‹ Tableau de l'amour conjugalChapitre 12 sur 68 · RE · texte numérisé non relu

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le corps, et le hasard pour la nature : si bien que l’on ne peut revenir de ce que l’on s’est une fois imaginé, qu'il n’y à point de temps précis pour l'accouchement des femmes. | ;

Au reste, puisque l’expérience nous montre que la plupart des enfans naissent depuis les dix derniers jours du neuvième mois jusqu'aux dix premiers du dixième, c’est-à-dire, dans l’espace de vingt jours, et qu’ils vivent presque tous ; que ceux qui naissent à sept ou huit mois sont toujours imparfaits ou valétudinaires, et que de vingtil n’en vit pas trois, n’ävouera-t-on pas que ces derniers naissent dans un temps que la nature n’a pas ordonné, et qu’ils sortent plutôt , par quelque maladie, des entrailles de leurs mères, que par les ordres secrets de cette admirable modératrice de l’univers ?

Geux qui ont fait de sérieuses réflexions sur le mouvement de la nature dans les accouchemens des femmes, el qui se sont long-temps appliqués à chserver toutes les petites circonstances de la grossesse et des couches, découvrent aisément la difliculté de cette question. Ils ont remarqué, comme j'ai fait dans les hôpitaux et partout ailleurs, que la naiure conserve un temps fixe et déterminé pour les accouche: . mens qui se font selon ses ordres, et. que les enfans les plus accomplis et les plus tempérés naissent toujours dans les dix premiers jours du dixième mois, et le plus souvent à la même heure du jour qu’ils ont été faits : les autres paissent, comme je l’ai déjà dit, depuis le vingtième jour du neuvième mois, jusqu’au dixième

jour du dîxième mois, c’est-à-dire , depuis le deux cent cinquante-cinquième jour de leur conception , jusqu’au deux cent soixante-quinzième : bien qu’il y.en ait d’autres qui naissent quelquefois plus tôt ou plus tard, quand il y a quelque cause étrangère qui en avance ou en retarde la naissance. 3

Je pourrais prouver cette vérité par beaticoup: d'histoires que m’ont fournies mes amis sur ce sujet , si je n’en n'avais des domestiques. Six enfans que ma femme a faits, ont demeuré dans les flancs de leur mère depuis le deux cent cinquante-sixièmejour, jusqu’au deux centsoixantedixième; c’est-à-dire, qu’ils sont tous nés sur la fin du neuvième mois, ou au commencernent | du dixième, si nous comptons les acouchemens par les mois de lune, comme le prétendent la plupart de nos médecins.

Mais la preuve incontestable de cette question ne peut être prise d’ailleurs que de la naissance de Jésus-Christ, qui a été le plus parfait de tous les hommes. Saint Augustin nous apprend qu'il demeura dans le sein de la bienheureuse Marie peñdant deux cent soixante-treize jours, qui. est le temps que l’Église a observé depuis pour en célébrer la mémoire; c’est-à-dire, qu’il naquit dans le commencement du dixième mois.

Il est vrai qu’il y a quelques enfans qui naïssent vers le dixième jour du septième mois, ou le dixième du onzième mois ; mais les uns'et les autres ne vivent pas long-temps : car, étant nés contre les ordres de la nature, ainsi qué nous l'avons dit, ils sont sujets à mille incommodités.

É 455 Si les enfans naîssent dans un espace de temps si vaste, il n’en faut accuser que la différence et mauvaise façon de vivre des femmes, le pays où elles deraeurent, la saison dans laquelle elles accouchent, Panel dont elles jouissent, la variété de leur tempérament, les plaisirs déréglés qu'elles prennent avec les hommes pendant leur grossesse, les passions et les maladies dont elles sont ataquées. Tout cela avance ou retarde leurs couches, et force la aature à suspendre ou à rompre le cours ordinaire de ses opérations : ce qui n'arrive presque jamais aux autres animaux, qui vivent selon les iois de la nature.

