Si un hermaphrodite peut se faire moine ou religieuse
Pour éclaircir la première question , on doit savoir que le tempérament d’un homme est si différent de celui d’une femme , qu’il est impossible | qu’il arrive dans la nature un changement si extraordinaire. La complexion d’un homme ne consiste pas seulement dans une certaine union des premières et des secondes qualités , mais dans un certain mélange et un arrangement de la matière dont il est composé; et par conséquent il est impossible qu’un garçon devienne fille, et qu’une fille devienne garçon; le tempérament de l’un et de l’autre étant une chose trop éloignée, comme nous avons examiné ailleurs.
D'autre part , ceux qui se sont appliqués à disséquer des hommes et des femmes savent bien que leurs parties génitales sont fort différentes entre elles: et, si la nature leur a donné un espace suf: fisant pour placer les uns, elle leur en a refusé un pour placer les autres. Ainsi, je pourrais dire, avec le savant Varole, qu’il est impossible que les deux sexes se puissent trouver véritablement dans un mêine corps. v
il est vrai, pourtant , que nous apprenons, par quelques histoires que nos médecins ont écrites, que des personnes qui avaient élé d’abord estimées {illes étaient devenues hommes dans la suite, leurs parties naturelles d'hommes s’étant manifestées, ou par les enjouemens du mariage , où par l’abondance et la force de la chaleur naturelle , ou enfin par quelque mouvement violent.
Mais, à dire le vrai , ce n’étaient que des hommes cachés, comme était cette servante de dix-huit ans qui mourut de la peste, dans le corps de laquelle Jean Bouhain, médecin de Lyon, trouva lesmêmes . organes uiservent aux hommes pour la génération. On peut dire encore que les femmes qui passent quelquefois pour des hommes , qui ont quelques poils au menton et par le corps, et qui ont la voix un peu grosse , ne sont que de véritables femmes, - bien qu’elles se divertissent de leur clitoris avec leurs compagnes. Si bien qu'après tout cela on ne peut pas dire que les uns se soient changés dans les autres; Car nous n’apprenons point que les hommes soient devenus femmes ; et que leurs parties naturelles se soient anéanties, ou soient retournées en dedans pour former les parties d’une femme ; et le peu d'histoires que l’on nous fouruit sur ce sujet sont toutes fort suspectes, mal entendues ou fabuleuses : témoin l’histoire qu’Ausonie nous rapporte d’un homme hermaphrodite, de Bénévent en Italie, où il fait à dessein un équivoque pour surprendre l'esprit du lecteur dans une chose rare et extraordinaire. | Il n’y a plus aujourd’hui de Tirésias. La fable . cède à la vérité , et l’on ne croit plus à cette heure ce que l’on croyait autrefois si aisément. Les deux hommes hermaphrodites de Licétus, dont l’un s'était marié et l’autre rendu moine, ne laissèrent pas l’un et l’autre de concevoir et de porter un enfant dans leurs flancs.
Mais aussi ce n’était que de véritables femmes, CEE: L 40
que l’on avait d’abord prises poar des hommes , à cause de la longueur et de la grosseur de leur chitoris. Ainsi, nous devons croire que les parties génitales d’un homme ne sauraient se retirer audedans , pour se placer comme doivent être placées les parties naturelles de la femme; et, quañd même cela se pourrait faire , je ne saurais me per-. suader qu’il y eût un lieu assez spacieux pour les y recevoir, | £
Il faut donc conclure que ces changemens sont impossibles; que les hermaplirodites qui conçoivent sont de véritables femmes ; que les autres ; qui font concevoir , sont de véritables hommes ; et. que , si les intelligences qui ont le soin de former. les corps se trompent quelquefois dans leur ou= vrage , c’est bien plutôt par la faute de la matière que par leur propre ignorancé.
