CHAPITRE V
Si une femme peut devenir grosse sans P application des parties naturelles et un homme ^ où. Von traite fort curieusement des Incubes et des Succubes.
A QUOI bon la Nature auroit-elle fait toute la machine des parties naturelles de Phomme et de la femme, si ce n'eût été pour l'excellent ouvrage de la génération? Elle a fabriqué des sexes divers, qui ont chacun leurs parties différentes. La femme a le conduis de la pudeur et la matrice pour recevoir. L'homme a des muscles pour lever sa verge, et des ligaments caverneux pour la roidir. Si l'érection et l'intromission n'eussent été absolument nécessaires pour engendrer^ jamais la Nature nVuroit entrepris d'en faire les organes : car sans ces deux actions^ selon la pensée de tous les médecins , la génération est impossible»
Puisque la Nature ne nous A pas ordonné de faire des enfants de la même manière que nous urinons , mais d'une façon où il se trouve beaucoup moins de facilité , on doit croire que l'étroite conjonction des deux sexes est absolument nécessaire pour nous perpétuer. En effet , de cette première façon , la semence d'un homme ayant été exposée à l'air, auroit perdatous ses esprits , etaurolt
ensuite été incapable de serrir à la. généra* . tion. .
L^ezpériençe de tous les joues ^ et Phistôire . même que nous rapporte Riolan, favorisent notre opinion contre ceux qui veulent que la génération se puisse faire par l^épancbement de la semence sur les lèvres des parties naturelles d^une femme. Le conduit de la pudeur de la femme dont il parle y étoit tellement fermé par des cicatrices , après un fâcheux accouchement 9 qu'il n'y restoit qu'un for Ir petit trou 9 par lequel passa aussi la semence de son mari qui Pengrossa. Cela n'empêche pas que ces deux personnes ne se soient jointes étroitement, et il faut même qu'une alliance étroite soit arrivée^ et que la matrice de l'une ait attiré aussi vivement la semence de l'autre y qu^un estomac affamé arrache la viande de la bouche , et qu'un cerf, par sa vertu particulière , attire le serpent Ëors de son trou , si nous en croyons les naturalistes.
Ce qui a donné lieu aux théologiens , aux jurisconsultes, et à quelques médecins , de CBoire qu'une femme pou voit engendrer sans l'application des parties naturelles d'un homme , ce sont sans doute les histoires qu'Averroès,. Amatus^ Lucitamus et Delrio nous ont laissées par écrit, d'une jeune femme qui devint grosse , pour s'être baignée dans de l'eau où des hommes s^toient pollués (i) \
, (i) Il â ^u , il y a quelques années , un livre
A'une autre femme engrossée par les caresses d^une de ses compagnes y qui sortoit; d^eti^e les bras de son mari ; et enfin d'une jeune fille qui se trouva grosse y son père s^étant par hasard pollué , en dormant ^ dans le même lit où elle étoit.
Mais ces histoires y et plusieurs au très 8em« blables y sont faites à plaisir, pour bon vrir la lasciveté des femmes y et pour cacher le yice d'un amour impur* C'est ainsi que l'on s'est persuadé que la génération se pouvoit faire sans se joindre amoureusement : si bien qu'il seroit permis de croire, selon ce sentiment, qu'une vierge pourroit engendrer naturellement sans être déflorée ; ce qui pourroit faire douter d'un des plus augustes mystères de la religion chrétienne.
C'est encore ce qui a donné lien de croire qu'il y avoit des démons incubes et succubes qui étoient épris et embrasés d'amour pour les femmes ; et c'est de là aussi que les théologiens et les jurisconsultes ont formé beaucoup de questions ridicules, comme:
1. Si Tenfant d'un incube et d'une femme est différent d'un autre. Si son âme et son corps ayant été ménagés par l'adresse du démon , il n'a point quelque chose de parti' culier par*dessus les enfants.
intitulé : le Plaisir sans peine y ou Lucina sine concubitu y qui parle de cette matière beaucoup plus amplement qu^ici \ mais je crois que- cet outrage est fait pour se divertir , et je ne conseille à personne d^y ajouter foi.
». Si l'énfinit engendré par le ministère du dëmon doit être appelé le fils 'd*un in« cube, ou celui dont Tincube a dérobé la semence»
3. Si les incabeâ et les succubes jouissent entre eux des plaisirs de l'amour.
4* Enfin, si le dëmon peut si bien conserver la semence d'un homme à qui il l'a déroT)ée j qu'elle puisse ensuite servir à la génération «
On a toujours estimé les hommes qui j dans la paix ou dans la guerre , se sont distingués par leur génie ou par leur valeur.