On doit donc conclure de tout ce discours que les bons accouchemens qui se font selon les ordres de la nature, arrivent le plus souvent dans l’espace de dix jours, et quelquefois de vingt; mais cela n’empêche pas que les enfans ne vivent quelquefois, et qu’en France ils ne soient estimés légitimes lorsqu'ils naissent depuis les dix premiers jours du septième mois; c'est-à-dire, depuis le cent quatre-vingi-septième jour de leur conception, jusqu'aux dix premiers jours du onzième mois, c’est-à-dire, jusqu’au trois cent cinquième jour, tellement que devant ou après ce temps-là ,-j’oserais dire qu'on doit les estimer ou bâtards ou supposés. Et si la fille de Jean Pellors, marchand de Lyon, était néequelques jours après le trois cent quatrième jour de sa conception, jamais le parlement de Paris n’aurait donné un arrêt en sa faveur, par laquelle il la déclarait capable d’être

héritière de son père. En effet, par un autre arrêt, cette illustre compagnie déclara illégitime un autre enfant qui était né le douzième jour du onzième mois après la mort de son père.

ARTICLE V

Du devoir des mariés.

Après les travaux de l’enfantement, la femme” ne se souvient plus des douleurs qu’elle y a souffertes , et ses vidanges ne sont pas plutôt écoulées, qu’elle attaque derechef son mari, et qu'elle lui livre amoureusenent la bataille. Je ne doute poiat qu’elle n’y soit victorieuse comme auparavant, et qu’elle ne mérite d’être couronnée de myrte, comme l’étaient autrefois celles qui faisaient des conquêtes en amour : et je ne doute point aussi qu’elle ne mérite cet honneur, elle qui attaque avec tant de courage, qui triomphe avec tant de gloire, et qui partage si avantageusement avec son antagoniste les fruits de sa victoire.

Elle revient incessamment à la charge, et ne dit jamais c’est assez. Ses parties naturelles deviennent de jour en jour plus ardentes et plus amoureuses, plus inquiètes, plus inconstantes, et plus susceptibles de lasciveté. En effet, elles sont un animal dans un autre animal, qui fait souvent tant de désordre dans le corps des femmes, qu'elles sont obligées de chercher le moyen de l’assouvir et de l’apaiser pour l’empôcher de leur nuire,

Le mari rend äonc exactement À sa femme ce qu’il lui doit, et la femme ce qu’elle doit à son mari. Si ce devoir manque du côté du mari, la femme devient de mauvaise humeur ; elle lui fait adroitement connaître le chagrin qu’elle conçoit de n'être pas aimée : si bien que l’on peut dire que les caresses conjugales sont les nœuds de l’amour dans le mariage, et qu’elles en sont véritablement l’essence.

Mais il y a des occasions où un homme ne commet point de crime contre les lois de l’écriture, ni de la société, lorsqu'il refuse ce plaisir à sa femme.

Si s’incommoder pour plaire à quelqu’un est une faute contre sa santé, selon le sentiment des médecins, au moins si l’incommodité est tant soit peu considérable, peut-on fournir tous les jours aux voluptés déréglées d’une femme, lorsque la vue se diminue, que le sommeil se perd, que l’estomac et la tête se ruinent, que les jambes s’affaiblissent ? Un homme n’est guère en état de faire son devoir à l’égard des affaires domestiques et étrangères, après s’être épuisé dans l’excès des voluptés conjugales. Les moindres incommodités qui viennent de l’excès de ces plaisirs, le dissipent absolument de ce qu’il doit en cela à sa femme. En user autrement, c’est pécher contre soi-même, s’attirer de grandes maladies et une vieillesse prématurée,

Ceux-là sont bien plutôt dispensés de ce de- ‘voir, qui sont tombés une seule fois dans les maladies qui attaquent les parties nécessaires à la vie; et quand même il n’y aurait que de lé-

gères indispositions , cela devrait les empêcher de caresser leurs femmes. Les maladies du cer- veau , de la poitrine et des extrémités du corps, qui sont périodiques, doivent encore les exempter de ce devoir, à moins qu'ils ne veuillent que le plaisir ne soit cause de leur misère, L'homme a bien plus d'occasions que la femme de s’excuser sur le devoir du mariage.

