‹ Tableau de l'amour conjugalChapitre 63 sur 68 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Siune femme peut devenir grosse sans Pappli cation des parties naturelles d’un homme , Où l'on traite fort curieusement des Incubes ei des Succubes,

À quoi bon la nature aurait-elle fait toute la machine des parties naturelles de l’homme et de la femme, si ce n’eût été pour l’excellent ouvrage de la génération? Elle a fabriqué des sexes divers, qui ont chacun leurs parties differentes. La femme a le conduit de la pudeur et la matrice pour recevoir. L'homme a des muscles pour lever sa verge, et des ligamens caverneux pour la roidir. Si l’érection et l’intromission n’enssent été absolument nécessaires pour engendrer , jamais la nature n’aurait entrepris d’en faire les organes : Car , sans ces deux actions , selon la pensée de tous les médecins, la génération est impossible.

Puisque la nature ne nous a pas ordonné de faire des enfans de la même manière que nous urinons, mais d’une façon où il se trouve beaucoup moins de facilité, on doit croire que l’étroite con;onction des deux sexes est absolument nécessaire pour nous perpétuer. En effet, de cette première façon , la semence d’un homme ayant été exposée à l'air, aurait perdu tous ses esprits , et aurait

dits été incapable de servir à la généra-.

tion.

L'expérience de tous les jours, et l’histoire,

même que nous rapporte Riolan , favorisent notre. opinion eontre ceux qui veulent que la généra-. tion se puisse faire par l’épanchement de la se-. mence sur les lèvres des parties naturelles d’une femme. Le conduit de la pudeur de la femme dont il parle, était teilement fermé par des cicatrices après un fâcheux accouchement , qu’il n’y restait : qu'un fort petit trou, par lequel passa aussi la semence de son mari qui l’engrossa. Cela n’empêche pas que ces deux personnes ne se soient jointes étroitement , et il faut même qu’une alliance étroite soit arrivée, et que la matrice de lune ait attiré aussi vivement la semence de. l'autre qu’un estomac affamé arrache la viande de la bouche , et qu'un cerf, par sa vertu particulière, attire le serpent hors de son trou, si nous en Croyons les naturalistes.

Ce qui a donné lieu aux théologiens, aux ai ‘risconsultes , et à quelques médecins, de croire ‘qu'une fèmme pouvait engendrer sans l'application des parties naturelles d’un homme; ce sont sans doute les histoires qu’Averroès, Amatus, Lucita-. nus et Delrio nous ont laissées par écrit, d’une jeune femme qui devint grosse pour s'être baignée dans de l’eau où des hommes s'étaient pollnés ;, d’une autre femme engrossée par les caressés d’une de ses compagnes, qui sortait d’entre les bras de son . mari; etenfin d’une jeune fille qui se trouva grosse,

son père s'étant par hasard pollué , en FR” dans le même lit où elle était.

Mais ces histoires, et plusieurs autres $semblables , sont faites à plaisir, pour couvrir la Jasciveté des femmes, et pour cacher le vice d’on amour impur, C’ st ainsi que l'on s’est persuadé ” que la génération se pouvait faire sans se joindre amoureusement : si bien qu’il serait permis de ‘ croire , selon ce sentiment, qu’une vierge pourralt engendrer naturellement sans être déflorée ; ce qui pourrait faire douter d’un des plus augustes mystères de la religion chrétienne.

C’est encore ce qui a donné lieu de ctoiré qu'il - y avait des démons incubes et succubes, qui étaient épris et embrasés d'amour pour les femmes; et c'est de là aussi que les théologiens et les jurisconsultes ont formé beaucoup de questions pute P comme :

4. Si l'enfant d'un incube et d’une femme ést différent d’un autre : si son âme et son corps ayant été ménagés par l’adresse du démon , il n'ä point quelque chose de particulier par-dessus les enfans.

2. Si l’enfant engendré par le ministère du démon doit être appelé le fils d’un incube, ou celui dont l'incube a dérobé la semencé.

5. Si les incubes et les succubes aire entre eux des plaisirs de l'amour.

4. Enfin, &i le démon peut si bic consérver la Semence d’un homme à qui il l’a dérokée, qu’elle puisse ensuite servir à la génération.