L'antiquité a fait bâtir des temples et élever des autels à la mémoire de ces héros, pouf lesquels elle commandoit même d'avoir de la vénération 5 d'où les peuples ont aisément
Sassé jusqu'à cet excès de superstition, que e les prendre pour les dieux. Les pénates , les faunes , les sylvains , les satyres , les esprits follets et les 'domestiques en sont venus , et les plus importantes vérités de la politique , de la physique et de la morale des anciens philosophes ont été cachées sous ce voile. Ce que développe fort bien saint Augustin ^ d^ns sa Cîié de Dieu, Les prétreâ mêmes ^ pour se faire valoir, se sont efforcés de maintenir l'existence de ces divinités. Les rabbins ont cru que les faunes , les incubes et les dieux tutélàires étaient des créatures que Dieu laissa imparfaites le vendredi au soir, et q[uHl n'acheva pas, étant prévenu par le joui: du sabbat t c'est pïtr cette raison | selai^ le sentiment de Kabbi-Âbraham , qn«
ce$ esprits n^aiment que les montagnes ^|! «s ténèbres ^ et qu41s ne se manifestent q^iie de nuit aux hommes.
Mais laissons ce que la cabale a ay&itcé de superstitieux , et ce que le paganisme a in* Tenté deridicitle sur cette matière ^ pour exa* miner les questions que les théologiens et les jurisconsultes chrétiens proposent.
1. L^Ecriture sainte semble fjïvoriser la première proposition j lorsqu'elle nous marque que les.anges^ ayant trouvé les filles des hommes belles , s'allièrent avec elles > et que de cette alliance naquirent les géants : si bien que l'on peut inférer de là ^ que j puisque les anges j qui sont ainsi appelés en d'autres passages de l'Ecriture , peuvent se mêler amoureusement avec les ^mmes , et engen* drer des enfants ^ les démons , qui ne sont différents des anges que par leur chute j peuvent aussi ^ selon le sentiment de Lactance^ attirer les femmes dans les plaisirs impudiques^ et les souiller par leurs embrassements.
On assure que les enfants qui naissent de ces conjonctions abominables sont plus pesants et plus maigres que les autres 9 et que , quand ils téteroient trois ou quatre nourrices tout à la fois^ils n'en deviendroient jamais plus gras. C'est la remarque qu'a faite Spenger ^ moine dominicain ^ qui fut l'un des inquisi* teurs qu'envoya le pape Innocent YIII , en Allemagne 9 pour faire le procès aux sorciers» Si le corps.de ces enfants est donc différent 4u corps des autres enfants ^ leur &me awa
sans doute des qualités qui ne seront pas communes aux autres. CVst pourquoi Te cardinal: Bellarmin pense que l'Antéchrist nattra d'ime femme qui aura eu commerce avec un incube , et que sa malice sera iine marque de son extraction.
Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'on a doul^ de l'accouplement des démons avec les femmes ou avec les hommes, et que l'on a douté encore s'ils pouvoient engendrer. Ces questions furent autrefois agitées devant l'empereur Sigismond. On y allégua tout ce que l'on put de part et d'autre , et enfin on se rendit aux raisons et aux expériences qui parurent les plus convaincantes et les plus cer* taines. Il fut donc résolu que ces accouplement extraordinaires étoient possibles. En effet, saint Augustin, qui avoit eu long-temps de la peine à se déterminer sur cette matière^ avoue enfin que, puisqu'on dit ce qu'il y a y> plusieurs personnes qui se sont trouvées , 3> par un malheureux commerce , avec les dé- » mons , et qu'on l'a appris de celles-là » même qui en oht été caressées , de la bonne » foi desquelles il n'est pas permis de douter ; 3> il est très-assuré que les sylvains , les pans ' » et les faunes , que l'on appelle ordinaire- » ment incubes , n'ont pas seulement désiré » de caresser amoureusement les femmes , y> mais qu'ils les ont véritablement caressées^ » et que les démons , que les Français ap**.