C’est lui qui, dans les caresses conjugales , agit resque tout seul , et qui semble, par ses mou- Ét précipités, se hâter de voir la fin de ses plaisirs pour les renouveler une autre fois; comme si la nature étant chargée d’un homme, voulait, par l’excès des voluptés, nous ôter la ensée de ce que nous y faisons de principal, our S’en réserver toute la gloire à elle-même. Il n’en est pas de même de la femme qui ne fait que souffrir les caresses d’un homme dans une posture aisée : il ne se trouve guère d’ebstackes de son côté qui la puisse dispenser de ce qu'elle doit à son mari. La maladie n’est pas üne cause aseez légitime pour cela. Elle en souffre même quelques-unes qui ne se guérissent que par l’amour, et les remèdes des médecins sont souvent trop faibles pour les dempter. Priape, Is du vin et de l’oisiveté, a bien plus de pouvoir et de force que nos drogues : son autorité est plus souveraine, et son remède est beaucous plus efficace que l’amorce, le carabé, les tes: ticules de castor, et tous les autres remèdes que l’antiquité a inventés pour ces sortes de maladies.

Nous remarquons tous les ans dans les bêtes,

que la nature fait dans leurs corps une fermentation et une agitation d’humeurs, et qu’elle envoie à leurs parties naturelles du sang, des esprits et de la matière qui les y chatouillent. Cette matière dans les bêtes est, par rapport aux femmes, ce que nous appelons les règles : si bien qu'il ne faut pas s'étonner si les bêtes cherchent alors plus 1ôt qu’en un autre temps le mâle, que la nature leur a montré être le souverain remède à leurs tourmens. C’est la raison pour laquelle la-plupart des femmes sont plus amoureuses lorsque leurs règles commencent à couler; car le sang et les esprits se portant alors : précipitamment à leurs parties naturelles qui en sont échauffées, elles chercheraient en ce tempslà de quoi se satisfaire, si la loi du vieux Testament ne punissait de mort les hommes qui les touchent en ce temps-là. On doit pourtant en quelque façon pardonner à l’excès de l’amour du beau sexe: il y à alors plus de feu et d’empressement pour aimer qu’en tout autre temps, pourvu toutefois qu'il se porte bien; mais un homme n’est pas innocent quand il commet cette indécence,

J'avoue que l’un et l'autre ne sont point ordinairement incommodés quand ils se caressent pendant les règles; il n’y a que la femme qui perd un peu plus de sang qu’elle ne ferait, mais Phomme n'en ressent aucun dommage. Tous les désordres de ces conjonctions impures ne tombent que sur l'enfant qui en est engendré; car souvent il meurt avant que de vieillir, ou passe sa vie dans une langueur continuelle,

Il en est à peu près de même des vidanges de l’accouchement. Ce que la mère et 'enfant ont refusé comme inutile pendant la grossesse, cela même se purge peu à peu quinze ou vingt jours après les couches. Si un homme caresse sa femme avant ce temps-là, il la met en danger de perdre la vie, ou de passer malheureusement sa grossesse, si elle devient grosse peu de temps après être accouchée, car les ordures qui doivent couler par ces lieux, demeurant dans son corps, infectent et la mère et l'enfant à venir. C'était sans doute sur cela qu’était fondée la loi de l’ancien Testament , qui ne permettait à aucun homme de toucher une femme, de trente jours après avoir fait un garçon , et soixante après avoir fait une fille.

il y à beaucoup de difficulté à savoir si une femme grosse peut manquer à ce qu’elle doit à son mari. Les sentimens sont partagés là-dessus. Quelques-uns veulent que l’on puisse baiser aussi vigoureusement une femme lorsqu’elle est grosse que lorsqu'elle est vide. J'en prends à témoin Julie, fille de l’empereur Auguste, qui, étant grosse, voulut persuader aux gens que l'on ne faisait point de tort à son mari de faire passer d’autres hommes dans sa barque, lorsqu'elle était chargée de marchandise humaine, pour me servir de la pensée de cette femme. Les autres ont tant de scrupule dans cette occasion , qu’ils s’imaginent que l’on commettrait un grand crime si l’on caressait une femme grosse, et que l’on contribuerait à la perte de son enfant,

Pour décider cette question, on n’a qu’à ob-

server C6 qui se passe dans la natute parmi les bêtes, et on y verra que les cerfs et les taureaux, les béliers et quelques autres animaux, ne touchent plus leurs femelles quand elles sont une fois pleines. Les accidens fâcheux que nous avons remarqués ci-dessus pouvoir arriver à une femme grosse qui reçoit les caresses deson mari, sont des causes légitimes pour empêcher un homme de caresser sa femme. De fausses couches peuvent arriver par un flux de sang que les agitationus amoureuses excitent : une supérfétation peut survenir; un faux germe ou un fardeau peut suffoquer l'enfant, comme un Riolan nous témoigne l’avoir vu; en un mot, ces accidens peuvent ôter la vie à la mère et à l’enfant. Au contraire, les accouchemens seront plus libres, si l’on ne touche point une . femme pendant sa grossesse, et les enfans, selon la pensée d’Hippocrate, ne naîtront pas avant le terme.

