‹ Tableau de l'amour conjugalChapitre 13 sur 68 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Quel tempérament est le plus propre à un homme pour être lascif, et à une femine pour être fort amoureuse.

Pour. expliquer le mélange et la composition des mixtes qui se rencontrent dans l'univers, et qui ont tous un tempérament différent , les phi- Josophes se sont servis de deux moyens. Les uns ont considéré la matière qui les forme , ils en ont observé la figure, la grandeur et la liaie son , et se sont imaginé, comme ont fait Démocrite et Descartes, qu'ils en expliqueraient suffisamment la nature par les atomes qui les composent. Les autres, comme Hippocrate et Aristote , se sont | persuadés que la matrice des mixtes ne pouvail être sans cette qualité, et que le toucher étant le juge des premières et des secondes qualités, ils pourraient aussi par là en faire mieux connaître la nature, Arisiote appelle

les secondes qualités des effets corporels, ou des condiliciz matérielles, que je pourrais nommer des qualités de la matière. 1 en a fait de deux sortes , les unes actives, comme la puissance d’endurcir , de ramollir , d’épaissir , etc., et les autres passives, qui sont des effets de cette même faculté, comme est la dureté, l’épaisseur, la ténuité, etc.

De ce corps ainsi composé de matières et e qualités, pour parler avec ces derniers philotsophes, il naît une autre qualité que l’on peu ; nommer avec Galien, propriété de la substance ; avec Vellesine qualité du mélange de la matière ou enfin, avec d’autres, qualités occultes, qui est, à proprement parler, l’essence et le tempérament du mixte : sibien que l’on peut dire que le tempérament n’est autre chose qu'une qualité qui résulte du mélange de la matière et des qualités des élémens ; car, comme plusieurs voix différentes font une mélodie quand ellessont bien mêlées, tout de même ces matières et ces qualités, bien que contraires, se lient si étroitement les unes aux autres pour faire un tempérament, que l’on ne saurait les discerner; tant il est vrai de dire que le tempérament est une union et un ordre de choses qui sont incessamment opposées entre elles !

Il y a beaucoup de choses à observer dans la composition des corps; mais il y en à peu que nous puissions clairement connaître. J'avoue que nous savons qui en est l’auteur, que nous voyons tous les jours ses ouvrages, et que la matière nous en est sensible ; mais qu’il est difficile de

concevoir comment, par un peu de semence, pour me renfermer dans l’exemple de la formation de l’homme , il se peut faire une si grande variété de ternpérament !

Ceux qui veulent s'élever dans ces sortes de connaissances par-dessus le reste des hommes, sont obligés d’avouer, après avoir bien cherché, qu’ils en savent moins que les enfans, et que le tempérament des hommes qu’ils examinent, est si difficile à comprendre, qu’ils sont contraints de dire qu’on ne le peut connaître qu’en gros.

Les médecins admettent quatre sortes de tempéramens, où une seule qualité prend le dessus, et ils en comptent aussi quatre autres, qu’ils appellent composés, où deux qualités sont manifestes. Les premiers tempéramens sont rares , et il ne se trouve presque jamais de qualité qui soit accompagnée d’une autre qui ne lui est pas ennemie. Quelques-uns ajoutent un neuvième tempérament, qu’ils appellent égal ou tempéré , où il n’y a point de qualités qui se surpassent l’une l'autre ; mais parce que l’on ne rencontre point dans les hommes, et que les matières et que les qualités des élémens ne sont pas mélées ensemble si justement qu’il n’y en paraisse quelqu’une qui domine, nous ne parlons point de celui-ci, qui n’a été inventé dans les écoles que pour servir de régle aux autres.

Pour expliquer mieux les tempéramens des hommes, les médecins ont attribué les matières ct les qualités des élémens à chaque humeur des corps. Ils ont dit que la bile était chaude et sèche

comme le feu : que la mélancolie était froide et sèche comme la terre ; que la pituite était froide et humide comme l’eau ; ét qu’enfin le sang était chaud et humide comme l'air.

ARTICLE I

Duél téfipéranient doit avoir ün homme pour être fort lascif.

