‹ Tableau de l'amour conjugal (volume 4)Chapitre 3 sur 25 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Des utilités qi^ apportent les plaisirs du Ma"

riage.

^i la modération doit être gardée en quelque chose y ce doit être sans doute dans les em* bcassements des femmes. Cette vertu est nécessaire à conserver notre santé ^ ou à la rétablir quand nous Pavons perdue j que si nous nous en éloignons tant soit peu ^ nous tombons infailliblement dans les mcommodités dont nous avons parlé au chapitre pré* cèdent.

Que s'il n'y avoit point d'excès dans la passion de l'amour ^ et que l'on n'en fût point incommodé , on| n'espéreroit point de remède. Ainsi^ il est non-seulement juste ^ mais utile pour nous, de découvrir notre foiblesse et notre corruption pour en chercher le remède; et il est également injuste qu'après l'avoir trouvé , nous ne voulions pas nous en servir; et c'est peut-être pour cela que présentement (i)y selon le témoi-r gnage de Léonard Coquée , aussi bien que du temps de St. Augustin (a), comme il le.

(i) Ecclesia et principes christiafd meretrices -permittunt^ ut gravioribus malis occurrunt. Coqueus^Conmi. in August.

(2) Latebrof requiruntur in usa scctoruni q'um terrena Ciçitas licitam fecit turpitudinem. lÀ^ bro' 2 4 ) ^^P* 1 8 > de Civ« Dei«

rajjporte lui-même ^ on pejiniettoit i ,Bomft les caresses des courtisannes , d'où procèdent et nos maladies et nos remédies»

Quoique l'amour soit la plus puissante de toutes les passions, qu^il n^y ait point d'homme qui ne vive sous son empire , et qui ne soit assujetti à ses lois, je suis pourtant persuadé que nous pouvons^ en quelque façon y résister à sa violence, et nous empêcher d'exécuter si précisément ses ordres.

Zenon «n peut servir de preuve, lui qui y pendant sa vie, ne baisa sa femme qu'une seule fois j et qui y fut encore obligé par civilité. ' En effet j notre santé serort plus parfaite ^ si nous «usions sagement des plaisirs de l'amour. Nous aurions une cer.taiue gravité dans là chaleur du plaisir pour devenir pères^ que tious n'avons pas quand nous ne cherclîons que le*tbtttentement.

JLes. impatiences et )es chagrins qui troublent- ntotre repos, ne seroient pas si fréquetrts'jnbu's vivrionssaDs inquiétude^ et la douleur W prendroit pas si sk>uvent la place de kl tiianqiiillité. Nous nous divertirions sans peiiie, de quelque tempérament que nodè^ fussions. Naus>ne ressentirions ili langueut' ni la'ssitude après savoir caressé une~ femme, etnotre santé se«)it beaucoup mieux affermie qu'aupa^rayant , après nous .être dëciliargé de tout cç Qjixe nous avions >di3 snperflu. La chaleur natUiirelI^ n'est jappais plus r^bHSil;€i,qx\ie qygnd il «;'y a plus d'împu.i:eté$ qui ^n^hanrasâent ses actions et qtii empêchent ses effets.

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guér]

de Charlemagne ^ et jce fut pres(£ue elle seule ' qui, pendant sa vie , fut le remède pour toutes ses maladies 3 et la même abstinence lemit enfin dans le (ombeau. I^e bain d'eau froide qui soulagea A'u^usle.^ tua IVJIarceline peu de tejtxips aprê^j et ra^nour^ qui cause tant de' désordres quand nous en abusons , i^ous procuve beaucoup de bien (nia];id la raison ou la nécessité n/ous Ctit suivre ses mouvements.

Il n'y a rien au moudp*qui rafraîchisse davantage les bilieux qiié' les caresses àes femmes ; et si dans Faction ils se sentent un peu échauffés 9 cette c^halepr n'est que pas* sagère et ne dure pas' plus quç les ,4i,vertisse^ients qu'ils y pcenn'ept. Tû\ites £ortes de tempéraments y,trou*vfint du secours • et cette action/échaii'ffe 'aussi dQucêment les pit.uiteux j qu'elle échauftei les sanguins. Les mélancoliques. , en sôn*t!' réjouis, et'ils se dé« font, par cy^tnoyen*^ ^e leur tristesse et de leur timidité. -Leur. aj>pécit 'perdu et leur estomac dSbatiché eil ^ont rétablis. C'est ce qui donna, le pojxi'à^Anti^vro à la courlisanne Hoéa , parce qu'elle disttibùûit un re^nède assuré contre l'htimôùr noire. ]Çn effet., les plaisirs que nous prenons avec les femmes guérissept notre mélancolie, et font plus d'effet sur nous que tous les ellébores des n^édecins. La pensée même de Tamour nous réjouit et nous fortifie; elle augmente noire

chaleur et dissipe 'notice bile iaoire et épaisse. Cet homme dont Galien nous fait Tbis^

toire ,' qui avoit été si touché de la mort de sa femme ^ qu'il résolut de n'en avoir jamais ^ se trouvant quelque temps après fort incommodé par des indigestions d'estomac y

' et par une ti^istesse dont il ne conpoissoit pas la cause y fut enfin obligé de rompre son vœu , et de se joindre amoureusement à une autre y entre lés bras de laquelle il recouvra

' aussitôt la santé.