Ce furent sans doute ces raisons qui empéchèrent le sage empereur de Constantinople, Isaac Comnène , de toucher sa femme après qu'elle eut conçu; et, quoique ses médecins le lui conseillassent pour la conservation de sa santé, il n’en voulut pourtant rien faire, préférant ainsi la santé de deux personnes à la sienne propre. C'était même une loi parmi quelques peuples païens, si nous en croyons saint Clément, de ne connaître jamais une femme grosse.

J'en dis autant des nourrices, qui ne peuvent rendre sans danger ce qu’elles doivent à kurs maris; car quelle apparence qu'un lait

soît bon, si la mère-a des dégoûts et des vo missemens continuels; si elle est épuisée par les plaisirs de l’amour, qui échauffe et qui corrompt le lait par la chaleur excessive de ces mêmes plaisirs; et si elle a les autres incommodités qui arrivent ordinairement aux femmes grosses , et qui infectent le lait d’une mauvaise odeur, quand elles sont caressées ? Cependant , siune nourrice devient grosse d’un même homme; si elle n’est guère malade au commencement de sa grossesse, et que d’ailleurs elle soit vigoureuse el sanguine, je ne vois pas de raison qui puisse l’empêcher de rendre ce qu’elle doit à son mari, et même d’allaiter son enfant pendant les deux ou trois premiers mois de sa gros-

gesses car l’enfant qu’elle porte dans ses entrailles , étant alors fort petit, n’a pas besoin

d’abord de beaucoup d’alimens.1l y a même des

femmes qui se porteraient beaucoup mieux, si

elles allaitaient alors, que si elles conservaient

toutes leurs humeurs pour l’enfant qu’elles ont

conçu. Ges humeurs qu’elles ont en abondance

peuvent suffoquer le petit enfant qu’elles portent

dans leur sein, si elles ne sont épanchées pour

d’autres usages. C’est pourquoi nous sommes

quelquefois obligès de faire saigner ces per-

Sonnes-là pour les décharger de l’abondance de

leur sang, et les faire ensuite accoucher plus

heureusement.

ARTICLE VI

Du temps où les hommes et les femmes cessent d'engendrer.

Le monde est plein. de productions. 1l s’en fait partout, jusque dans les entrailles de la terre. C’est le seul moyen qui fait subsister toute la liaison de ce grand univers. Les hommes, qui en sont l’ornement, ne manquent point , de leur côté, à faire de continuelles générations. Depuis l’âge de discrétion jusqu’à la vieillesse, ils s’eraploient incessamment à cet amoureux commerce, comme s'ils avaient en vue d’éterniser la nature humaine, plutôt que de conserver leur vie et leur santé : car il est certain que les plus lascifs et les plus voluptueux sont ceux qui vivent le moins. Les passereaux, qui aiment si éperdument leurs femelles, ne vivent que trois ou quatre ans; la chaleur naturelle qui s’épuise par l’amour leur manquant avec le temps, les fait aussi finir plus tôt. C’est pour cela que les peintres, voulant marquer une voluptueuse, ont fait tirer par des passereaux le char où Sapho était représentée comme en triomphe.

Nous avons ci-dessus observé le temps où les hommes et les femmes commençaient à engendrer ; il faut présentement examiner celui où ils finissent.

Quoique les médecins prolongent le temps dé xa première vieillesse jusqu’à soifxante-cinq ans, et qu’ils croient qu’un hamme puisse engendrer

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ordinairement jusqu’à cet âge-là, cependant les jurisconsultes se restreignent à l’âge de soixante ans, après quoi ils prétendent qu’un hommé soit impuissant : c’est pourquoi ils en ont fait une loi expresse. En effet, c’est alors que l’amour nous abandonne : et, bien que dans le fond du cœur nousle conservions toujours jusqu’à la mort, il ne se fait pourtant que fort rarement connaître dans nos parties naturelles après cet âge. La vieillesse nous glace, et nous n’avons presque plus de chaleur et d’esprits que pour nous conserver, bien loin d'en avoir pour en donner à un autre. |