Après avoir éxpliqué en général les tempéramens des hommes, il faut présentement descéndre dans le particulier, ét examiner quel tempérament doivent avoir lés deux sexes pour

êtré fort lascifs. À voir cejeune homme de vingt-

cinq ans, on lé prendrait pour un Satyre qui cherche incéssamment partout de quoi assouvir $a passion. Toutes lès femmés lui sont agréabies dans l'obscurité; il n’en refuse aucune , quelque laide qu’elle soit; il est toujours en état de là satisfaire, Sa raison n’est pas capable dé retenir ses emportemens amoureux, et son tempérament est trop bouillant pour "souffrir qu ’elle en soit la maïtresse : jusque-là même qu'il est si amoureux et lascif » que, si le magistrat véut lui accorder la permission d’épouser la statue de la fortune, qu’il aime avec excès , il le fera publiquement, comme fit un autre ÿmpudique, qui caressa la statue de Vénus Gnidienne, faite par Praxitèle.

Il est vrai que tout favorise son tempérament & voluptés déréglées. Rien ne lui manque

ns la vie; s’il y a au mondé des alimens suc-

culens et des breuvages délicieux, ils sont pour Jui, Parce qu'il est incessamment dans la bonne . Chère , son ventre est toujours plein, ec ses parties amoureuses, qui n’en sont pas fort éloignées, sont aussi toujours énflées de leur côté, selon la remarque de saint Jérôme : : si bien que les bons alimens et l’excellent vin contribuent beaucoup à la lasciveté. C'est sans doute dé là qu'est venu cé beau proverbe latin, quin ’à point de grace si on le trâduit en notre langue : Sne Cerere et Baccho friget Venus. Én effet, tout ést glacé dans l'amour, sans cé qui est marqué par le pepin du raisin, par le grain de froment, qui sont des figures bien faites des parties naturelles de l’homme et de la femme,

L’oisiveté est une des sources de l’amour déshonnête , et la fable n’a marié Mars avec Vénus, et n’a fait Priape fs de Bacchus ét de Vente. c'est-à-dire, qu’elle r’a joint Poisiveté avec Mars et Bacchus, que pour cette raison. Aussi trouve-t-on dans les armées beaucoup plus de désordres amoureux que dans tout un royaume, parce que les soldats ne sont pas toujours occupés à la guerre. |

La région et le climat ne contribuent pas peu à la lasciveté des hommes : nous voyons plus de chastes à Stockholm qu’à Séville ou à Naples, ville où souvent il naît des monstres, qui scût les effets d’un amour abominable, L ‘histoire que nous fait saint Augustin, est une preuve da ce que j'avance. Le gouverneur d’ Antioche, ditil, pressait un jour un marchand de lui donner upe livre d’or; cet homme, au désespoir de nè

se pas trouver en état de le saisfaire, le communiqua à sa femme, qui, pour mettre son mari hors de peine , lui demanda permission de se prostituer à un richem ‘rchand qui la priait d’amour, il y avait quelques jours. Elle espérait par ce moyen assouvir l’avidité du gouverneur, et tirer son mari de l'embarras où ils se trouvait, en recevant de cet homme une pareille somme d’or. Le mari y consent , la femme se prostitue , et le marchand, au lieu de lui donner une livre d’or, comme ils étaient convenus, lui fit donner une livre de terre. La femme, fort surprise de cette infidélité, porta ses plainies au gouverneur, qui fit payer au marchand ce qu'il avait promis à la femme. |

Un homme donc qui sera ému par toutes Îles causes de lasciveté dont je viens de parler, et qui d’ailleurs. est d’un tempérament chaud et sec, laissera le plus souvent agir sa passion indiscrète, sans vouloir la modérer, car il a le cœur si échauffé, qu’il pousse sans cesse un sang extrêmement chaud, subtil et plein d’esprits . dans toutes les parties du corps qu’il enflamme, à. et son pouls agité en est un signe et un effet % tout ensemble. Il paraît plus ferme et plus fré- ‘ quent quand on le touche. C’est par-là qu’un … Hippocrate connut l’amour déréglé de Perdicas

. pour Fhilé, maîtresse de son père.

‘” Son foie, qui est la partie où l’amour a éta- \bli son siége, selon la pensée de Galien, est plein de feu et de soufre, et le corps, à qui il communique incessamment ses humeurs , est à jaune par la bile qu’il engendre. Gette chra-

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leur excessive épaissit son sang, et le rend épais et mélancolique, si bien que par cette qualité il conserve plus long-temps la chaleur qui lui a été communiquée; et comme lelièvre est le plus mélancolique de tous les animaux, il est aussi le plus lascif.

Le cerveau de cet homme n’a pas assez de froideur pour tempérer l’ardeur de son cœur et et de son foie; il est presque tout desséché par le feu excessif de l'amour, et il n’a pas plus de cerveau que cet impudique Triacleure dont on a fait depuis peu la dissection.