2. La seconde question est aisée à décider ÿ après ce que nous venons de dire; Car; de si maginer qu'un hermaphrodite puisse user de lun et de l'autre sexe, et qu’il puisse engendrer par les deux, c'est ce que l’on ne pourrait persaader qu’à des enfans. De deux différentes parties natürelles qu'a un hermaphrodite, il y en a toujours une qui est inutile, parce qu’elle est contre les lois de la nature et que Fintelligence ne l'a faite que par force, ne trouvant pas assez de matiére, ou en trouvant trop pour former les parties dont Venfant aurait besoin pour id génération. Car, quelle confusion serait-ce dé trouver dans un seul corps des testicules d’hom-
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me et de femme, une matrice et un membre viril; en un mot, tout Pattirail des parties génitalës d’un homme et d’une femme! Le tempérament de l’un et de Pautre, sil faut le répéter, est trop différent pour être uni ensemble , et pour être changé , quand il faudrait se servir de l’une et de Pautre de ses parties naturelles.
Les lois civiles, qui n’estiment point les hermaphrodites pour des monstres , veulent qu’ils choisissent l’un ou l’autre sexe, pour avoir lieu dans une de ces deux qualités , ou d’homme ou de femme, de se joindre amoureusement à une femme ou à un homme. Et si l’hermaphrodite nexécute pas exactement la loi, cette même loi veut qu’il soit puni en sodomite , puisqu'il a abusé d’une partie contre les lois de la nature. Ce fut pour cette raison que la servante écossaise, qui avait choisi la qualité de fille et qui engrossa la fille d’un bourgeois , fut enterrée toute vive, par- sentence du juge , si nous en voulons croire Weinrich ; et que Françoise de l’'Estége , dont parle Papon , laquelle avait badiné avec Catherine de la Manière, fut avec elle appliquée à la question , par le Sénéchal des Landés, et elles auraient été toutes deux condamnées à la mort, si les témoins eussent été suffisans.
4. 2. Les hermaphrodites de la première et de . la seconde espèce peuvent caresser des femmes en qualité d'hommes , et peuvent même faire des enfans ; leur défaut étant si peu de chose , qu'il ne change rien dans la virilité. Car , bien qu'ils puis-
” sent user de la partie de la femme qu’ils semblent avoir , ils n’en reçoivent pourtant aucun plaisir ÿ ni ne sauraient engendrer par-là. . |
3. Il n’en est pas ainsi de la troisième espèce ; il faut attendreun âge vigoureux pour caresser une femme; quand même quelques-uns s’y seraient alliés après la sortie de leurs parties naturelles , is auraient de la peine à engendrer étant du nombre de ceux que la loi appelle froids.
#4. Le clitoris qui fait estimer les femmes pour. des hommes, s’il estgros et long , est la cause qu'un homme ne peut connaître sa femme ; mais si cette
partie est médiocre, nous voyons tous les jours, par expérience, que ces sortes de femmes conçoivent, et quoiqu’elles se servent de cettepartie pour badiner avec les autres femmes, à qui elles donnent souvent presque autant de plaisir que des hommes: cependant on ne doit point espérer de génération par-là , puisque le clitoris n’étant pastroué, F'hermaphrodite ne peut donner aucune matière pour . la génération ; témoin Daniel de Baudin, qui badinait bien avec sa femme , et qui put bien être engrossé lui-même par un de ses camarades.
9. J’avoue que la dernière espèce d’hermaphro- . dite n’est point capable de caresser une femme, ou d’être caressée d’un homme, et encore moins | d'engendrer. Il à les parties naturelles tellement froides et débiles , et avec cela si mal faites , qu'il. n'y a pas lieu d'espérer que l’amour puisse les échauffer pour jouir des voluptés que la nature a préparées aux autres hommes,
ilest donc vrai, à parler en général, que quelques hommes hermaphrodites peavent caresser amoureusement des femmes, et peuvent même leur faire des enfans; et que quelques femmes hermaphrodites peuvent aussi être caressées et concevoir quelquefois, les uns et les autres se servant des parties qui prévalent, et qui sont les plus accomplies.
