IV
dinairement des sorcières, son imagination , se trouvant alors dépravée, fait qu’elle raconte ensuite sa rêverie pour une vérité. s | Une femme effroyable à voir, vieille , sèche, et
mélancolique , qui a l’esprit imbu des fables du siècle; un vieillard atrabilaire , qui a passé toute sa vie dans des plaisirs illicites , et qui , dans l’âge où ilest, conserve. encore un vif souvenir de sa lasciveté passée , ne saurait mieux entretenir des voluptés que dans sa mélancolie amoureuse : si bien qu’étant tout occupé de ses plaisirs impudiques, quand cette maladie l'attaque , sa folie. amoureuse va souvent jusque-là , qu’il lui semble voir et caresser un démon en forme de femme, comme se l'imaginait un vieillard de quatre-vingts. ans; que l’on appelait Pine, qui parlait partout , où il était à son succube Florine , selon le rapport. de Pic de la Mirandole. Mais Socrate , Apollonius, Cardan , Scaliger et Campänella n'étaient-ils point de ce nambre-là , puisqu'ils ont publié avoir eu commerce avec un génie et un démon familier ? Je ne crois pourtant pas qu'ils fassent nés un … jour de Quatre-temps, ni qu’ils fussent venus au monde la tête embarrassée de leur arrière-faix . comme Tyres, jésuite, a écrit que ceux qui naïssaient de {la sorte avaient commerce avec les esprits. Que, s'ils ont publié avoir un démon ! familier , ça plutôt été par vaine gloire que par * quelque autre raison, savoir, pour se faire estimer du peuple. a NEe Re
Le dormir sur le dos, le travail que souffre
PETCET pags
; 135 Vestomac à digérer des viandes dures , la faïblessé de la chaleur naturelle, la fermentation d’une humeur atrabilaire , eu de la matrice, ou la chaleur oiibe des parties naturelles ; sont les véritables causes de ces illusions nocturnes et démoniaques. Une vapeur épaisse, qui s’élève et qui se mêle parmi notre sang, cause la difficulté
de respirer , et la privation de la voix , qui accom-
pagne cette incommodité. Cette vapeur noire,
… étant ennemie de notre vie, empêche le libre
mouvement du cœur et du poumon, et retarde ainsi l’ébullition naturelle qui s’y fait, en embrassant les conduits de l’une et de l’autre de ces parties : de sorte que, non-seulement on ne peut alors ni parler , ni respirer, mais même que tout le corps languit par la faiblesse dé ces deux parties principales.
Cette vapeur obscure, étant portée au cerveau, offusque les esprits qui s’y sont nouvellement fabriqués et puis, se mêlant parmi le suc nerveux, empêchent l’ame d’agir selon sa coutume. L’imagination en est dépravée, les sens en sont D pu pre) a: nerfs embarrassés, tellement qu’il n’y a pas
d'apparence que le cœur , le poumon, le diaphragme, en un mot, toutes les parties du corps, soient dans leur tempérament ordinaire. La difficulté de respirer en est augmentée, aussi bien que celle de se mouvoir. Gar cette vapeur épaisse et ennemie de nous, trouble si fort la fermentation naturelle du suc nerveux, que l’ame , qui s’en sert comme d’un instrument prochain, ne peut faire
toutes les belles actions que nous lui voyons faire tous les jours. f
Mais quand les vapeurs d’une semence corrompue sont mêlées parmi le sang et le suc nerveux, il ne faut attendre de ce mélange que des illusions’ vénériennes qui troublent l’imagination, et font voir aux personnes qui en sont incommodées , des spectres amoureux et des faunes lascifs.