On à toujours estimé les hommes qui, dans la

paix ou dans la guerre, se sont distingués par leur génie ou par leur valeur. L’antiquité a fait bâtir. des temples et élever des autels à la mémoire de ces héros, pour lesquels elle commandait même d'avoir de la vénération : d’où les peuples ont aisément passé jusqu'à cet excès de superstition, que de les prendre pour des dieux. Les pénates , ‘ les faunes, les sylvains, les satyres, les esprits follets et les domestiques en sont venus, et les plus importantes vérités de la politique, de la physique et de la morale des anciens philosophes ont été cachées sous ce voile. Ce que développe fort bien saint Augustin, dans sa Cité de Dieu. Les prêtres mêmes , pour se faire valoir, se sont efforcés de maintenir l’existence de ces divinités, Les rabbins ont cru que les faunes , les incubes et les dieux tutélaires étaient des créatures que Dieu: laissa imparfaites le vendredi au soir, et qu'il: n’acheva pas, étant prevenu par le jour du sabbat : c’est par cette raison, selon le sentiment de Rabbi-Abraham , que ces esprits n’aiment que les montagnes et les ténèbres, et qu’ils ne se manifestent que de nuit aux hommes.

Mais laissons ce que la cabale a avancé de superslitieux , et ce que le paganisme a inventé de ridicule sur cette matière, pour examiner les. questions que les théologiens et les jutisconsanes PREMGE proposent.

. L'Écriture sainte semble favèriser la preie proposition, lorsqu'elle nous marque que les anges, ayant trouvé les filles des hommes

belles , s’allièrent avec elles , et que de cette al: - liance naquirent les géans : si bien que l’on peut inférer delà, que , puisque les anges, qui sont ainsi appelés en d’autres passages de l'Ecriture, peuvent se mêler amoureusement avec les femmes, et engendrer des enfans , les démons, qui ne sont différens des anges que par leur chute, peuvent aussi, selon le sentiment de Lactance , attirer les femmes dans les plaisirs impudiques , et les souiller par leurs embrassemens.

On assure que les enfans qui naissent de ces conjonctions abominables sont plus pesans et plus maigres que les autres, et que, quand ils téteraient trois ou quatre nourrices tout à la fois, ils n’en deviendraient jamais plus gras. C'est la remarque qu’a faite Spenger , moine dominicain, qui fut l’un des inquisiteurs qu’envoya le pape Innocent VIT, en Allemagne, pour faire le procès aux sorciers. Si le corps de ces enfans est donc différent du corps des autres enfans , leur ame aura, sans doute, des qualités qui ne seront pas communes aux autres. C’est pourquoi le cardinal Bellarmin pense que l’Antechrist naîtra d’une femme qui aura eu commerce avec un incube, et que sa malice’ sera une marque de son extraction.

Ce n’est pas d'aujourd'hui que l’on a douté de laccouplement des démons avec les femmes eu avec les hommes, et que l’on a douté encore s'ils pouvaient engendrer. Ces questions furent autrefois agitées devant l’empereur Sigismond. On y allégua tout ce que l’on put de part et d'autre, et

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enfin on se rendit aux raisons et aûx expériences: qui parurent les plus convaincantes et les plus certaines. Il fut donc résolu que ces accouplemens. extraordinaires étaient possibles. En effet, Saint- Augustin , qui avait eu long-temps de la peine à se. déterminer sur cette matière, avoue enfin que,

puisqu’on dit « qu’il y a plusieurs personnes qui se » sont trouvées , par un malheureux commerce, avec les démons, et qu’on la appris de celles-là même qui en ont été caressées, de la bonne foi desquelles il n’est päâs permis de douter; il est très-assuré que les sylvains, les pans et les faunes , que l’on appelle ordinairement incubes, n’ont pas seulement désiré de caresser amou*

‘reusement les femmes , mais qu'ils les ont véri-

» tablement caressées, et que les démons, qu# » ‘les Français appellent Drusions, n’ont pas set’

» lement tâché de connaître les femmes, mais » qu’ils les ont même réellement connués : si bien; » ajoute-t-il, qu'il semblerait que l’on fût impu- » dent, si on niait ce qu’on assure là-dessus aveg

* » tant de circonstances. »

On peut encore ajouter à cela la confession que font une infinité de sorcières , qui disent avoir été caressées du démon, et en être même devenues grosses. Les livres de Delrio, de Sprenger, de Dilanere et de Bodin sont pleins de semblables histoires : si bien qu’après tant de preuves authentiques et tant de confessions de sorciers et de sorcières , qui l’avouent de bonne foi et presque de la même sorte, il y aurait de l’opiniâtreté à retenir

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