‹ Tableau de l'amour conjugalChapitre 40 sur 68 · Après tout, on doit être persuadé que l’en · texte numérisé non relu

Après tout, on doit être persuadé que l’en

-fant, pendant tout le temps qu’il demeure dans

- le ventre de sa mère, se nourrit des humeurs qui se trouvent renfermées dans ses membranes : car qui lui aurait appris, dès qu’il est né, de prendre et de sucer la mamelle de sa mère, si auparavant il n’en avait appris l’usage et le métier, lorsqu'il était dans ses entrailles ?

: On doit donc conclure de tout ce que nous venons dedire, que les humeurs contenues dans les deux membranes qui enveloppent le fœtus, ne sont pas de purs excrémens , mais la matière pour le former , ou pour le nourrir.

Si nous avions des observations de tous les mois, nous aurions sans doute plus de lumières que nous n’en avons pour connaître de quelle façon la nature agit lorsqu'elle nous forme ; et siles médecins voulaient se donner un peu plus de peine qu’ils ne font ordinairement, je me persuade que, dans peu de temps, nous ferions defdécouvertes qui nous apprendraient des choses admirables touchant la formation de l’homme.

Il y a environ six ans que je fis ouvrir une femme qui était morie grosse de quatre mois ; et après avoir coupé les deux membranes qui couvraient lenfant , j’aperçus que tous ses pe-

tits membres étaient -distingués : que la Lête. était plus grosse à proportion que lout le reste. du corps : que son cerveau était comme du lait caillé, avec quelques fibres rouges qui le tra- : versaient ; que ses yeux manquaient de paupières; son nez, de chair ; sa bouche, de lèvres; son visage, de joues; que sa poitrine était divisée en trois cavités presque égales. La fagoue était placée dans la plus haute. Cette partie était beaucoup plus grosse que dans les hommes parfaits , et était pleine d’une liqueur blanche comme du lait, Le poûmon , le foie, la rate, et les reins qui étaient tous d’un rouge mourant, occupaient la capacité inférieure, et le cœur renfermé dans son péricarde. était dans celle du milieu. Cette dernière partie semblait être double par la tumeur de son ventricule droit et de ses deux petites oreilles. L’eslomas était rempli d’une humeur un peu épaisse, semblable en quelque façon à celle que renfermait l’amnios. Les petits boyaux contenaient une matière chyleuse, et les gros en renfermaient une autre un peu noire, qui était de la consistance d’un opiat liquide. Lé boyau cœcum n’était qu’un, appendice, non plus que dans les hommes; il ne formait pas un second intesiin, comme on l’aperçoit dans les pourceaux. Il y avait un peu d'urine dans la vessie, et un peu de bile dans la vésicule du fiel. La coiffe semblait être une petite nuée qui flottait sur les boyaux dans'le . haut ventre. Les reins étaient divisés en plusieurs petites boules , comme le sont ceux des

veaux, et par-dessus ou observait dans la graisse d’autres parties rougeâtres et comme glanduleuses, que l'artère adipeuse arrosait, qui était aussi gisse que lémulgenie. Les “testicules étaient dans Île ventre, car c'était un garçon, au . même lieu que ceux des ferames , un peu audessus des reins, Les pieds et les mains commençaient à se garnir d'ongles , et les muscles paraissaient rouges par le sang dont ils s’élaient apparemment déjà nourris.- Le chorion était comme collé à quelque sang. caillé qui sortait -du fond de la matrice, de la même manière que nous voyons un potiron attaché à un arbre ou à la racine d’un chardon qui l’engendre. Je remarquai encore que les vaisseaux ombilicaux venaient du bas, ét s’allongeaient en haut, après avoir percé les deux membranes de l’enfant, pour se joindre au milieu de ia partie charnue de l’arrière-faix , ce qui eût été fait apparemment dans huit ou dix j jours, si la mère ne fût morte avant l'enfant. Je trouvai aussi beaucoup de matière blanche et mucilagineuse entre les membranes de l’enfant et de la matrice ; et après avoir coupé moi-même un des vaisseaux éjar.

