuce nous apprend que si Pon arrache Povaire aux poules 9 elles ne font plus d'œufs; et comme cette partie, dans Poiseau, a du rapport aux testicules des femmes, on ne peut douter que, par la perte de ces dernières parties , qui contribuoient à faire la semence , elles ne perdent pas aussi la puissance de se perpétuer , et en même temps lé droit d'être réputées parmi les femmes , faute de Pécoalement périodique d^ leurs réglés.
Il est donc certain que la portion la vHuâ subtile de la semence des femmes | ou ^ si ron Teut , des vapeurs séminaires-^ est la cause principale de leurs règles ; que le tempérament y l'abondance du sang^ l'empire des astrès 9 et les autres causes que Pon apporte y pour Pordinaire sur cette matière y n'en spnt que les causes secondes et éloignées , qui contribuent à faire les règles plus ou moins abondantes^ et non à- les faire parottre plus ou moins souvent.
La quantité du sang des règles ne doit pas passer dix -huit ou vingt onces. Cette quantité n'est pas toujours égale dans toutes lea femmes ; les unes perdent peu en beaucoup de temps. Je sais que mademoiselle 1*** n'a que douze jours libres dans un jnois ^ ses règles étant si abondantes pendant dix -huit jours 9 qu'elles peuvent être mises au nombre des choses qui arrivent contre les lois de la Nature. Ainsi y il n'y a rien de déterminé | ni potir la quantité du sang , ni.pour lie temps que les règles doivent durer. La santé , la maladie, le tempérament^ la façon de vivre ^ les emplois ) le climat, la saison, la température de l'air y et beaucoup d'autres choses y cjiangent tout dans ces sortes d'évacuations*.