Ses reins, où l’Ecriture met le siége de la concupiscence, sont si chauds, qu’ils enflamment les parties voisines; la chaleur dilaie les vaisseaux spermatiques, et y fait aussi couler la semence plus abondamment : si bien qu’un homme amoureux de la sorte n’aurait point de honte de se faire servir à table par des filles nues, ainsi que faisait l’empereur Tibère, ni de se faire traîner en public par d’autres filles nues, comme le faisait l’infame Héliogabale.

Si nous considérons maintenant cet homme par le dehors, ondirait qu’il vole quand il marche; son embonpoint ne l’embarrasse guère: il suffit qu’il soit charnu et nerveux, pour être agile et lascif tout ensemble, Sa taille est mé-

diocre, sa poitrine large, sa voix forte et grosse. |

La couleur de son visage est brune et basanée, mêlée d’un peu de rouge: si on le découvre, sa peau ne paraîtra pas tout-à-fait blanche ; ses yeux sont brillans et bien ouverts , son nez est grand et aquilin , ses bras sont garnis de veines

qui renferment un sang subtil ét pétillant, Si on -le touche, ons imagine mettre la main sur dü feu. Sa peau est si rude et si sèche , que le poil qui là couvre presque partout ne fait qué l’adoucir un peu. Ses cheveux sont durs, noirs et frisés. IL n’a garde de les faire couper , Sur cë qu’il a oui dire des Auvergnats, que, pour avoir plus de bétail , ils ne coupaient jamais la Iainé dé leurs brebis , ni les crins de leurs chevaux , parce qu ‘ils ont ‘rernarqué, par expérience, qu il se fait par-là une dissipation d’esprits qui $’ 0p= pose à la lasciveté et à là génération. $a barbe, qui est un signe de admirable püissancé de fairé dés énfans, marque Ja forcé ét [a vigueur dé complexion ; elle est épaïsse, noire et duré. Sés parties naturelles sont commé énsevelies dans le poil ; et si la nature s’ést hâtée à ÿ én faire naîtré dès l’âge de treize ou quatorze ans , cé n’à éte que pour donner dés marques dire “lascivété désordonnée, qui sé manifesté dans le temps.

Il est cértain, selon que les naturalistés le rémarquént, que les oiseaux qui ont lé plus de plumés aiment lé plus éperdument léurs féinélles , parce qu’ils ont beaucéüp plus d’éxcrémens vaporeux. Aussi les hommes qui ont le plus de poils sont les plus amoureux , léür huinidité étant vaincue par l'excès d’une chaleur , qui n’ést pourtant pas éapablé dé les féndre

mafades.

C'est cétté même chaleur qui dessèche Je évrvéau et le crâne des hommes lascifs , et qui les fait promptément devenir chatives : CAR,

comme il manque à la tête des vapeurs terrestres dont les cheveux sont produits, et que d’ailleurs les cheveux ne peuvent percer une peau dure et sèche, comme l’ont ceux qui sont d’un tempérament chaud et sec, on ne doit pas s'étonner s'ils deviennent chauves, et si cette chauveté s’augmente tous les jours par l’usage des femmes. C’est ce qui attira sur Jules-César cette raillerie piquante que l’on pæblia à Rome, lorsqu'on l’ÿ menait en triomphe: Romanti, servaleuxores, mœæcum calvum adducimus. Ajoutez à cela que cet empereur fut si amoureux et si Jjascif, qu’il changea quatre fois de femmes légitimes qu’il dépucela. Cléopâtre, dont il eut Césarion, qu’il aima éperdument; Eunoe, reine de Mauritanie, qu’il caressa ; Posthumie, femme de Servius Sulpicius ; Lollia , femme de Gabi-. nius ; Tertulla , femme de Crassus ; Murcia . femme de Pompée ; et Servilia , sœur de Caton et mère de Marcus Brutus. De plus, si cet homme lascif a perdu une jambe, il s’acquittera beaucoup mieux qu’un autre de son devoir auprès de sa femme, parce que les parties inutilées ne recevant point d’aliment, le sang s’arrêle dans les parties de la génération, et les rend Plus fortes et plus lascives que dans les autres hommes.

