Y YS S ET Y
425 | ÊNEs un ‘sentiment opposé. Car les histoirés que lon nous en à faites paraissent si assurées, qu’il semble
‘ que l’on ne doive pas douter de la vérité de ces P
- sonner de la sorte.
conjonctions diaboliques; témoin Benoît Berne, âgé de soixante-quinze ans, qui fut brûlé tout vif, après avoir avoué que, depuis quarante ans, il avait commerce avec une succube , qu’il appelait Hermoline ; et François Pic, prince de la Mirandole, qui, l'ayant connu, nous est garant de la vérité de cette histoire.
Toutes ces preuves p#äitraient fortes, si nous
__m’avions la raison et l'expérience qui nous font
connaître le contraire; et, pour dire ce que je pense sur cette matière, on me permettra de rai-
La curiosité nous est naturelle à tous. Ceïle qui est blämable est une maladie de l'ame, qui s’empare principalement des esprits faibles. Le monde est plein de gens qui veulent pénétrer dans les
choses.les plus cachées, et dans les secretsde l’autre
monde. Si on leur parle de quelque chose d’extraordinaire , incontinent la joie rejaillit sar leur visage, et ils témoignent que c’est là endroit qui
les flatte le plus.
D'ailleurs , on est souvent ravi de joie de trouver l’occasion de plaire; et si un homme d'esprit se rencontre parmi des personnes faibles, il ne manquera pas de fomenter leur désir d'apprendre , et de prendre plaisir lui-même à se faire écouter et admirer. Il leur fera des histoires qu’il aura adroite-
ment inventées ; et, quoique les choses qué nous
entendons nous fassent de l’horreur , si elles nous. sont pourtant inconnues , nous nous plaisons à les ouir réciter. Il parlera des démons, des incubes , des succubes, et des esprits follets , des sorciers, “etc. , selon l’adresse de son esprit et la souplesse de son génie ; il persuadera si bien ce qu’il aura avancé par des raisons qu’il s’étudiera à chercher k que tous ceux qui l’écouteront seront convaincus dela vérité de la fable. Plus cet historien se sera acquis. de la réputation , ou par son autorité, ou par son mérite, plus on ajoutera de foi à ce qw’il aura dit; on chercheramême ensuite d’autres raisons * pouf appuyer la fable, et l’on trouvera, sans doute, des preuves pour justifier des CHOSES si surprenantes,
C’est ce qui s est passé dès les premiers temps,
et ce quise passe encore tous les jours, mais qui
ne nous empêchera pas de prouver que lopinion de l’accouplement et de la BÉHETAUOR des démons ne peut être soutenue.
J'avoue que la conséquence que l’on tire de V'Écriture sainte serait juste , si les anges pouvaient caresser et engrosser les femmes ; car il me sem- - ble qu’il n’y aurait pas plus de difficulté à croire
le-commerce des démons, que celui desanges avec les femmes. Mais, outre que le passage de l” ture peut bien s’expliquer sans admettre ces ss liances qui répugnent à la nature, elle nous dit que les saints , qu’elle appelle lesfils de Dieu, s’étant joints avec les filles des autres , qu’elle appelle hommes, engendrèrent des hommes puissans,
"Ress c'est-à-dire des rois et des momarques, qui avaient la puissance et l’autorité en main pour se faire eraindre et respecter des autres hommes en cette qualité
Ces hommes puissans étaient sans doute alok appelés des géans, par la grandeur de leur autorité, au lieu que ce terme marque présentement la grandeur du corps; et cette équivoque du mot de géans a donné lieu , sans doute , à l’une des plus grandes erreurs qui ait jamaiseu cours. C’est ainsi que les mots de tyran, de parasite , étaient autrefois fort honorables , au lieu que présentement ils sont odieux à tout le monde. - |
D'ailleurs les enfans peuvent ètre lourds par la pesanteur etla grosseur de leurs os. Et ceux qui : ont de grandes entrailles et le foie chaud, peuvent tarir deux ou trois nourrices de suite pour s’humecteretse rafraîchir. Si ces mêmes enfans ontun jour l’esprit malicieux, qui est un effet de leur tempérament , on ne doit point conjecturer parlà qu’ils ont été engendrés par un démon.