-Culatoires de cette femme, qui était gros comme le doigt, il me parut rempli d’une matière blanche, qui ressemblait à la-semence d’une femme, La matrice, dans son fond, était épaisse d’un pouce, et spongieuse comme une éponge. J'y aperçus des varices en assez grand nombre, et quelques veines remplies d’un suc blanc, qui était visqueux en plusiears enaroitss

Ce qui sert à l’enfant pour son ornement et . pour sa défense est formé dans cinq ou six mois. Les cheveux percent alors la peau, et l’on voit venir les ongles aux mains et aux pieds. Les paupières commencent à couvrir les yeux, le.

nez à se garnir de peau, les muscles buccinateurs qui font les joues , à rougir, el les lèvres sont les dernières parties à se former : on aperçcoit encore alors les oreilles imparfaites, el l’on commence à voir la poitrine qui se distingue des parties basses par le diaphragme qui se forme. F<

Pendant que toutes ces parties s’avancent de la sorte, celles que nous appelons principales et nécessaires à la vie, se perfectionnent el s’accomplissent aussi. Le chorion est attaché, plus qu'auparavant, à la partie charnue de l’arrière-faix, qui est de la hauteur d’un travers de doigt, et qui reçoit déjà l’insertion des vaisseaux ombilicaux. Ces vaisseaux commencent à y puiser la matière qui contribue à nourrir l’enfant , qui est déjà assez grand pour avoir besoin de plus de nourriture qu'auparavant.

En effet, Riolan me confirme dans mon opinion par une histoire qu’il rapporte d’une femme grosse de cinq mois, dont il fit la dissection en l’année 4619. Ses testicules étaient plats, blanchâtres , ‘et comme attachés au milieu du dehors, de la matrice. Les cornes de cette partie étaient, grosses comme le doigt; mais la droite l’était plus que l’autre, et toutes deux étaïent remplies d’une humeur blanche. Son col était dur et

calleux, et cependant humecté d’une matière gluante. La partie charnue de l’arrière-faix était épaisse d’un travers de doigt, joint au fond de la matrice par de petites fibres. IR

Cette histoire nous fait connaître que cet enfant était sorti de la corne droite de la matrice, puisqu'elle était beaucoup plus élargie que l’autre; que les vaisseaux éjaculatoires ne seraient pas si gros , el ne contiendraient pas une si grande quantité de matière blanche, si cette matière n'avait ses usages particuliers; savoir de nourrir l'enfant dans ses premiers mois, et d’y contribuer encore dans ses derniers. Enfin que l’enfant ayant communication avec la partie charnue de l’arrière-faix , il fait conjecturer qu’il se nourrit de différens alimens. |

La chair de l’arrière-faix est un sang figé par la semence de la femme, quia été rendue féconde par les esprits de la semence de l’homme. Cette chair n’est pas semblable à celle des viscères ; elle se déchire aisément avec les ongles , sa mollesse et sa substance Spongieuse en étant une des principales causes. C’est ce qui la rend si prompte à s’abreuver du sang qui distille incessamment en forme de rosée par les petites artères de la matrice. Sa figure est convexe du côté qu’elle touche cette partie-là. Elle a des fentes, des sinus, ou des inégalités qui l’empéchent d’être suffoquée par les humeurs qui pourraient lui être communiquées en abondance du côté de la matrice. Toute sa substance

est pleine de vaisseaux , qui sont plutôt des ar= LA | 41

tèrés qué dés veines, afin d’atténuër êt d’inciser le sang qui à sérvi une fois de nourriture à l’enfant , et de rectifier celui qui vient de nouveau du côté de la mère. Ces vaisseaux sont des productions de ceux de l’enfant, que son intelligence a poussés jusque dans l’artière-faix , pour y chercher de quoi nourrit la petite créature qu’elle a formée. |

Si la matrice ouvre de son côté hüit ou dix petites artères pour distribuer du Sang goutte à goutte à la chair de l’arrièré-faix, cette chair ‘en a poussé plus de quarante dans le fond de la matrice; et ainsi les femmes qui accouchent, ne courent pas ordinairement tant de risque de perdre la vie qu’on se le persuade, par l’épanchement du sang de leurs vidanges, puisqu'il y a de leur côté si jieu de vaisseaux ouverts.

