I. sotit interrompues. Il nou^ semble ^ quand
i] nous en sommes surpris^ que Gupidon, selon
i le sentiment des païens , ou le démon j ainsi
que les théologiens le croient^ ou le pesant ^
il comme le peuple parle y nous presse la poi*
i trine et nous empêche de crier au secoursi,
I de respirer et de nous mouvoir. Si unefemme
amoureuse et mélancolique en est attaquée^
. elle croit fortement que le démon la caresse j
r et si , avec cela , elle a la mémoire embar*
rassée des contes, que Ton fait ordinairement
des sorcières ^ son imagination se trouvant
, alors dépravée , fait qu^elle raconte ensuite
sa rêverie pour une vérité.
Une femme effroyable à voir j vieille j sèche et mélancolique v^i^^ ^ Vesprit imbu des fables du siècle ; un vieillard atr^abilaire y qui a passé toute sa vie dans les plaisirs illicites , et qui y dans Page où il est y conserve encore un vif souvenir de sa lasciveté passée y ne sauroit mieux entretenir ses volnptésque dans sa mélancolie amoureuse : si bien qu^é- ' tant tout occupé de ses plaisirs impudiques^ quand cette maladie Pattaque y sa folie amoureuse va souvent jusque-là y qu'il lui semble voir et caresser un démon en forme de femme ^ comme se Pimaginoit un vieillard de quatrevingts ans , que l'on appeloit Fine y qui parloit partout où il étoit à son succube Florine, selon le rapport de Pic de la Mirandole. Mais Socrate^ Apollonius ^ Cardan ^ Scali-»
ger et Campanella nVtoient-îls point de ce nombre-là , puisquUls ont publié avoir en commerce avec nn génie et un démon familier ? Je ne crois pourtant pas qu^ils fussent nés un jour de quatre-temps,ni quHls fussent Tenus au monde la tête embarrassée de leur arrière>£iix 9 comme Tyres, jésuite y a écrit que ceux qui naissoient de )a sorte a voient commerce avec les esprits. Que s'ils ont publié avoir un démon familier, çV plutôt été par vaine gloire que par quelque autrç raison j savoir, pour se faire estimer du peuple. Le dormir surle dos, le travail que souffre Testomac .\ digérer des viandes dures, la foiblesse de la chaleur naturelle, la fermentation d'une humeur atrabilaire, l'impureté de la matrice, ou la chaleur extraordinaire des parties naturelles, sont les véritables causas de cesillusions nocturnes et démoniaques. Une vapeur épaisse , qui s'élève et qui se mêle parmi notre sang, cause la difficulté de respirer, et la privation de la voix , qui accompagne cette incommodité. Cette va peur noire étant ennemie de ilotre vie, empêche le libre mouvement du cœur et du poumon , et relarde ainsi l'ébullition naturelle qui s'y fait ^ en embrassant les conduits de l'une et de l'autre de ces parties : de sorte que , non-seulement on ne peut alors ni parler ni respirer^ mais même que tout le corps languit par la foiblesse de ces deux parties principales.
Cette vapeur obscure étant portée au cerveau , offusque les esprits qui s'y sont nouvellement fabriqués, et puis se mêlant parmi
le SUC nerveux , empêchent l'âme cl 'agir selon sa coutume. L'imagination en est dépravéej les^ens en sont troublés j les nerfs embarrassés j tellement qu'il n'y a pas d'apparence que le cœur , le poumon , leÉî&phragme , en un mot ^ tontes les parties du corps soient dans leur tempérament ordinaire. 'La difficulté de respirer en est augmentée ^ aussi bien que.
celle de se mouvoir. Gar cette vapeur épaisse et ennemie de nous y trouble si fort la fermentation naturelle du suc nerveux , que l'âme, qui s'en sert comme d'un instrument prochain, ne peut faire toutes les belles actions que nous lui voyons faire tous les jours* Mais quand les vapeurs d'une semence corrompue sont mêlées parmi le sang et le suc nerveux, il ne faut attendre de ce mé« lange que des illusions vénériennes qui troublent l'imagination, et font voir aux personnes qui en sont incommodées , des spectres amoureux et des faunes lascifs.
Si nous en voulons croire Hippocrate , les femmes y sont plus sujettes que les hommes; ceu1c-ci se déchargent souvent , pendant le sommeil , d'une abondance de semence qui les travaille , au lieu que celles - là ne s'en peuvent débarrasser si aisément , et souvent ne peuvent éviter de tomber dans ces sortes d'illusions.
La raison qu'il çn rapporte, c'est qu'elles sont d'un esprit plusfoiblb que les hommes'^ eJ; que le sang des règles se présentant à leurs parties naturelles pour sortir , les filles qui ne sont pas encore accoutumées à ces SQrtes*
d^ëpanchements y sont aussi alors plas susceptibles de ces sortes dUdées; jusque - là même qu*il s'en est trouvé qui se sont persuadé d'être grosses ^ après s'être imaginé avoir été caressée^ #un incube.