» pellent Drusions^ n'ont pas seulement tâ- » ché de connoitre les femmes, mais qu'ils » les ont même réellement connues : si bien ^
9> ajoutc-t-ily quHl serubleroit que l^on fût » impudent 9 si on nioit ce qu^ou assure là* y> dessus avec tant de circonstances. »
On peut encore ajoutera cela la confession que font une infinité de sorcières ^ qui disent avoir été caressées du démon^ et en être jnême devenues grosses. Les Livres de Delrio y ' de Sprenger y de Dilancre et de Bodin sont pleins de semblables histoires : si bien qu^après tant de preuA^es authentiques et tant de confessions de sorciers et de sorcières^ qui Ta vouent de bonne foi et presque de la même sorte y il y auroit de Popiniâtretéà retenir un sentiment opposé. Car les histoires que Pon nous en a faites paroissent si assurées, qu^il semble que Ton ne doive pas douter de la vérité de ces conjonctions diaboliques ; témoin Benoît Berne ^ âgé de soixante- quinze ans j qui fut brûlé tout vif, après avoir avoué que depuis quarante ans il avoit commerce avec une succube , qu'il appeloit Uermoline ^ et François Pic , prince de la Miranjilole y qui y Payant connu , nous est garant de la.
véiité de cette histoire.
Toutes ces preuves paroîtroient fortes ^ si lious n'avions la raison et Pexpéiience qui pous font connoître le contraire; et pour dire ce que je pense sur cette matière, on me permettra de raisonner de la sorte.
La curiosité nous est naturelle à tous.
Celle quiest blâmableest une maladie d!ân:ie^ qui s'empare principalement des esprits foibles. Le monde est plein de gens qui \culeut pénétrer dans les choses les plus ca-
( 275 ) cLées , et dans les secrets de Pautre monde.
Si on leur parle de quelque chose d'extraordinaire , incontinent la joie rejaillit sur leur TÎsage , et ils témoignent que c'est là Pendroit qui les flatte le plus.
D'ailleurs , on est souvent ravi de joie de trouver l'occasion de plaire j et si un homme d'esprit se rencontre parmi des personnes foiblesy il ne manquera pas de fomenter leur dé^ir d^apprendre, et de prendre plaisir lui-même à se faire écouter et admirer. Il leur fera des histoires qu'il aura adroitement inventées 3 et quoique les choses que nous entendons nous fassent de l'horreur y si elles nous sont pourtant inconnues ^ nous nous plaisons à les ouïr réciter. 11 parlera des démons , des incubes ) des succubes ^ et des es» prits follets, des sorciers^ etc. y selon l'adresse de son esprit et la souplesse de son génie ^ il persuadera si bien ce qu'il aura avancé par des raisons qu'il s'étudiera à chercher , que tous ceux qui Pécouteront seront convaincus de la vérité de là fable. Plus cet historien se sera acquis de la réputation^ ou par son autorité y ou par soii mérite , plus on ajoutera de foi à ce qu'il aura dit j on cherchera même ensuite d'autres raisons pour appuyer la fable y et l'on trouvera sans doute des preuves pour justifier des choses si surprenantes.
C'est ce qui s'est passé dès les premiers temps^ etce quise passe encore tous les jours, mais qui ne nous empêchera pas de prouver que l'opinion de l'accouplement et de la génération des démoi^ ne peut être soutenue.
J'avoue que la conséquence que Pou tire
( a7<î ) de PEcriture sainte seroit juste ^ si les anges pouToient caresser et engrosser les femmes ; car il me semble qu^il n^y auroit pas plus de difficulté à croire le commerce des démons , que celui des anges avec les femmes. Mais outre que le passage de PEcriture peut bien s^expliquer sans admettre ces alliances qui répugae'nt à la Nature, elle nous dit que les saints y quMIe appelle lésais de Dieu y s*é^ tant joints avec les filles des autres ^ quelle appelle hommes, engendrèrent des hommes puissants y c^est-à-dire des rois et des monarques j qui avoient la puissance et Pautorité en main pour se faire craindre et respecter des autres hommes en cette qualité»
Ces hommes puissants étoient sans doute alors appelés àes géants y par la grandeur de leur autorité , au lieu que ce terme marque présentement la grandeur du corps; et cette équivoque .du mot tle géants a donné lieu, saps doute y à Puiie des plus grandes erreurs qui ait jamais eu cours. C'est ainsi que les mots de tyran j Ae parasite ^ étoient autrefois fort honorables, au lieu que présentement ils 3ont odieux à tout le monde.
D'ailleurs les enfants peuvent être lourds par la pesanteur et )a grosseur de leurs os.