Pour cequi est de l'assemblée qui se tint devant l'empereur Sigismend , je ne m’étonne pas si elle décida que les démons pouvaient avoir commerce avec les femmes, et qu’ils pouvaient même engen-
drer , puisqu'elle n’était presque composée que de théologiens qui, acceutumés à croire simplement ce qu’ils ne voient pas, et qu’ils ne savent pas même, donnèrent leur sentiment en faveur de ces générations, qui sont si opposées aux lois de la nature. Si cette illustre compagnie eût été composée de nhilosophes et de médecins, ou qu’elle se
fût réglée par le sentiment de Saint-Chrysostôme, je suis fort persuadé que ces questions n “auraient pas été décidées de la sorte.
Au reste, si on examine bien le passage di grand Augustin , que nous avons voulu traduire tout entier , on verra aisément que la certitude qu’il y’ a de ces sortes de commerce et de génération , n’est fondée que sur le rapport de quelques hom-. mes simples et crédules ou de quelques femmes superstitieuses et mélaneoliques. Si nous voulions croire tout ce qui nous est tous les jours dit et assuré par nos malades qui ont l'imagination égarée, et qui semblent pourtant l’avoir juste, nous tomberions souvent dans de pareilles erreurs : car les vapeurs noires d’une bile brûlée troublent tellement leurs ames, qu’ils pensent que leurs songes sont des vérités.
C’est donc par une cause à peu près semb'able, que les sorcières se persuadent avoir été au sabbat, etavoir été caressées du diable, qui avait les parties naturelles hérissées et écaillées, et de la semence froide comme de la glace, sans pourtant que ces misérables femmes soient parties du lieu où elles s'étaient endormies. s
Mais, pour ne pas m’opposer à une opinion qui me semble être reçue presque de tous les théologiens et de tous les pères , sans alléguer de puis-
santes raisons pour la combattre , examinons la. chose avec toute l’ application possible ; mais aussi . sans préoccupation. Nous apprenons de la théologie que les émis :
étant de purs esprits, sont aussi des substances différentes de la nôtre, qu’ils n’ont ni chair, ni sang, ni parties naturelles , et par conséquent point de semence pour la génération ; que, s’ils prennent quelquefois des corps , qu’ils peuvent former d’air, ces corps ne vivent point, et ne peuvent aussi exercer les opérations de la vie; que, n’ayant point de successeur à espérer, parce qu’ils sont immortels, ils ne doivent aussi avoir ni d’envie de se per- -pétuer , ni de désirs de se satisfaire par les plaisirs de l’amour. Quelque puissans qu’ils soient , ils ne sauraient passer les bornes que la nature leur a prescrites. Les animaux ne se joignent point aux plantes , ni les plantes aux minéraux , pour faire des générations, leur substance étant trop éloignée Vune de l’autre. En un mot, la pa ature n’a pas permis ces alliances : de sorte que , suivant le sentiment de Saint-Chrysostôme, « il y aurait de la « folie à croire que les démons s’allient avec les « femmes, et qu’une substance incorporelle puisse «se joindre un corps pour engendrer des enfans. » En effet, je ne saurais me Térnater non plus que Gassien , illustre disciple de ce grand évêque, que ces substances, purement spirituelles , puissent naturellement avoir un commerce charnel ‘avec les femmes, La raison qu’en rapporte cedernier, avec Philostrius évêque de Bresse , c’est que, si cela s’est fait quelquefois, il doit encore présentement arriver ; mais, parce que nous Sa- . vons que cela n'arrive point maintenant, nous devons conclure que ces conjonctions et ces produc-
tions abominables n’ont jamais été. C’est pourquoi saint Augustin, souvent trop crédule, qui pense mieux dans un endroit que dans un autre, commande aux prêtres de prêcher au peuple , pour le désabuser de la fausse pensée où il est que «ce «qu'on dit du commerce des sorciers avec les dé- « mons soit réel et véritable, » |
Mais ce qu’il y a encore de plus pressant sur cette matière, c’est la décision du concile d’Ancyre, qui blâme et déteste la créance qu'ont les
sorciers d’être portés de nuit au sabbat jusqu’à’
l'un des bouts de la terre, de se joindre aux démons et de prendre avec eux des plaisirs abominables ;, « puisque toutes ces choses, ajoute-il, ne « sont que des rêveries et des illusions , bien loin « d’être des vérités, »
Je ne saurais trôÿ m’étonner de ce que les chrétiens croient si légèrement ce que les païens auraient de la peine à croire. Car tous ne demeurent .