Je ne m'étonne donc pas si les sorcières sont si souvent surprises par des terreurs paniques : car outre qu'elles sont femmes , elles engendrent encore incessamment beaucoup de pituite et de mélancolie j qui sont la cause de ces sortes de maladies. Il faut croire que ces illusions nocturnes ne sont véritables q ue dans leur esprit ^ et si ces femmes se sont imaginé d'avoir été pendant la nuit ce qu'elles n'ont point été , ou d'avoir fait ce qu'elles n'ont point fait , on doit être persuadé y avec saint Augustin , q ue le démon a pu se servir de leurfoiblesseet de leur maladie pour leur faire croire toutes les choses qu'elles croient ; ce qui n'arrive que par un effet du juste jugement de Dieu. J'avoue que le démon se mêle quelquefois^ mais fort rarement^ parmi l'humeur mélancolique de nos maladies : ce qu'on ne sauroit connoitre que par l'une de ces trois remarques ; savoir , quand la personne pénètredans les secretsdenos pensées , quand elle parle de quelque langue qu'elle n'a pas apprise^ ou quand elle iait des actions qui passent les forces ordinaires de la Nature.
La maladie incube est quelquefois si comip-une^ soit par l'intempérie de l'air ou par la mauvaise qualité des aliments et des eaux y qu'elle devient comme épidémique et populaire^ ainsi que Lysimacus l'observa autre-
fois à Rome. Et si , parmi toutes les personnes qui en sont attaquées 9 il y en a quelquesunes qui aient Pâme embarrassée d^un amour impr4rou des fables des sorciers j il ne faut pas douter que sa passion ou sa créance ne lui fasse voir en donnant j on même en veillant j des objets capables de l'entretenir dans ses rêveries. L'amour et la maladie incube^ joints ensemble , sont deux mots 9 qui sont deux espèces de folies , et qui peuvent causer tout ce que Pon nous dit de surprenant^ touchant le commerce des démon»
avec les femmes.
Toute Pantiquité n'a pas cru ces bagatelles y puisqu'elle nous a laissé par écrit des remèdes pour guérir ceux qui sont possédé^ d'un esprit impur , et qui sont attaqués de terreurs paniques ^ croyant bien que ce que l'on pensoil être un dénlon y n'étoit ordinairement qu'un homme mélancolique ^ qui étoit la cause de tous les désordres que l'on voyoit arriver à ces sortes de personnes. Jus-, que -là que Pomponace nous fait Phistoire de la femme d'un cordonnier ^ laquelle parloit plusieurs langues sans les avoir jamais apprises 9 et qui fut ensuite guërie par le savant médecin Calceran y qui j avec l'ellébore y lui chassa ses rêveries y et lui ravit en même temps la science par l'évacuation de la bile nuire, dont le démon se servoit.
S'il est vrai y comme l'expérience de tous les jours nous le fait connoltre y qu'après avoir préparé la bile noire> et puis l'avoir purgéej après avoir corrigé l'intempérie des en-
( ajo )
t railles , ôté les obstructions qui s'y trouvent, et provoqué le sommeil , nous rétablissons la santé de ceux qui ont Pimagination dépravée , et qui se persuadent d'être agités par un démon; nous pouvons dire hardiment qu'en combattant l'humeur mélancolique^ et en la chassant du corps de ces sortes de malades, nous, en faisons sortir en même temps le démon. Cela arriva de la sorte à- un apothicaire qui accompagnoit un médecin dans l'un des hôpitaux d'Auvergne : cet apothicaire protestoit, si nous en croyons Houil' lier 9 qu'il avoit vu pendant la nuit le démon figuré de la sorte qu'il le dépeignoit^ et qu'il en avoit été maltraité. Cependant ce démon imaginaire fut chassé par les soins du médecin de l'hôpital , qui guérit l'apothicaire de la maladie incube dont il étoit attaqué.
IN0US concluons donc ^ après tout ce que nous venons de dire , que nous sommes le plus souventnous-mêmes la cause des spectres que nous imaginons voir ou toucher : si nous .étions moins timides et moins mélancoliques 9 nous ne tomberions pas si souvent dans ces foible^ses d'âme. Mais comme parmi les hommes il y a des mélancoliques de différentes espèces 9 il doit aussi y avoir plusieurs manières de rêver et de devenir fou.
En un mot, une sorcière ne sera jamais caressée amoureusement par un démon , bien moins pourra- f-elle en devenir grosse, s'il est vrai, comme nous l'avons montré, que la génération soit impossible sans l'application des parties naturelles de l'un et de l'autre
(»90 sexe. L^oplnlon contraire passera toujours pour une fable dansPesprit d^un homme raisonnable ; au lieu que j selon le jugement d^in esprit foible et scrupuleux , elle sera toujours une vérité incontestable*
il li.