Quoique la copulation conjugale ait été nommée, par quelques-uns y une légère épi" lepsie^ elle ne laisse pas pourtant de guérir cette grande 'maladie et oeaucoup d'autres ^

^ qui cessent souvent aux premiers plaisirs que nous prenons avec les femmes, et au pre« ]nier sang que les filles répandent par leurs parties naturelles. i

L'on domte les animaux les plus féroces par l'approche d'une de leurs iemelles. Le tigre n'est plus tigre auprès de la sienne. Un

'hioinme, quelqu'emporté qu'il soit^ devient modeste et traitable auprès d'une femme j et il se trouve souvent des vierges ou des' veuves furieuses qui ne s^apaisent que par les embrassements des hommes.

Toutes les grandes humidités du cerveau^ les fluxions lunestes^qui nous causent souvent dans la gorge ou dans la poitrine des maladies incurables, ne sontl>rdinairement prévenues que par les plaisirs modérés que nous prenons avec les femmes^ Cette pesan* f eur de corps insupportable^ et ces lassitudes

que nous ressenions dans roisireté et afviê û bonne chère, ne sont guéries oue par ce remède. Les athlètes aboient autrefois trouré cet expédient pour se délasser de leur lutte y et ils se sentoiçnt allègres et plus forts y dès quHls s'étoient divertis a?ec une femme.

Cet exercice amoureux efface tous les songes qui nous font de la peine : nous dormpns ensuite avec tranquillité } et si Tamour déréglé nous cause Paveaglement y en dissipant nos esprits y l'amour modéré rend nos yeux plus clairs , en vidant les humidités qui nous troublent la vue.

La yoity de chancelante et d^enlrecoupée qu'elle étoit auparavant , devient plus forte et plus ferme ; la chaleur du cœur s'augmente sans nous incommoder y et la force des entrailles se fait connoître par la vigueur de leurs actions. L'estomac n'engendre plus de vents et ne fait plus de crudités ; on n'en* tend plus de murmure dans les boyaux y et les rems qui se trouvoient appesantis par la semence qui les accabloit y se sente^nt en même , temps soulagés par la décharge de cette matière.

C'fst enfin le souverain remède des pâles couleurs ; et une fille qui fait peur à tout le monde par sa jaunisse^ reprendra y peu de temps après son mariage , ce teint de lis et de rose qui est le signe assuré d'une santé par* faite. Après les premiers combats amoureux y elle sentira sortir du sang d'elle ^ mè^ne , comme une marque de la victoire de l'amour.

La paix et l'iibondiince viendront bientôt

apris ; la bonne compleidoti et U £écotidité combleront -de }oie ceUe perisonne qui avoit presque perdu VSsfivanee ée les «roir jamais. • Cette jeune veuYe qui tombait si sçwveat dans les suffocations qui la «nenaçoient dViie mort subite , n^est plus sujette à ces man^ depuis qu^elle -s^est i:em.afiée j enûn cette Vénus matinière n^ aofts présa-ge q^e la beauté du jour et l^s plaisirs de la >ie^ C'est elle qui , étant réglée^ nous fait deTenir pères de plusieut^ enfants ^ et nous rrend l'em-»

bonpoiqt que nous avions • perdu à forc^ d'aimer.

Ce jeun| bfomme à qui le ^sagô est devenu p&Ie , les yeux meurtris et emoneés j les lèvres blêmes , la voix chancelante ^ la respiration entrecoupée de soupirs et in ter* romppe de sanglots ^ qpi ne boît-èt ne mange plus y qui va expirer par l'excès de sa

λassion amoureuse y* n'a pas- plutôt obténti a possession de ce qu'il aime^ qu'on Iqi-i^it reprendre peu à peu ses for<}es : sein embonpoiivt revient I sa santé est exisuitie fWme et assurée. Jarmais AB^|i0cbJi^s•n'e{k reoéuvré la sienne-^ si Séleucus ne l'eût *fâit jéuir de Stratonice ; et jamais Juste^ femme du consul Boëce 9 ne fâf^ revenife de «a langu«eùr , sans la pitié qu'en euj le comédieii i^yla^.