L'enfant est situé d’une certaine façon dans. les entrailles de sa mère, que ses vaisseaux om-. bilicaux montent en haut pour chercher de, quoi vivre, comme fait le germe d’une semence, qui cherche l’air, Ils sont fortifiés d’une mem-. brane épaisse et gluante, qui est une produc-, tion de la peau du ventre de l’enfantet des autres membranes communes. Après qu'elles se sont allongées de k longueur d'environ cinq.

pieds, elles se jettent dans Îe milieu de la chair de l’arrière-faix. Les autres $’y font faire place par le mouvement de leur sang qui raréfie et subtilise l'humeur qui s’y rencontre, qui n'est pas ordinairement trop bonne; et, après lui avoir imprimé son mouvement, il la fait promp-

2 ee = * #

tement passer dans la veine qui est renfermée dans le même étui. Cette veine a de distance en distance de petites valvules, pour empêcher que le sang ne coule avec trop de précipitation, et qu’il ne suffoque l’enfant. C’est par ces petits nœuds que les matrones devinent ce qui doit arriver à la mère, et c’est aussi contre ce pronostic que saint Chrysostôme parle fu ton si haut et si éloquent.

Si l’on veut savoir comment LUE le sang dans la chair de l’arrière-faix, et comment il se communique à l'enfant, l'on n’a qu’à lier le cordon, et l’on verra que la veine s’enfle du côté de l’arrière-faix, et que l’artère bat du côté de l’enfant; et ainsi l’on n’aura plus de doute sur le mouvement de ses humeurs.

Nous avons sujet d'admirer la situation de l'enfant dans le corps de la femme; il a toujours la tête en bas, selon les lois de la nature, afin d’être prêt à sortir quand il en sera question ; la grosseur et la pesanteur de sa tête lui faisant garder tojuours cette posture, Son visage est tourné vers le dos de sa mère, son nez est entre ses genoux, et il a ses deux poings près de ses joues. Les coudes touchent 'ses cuisses, et ses talons ses fesses : si bien qu’en cette posture il demeure neuf mois, souvent en dormant, et quelquefois en veillant et en s’agitant avec assez de vigueur : car, quoique les nerfs des enfans ne soient pas durs , ils sont pourtant aussi gros ei même plus gros que les nôtres, et assez capables de causer des mouvemens sensibles.

Au commencement du dixième mois de Îa lune , l'enfant est dans son entière perfection. Toutes ses parties soni accomplies, et il n’aspire qu’à sa liberté. Sa liqueur dans laquelle il nage devient vieille et corrompue, parce que, d’un côté, il en a pris le meilleur pour se nourrir depuis le commencement de sa vie, et que, de l’autre il s’y est mêlé une infinité d’excrémens qui l’ont infectée. Son urine, qui sort de ses parties naturelles et non d’ailleurs , et les ordures de sa peau ont corrompu cette liqueur.

C’est un prisonnier infecté de l’air de la bassefosse : il brise ses liens, et fait un effort pour aller ailleurs chercher une demeure plus conimode, Son estomac ne peut plus souffrir une liqueur corrompue,; elle fait de mauvaises impressions sur son cœur, et ses esprits en sont altéés. Peut-être est-ce pour cela que, depuis le milieu jusqu’à la fin de la grossesse de la sère, sa nature lui a fourni du sang assaisonné de la manière qu’il le faut pour éviter la mauvaise nourriture des liqueurs renfermées entre les membranes de l’arrière-faix. C’est en cetempslà que l’orifice interne de la matrice, qui res-. semblait, au commencement de la grossesse, au museau d’un chien naissant, ou plutôt d’une poule, n’est qu’un petit bourlet, et encore est-il effacé par l’élargissement de la matrice; ce qui est le plus sûr et le plus véritable signe de l'approche des couches. : ]

- Ces liqueurs, qui sont devenues des excrémens, ne manquent pas pourtant d’usages.