Et ceux qui ont de grandes entrailles et le foiechaud^ peuvent tarir deux ou trois nourrices de suite pour s'humecter et se rafraîchir^ Si ces mêmes ei^fants ont un jour l'esprit ma.liçieuXy qui est un effet de leur tempérament^ on ne doit pas conjecturer par- là qu'ils ont été engendrés par un démoiu
Four ce qui est de Passenfl^lée qui se tin t
devant PempereurSigismondy je ne m^ëtonne pas si elle dëcida que les démons pouvoient avoir commerce avec les femmes ^ et qu'ils pouvoient même engendrer j puisqu'elle n'étoit presque composée que de théologiens qui^ accoutumés à croire simplementce qu'ils ^e voient pas , et qu'ils ne savent pas méme^ donnèrent leur sentiment en faveur de ces générations > qui sont si opposées £tux lois de la Nature. Si cette^illustre compagnie eût été composée de philosophes et de médecins j ou qu'elle se fût réglée par le sentiment de saint Cbrysostâine^ je suis fort persuadé que ces questions n'au roient pas été décidées de la sorte*
Au reste, si on examine bien le passage du grand Augustin , que nous avons voulu traduire tout entier, on verra aisément que la certitude qu'il y a de ces sottes de commerce et de générations n'est fondée que sur le rap« port de quelques hommes simples et crédules ^ où de quelques femmes superstitiensesiet mélancoliques. Si nous voulions croire tout ce qui'nous est tous les jours dit et assuré par nos malades , qui ont l'imagination égarée , et qui semblent pourtant l^avoir juste , nous tomberions sou vent dans de pareilles erreurs : car les vapeurs noires d'une bile brûlée troublent quelquefois tellement leurs âmes, qu'ils pensent que leurs songes sont des vérités.
C^est donc par une cause à peu près semblable , que les sorcières se persuadent avoir été au sabbat, et avoir été caressées du diable, qui avoit les parties naturelles hérissées et
(»78) écaillées, et de la semence froide comme de la glace 9 sans pourtant que ces misérables femmes soient parties du lieu pu elles sVtoi en t endormies.
Mais pour ne pas m^opposer à une opinion qui me semble être reçue presque de tous les théologiens et de tous les Pères , sans alléguerde puissantes raisons pour la combattre^ examinons la chose avec toute Tapplicatioii possible 9 mais aussi sans préoccupation.
No.us apprenons de la théologie que les démons, étant de purs esprits, so^t aussi des substances différentes de la nôtre - qu^ilsn^ont ni chair , ni sang , ni parties naturelles , et par conséquent poin.t de semence pour la génération ; que s^ils prennent quelquefois des corps , qu'ils peuvent former d^air, ces corps ne vivent point., et ne peuvent aussi exercer les opérations de la vie ; que n'ayant point de successeur^ à espérer , parce qu'ils sont immortels , ils ne doivent aussi avoir ni d'envie, de se perpétuer, ni de désirs de se satisfaire par les plaisirs de l'amour. Quelque puis.sants qu'ils soient^ ils ne sauroient passer les bornes que la Nature leur a prescrites. Les animaux ne se joignent point aux plantes , ni les plantes auX jninéraux , pour faire des générations , leur substance étant trop éloignée l'une de l'autre. En un mot y la Nature n'a pas permis ces fiUiances : de sorte que, suivant le sentiment de saint Chrysostôme, ce il y auroit de la folie à croire que 3» les démons s'allient avec les femmes ^ et
5> qu'iinesubslanceincorporellepuisse se joîtl« y> dre^à un corps pour engendrer des enfants.»