Je ne vbudrois p^ inïiter ici le* jnéd^cin Appollonides j qui. se troia^pa si lourdeftient dans la cohnoissance de la -maladie d'Âmitis^ lemme de Mégalizius , et fille dé Xerxès ; car ce médecin ^'pensant que la fièvre étiqne I de cette femme éloit du nombre de celles qui

«e guérissent par Pamouj:, il lui conseilla les embrassements d^uu homme : mais commo iqiaelque temps après Amitis ne se sentil point soulagée par cette soj:*te de remède, outrée ide douleur contre le médecin , elle sVn plai* gnit à sa mère, qui le dit eiisiûte à Zerxès. Xie roi en fut si touché, quHl condamna k médecin à être enterré tout yif jusqu^au cou : ce qui fut exécuté à Pbeure même.

La goutte 9 qui , selon les médecina, est sou* Tent engendrée par les caresses des femmes ^ en est quelquefois guérie : et il sVst tu des goutteux qui en ont été soulagés lorsquMIs en ont usé avec xaodé ration. £a effet, il n^j a point de moyen plus assuré pour nous con^ ^rver la santé, ou pour éviter une mort pré« cipitée , que de se joindre quelquefois à une femme. Le poëte Lu cnéce ne se seroit jamais ^ué^ sHl eût possédé la belle qui le faisoit soupirer, et cette fiUe de trente ans , dont Riolan fit un jour ladisseotion , n^auroit.pas perdu la vie si elle s^éioit mariée^ car la se* Hience n^auroit pas suffoqué sia. chaleur. na« turelle , f t S09 ^sticule gauche jie senût pai devenu aussi gros que le poing; par Pabondance et la rétention de cette matière :. encore la fiUe que M. h Duc di^sséqua dernièrement dans l'hôpital général de la .Salpétrière de iParis ne £iit point morte de fureur histé*rique^, si :S0^ les ticu'le. gauche Kke i^t devenu gros Çiomme le ppipg^ paa* la tétention. d'une semence épai(!»se..

Au Ueu que ramoux déréglé nous rend

(M) stupldes y l'amour que Ton ménage avec prudence nous cause de la santé , nous ins-

{>ire de la hardiesse et nous fait naître de ^agrément* Un paysan^ui a Tesprit naturellement grossier ^ ne paroitra pas être ce qu^il est quand il aime ; et alors il se trou» vera peut-être en état de disputer avec un autre oeaucoup plus spirituel que lui j de la finesse de Pesprit et des mouvements de sa passion. ^

Il est donc vrai que les embrassements des femmes ne nous peuvent faire de mal j pourvu que nous suivions le conseil d^Hippocrate ^ qui ne veut pas même nous permettre que y dans le printemps y qui est la saison la plus propre à cet exercice amoureux , nous en fassions des excès* Ces voluptés licites nous comblent de toutes sortes de biens; elles rendent notre âme satisfaite^ et augmentent les forces de notre corps j tellement que quand même nous serions attaqués de quelque venin qui commenceroit à détruire les forces de notre cœur , la copulation , si nous en voulons croire les naturalistes ^ seroit un remède sùffisaiU pour nous garantir de sa malignité.

Quand on ne se propose que de faire des enfants ^ que Pon suit simplement les mouvements de la Nature^ et qu^on n^est ému par le chatouillement de la semence y que comme nous le sommes par les irritations des autres excréments de notre corps ^ on n'intéresse jamais sa santé par ces portes de di-

( i5 ) Tertissements. Ceàtceqa'£uripidea &rt hiên e^rimé dans une autre langue j lorsquUl parle à Vénus de la sorte :

Vénus , en beauté li parfaite ,

Inspire y de grftce^ à mon cœur Ta plas noble et vive ardeur y £t rends dans mes amours mon âme satisfaite : Mais tiens si bien^la bride à mes ardents désirs , Que, sans en ressentir ni douleurs ni foiblesse«

Jusque dans l'extrême vSeiliesiei

Je prenne part à tes plaisirs.

Et pour dire là-dessus ce que je pense ^ un vieillard de soixante -dix ans sera encore en état de caresser une jeune fille et de lui faire un enfant 9 si pendant sa jeunesse il n^a pas pris trop de liberté avec les dames. C^est ce que Pôracle a voulu dire aux Spartiates y quand il leur commanda d^éleyer une statue à Yénus^ avec ces mots écrits en d^autres ca« ractères : Vénus qui retarde la vieillesse ^ en voulant faire connoître qu'elle n'est pas ennemie de notre santé , si nous suivons ses conseils avec prudence.

Enfin ce seroit peu que d'avoir parlé des plaisirs du mariage sans en découvrir les remèdes qui s'opposent à leurs excès y et les moyens dont on doit se servir pour les éviter; et nous serions fort injustes si nous favorisions le crime en favorisant la concupiscence de la chair, sans avoir égard à notre santé et à l'obéissance, que nous devons aux ordres de Dieu.

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