Cer homme dont nous venons de faire le portrait , est d’un tempérament si chaud et si amoureux , qu’il aurait beau avoir la vertu des personnes les plus saintes , sa nature lui donnera toujours une pente à l'amour des femmes; on aurait plutôt éteint un grand feu avec une

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goutte d’eau , et l’on obligerait plutôt un fleuve rapide à remonter vers sa SOUTCE , que de corriger l’inclination de cet homme. Cette passion déréglée qui lui échauffe incessamment l’imaginalion , est la cause de tous les désordres de sa vie: c’est un appétit qui s’arme avec violence contre sa raison, et qui détruit à toute heure ce beau présent que Dieu lui a fait. En un mot , c’est une maladie habituelle qui ne s’empare ordinairement que des ames folles qui se laissent éblouir par la beauté de quelques femmes. Les rois et le vin sont bien puissans; mais, à dire le vrai, la femme l’est encore plus ; et il faudrait que Dieu fit un miracle, si on voulait que cet homme corrigeñt son humeur amoureuse. Quand on s’abandonne trop mollement aux plaisirs du mariage, selon la pensée de saint Augustin dans ses confessions , ces plaisirs deviennent coutume, et cette coutume nécessité. Son ame, qui est aussi éprise d'amour que son corps est échauffé , rend sa passion sans exemple. 1l ne voit pas plutôt une femme un peu découverte , que ses parties naturelles en sont émues ; etil ne l’a pas plutôt observée avec réflexion, que cet objet fait autant d'impression sur lui, que le foueten faisait sur cet autre dont on nous raconte qu'il ne caressait jamais plus ardemment une femme , que lorsqu'on le fouettait le plus cruellement. ; Mais quand ce feu sera un peu apaisé par la froideur de l’âge, l'amour qui agite à cette heure cet homme lui donnera en ce temps-là de l’esprit et de l'agrément ; mais il n’étouffera pas

entièrement la flamme qu'il a nourri dans son sein: au contraire, elle sera plus violente qu'autrefois. Ce sera alors un feu allumé dans du feu, qui conservera plus long-temps sa chaleur ; et cette bile, qui était autrefois la source de tous ses emportemens amoureux , se changera peu à peu en une humeur épaisse et mélancolique , qui serait encore la cause de ses voluptés déréglées, si ces parties étaient alors en état de lui obéir.

Il est donc véritable , par tous les signes que nous venons de rapporter , que les hommes qui sont d’un tempérament chaud et sec, bilieux ou mélancolique , sont les plus lascifs. Ils ne manquent ni d’appétit naturel , ni de mouvemens de concupiscence ; ils ont en abondance de la matière et des esprits vaporeux, qui disposent incessamment leurs parties naturelles à se join dre amoureusement à une femme.

Etsi ceux qui sont d’un tempérament chaud et humide, que nous appelons sanguins, aiment plus éperdument que les autres, cependant leur semence n’est pas accompagnée d’une qualité si âpre qui les chatouille à toute heure, et qui les rend ainsi plus amoureux. Périclès était du nombre de ces dernières personnes , puisqu'il épousa une courtisane , après s'être enquis de sa vie passée. Il y a des Suisses et des Allemands qui en font de même aujourd’hui, et la plupart s’en trouvent bien.

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ARTICLE II

Quel tempérament doit avoir une femme pour être fort amoureuse.

L'amour embrase tellement le cœur d’une

jeune fille qui aime l’oisiveté , les louanges , les habits somptueux , les festins et les discours d’amourettes, qu’enfin elle succombe à ses appas , et qu’elle ne peut se défendre de ses atteintes. Elle y a même d’ailleurs une pente et une inclination naturelles; car, si on la considère par le dehors, sa taille est médiocre, son marcher chancelant et badin , et son embonpoint modéré. Elle est brune , et ses yeux étincelans sont des marques d’une flamme cachée. Sa bouche est belle et bien faite, mais un peu grande et sèche; son nez un peu camus et retroussé; sa gorge est grosse et dure; sa voix forte, et ses flancs bien ouverts. Ses cheveux sont noirs , longs et un peu rudes, et dès l’âge de onze ou douze ans , elle s’aperçut que {le poil sortait de ses parties naturelles , et qu’il y excitait déjà des émotions amoureuses. Ce fut alors que la chaleur de son tempérament bilieux avança ses règles et lui fit faire des démarches déshonnêtes pour son sexe, si bien qu’il ne faut pas s'étonner si elle continue encore prete ment son commerce indiscret.

Plus le sang et les esprits coulent ils une partie que la douleur ou la volupté irrite, plus il s’y fait de violentes fluxions. D'abord cette

jeune fille n'était qu’émue dans ses embrasse- . mens amoureux ; à cette heure que les conduits sont fort ouverts, et qu’ils portent abondamment du sang et des esprits à ses parties naturelles, dès la moindre petite émvtion amoureuse, sa passion est si violente qu’elle ne saurait la modérer. Les avis de ses parens sont vains, les règles de: la pudeur et de l’honnêteté sont inutiles, et les réflexions qu’elle y peut faire ne sont plus de saison. 1l n’y a point de lien pour la vertu ni pour la tempérance, quand la passion domine, et que notre tempérament nous force à aïmer : témoin Bonne de Savoie, femme de Galéas Sforce, que l’on ne put jamais faire revenir de son impudicité.