pas d'accord que Servius Tullius, roi des Romains, ait étéengendré d’un incube, et que Simon le magicien fût le fils de la vierge Rachel; non plus que dans les siècles suivans, quelque grossiers qu’ils aient été, Merlin Cocaye n’a pas été cru
sur Sa parole , quoique sa mère et lui voulussent
persuader aux rois d'Angleterre , Vortigerne, Ambroise, Uterpendagrion et Artus, qu’il était fils
d’un démon incube et d’une religieuse, fille du :
premier roi. La folie et la faiblesse des hommes, le désir de la nouveauté, l'ignorance des causes naturelles, la honte que lon a de l’obscurité de sa fa-
mille, la crainte qu’un adultère ne se découvre, les flatteries des courtisans pour les princes, les ressorts de lavarice et de la vanité, enfin la passion violente de Pamour, sont les puissantes causes qui produisent ordinairement ces sortes d'opinions dans l'esprit des hommes. Jamais Mundus n’aurait joui de Fauline, si l’avarice et l’amour ne s’en fussent mêlés ; et jamais on n’aurait douté que l'enfant qui naquit de cette conjonction, n’eût été le fils de- Pincube Anubis, si l’imprudence de Mundus n’eût découvert tout le mystère.
1. Léon d'Afrique, nous faisant l’histoire de ce qui se passe en son pays, nous assüre que tout ce que lon dit de la conjonction des démons avec les femmes n’est qu’une pure imposture , et que ce que lôn attribue au démon n’est commis que par des hommes lascifs ou des femmes impudiques , qui persuadent aux autres que ce sont des démons qui les caressent. Les sorcières du royaume de Fez, ainsi que cette histoire le rapporte, veulent bien que Von croie qu’elles ont beaucoup de familiarité avec le démon : pour cela elles s'efforcent de dire des choses surprenantes à celles qui vont les consulter. Si de belles femmes les vont voir , ces sorcières ne veulent point recevoir d'elles le prix de leur art, mais elles leur témoignent seulement le désir qu’a leur maitre de les caresser pendant une nuit. Les maris prennent même ces impostures pour des vérités, et ils abandonnent souvent , selon leur langage, leurs femmes aux Dieux et aux vents. Ja nuit étant venue, la sorcière qui est du
nombre de ces femmes que Îles Latins nomment
tribades ou fricatices, embrasse étroitement la belle, et en jouit au lieu du démon dont elle pense être Amoureuse caréssée. |
2. Les théologiens , qui raisonnent sur la fausse hypothèse. de la conjonction des démons avec les femmes , ont formé une seconde difficulté, savoir : de qui un enfant serait le fils, ou de lincube, ou de l’homme de qui la semence aurait été surprise. Et, pour expliquer la manière dont cela se fait, ils se sont imaginé qu'un homme ayant commerce avec un démon succube, ce démon devenant incube sans perdre de temps, par l’activité de sa nature, communiquait incessamment à un femme qu'il trouvait disposée, la semence - qi’il avait depuis peu reçue d’un homme, et que l'enfant qui nassait de cette- conjonction était véritablément le fils de cet homme , et non du démon, qui, en cette occasion , n’avait contribué que de son industrie.
5. La troisième question, savoir si les incubes et les succubes se caressent entre eux à la façon des homraes et des femmes , n’a pas été agitée par ceux qui ont écrit sur ces matières. Mais il'est certain que, outre plusieurs raisons que nous pour-’ rons alléguer là-dessus , les démons , étant d’euxmêmes éternels et malheureux tout ensemble, n’ont pas besoin de perpétuer leur espèce, ni de prendre des plaisirs dans les caresses des femmes.
4. Enfin, pour passer à la dernière difficulté, quelques docteurs croient que le démon agit avee
. tant de vitesse ,.en portant dans les parties naturelles d’une femme la semence qu’il a reçue d’un homme , qu’il conserve cette même semence dans tout le tempérament qui est nécessaire pour la génération. Ils ajoutent même que c’est une grande erreur que de ne pas croire que le àäémon puisse faire cela.