Elles s'opposent, d'un côté, aux acciders externes qui pourraient lui causer la mort, lorsqu'il est encore dans les flancs de sa mère; et de l'autre, elles doivent un jour faciliter l’accouchement, en humectant les parties naturelles de ‘ la femme.

Il ya encore une autre cause de l’accouchement, qui est aussi naturelle que celle dont nous venons de parler. La chaleur qui réside dans notre cœur ne peut durer long-temps, si elle n’est éventée, et si elle ne se décharge de temps en temps des excrémens vaporeux qu’elle engendre. Lorsque ce feu est venu à un degré de force, qu’il ne peut plus souffrir d’accroissemens sans courir risque de périr par la suffocation, le cœur de l'enfant en serait bientôt étouffé, si, en se dégageant des liens dont il est attaché, il ne cherchait ailleurs de quoise rafraichir par le moyen de l'air que ses poumons doivent respirer : c’est aussi pour cela que l’on a quelquefois entendu le cri de quelques enfans qui étaient encore dans le ventre de leurs mères, comme voulant respirer avant que d’être nés. Cette causeaussi bienque l’autre, oblige les enfans de sortir pour se donner la liberté. Cen’est pas qü’ils manquent alors de nourriture, puis- - qu’il leur en vient suffisamment du côté du cor-

don. :

C’est donc l’enfant qui, par ses efforts, donne le branle à l’accouchement; c’est lui qui brise ses liens et les membranes qui l’embrassent ; c’est lui qui veut vivre tout seul, et qui a des-

DE

sein de se servir de la nourriture. Pour cela, il, frappe fortement les entrailles de sa mère, qui étant extrêmement sensibles, sont obligées de s'élever contre lui, et de le chasser dehors. 1l cause donc les premiers efforts, et la mére les achève; car dans laccouchement, lorsqu'il est dans le pas, la tête sortie, ilest souvent si étonné de ses propres efforts et de ceux de sa mère, « w’il n’y a alors que la femme qui agisse pour le mettre dehors , par la violente agitation des muscles de son ventre.

Quelques uns ne peuvent croire qu’un enfant puisse demeurer dans les flancs de sa mère sans respirer, parce que, disent-ils, la vie est tellement unie à la respiration , que nous cessons de - vivre lorsque nous cessons de respirer. .

Mais s'ils avaient exactement considéré les poumons des enfans de huit ou neuf muis, ils seraient convaincus du contraire. Ils auraient observé que le poumon ne fait pas alors les actions qu'il fait dans Les homines parfaits; Car, dans les enfans, cetie partie se nourrit sans se mouvoir, ainsi que la couleur de la substance nous le marque. Ils auraient encore appris que le sang ne circule pas dans leur poumon comme dans le nôtre, puisqu'il passe par le trou ovalaire du septum, ou de l’entre-deux du cœur, ainsi que l’a fort bien remarqué Botal.

Au reste, si quelques animaux parfaits vivent sans respirer, ainsi que le font la plupart des poissons, ne pouvons-nous pas croire que les enfans peuvent bien vivre quelque Lemps sans

AT | respirer ? L'eau de la mer rafratcait le cœur des poissons, et fait la même fonction dans leur poumon que l'air dans le nôtre, et l’enfant qui nage aussi par les eaux se rafraîchit par-là, et se tempère la chaleur, qui est d’abord assez modérée : si bien qu’alors il n’est pas nécessaire qu'il respire, jusqu’à ce que sa petite chaleur naturelle et le petit feu de son cœur soient augmentés, et l’aient obligé de rompre ses liens pour chercher sa liberté.