L'on épuiserait plutôt la mer, et l’on prendrait plutôt les astres avec les mains, que de rompre les mauvaises inclinations de cette jeune fille. Sa nature, sa beauté, sa santé et sa jeungsse sont de grands obstacles à sa pudicité, et tout cela lui a servi de bon maître peur lui apprendre à aimer tendrement. I lui semble qu’elle a de la confusion, et qu’elle fait quelque chose contre la bienséance, quand elle refuse un jeune homme bien fait qui la prie de bonne grace. Et si par hasard elle paraîc quelquefois le refuser, par quelque pudeur du sexe qui lui reste encore, c’est alors qu’elle en a le plus d’envie, et qu’elle s’abandonnerait avec le plus de passion, Elle ressent dans elle-même un appétit secret pour se lier amoureusement à un homme, et il semble que la côte dont sa première mère lui a laissé uue petite partie, veuille incessamment , par

un instinct naturel, se joindre à la personné dont elle a été séparée, et qu’elle veuille imiter Five après sa création, qui ne mangea et qui ne but qu'après avoir été caressée de son mari. Il n’y a point d’excès d'amour où cette jeune fille ne se porte, et son imagination est si échauffée par les objets, que, si elle manque quelquefois d'occasion pour sé satisfaire, elle tombe au même instant dans une fureur d'amour que l’on ne peut corriger qu'avec peine. C'est alors que ses discours sont impudiques, el ses actions lascives, et qu’elle cherche avec les yeux, quand la maladie lui en permet l’usage, quelque personne capable de la guérir.

Cette fureur amoureuse vient souvent à tel point, qu’elle la force à solliciter un homme de l’embrasser tendrement, et à se prostituer même au premier venu. Mais, si par hasard elle devient grosse, tout se calme chez elle, et ses parties amoureuses sont alors comme assouvies, ainsi qu’il arriva à cette femme, quoique vertueuse , dont Mathieu de Gradis nous rapporte l’histoire.

Au reste, toutes les femmes amoureuses ne sont pas semblables : on en voit d’agiles, d’inconstantes, de babillardes, de hardies ou d’inquiètes. D’autres paraissent mornes , solitaires, timides, ou languissantes. 1l s’en est trouvé qui n’oni pas eu de honte de publier ce que les autres cachent avec tant de soin, Suétone nous apprend que Tibère fit peindre autour de sa salle toutes les postures lascives qu’il avait tirées du livre de la courtisane Eliphaetis. On en à vu d’autres qui, craignant les suites fâcheuses de

l'amour, se diverlissaient avec des filles comme si elles eussent été des hommes : c’est ce que le poète Martial reproche aigrement à Bassa. On sa encore que Mégille méritait le même reproche, et que Sapho Lesbienne avait chez elle quantité de servantes pour un pareil divertissement, É

Si nous en voulons croire saint Jérôme, et après lui saint Thomas, une fille désire avec plus de passion qu’une femme d’être caressée d’un homme, parce, disent-ils, qu’elle n’a jamais goûté les plaisirs que cause une conjonction amoureuse, et qu’elle s’imagine qu’ils sont tout autres qu'ils ne sont. Mais l'expérience que ces deux grands hommes n’avaient point, nous fait voir tout le contraire, et nous savons qu’une femme qui sait ce que c’est que l’amour, a beaucoup plus de peine qu’une fille à se garantir de ses attraits. J'en appelle à témoin la reine Sérairamis, qui, après avoir pleuré la mort de son mari, Se prosiitua à beaucoup de personnes, et qui, pour cacher ses désordres amoureux, fit bâiir quantité de mausolées pour enterrer iout vivans ceux avec qui elle avait pris des plaisirs illicites, afin que son impudicité fût cachée aux yeux des hommes. |

On dit qu’une femme stérile est plus amoureuse qu une femme féconde : et l’on ne manque point de raison là-dessus; car, si on considère l'envie déréglée qu'a la première de se perpétuer par la génération, et la cause la plus erdinaire de la stérilité, qui est l'ardeur de ses entrailles, on avouera qu’elle doit être plus las-

cive que l’autre : témoins les femmes du Halabar, qui ne sont pas les plus fécondes du monde, à cause de la chaleur du pays, êt qui, à cause de cela, ont la permission de prendre autant de maris qu’il leur plaît, parce que les enfans, se Jon leur loi, ne sont nobles que de leur côté. C’est assurément une piperie pour le libertinage où les Orientaux sont plongés.