Mais tous ces raisonnemens me paraissent vains et inutiles, s’il est vrai, commé nous l’avons prouvé , que ce soit une fable que les démons se joignent amoureusement aux femmes. Ils né sont propres qu’à nous entretenir dans l’aveuglement où l’on est sur ces sortes de conjonctions. Car si un homme ne peut engendrer , selon lavis de tous les médecins, parce qu’il a une petite verge qui ne porte pas assez loin la matière qui sert à la génération, et qui ne la darde qu’à l'entrée des lieux d’une femme , que peut-on espérer d’une semence éventée et froide, qui aura touché un cadavre, ou un corps d’air que le démon aura emprunté ?
L'ame ou les esprits de semence , si l’on veut, se dissiperaient et s’évanouiraient aisément : si bien que ce qui demeurerait ne serait plus luimême qu’un cadavre de semence , s’il m’est permis de parler de la sorte , qui serait incapable de la génération. Il n’y a au monde que la matrice d'une femrne qui puisse conserver, pour la génération , la semence d’un homme, et il ne fant pas s’imaginer que le démon puisse passer les ordres que la nature a établis, quoiqu'il ait une
pénétration d'esprit inconcevable , et une vitessé de mouvement surprenante.
Si l'esprit des eaux minérales froides , et celui . de l'extrait du romarin se dissipent presque dans un moment , l'esprit de la semence, qui est beaucoup plus subtil, se conservera-t-il dans sa matière exposée à l'air? Et, puisque les sorcières avouent que la semence de l’homme du démon est froide quand elles la reçoivent , quelle apparence y a-t-il qu’elle soit’prolifique, l’air , qui ronge tout ce qu’il y a au monde, en ayant dissipé Les esprits et corrompu la substance ?
C’est donc une grande erreur de croire , comme font plusieurs théologiens , que le démon puisse ramasser la semence de plusieurs hemmes pour la jeter ensuite dans les parties naturelles d’une femme , et causer ainsi sa génération. Si le démon pouvait faire cela, et qu'il le fit effectivement, il pourrait aussi rassembler la semence de plusieurs animaux de différentes espèces , et-procurer ainsi la génération des monstres, ce qui ferait confondre la nature et troubler l’ordre que Dieu a mis parmi les créatures, depuis la création du monde.
D'ailleurs, nous n'avons point appris que les démons sicoubes puissent engendrer, bien que la : fable nous dise qu’ils se joignent avec les hommes; et je m'étonne de ce que l’on ne s’est point avancé jusque-là. Peut-être aurait-on trouvé des raisons aussi probables pour appuyer ce sentiment, que l'on en à inventé pour soutenir l’autre; et il
y aurait eu sans doute quelqu'un qui se fût aussi bien dit le fils d’un succube que d’un incube.
Au reste, si les sorcières n’étaient pas folles, ou intimidées par l'horreur des tourmens , jamais elles n'auraient découvert le commerce qu’elles disent avoir eu avec le démon. Il y en a eu même qui en ont fait gloire en Béarn, aussi bien qu’en Allemagne, et on en a vu qui se vantaient hautement d’être la reine du sabbat. L’ellébore ou les Petites-Maisons seraient des remèdes plus proportionnés à leurs maladies, que le feu et les toarmens dont on s’est servi jusqu'ici; et il n’est pastoujours vrai, comme a dit Cicéron, que la vérité se trouve dans l'enfance , le sommeil , l’imprudence , l'ivresse et la folie. Après tout, pour connaître plus parfaitement la vérité de celte opinion, éxaminez ce que les médecins disent de la maladie qu’ils appellent incube ,, et nous verrons par-là que la fable sera découverte.
Cette maladie n’est qu’une suffocation nocturne , dans laquelle la respiration et la voix sont interrompues. Il nous semble, quand nous en sommes surpris, que Cupidon , selon le sentiment des païens , ou le démon, ainsi que les théologiens le croient , ou le pesant, comme le peuple parle , nous presse la poitrine -et nous em pêche de crier au secours , de respirer et de nous mouvoir. Si une femme amoureuse et mélancolique en est attaquée, elle croit fortement que le démon la caresse ; et si, avec cela, elle a la mémoire embarrassée des contes que l’on fait or-