On peut encore ajouter à cela que les alimens dont il se nourrit sont plus épurés, et moins chargés d’excrémens que ceux dont nous nous nourrissons; car toutes les parties nourricières de la mère les nettoient de leurs ordures, ef les filtrent pour les épurer dayantage. Le foie de l’arrière-faix les coule dans sa chair spongieuse, et les viscères de l’enfant les corrigent encore si bien, qu'après cela les alimens sont purs, et n'ont pas besoin d’être encore épurés par la respiration; son cœur n’est pas si incommodé des Yapeurs fuligineuses du sang; il ne peut faire son action sans avoir besoin de respiration comme la nôtre. SÉTST

Après que l’enfant est né, et que l’arrière-faix est sorci, selon les lois de a nature , la matrice, qui est tout ouverte alcrs, se referme incontinent, et trois heures après on n’y saurait mettre la main. C’est ce qui m’a causé souvent de l’admiration, aussi bien que la verge de l’homme qui, étant raide pourengendrer, devient si flétrie et si pelile après son action, qu’en hiver on

auraft quelquefois dé la péine à la trouver, Ce sont des coups de la nature, qui est admirable dans toutes ses actions, et qui fait plus paraître sa puissance et ses merveilles dans la production de l’homme et des animaux, que dans toute autre occasion. |

F ABTICLE VIT.

Du faux germe et du fardeau.

La nature, dans ses ouvrages, se propose toujours une fin : elle n’entreprend jamais de génération qu’elle n’ait un principe certain et déterminé, Si elle manque quelquefois à faire ce qu’elle s’est proposé, il faut plutôt en accuser les causes qui concourent avec elle, que de publier qu’elle s’est trompée. Si quelquefois elle ne fait poini dans les femmes de véritable conception, on ne dait en attribuer la faute qu’à la matière sur laquelle elle travaille, qui n’est point disposée à faire des générations humaines. Tant de conditions sont nécessaires pour faire un enfant, que, s’il en manque quelqu’une, il n’en faut attendre qu’un faux germe ou un fardeau, ou tous les deux ensemble. Et pour parler en particulier sur cette matière, qui me paraît fort difficile, on me permettra seulement de l’ébaucher sans l’examiner à fond, et n'ayant lu aucun auteur , si l’on en excepte Vallériola , qui en dit quelque chose, qui m’ait indiqué comment se font les irrégularités de fa génération. ‘

Je ne parle point ici des monstres, qui sont des choses extraordinaires dans la nature, et. qui ne viennent point de la conception, ni des semences dés sexes humains; mais je parle des erreurs de la conception, qui sont faites par le . défaut et les maladies de la semence, ou par l'abondance et la mauvaise qualité du sang des règles : car la véritable, aussi bien que la fausse conception , se fait par le mélange de la semence de l’homme et de la femme, ainsi que nous l'avons prouvé ailleurs, et que nous le ferons encore voir dans la suite de ce discours.

La femme n’a pas la puissance de se polluer comme l’homme, ni de se décharger de la semence superflue : elle la garde quelquefois fort long-temps dans ses testicules ou dans les cornes de sa matrice, où elle se corrompt et devient jaune, trouble, ou puante, de blanche ou de claire qu’elle était auparavant : au lieu que l’homme se polluant souvent, même pendant le sommeil, la semence est toujours nouvelle, et ne demeure jamais dans ses conduits pour s’y corrompre, à moins qu'il ne soit incommodé, Alors sa maladie la rend souvent inféconde: et si elle est en ce temps-là communiquée à une . femme saine et fertile, ou elle ne cause point de génération, ou, si elle en cause, elle en fait un enfant malade et valétudinaire.