III. Sur ce que les naturalistes disent que les hyènes et les lièvres mâles engendrent une fois en leur vie au-dedans de leurs entrailles, etsur ce que le docte Languis soutient que les cerfs en font de même , l’on doute si les hermaphrodites les plus vigoureux des deux sexes ne peuvent point aussi engendrer en eux-mêmes, sangavoir la compagnie d’aucune*autre personne. Car, ilsont, dit-on, de la matière pour former un enfant, un lieu pour Je concevoir, des liqueurs pour le nourrir, si bien qu’en cette rencontre H ne manque rien pour la génération. ; Mais si l’on fait réflexion sur ce que nous venons de dire, et sur ce que nous remarquerons au chapitres, on demeurera d'accord que ces générations sont impossibles et ridicules tout ensemble; que les observations qu’ont faites les naturalistes , sont fort suspectes et sentent la fable; qu'enfin ils peuvent s'être trompés en prenant quelques parties de femelles pour les testicules des mâles. Car quelle apparence de faire sortir de la semence d’une par tie pour la faire entrer dans une autre sansqu'’elle s’éventeet on'elles’altère en changeant de lieu? Et
quand même cela serait possible, le RAS qui engendre la semence masculine , pourrait-il en faire de féminine , et produire des règles en même temps, ou quelque autre chose qui y fût propors tionné? Cela me paraît si éloigné de la raison et de l'expérience de tous les jours, que je laisse cette question pour passer à une autre; savoir, si un prêtre peut marier une personne accusée d'êtrehermaphrodite. :
IV. Bien quele jurisconsulte Majolanus fie tous les hermaphrodites irréguliers et incapables du sas crement de mariage , cependant il me semble que cette décision est trop générale et qu’elle choque même les lois, puisqu'il y a deshermaphroditessi vi» goureux à embrasser les femmes, et d’autres si disposés à souffrir agréablement un homme, qu’il y aurait de l'injustice à défendre le mariage aux uns et aux autres. Car si les premiers ont les par= tiesnaturelles du sexe masculin bien faites et bien proportionnées, comme il s’en trouve quelquesuns, une petite fente de nulle considération n’empêchera pas l’action amoureusede ces hommes hermaphrodites , non plus qu'un clitoris un peu al-. longé ne s'opposera pas aux caresses que pourra faireun homme aux femmeshermaphrodites. Ainsi, si les uns ont les parties capables de divertir une femme et que les autres soient disposés à rece-! voir les caresses d’un homme, je ne doute pas qu’un prêtre ne puisse conférer le sacrement du mariage à l’un et à l’autre , pourvu néanmoins que cela ne se fasse que par l'autorité du juge, qui doit être au-!
paravant dûment informé par des personnes savantes , et le serment de l’hermaphrodite de l’état où ‘ilse trouveet de la partie qui domine en lui.
En effet, comme les juges'ignorent souvent les marques dont on se sert ordinairement pour con " naître la force et la capacité d’engendrer de l’un . et de l’autre sexe , ils ne doivent jamais décider 1à- dessus sur la seule foi des hermaphrodites , sans le rapport dé quelque savant médecin. Celui-là leur fera remarquer que la hardiesse, la vivacité dans les actions, la voix forte , beaucoup de poils . sur lecorps, et principalement au menton et aux parties naturelles , avec tous les autres signes qui découvrent la virilité d’un homme , sont des niarques qu’un hermaphrodite a les parties naturelles d’un homme beaucoup plus fortes que celles de lautre sexe. Au contraire, si l’hermaphrodite a les parties naturelles du sexe féminin bien conformées, que le conduit de la pudeur ne soit point défectueux, que la gorge soit belle, la peau polie et douce, que les règles paraissent dans leur temps, qu’il ait de la douceur et de lagrément dans les yeux, et qu'on .lui remarque avec cela tous les autres signes qui distinguent pour lordinaire une femme d’un homme, cet hermaphrodite doit passer pour une femme. Le juge peut donc prononcer hardiment sur le mariage tant de l’un que de l’autre; et un prêtre ne doit point hésiter à conférer le mariage aux hermaphrodites qui ont en main le certificat du médecin et la sentence du juge.