Si nous en voulons croire Hippocrate, les femmes y sont plus sujettes que les hommes; ceux-ei se déchargent souvent, pendant le sommeil , d’une abondance de semence qui les travaille, au lieu que celles-là ne s’en peuvent débarrasser si aisément, et souvent ne peuvent éviter de tomber dans ces sortes d'illusions. sy
La raison qu’il en rapporte , c’est qu’elles sont d’un esprit plus faible que les hommes , et que le sang des règles se présentant à leurs parties naturelles pour sortir , les filles qui ne sont pas encore accoutumées à ces sortes d’épanchemens, sont aussi alors plus susceptibles de ces sortes d'idées ; jusque-là même qu'il s’en est trouvé qui se sont persuadées d’être grosses, après s'être imaginé avoir été caressées d’un incube. ‘ © Je ne m’étonne done pas si les sorcières sont si ‘souvent surprises par des terreurs paniques : Car, outre qu’elles sont femmes, elles engendrent encore incessamment beaucoup de pituite et de mé- Jancolie, qui sont la cause de ces sortes de maladies. Il faut croire que ces illusions nocturnes ne sont ” véritables que dans leur esprit, et si ces femmes
se sünt imaginé d’avoir été, pendant la nuit, ce qu’elles n’ont point été, ou d’avoir fait ce qu’elles n’ont point fait, on doit être persuadé, avec saint Augustin , que le démon a pu se servir de leur faiblesse et de leur maladie pour leur faire croire toutes les choses qu’élles croient ; ce qui n’arrive que par un effet du juste jagement de Dieu. J'avoue que le démon se mêle quelquefois, mais fort rarement, parmi l’humeur mélancolique de nos maladies : ce qu’on ne saurait connaître que par ’ane de ces trois remarques ; savoir, quand la personne pénètre dans les secrets de nos:pensées, quand elle parle de quelque langue qu’elle n’a pas apprise, ou quand elle fait des actions qui passent les forces ordinaires de la nature. | La maladie incuhe est quelquefois si commune, soit par l’intempérie de l’air ou par lamauvaise qualité des alimens et des eaux, qu’elle devient comme épidémique et populaire, ainsi que Lysimacus Pob- : serva autrefois à Rome. Et si, parmi toutes les personnes qui en sont attaquées, il y en a quelquesunes qui aient l’ame embarrassée d’un amour impur ou des fables de sorciers , il ne faut pas douter que sa passion ou sa créance ne Jui fasse voir en dormant, ou même en veillant, des objets
capables-de l’entretenir dans ses rêveries. L’amour et la maladie incube, joints ensemble, sont deux
mots, qui sont deux espèces de folies , et qui peuvent causer tout ce que l’on nous dit de surprenant, touchant le commerce des démons avec les femmes
Toute Vantiquité n’a pas cru ces bagateles 3 puisqu'elle nous a laissé par écrit les remeues pour guérir ceux qui soni possédés d’un esprit impur , et qui sont attaqués de terreurs paniques , croyant bien que ce que l’on pensait être un démon, n’é- ‘tait ordinairement qu'un homme mélancolique , qui était la eause de tous les désordres que l'on voyait arriver à ces sortes de persennes, Jusque-là que Pomponace nous fait l’histoire de la femme d’un cordonnier, laquelle parlait plusieurs l ngues sans les avoir jamais apprises , et qui fut ensuite guérie par le savant médecin Calceran, qui, avec lelléhore , lui chassa ses rêveries , et lui ravit en même temps la science par l'évacuation de la bile noire , dont le démon se srvüit.
S’if est vrai, comme l’expérience de tous les jours nous le fait counaître , qu'après avoir préparé la bile noire, et puis lavoir purgée, après avoir corrigé l’intempérie des entraulles, ôté les abstruetions qui s’y trouvent, et provoqué le sommeil, nous rétablissons la santé de ceux qui ont l’imagination dépravée, et quise persuadent d’être. agités par un démon ; nous pouvons dire hardiment qu’en combattant l'humeur mélancolique, . et en la chassant du corps de ces sortes de malades, nous en faisons sortir en même temps le démon. Cela arriva de la sorte à un apothieaire qui accompagnait un médecin dans l’un des hôpitaux d'Auvergne : cet apothicaire protestdit, si nous en croyons Houillier , qu’il avait vu pendant la nuit le SA figuré de la sorte qu’il le dé-
peignait , et qu’il en avait été maltraité. Cependant ce démon imaginaire fut chassé par les soins du médecin de l'hôpital, qui guérit l’apothicaire . de la maladie incube dont il était attaqué.
= Nous concluons donc, après tout ce que nous venons de dire , que nous sommes le plus souvent nous-mêmes la cause des spectres que nous imaginons voir où toucher : si mous étions moins timides et moins mélancoliques, nous ne tombe- - rions pas si souvent dans ces faiblesses d’ame. Mais comme parmi les hommes il y a des mélancoliques de différentes espèces, il doit aussi y. avoir plusieurs manières de rêver et de devenir fou. En un mot, une sorcière ne sera jamais caressée amoureusement par un démon, bien moins Pourra-t-elle en devenir grosse, s’il est vrai, comme nous l’avons montré, que la génération soit impossible sans l'application des parties naturelles de l’un et de l'autre sexe. L'opinion contraire passera toujours pour une fable dans l’esprit d’un homme raisonnable; au lieu que , selon le jugement d’un esprit faible et serupuleux, elle sera toujours une vérité incontestable.