4. Tous les vices et irrégularités de la conception viennent donc plutôt du côté de la femme que de l’homme. Si par hasard la semence de l’homme rencontre la semence corrompue de la

femme , il ne faut pas encore en espérer la véritable conception. La semence de l’homme a beau avoir toutes les qualités nécessaires pour engendrer, elle ne peul néanmoins produire un enfant, si elle trouve des humeurs qui la rendent incapable de faire son action naturelle, si dans la: matrice elle se mêle avec une sérosité corrompue et violente qui détruit sos ame, que Galien ap-. pelle esprit généralif, et si enfin, entrant dans l’une de ses cornes et se communiquant à la semence de la femine, elle la rencontre trouble et incapable de rucevoir ses impressions. Car quelle apparence y a-t-il.que la semence de la femme soit émue par les esprits actifs de celle de l’homme, et qu’elle en soit comme caillée, pour me servir de l'expression de l’Écriture, si elle-même manque d’esprits, et si elle a perdu par sa corruption c qu’elle avait de meilleur et de plus actif?

Cependant la naiure, qui n’est jamais dans l’oisiveté, ne laisse pas d'agir incessamment , et, par le moyen des esprits de la semence de l’homme, d’agiter, en quelque façon, la semence corrompue de la femme, qui, n'ayant nulle disposition à former Les parties d’un enfant, s’enfle” seulement, se muliiplie, et se fermente en quelque façon. te x :

Après quelques semaines , la boule ainsi CN= flée, est jetée, par lé mouvement de la trompe, dans la cavité de la matrice, où elle s’enfle encore davantage; elle est entretenue et fomenice par des humeurs séreuses qui pénètrent les

pores de la membrane, et qui lui communiquent de quoi la faire croître.

Deux mois et demi, trois ou quatre.mois au plus, ne sont pas plutôt écoulés, que la nature, voyant qu’elle travaille en vain sur une matière qui n’est point propre pour être animée, se défait enfin de ce faux germe par des efforts et des douleurs insupportables, et par des accidens irréguliers. Car la femme qui lé porte se sent plus grosse et plus incommodée que si elle avait conçu un enfant; et la matrice, pendant le temps de la fausse grossesse, faisant tomber dans son fond une rosée continuelle de sang, s’épuise peu à peu elle-même, ce sang ne pouyant être reteru par une boule animée. Enfin, après le temps prescrit par la nature, ce faux germe sort quelquefois aussi gros que le poing, comme l'expérience me l’a montré. Il est couvert d’une peau assez dure, qui n’est autre chose que la membrane qui enveloppait la semence de la femme lorsqu’elle était dans l’une des cornes de la matrice. Si l’on coupe ceite boule, on y trouve une humeur jaune et corrompue, souvent semblable à de la bouillie, et cette humeur n’est que la semence de la femme , qui avait de mauvaises qualités , et qui a été ensuite fomentée et entretenue par une semblable matière.

2, La seconde espèce de faux germe est d’une autre figure, et s’engendre d’une autre sorle. L'esprit génératif qui réside dans la semence de . l’homme, quelque sain et quelque actif qu'il puisse être, est presque étouffé par le mélange

des humeurs crues et séreuses qu’il rencontre quelquefois dans la matrice, dès qu’il y est. entré : si bien que, se coulant ensuite dans l’une de ses cornes , il ne peut s’y faire aucune production, s’il y trouve de pareilles liqueurs qui soient rebelles à son impression : d’où vient qu’il ne faut pas s'étonner s’il ne peut imprimer son caractère sur les matières si irrégulières, et s’il se fait un faux germe ou une fausse conception. Il sort seulement de la semence de l’homme, ainsi mêlée, quelques esprits faibles et languissans, qui, pénétrant plusieurs boules et le corps même de la femme, mettent plutôt ses humeurs en mouvement qu’ils n’en entreprennent la génération.