Mais une femme qui devient grosse, et qui devrait avoir assouvi sa passion, ne Jaisse pas encore d'aimer éperdument. J'en prends à témoin Popilia, qui, étant un jour interrogée sur la passion déréglée d’une femme grosse, par rapport aux autres animaux , répondit fort spirituellement qu’elle ne s’étonnait pas de ce que les femelles des bêtes fuyaient alors la compagnie des mâles, parce qu’en effet elles étaient des bêtes.

peut-être ne manquerions-nous pas ici de raisons pour excuser cetle ardeur dans les femmes grosses; et, Si nous avions dessein de nous servir de morale, nous pourrions dire que, si Dieu leur a donné ces désirs ardens, cena été que pour conserver ja chasteté de leurs maris , et pour se mériter la gloire d'être vertueuses en résistant fortement à l'amour.

Cette passion d'amour déréglé, en quelque état que soient les femmes, Gausè le plus souvent de si étranges désordres quand elle s’est une fois saisie de leur esprit, qw’il n’y a point de meurtre, detrahisons, ni d'empoisonnemens, qu’elles, n’entreprennent pour venir à bout de leurs desseins impudiques. Pantià empoisonna ses deux

enfans avec de l’aconit, pour faire un adultèré ; etTarpoia trahit sa patrieen donnant des moyens aux Gaulois pour prendre le Capitole, parce qu’elle aimait leur roi. Jeanne de Naples, cette infame princesse , fit étrangler André, son premier mari , aux grilles de sa fenêtre, parce que ce jeune prince infortuné n 'assouvissait pas sa passion indistrète. Mais quelle apparence qu’un homme seul pût éteindre la flamme d’une femme lascive, si cinquante ne le purent faire autrefois

à l’égard de Messaline ? La matrice d’uné femme # du nombre des choses insatiables dont parle l'Écriture; et je ne sais s’il y a quelqué chose au

monde à quoi on puisse comparer son avidité : car ni l’enfer, ni le feu, ni la terre ne sont pas si dévorans que le sont les parties naturéllés d’une femme lascive.

A-t-on vu plus de passios criminellés, plus d’effronterie que dans Vestilia, femme de Titus Labeo, laquelle déclara hautement devant lés édiles de Rome, qu’elle protestait de vivré désôtmais én femme publique ?

La passion de se joindre étroitémént à un homme est extrême dans l’esprit d’une femme ; c'est un appétit sans jugement et sans mesuré, car il s’en est vu qui sont devenus fort pauvrés pour contenter leur lasciveté. Chloé fut la dupe de Lupercus par sa prodigalité; et Sempronia, qui était si savante, aima plutôt les hommés qu’elle n’en fut aimée, et n’épargna non plus Sa bourse que sa rénommée pour nn sa passion.

J'avoue que l’amour fait des indiscrètes, mais

celles qui passent pour les plus chastes mont souvent pas moins de flammes que les autres, pour être beaucoup plus retenues. Celle-là est chaste que l’on n’a peut-être jamais priée d’amour; et, si l’on examinait dans le particulier

celles qui passent pour les plus veriueuses, on trouverait peut-être qu’elles sont aussi criminelles que les autres, et qu’il y en aurait peu de pudiques et d’honnêtes. La matrone d’Ephèse, dont Pétrone fait raconter si agréablement à Sénèque l’histoire, laquelle était en chasteté l’admiration des provinces voisines, se laissa mollement persuader par un soldat.

Pénélope, qui était l’exemple de la vertu parmi les anciens, fut si abandonnée à ses plaisirs illicites pendant l’absence d'Ulysse son mari, qu’elle fit un enfant qui prit le nom de tousceux qui avaient contribué à le faire; et Lucrèce, qui passait parmi les Romains pour la vertu même, n’est pas exempte de ce crime, pour s'être tuis le poignard dans le sein. Si ce n’est pas une impudicité d’être violée, ce ne doit pas être aussi une justice de se tuer lorsqu'on n’est pas coupable ; et, si elle s’est punie de la sorte, elle s’est persuadée que le crime qu’elle avait commis était si énorme, qu'il méritait la mort de sa propre main. |

Il faut donc avouer que les femmes sont naturellement portées à l'amour, et que leur tempérament est l’une des causes de cetie passion, mais aussi que l'éducation et la liberté qu’on leur donne aujourd’hui ne contribuent pas peu à leurs désordres; et, quoique l’on dise, je ne

is

trouve point injuste ce que l’on ordonnait et ce que l’on pratiquait même autrefois à Paris, lorsque l’impudicité d’une femme était avérée : on faisait monter le mari sur un âne, duquel il tenait la queue à la main; sa femme menait l’âne, et un héraut criait par les rues : L’on en fera de même à celui qui le fera. Une presque semblable coutume était établie en Catalogne. Le mari payait l’amende quand la femme était convaincue d’adulière, comme si par-là on eût dû plutôt imputer la faute au mari qu’à la femme.

