‹ Tableau de l'éloquence chrétienne au IVe siècleChapitre 20 sur 26 · DE SAINT AMBROISE · texte numérisé non relu

DE SAINT AMBROISE

Un des hommes les plus remarquables qui aient paru dans les dernières époques de l’empire est sans doute Symmaque. Défenseur des fables du paganisme, il fut admiré par les chrétiens. Pendant une longue vie, et sous la rapide succession de tant d’empereurs, il remplit les premières dignités de l’État : il cultiva tous les arts de l’esprit, au milieu de la barbarie qui naissait déjà de toutes parts.

Proconsul d’Afrique, préfet de Rome, prince du sénat, pontife, il eut par-dessus tous scs litres la réputation de grand orateur ^ et fut comparé à Cicéron. Pour nous, Symmaque est un exemple curieux de l’état des lettres et de la civilisation païenne, au quatrième siècle ; et à ce titre on peut l’étudier.

Symmaque était zélé pour le polythéisme. L’histoire explique comment, au milieu de la ruine de l’empire, ' dans la chute de la discipline, dans l'oubli des vertus * guerrières, quelques âmes ardentes avaient pu lier les

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DE SYMMAQUE ET DE SAINT AMBROISE. 515 sentiments qu'elles éprouvaient au souvenir et au regret de raiicienne religion, contemporaine de la gloire de Rome. Le paganisme, si docile sous la main des tyrans, tenait cependant aux plus belles époques de la république. Avant de s’avilir par l'apothéose d’Octave, il s'était honoré des veilus de Scipion : et ce regret de la liberté perdue, ces nobles traditions que, depuis tant de I siècles, les âmes généreuses se transmettaient, dans le ^ silence de l'esclavage, parlaient en sa faveur, et s’autorisaient des malheurs publics. Enfin cette poésie, cette ^ éloquence, qui devaient être la consolation et le refuge des âmes élevées, étaient toutes remplies des fables et de la philosophie païenne. Lors même que le scepticisme, généralement répandu, décrédilail ces ingénieux mensonges, leur séduction agissait encore, à defaut de leur autorité. Elle inspirait à des esprits, même éclairés, une sorte d’attachement pour un culte inséparable de tant de beaux souvenirs, qui faisaient le charme do leurs études. Ainsi, tandis qu’une partie de la foule ignorante tenait encore aux idoles de ses aïeux, regrettait les fêtes licencieuses de l’ancienne religion, et dans sa haine aveugle contre les chrétiens, leur reprochait tous les maux qu’elle soulTrait, quelques âmes généreuses, quelques esprits séduits par le charme de l’éloquence et des lettres, s’opiniâtraient pour des fables qu’ils ne croyaient pas, mais qu’ils aimaient, dont leur imagination se laissait doucement flatter, et qu’ils confondaient avec les deux biens qu’avait perdus Rome, la gloire et la liberté. ' Dans les époques successives d’une société, comme dans les différents âges de la vie de l’homme, c’est une disposition naturelle à notre esprit d’imputer les maux qu’il souffre à l’absence des illusions qu’il a perdues. Ainsi, philosophe et homme d’Élat, Symmaque défendait, au milieu du siècle de Théodosc, le culte et la

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