£n vérité , je ne saurois me persuader ^ non plus que Cassien, illustré disciple de ce grand évêque, que ces substances^ pui*enient spirituelles , puissent naturellement avoir uti commerce charnel avec les femmes* La raison qu'en apporte ce dernier, avec Philos-, tri us, évêque de Bresse, c^est que, si cela s^est fait quelquefois , il doit encore présentement arriver; mais parce que nous savons (fie cela n'arrive point maintenan^t, nous devons con* clnre que ces conjonctions et ces productions abominables n'ont jamais été. C'est pour** quoi saint Augustin , souvent trop crédule 5 qui pense mieux dans un endroit que dans un autre ^ commande aux prêtres de prêcher au peuple , pour le désabuser' de la fausse pensée où il est , que ce ce qu^ou dit du y> commerce des sorciers avec les démons soit » rëel et véritable. »
Mais ce qu'il y a encore de plus pressant sur cette matière ^ c'est la décision du concile d'Âncyre , qui blâme et déteste la créance qu'ont les sorciers d'être portés de «uit au sabbat jusqu'à l'un des bouts de la terre ^ de se joindre aux démons et de prendre avec eux des plaisirs abominables , <c puisque >) toutes ces choses , ajoute-t-il , ne sont que » des rêveries et des illusions , bien loin » d^être des vérités. »
Je ne saurois trop m'étonner de ce que les chrétiens croient si légèrement ce que les païens auroient de la peine à croire. Car tous
ne demeurent pas d'accord que Servîus Tul' lius^ roi des Roinains , ait été engendré (Pun incube^ et que Simon le magicien fût le fils de la vierge Racbél, non plus que dans les siècles suivants y quelque grossiers qu'ils aient été, Merlin Cocaye n'a pas été cru sur sa parole, quoique sa mère et lui voulussent persuader aux rois d'Angleterre, Vortigerne, Ambroise, Uterpendagrion et Artus , qu^il étoit fils d*un démon incube, et (J'une religieuse, fille du premier roi. La folie et la foi blesse des hommes , le désir de la nouveauté, l'ignorance des causes naturelles, la honte que l'on a de l'obscurité de sa famille^ la crainte qu'un adultère ne se découvre, les flatteries des courtisans pour les princes , les ressorts de l'avarice et de la vanité , enfin la passion violente de l'amour sont les puissantes causes qui produisent ordinairement ces sortes d'^opinions dans l'esprit des hommes. Jamais Mundus n'auroit joui de Pauline ^ si l'avarice et l'amour ne s'en fussent mêlés ^ et jamais on n'auroit douté que l'enfant qui naquit de cette conjonction , n'eût été le fils de l'incube Anubis , si l'imprudence de Mundus n'eût découvert tout le mystère.
1 . Léon d'Afrique, nous faisant l'histoire de ce qui se passe en son pays, nous assure que tout ce que l'on dit de la conjonction des démons avec les femmes n'est qu'une pure imposture , et que ce que l'on attribue aux dénions n'est commis que par des hommes lascifs ou des femmes impudiques , qui persuadent aux autres que ce sont des démous qui
les caressent. Les sorcières du royaume de Fez f ainsi que cet historien le rapporte , veulent bien que l'on croie qu^elles ont beaucoup de familiarité avec le démon : pour cela elles s^ef Forcent de dire des choses sutpre* nantes à celles qui vont les consulter. Si de belles femmes les vont voir^ ces sorcières ne veulent point recevoir d'elles le prix de leur art , mais elles leur témoignent seulement le désir qu'a leur mattre de les caresser pendant une nuit. Les maris prennent même ces impostures pour des vérités^ et ils aban* donnent souvent ^ selon leur langage , leurs femmes aux dieux et aux vents. La nuit étant venue y la sorcière/qui est du nombre de ces femmes que les Latins nomment tribales ou fricatrices f embrasse étroitement la belle> et en jouit au lieu du démon dont elle pense être amoureusement caressée.
2. Les théologiens^ qui raisonnent sur là fausse hypothèse de la conjonction des démons avec les femmes^ ont formé une seconde difficulté \ savoir, de qui un enfant seroit le fils ^ ou de l'incube , ou de l'homme de qui la semence auroit été surprise. Et pour expliquer la manière dont cela se fait, ils se sont imaginé ();u'un homme ayant commerce avec un démon succube , ce df^mon devenant incube' sans perdre de teni^s, par Inactivité de sa nature y communiquoit incessamment' à viup femme qu'il frouvoit dispo« sée^ la sernence qu'il avoit dépuis peu reçue d'un hoinn/é , et que l'enfaiil qui naissoit de cette conjonction^ étoit véritablement le fils
Ae cet IiommCj^ et nou du démon y qui , en celte occasion y u^avoit contribué que de son industrie.
3. La troisième question , savoir si les în« cubes et les succubes se caressent entre eux à }a façon des hommes et des femmes , n^a pas été agitée par ceux qui oçit écrit sur ces matières. Mais il est certain que^ outre plusieurs raisonsquenous pourrons alléguer là-dessus, les démons 9 étant d^eux-mêmes éternels et snalheureux tout ensemble , n^ont pas besoin de perpétuer leur espèce, ni de prendre des plaisirs dans les caresses des femmes.