ARTICLE III

Quel est le plus amoureux de l’homme ou de La Jemme.

On confond ordinairement l’amour avec le plaisir , et la chaleur avec la lasciveté; mais, à dire le vrai, le plaisir n’est qu’un effet de l’amour, et la lasciveté ne se trouve pas toujours avec la plus grande chaleur. Nous avons dessein d'examiner ici lequel des deux sexes est le plus amoureux et le plus lascif, nous réservant de traiter ailleurs cette question : qui prend le plus de plaisir de l’homme ou de la femme lorsaw’ils se caressent amoureusement ?

Ceux qui veulent que les hommes soient plus lascifs que les femmes, disent que l’homme a plus de chaleur ; qu’il a le pouls plus ferme, la respiration plus forte, les entrailles et la peau plus chaudes et plus sèches; qu’il a plus de poil, qu'il vit plus long-temps, qu'il est plus agis-

sant; enfin, qu’il attaque les femmes avec plus de vigueur.

ilest vrai que l’homme ést beaucoup plus chaud que la femme, et qu’il a les autres quajités qu'on lui attribue; mais pour cela il n’est pas plus lascif. L'amour ne trouble le plus souvent quelles faibles esprits ; mais l’homme ayant l'esprit plus fort que la femme, il n’est pæ& sujet à des transports ni à des emportemens si extraordinaires: il sémble que sa passion soit en quelque façon réglée par le jugement, âu lieu que celle de la femme est sans ordre et sans mesure : car, s’il est question de parler de l’amour et d’en exécuter lës ordres, nous né sommes que des enfans au prix des femmes, qui en savent plus que nous, et qui nôus feraient long-temps la leçon sur ces sortes de matières.

D'ailleurs, les femmes ont l'imagination plus vive que nous; et parce qu’elles sont ordinairément dans l’oisiveté, au lieu qué les hommes sont dans l'embarras des affaires, elles ont plus de plaisir à se représenter les objets qui leur peuvent donner de lamour. Le désir qu’elles ont de se remplir et d'empêcher par Ià le vide que la nature abhorre tant, est en vérité insatiable; au lieu que notre passion est modérée, et qu’elle ne nous invite que pour nous décharger; aussi leur imagination est émue par deux sertes d'objets ; l’un est de s’humécter en se remplissant , et l’autre de se défaire en même temps dé la matière qu’elles engendrent én plus grande abondarce que nous.

Personne ne nie qu’élles né soient plus hu-

mides que nous ; leur embonpoint, leur beauté et leur règles en sont des marques évidentes. C’est leur tempérament qui leur fournit plus de semence qu'à nous, et qui les expose souvent aux vapeurs et à la fureur; car, si leur semence se corrompt, ces maladies en sont cause , ainsi qu’il arriva il n’y a pas long-temps aux vierges ie Loudun, selon la pensée de Sennert et de Duncan.

Les hommes ne sont pas sujets aux désordres que causent les vapeurs d’une semence corrompue, quoiqu’en veuillent dire quelques-uns; ils ont peu de semence en comparaison des femmes, et ils ne sont jamais incommodés de sa rétention : la nature a trouvé des moyens pour les en décharger en dormant , lorsque souvent elle leur fait naître des idées agréables qui la leur font épancher.

Ce n'est pas une preuve de lasciveté que de demeurer fort peu de temps dans des caresses amoureuses; mais c’est plulôt parce que la matière n’est pas fort éloignée du lieu d’où elle sort. Les femmes y demeureraient un jour entier, comme fit autrefois Messaline, et il ne leur tarderait pas de s’en éloigner, comme à nous, après y avoir pris les plaisirs que nous en espérions.