Les esprits de la semence de l’homme ne pouvant donc agiter la semence de la femme, ne laissent pas de pénétrer jusque dans la masse de son sang , qu’ils excitent tant soit peu; et qu’ils font suffisamment fermenter pour faire dégoutter dans la cavité des cornes plusieurs gouttes de semence, dont plusieurs boules sont formées. : Ces boules, qui n’ont pas tout ce qu’il faut . pour la génération, sont successivement chassées dans la cavité de la matrice, après que la chaleur naturelle a fabriqué une petite peau mince à chacune de ces boules, comme le feu du four produit la croûte du pain.

Quelque temps ne s’est pas plutôt écoulé, que toutes ces petites boules, se joignant les unes aux autres par de petites fibres, font la grappe du faux germe, ou un corps à peu près sembla-

ble à la chair du cou du coq d’inde. Ces fibres charnues sont produites par quelques gouttes de Sang qui sort plus ou moins abondamment du fond de la matrice, dans le second ou le troisième mois de la fausse grossesse.

Je ne saurais prouver plus clairement ce que je dis, que par l’histoire de mademoiselle L***, que je ne veux pas répéter ici, et que j'ai Tapportée tout au long au chapitre précédent , article 6, figure 7. Ce que dit Valléricla sur cecte matière, de Loison, et de la femme de George, confirme encore ma pensée, La première, après six mois de grossesse apparente, rendit une grosse grappe membraneuse, à laquelle une infinité de petites boules semblables à des œufs: de poisson étaient attachées; elles contenaient une humeur qui était devenue jaune, trouble et puante par un trop long séjour.

La nature ne peut souffrir long-temps ces fausses générations. Elle s’en défait, quand elle le juge à propos, par des douleurs et des tranchées différentes de celles des véritables accouchemens. Car ce faux germe, aussi bien que l’autre, ne séjourne guère plus de quatre mois dans la matrice sans se corrompre; et s’il y demeure jusqu’au cinq, six ou septième mois, qui est le plus long séjour de ces faux germes , l’expérience m'a appris que leurs humeurs ne sont plus claires, ni blanches, mais jaunes , troubles el corrompues, ou puantes.

5. La troisième espèce de faux germe est un faux germe animé, Je le nomme ainsi, parce

qu'il ne représente pas la ugure d’un homme, mais quelqu’autre animal. Il se forme de cette £or Le. .

La semence qui est renfermée dans l’üne des cornes de la matrice d’une femme, ne contient … pas toujours des matières entièrement corrompues et incapables de recevoir les impressions … de la semence de l’homme , comme dans le premier et le second faux germe. Elle ne conserve . pas aussi des matières pures comme dans la véritable cunception; mais il arrive quelquefois que {a liqueur de la boule est mêlée de bonnes et de mauvaises Humeurs, comme nous voyons de bon et de mauvais sang sortir d’une véine piquée : si bien que dans cette boule il y a des liqueurs flexibles et fécondes, et d’autres étrangères et incapables de recevoir’ le caractère que peut leur imprimer la semencé de l’homme.

Quelque forte et quelque active que soit cette semence, elle ne peut communiquer sa vertu qu'aux matières disposées à à recevoir son impression; de sorte que si la semence de la femme et les esprits de celte même semence sont en petite quantité, ét qu'outre cela ils soient en partie infiexibles, iréguliers et languissans, quelle apparence y a-t-il qu'ils deviennent fertiles et qu’il s’en fasse une véritable conception ?

Il ne faut pas imaginer qué l'intelligence se “mette en peine de fabriquer le corps de ce faux germe. Dieu n’envoié poin! une arme immatérielle et incorruptible dans le corps de ce qui. n’est point home; , mais toute la fabrique de