4* Enfin , pour passer à la 46rnière difficulté , quelques docteurs croient qi;ie le démon agit avec tant de vitesse ^ en portant dans les parties naturelles d^uie femme la semence qn^il a reçue d^un homme , qu'il conserve cette même semence dans tout le tempérament qui est nécessaire pour la génération. Ils ajoutent même que c'est ane grande erreur que de ne pas croire que le démon puisse faire cela.
Mais tons ces raisonnements me paroissent Tains et inutiles, s'il est vrai, comme nous l'avons prouvé, que ce î^pit une fable qu,e les démons se joignent aijppvreusem.ent aux femmes. Ils ne sont prc^pe^ qu'à nous entretenir dans Taveuglêment ou L'on est sur ce^ sortes de coniçnctions. ,Car svpn,hoii;ime ne peut engendrptr , se\on l'avijs 4e;tO;Ma ies médecins , parce c[i\W a un«% petite .yecge qui ne porte pas assers loin ia matière quiserlà lagéuération , et qui fie la darçle^qu^V^^^^^^^^ ^^^
lieux d'une femme, quapeut-onespércrd^irté âeraence éventëe et froide ^ qui aura touché «ti cadavre , on un corps d'air que le démon aura emprunté?
L'âme ou les esprits de semence ^ si l'on veut j se dissiperoient et s^éranoulroient ai* sèment : si bien que ce qui demeureroit , ne seroit plus lui-même qu'un cadavre de semence, s'il m'est permis de parler de la sorte, qui seroit incapable de la génération. Il n'y a au monde que la matrice d'une femme qui puisse conserver, pour la génération, la se* mence d'un homme , et il ne faut pas s'imaginer que le démon puisse passer les ordre$ que la Nature a établis , quoiqu'il ait une pénétration d'esprit inconcevable , et une vi» tesse de mouvement surprenante.
Si l'esprit des eaux minérales froides, et ce*> lui de l'extrait du romarin se dissipant presque dans un moment, l'esprit de la semence ^ qui est beaucoup plus subtil , se conservera* t-il dans sa matière exposée à l'air? Et puisque les sorcières avouent que la semence dtt démon est froide quand elles la reçoivent , quelle appa rence y a-t-ilqu'el le soit prolifique^ l'air , qui ronge tout ce qu'il y a au monde y en ayant dissipé les esprits et corrompu la substance ?
C'est donc une grande erreur de croire ^ comme font plusieurs théologiens , que le démon puisse ramasser la «emence de plu* sieurs hommes pour la jeter ensuite dans les parties naturelles d'une femme, et causer ainsi la génération. Si le démon pouvoit fair*
( a84 ) cela j et qu'il le fît effectivement , il pourroif aussi rassembler la semence de plusieurs animaux Je différentes espèces^ et procurer ainsi la génération des monstres , ce qui feroit coH' fondre la Nature et troubler Tordre quel>ieu a mis parmi les créatures ^depuis la création du monde*
D^ailleursy nous n'avons point appris que les démons succubes puissent engendrer ^ bien que la fable nous dise qu'ils sejoignenl livec les hommes j et je m'étonne de ce que l'on ne s'est point avancé jusque-là. Peutêtre Auroit-on trouvé des raisons aussi probables pour appuyer ce sentiment y que l'on en a inventé pour soutenir l'autre } et il auroit eu sans doute quelqu'un qui se fût aussi bien dit le fils d'un succube que d'un incube. Au reste^ siles sorcières n'étoient pas folles^ ou intimidées par l'horreur des tourments y jamaisellesn'auroient découvert lecommerce qu'elles disent avoir eu avec le démon. Il yen a eu même qui en ont fait gloire en Béam , aussi bien qu^en Allemagne, et on en a vu qui se varitoient hautement d'être la reine du sabbat» L'ellébore ou les Petites-Maisons seroient des remèdes plus proportionnés à leurs maladies j que le ieu et les tourments dont on s'est servi jusqu'ici ; et il n'est pas toujours vrai ^ comme a dit Cicéron y que la vérité se trouve dansPenfance^le sommeil, l'imprudence, l'i* Tresse et la folie. Après tout, pour connoître plus parfaitement la vérité de cette opinion, examinons ce que les médecins disent de la maladie qu'ils appellent incube ^ et nous
i Terrons par-là que la fable sera iécouyerleJ
SI Cette maladie n'est,qu'une suffocation n oc-
1 turne^ dans laquelle la respiration et la voix