Si les animaux qui ont le plus de semence sont les plus lascifs, nous ne pouvons par douter que la femme ne soit plus amoureuse que nous, puisque l’enfant qu’elle a conçu ne se nourrit d'abord que de cette matière, ainsi que nous le prouverons ailleurs, Nous observerons encore parmi les animaux, que les plus lascifs

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sont les plus petits, et ceux qui vivent le moins : si cela est ainsi, comme personne n’en doute, la femme est plus lascive que homme, puisqu’en général elle est plus petite, et vit beaucoup moins que lui. |

La matrice et les testicules sont des paries situées dans le corps des femmes, sans être exposées comme les nôtres aux injures d'un air froid qui éteint notre flamme; aussi remarquons-nous que les animaux qui ont leurs parties génitales cachées, sont plus lascifs que les autres. C’est pour placer la matrice que la nature a fait les femmes avec des flancs ouverts et les hanches élevées, qu’elle leur a donné de grosses fesses et des cuisses charnues ; au lieu que les hommes ont les parties d’en haut plus larges et plus grosses que celles d’en bas, la chaleur ayant dilaté les unes et fortifié les autres.

Après tout, s’il m'était permis de joindre l’ex périence aux raisons, je dirais que nous n’avons que trop d'exemples dans les écrits des païens, et même dans l’Écriture-Sainte ; qu’il nest pas besoin de rapporter ici. Nectimène et Valéria recherchèrent toutes deux les caresses de leur propre père; Agrippine se prostitua à son fils; Julie reçut des plaisirs amoureux de l’empereur Caracalla son gendre, qui l'épousa ensuite ;: Sémiramis s’abandonna à une infinité d'hommes. Une fille de Toscane, du temps du pape Pie V, se fit couvrir d’un chien, et la plupart des filles égyptiennes s’accouplent encore aujourd’hui avec des boucsi et je doule

“fort que le saiyre que l’on amena à Sylla, lorsqu'il passait par la Macédoine, ne fût plutôt une marque de lasciveté d’une femme que d’un homme.

Je ne parle point ici des deux Faustines, ni des deux Jeannes de Naples : l’on sait qu'elles ont été impudiques et lascives dès leur bas âge, et qu’elles n’ont ensuîte rien épargné, pour st bien divertir avec les hommes; et jamais le conciles d’Elibéri et et de Néocésarée n’eusseni fait des ordonnances contre les femmes, si elles u’eussent été lascives. Le premier commande aux gens d'église mariés de répudier leurs femmes quand elles sont dans le déréglement , autrement il les prive de la communion à l’article de la mort; le second , dé donner les ordres à celui dont la femme est adultère, à moins qu'il ne la répudie. Toutes les femmes étaient d’un autre tempérament que Bérénice, qui, au rapport de Josèphe, se sépara de son aari pour en être trop caressée. En effet, une personne amoureuse l’est en toute sorte d’état; elle a beau être fille ou femme, mariée ou veuve, vide ou pleine, stérile ou féconde, tout cela n’empêche pas qu’elle ne soit. plus lascive qu’un homme. -

Enfin, on peul ajouter à tout cela l’autorité des théologiens et des jurisconsultes. Les premiers avouent ingénument que la passion de l'amour est plus excusable dans les femmes que dans les hommes, parce, ajoutent-ils, qu’elles en sont plus susceptibles; et les seconds, par la même raison, punissent de mort un homme adultère , et ne souffrent pas qu’une femme soit privée de

la vie pour être tombée dans un semblable désordre; ils se contentent seulement de !a faire fouetter, de la tondre et de la jeter dans un couvent. Il faut donc conclure après tout cela que les femmes sont beaucoup plus lascives et plusamoureuses que les homines. Et si la crainte et l’hon- ‘ neur ne les retenaïent bien souvent dans la violence naturelle de leur passion, il y en aurait très-peu qui n’y succombassent : ou, pour nous arrêter, ou pour nous engager elles feraient pour nous ce que nous avons accoutumé de faire pour elles. Pour moi, j’admire tous les jours la force de ces filles belles et jeunes qui résistent courageusement : leurs combats m'’étonnent, mais leurs victoires me ravissent. Partout l'amour leur tend des pièges et leur livre des combats ; partout elles se défendent fortement, et sont beaucoup plus heureuses en amour qu’Alexandre et que César en victoires. Elles font souvent des conquêtes avant que d’avoir combattu. Mais enfin il faut un jour se rendre à cette passion naturelle; tant il est vrai de dire en paraphrasant les deux vers d’Alciat :

Qu’aisément l'amoureux poison S’introduit dans le cœur d’une jeune pucelle, Et qu’une mère avec raison Fait pour l'en garantir une garde fidèle!

D'un ennemi qui plait l’abord est dangereux : Un sage surveillant a peu de deux bons yeux.

Pour ètre toujours en défense, Argus en avait cent, et il déconvrait tont;.

Cependant, de sa vigilance Cupidon sut venir à bout.

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