ee corps doit être attribuée à l’ame qui réside dans la semence de l’homme, qui agit comme elle peut, en suivant les ordres que la nature lui a prescrits, | Cette ame donc, que l’on peut appeler humaine, se voyant obligée, par la nécessité de son essence, de faire un corps de la matrice qu’elle rencontre, s’acquitte de son devoir, et travaille incessamment sur cette matière inégale pour en faire quelque génération. Car, comme la nature veille incessamment à la perpétuité des hommes, elle aime beaucoup mieux . faire travailler les agens sur quelque matière que ce soit, que de les laisser en repos. C'est ce qu’elle fait dans cette occasion. Le défaut de matière ne l'empêche point d'agir; et, bien qu’elle en manque pour former un enfant entier, et qu’elle ne trouve point de quoi pour faire les bras ni les jambes, elle ne laisse pas pourtant de fabriquer quelque chose qui ressemble en quelque façon aux agens qui l’ont produit. | Quoioue la matière sur laquelle l'ame ‘travaille soit mêlée avec d’autre, qui n’a nulle disposition à la génération humaine, cependant celle qui a des dispositions convenables sert à former un tronc animé, qui ressemble à un gros ver ou à un serpent, c’est-à-dire, que ce Corps n’a ni bras ni jambes.

Si dans une autre occasion elle rencontre un peu plus de matière pour former les bras et les - -cuisses d’un fœtus, alors elle ne fait que les - commencer sans pouvoir les perfectionner, faute

de matière; et ainsi ses parties imparfaites n’étant pas proportionnées au reste du corps, il se fôrme un fœtus qui ressemble à un lézard, à un rat sans queue et sans poil, ou enfin à une gre- .

i, dans une troisième occasion , la boule où se ra le fœtus est trop près de la matrice, et que Là elle soit trop pressée par les membranes trop dures d’une de ses cornes, et que outre cela le fœtus manque de matière pour être formé, alors l’ame ne peut faire qu’un animal qui manquera de quelques parties, et aura les autres en même temps difformes. C’est ce que l'expérience nous fait connaître lorsqu'elle nous fait voir des femmes qui accouchent de quelque enfant qui a : la figure d’un pourceau, d’un aigle, ou de quelque autre animal semblable.

La boule où ce faux germe animé est formé, est chassée , avec le temps, dans la cavité de la matrice, ‘comme le sont les véritables enfans ; et là, cet animal recevant des cornes et du fond de la matrice des humeurs pour se nourrir et se perfectionner ; croît de jour en jour jusqu’à ce que la nature, en étant irritée, s’en défasse avec peine, souvent avant neuf mois, et quelquefois aussi dans le terme ordinaire de la naïssance des véritables enfans, ainsi que Houillie nous l’apprend, par l’histoire d’une femme qui accoucha de quelques enfans semblables à des grenouilles.

Quoique l’ame de la semence de l Dune ou, si l’on veut, les esprits de cette même semence,

soient affaiblis par le mélange d'une haftèle irrégulière , avec laquelle: ils se sont mêlés dans la matrice un moment avant lo conception : même; cependant ils ont encore la vertu de pé- nétrer le corps de la femme, et «le faire leur impression sur toutes ses humeurs qu’ils mettent en mouvement, et qu'ils font ensuite cailler pour faire l’arrière-faix de ce faux germe animé. Car le sang des règles, coulant du fond de la matrice, achève de nourrir cet animal , comme il fait du véritable enfant. Maïs parce que le sang de la femme, aussi bien que la semence , a des parties hétérogènes, et en est: d’üne substance toute différente les unes des autres, il ne faut pas s’étonner si l’arrière-faix , aussi bien que le faux germe, a des parties si difformes , et si peu semblables à celles d’un arrière-faix d'un véritable fœtus.

Il y en a qui ne peuvent croire que ces deux germes aient des causes naturelles, ainsi que nous venons de l'expliquer. Ils pensent que les astres, par leurs diverses rencontres, sont la cause de la génération de ces animaux ; mais , comme nous l’avons dit ailleurs, les astres sont trop éloignés de nous pour en être des causes pro chaines. Il ne font seulement que concourir, en qualité de cause commune, dans toutes les opérations véritables ou dépravées de la nature.

Rondelet a une plaisante pensée sur la génération de ces faux germes animés ; il croit que, si les femmes engendrent des fœtus qui ressem :

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