Il ne nous faut avoir que la pensée des plaisirs passés du mariage, quand nous sommes vieux, pour exciter le mouvement de notre cœur, et pour multiplier notre cnaleur naturelle et nosesprits. Il n’y a ni feux ni coussins, ni peaux d'animaux qui nous échauffent comme les pensées et les réflexions que nous faisons sur lesamours de notre jeunesse. Le corps d’une fille de quinze ans est encore plus efficace, quand nous l’appliquons au nôtre; il‘ nous communique sa chaleur, qui est de la même espèce que celle que nous avons : l’expérience de David nous.fait bien voir qu’il n’y a point au monde de meilleur remède que celui-là; mais les pauvrés filles ne durent pas long-temps. Elles donnent aux vieillards ce qu’elles ont de doux et d’agréable, et prennent pour elles ce qu’ils ont d’âpre et de fâcheux.

Ces reproches innocentes dans un âge si avancé ne doivent pas pourtant obliger un vieillard

à caresser amoureusement une fille; et je ne sais si le bon roi David ne passa pas les bornes de la bienséance, quand il tenait dans ses bras la belle Abisag , puisque l'historien nous apprend qu’il mourut bientôt après.

La nature a ses mouvemens réglés et ses productions déterminées , ainsi que nous l'avons prouvé ci-dessus ; et, s’il se trouve quelques exemples d'hommes vieux qui aient fait des enfans à l’âge de soixante, soixante-dix, quatrevingts, ou même de centans, ils ne nous doivent pas servir de règle pour établir la fin de la génération dans les hommes.

C’est un prodige, ce que l’on nous rapporte que M. le duc de Saint-Simon a fait un enfant à l’âge de soixante-douze ans, que le roi et la reine ont tenu sur les fonds de baptême. On m'écritde Paris, dans le temps que je retouche ce livre, que ce prétendu garçon, ayant douze ou treize ans, avait eu des effusions oui font distinguer les hommes des femmes, et que la matrone, après l’accouchement de la mère, s'était lourdement trompée en ne distinguant pas bien le sexe.

C'est un autre prodige, ce que nous dit Valère Maxime, que Massinissa , roi de Numidie, engendra Métynate après qutare-vi ngt-six ans. C’en est un autre, ceque nous apprend Eneas Sifvius, d’Uladislas , roi de Pologne, qui fit deux garçons à l’âge de quatre-vingt-dix ans. C’en est encore un autre beaucoup plus grand, ce que nous raconte Félix Platerus, de son grand-père qui engendra à l’âge de cent ans. Et enfin ce que nous dit Massa est encore quelque chose de plus in-

sa conception. ”

Il n’en est pas de même à l'égard des femmes. Elles ont un temps plus limité ét pius COUrt que. les hommes. Si une fois les règles les abandonnent lorsqu’ elles sont un peu âgées, elles cessent en même temps d’engendrer. C'est pour cela que la loi a déterminé aussi judicieusement un temps à l'égard des femmes qu'à l’égard des hommes. Elle estime prodigieux les. accouchemens qui se font après l’âge de cinquante ans, et n'admet point les enfans pour légitimes qui naissent après ce temps-là, parce que, selon ie sentiment des médecins, les règles cessant aux femmes environ âgées de quarante-cinq ou cinquante ans, ilest impossible qu'il se puisse naturellement engendrer un enfant , si la femme manque des choses nécessaires à le former et à le nourrir.

Cependant, si, après cet âge-là , il se trouve encore quelques femmes vigoureuses qui puissent avoir leurs règles , je ne doute point que l’on ne fit une grand injustice à un‘enfant qui en naîtrait, si on le privait du bien de ses parens. Ce fut sans doute la seule raison qui obligea l’empereur Henri de faire accoucher sa femme, à l’âge de cinquante ans, à la vue detoutle monde, pour ôter le soupçon que l’on aurait pu avoir de son accouchement.

Ainsi, bien que la loi soit établie pour les termes des productions des hommes qui arri-

vent le plus souvent, it peut cependant naître des occasions où elle ne doit pas avcir lieu, pourvu que les hommes aient de la vigteur, el que les règles ne manquent point aux femmes ; car on ne saurait faire une Joi si juste, qu elle ne püt causer quelquefois du dommage à quelques particuliers; et parce qu elle est ginérale , il se trouve des occasions où elle ne favorise pas tout le monde.

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