DE SYMMAQLE ET DE SAINT AMBROISE
^ publics (l’une pelile ville d’Asie. Symmaque, non-sculemenl ne peut s’élever aux grands inlcrôts de la liberté romaine, qui irndcnl les Icüres de Cicéron si allacliantes et si vives ; mais il n’a pas môme le dédommagement d’une obéissance honorée par les vertus du prince et la grandeur de l'empire. Il n’a point à recevoir les ordres d’un Vespasien ou d’un Trajan. Préfet de Rome, il prononçait des panégyriques à la gloire des tyrans fiassagers, que le caprice des soldats faisait monter sur le tr(5ne et bientôt disparaître. Ses lettres sont remplies des noms barbares de ces Francs ou de ces Germains, qu’une fausse politique appelait à la cour des empereurs et aux prcmièivs dignités de l’État. On croirait qu’un autre peuple habite ritalie. Les maîtres n’y sont plus. La terre romaine a changé de face ; et sur ce grand théâtre, où paraissaient les conquérants du monde , on n’entend que quelques sophistes qui, dans la langue des anciens sénateurs de Rome, flattent des soldats et des Barbares. Les décombres d’un vaste monument, l’aspect des colonnes renversées, des murailles ouvertes et noircies, a quelque chose de moins triste que celte dégradation morale d’un grand peuple, tombant en ruine de toutes parts et laissant apercevoir dans ses débris un vestige à demi effacé de son ancienne gloire.
Celle décadence semble suivre la progression même de la servitude. Pline, écrivant à Trajan, ne lui donnait que le nom de seigneur, qui, dans les mœurs du temps, était le terme de bienséance pour tous les citoyens. Les lettres de Symmaque sont chargées de tous les litres de la domesticité du Bas-Empire ; cl ces princes, qui duraient si peu, y sont traités, non-seulement de divinité, mais d’éternité.
Symmaque sent avec regret ce qui manque de grandeur à son temps et de liberté à son langage, et ce qui
DE SYMMAQLE ET DE SAINT AMBROISE. 519 réduit souvent ses lettres à de vaines formules ou à une brièveté trop discrète. 11 se plaint quelquefois de ne pouvoir échanger avec ses amis qu'une redite d’insignifiants saluls. Il n’adinet pas celte maxime arrachée par dépit à un d’eux , qu'il ne faut désormais prendre rien plus à cœur que les affaires privées ; et il envie le temps d’autrefois, «où nos pères, dil-iP, jetaient dans leurs cor- « respondances familières les utfaires mêmes de la patrie, « qui maintenant sont petites ou nulles. » A défaut de celle liberté perdue, il voudrait trouver des sujets d’entretien qu’on n’ait pas essayés encore. Ces sujets se rencontraient peu. Rien n’est plus présent à l’homme el^ n’agit plus sur lui que la société qui l’entoure ; il ne peut s’en séparer par l’imagination et l'étude. Symmaque y revient donc souvent, malgré sa réserve. Sans compter les faits de droit municipal et civil que la science a recueillis dans quelques-unes de ses lettres , qui sont des rapports à l’empereur, on peut tirer de presque toutes des inductions pour l’histoire, ou du moins pour la peinture des mœurs. La rareté des grandes actions au milieu de révolutions fréquentes, le défaut de génie dans la culture assidue de l’esprit, l’illusion des formes antiques njêlée à la réalité du pouvoir absolu, la lutte prolongée des souvenirs contre un monde nouveau ressortent et s’expliquent par ce témoignage où tout est expressif, le silence sur quelques points , autant que les détails sur d’autres. Le sénat ne paraît plus occupé de ces grands débats de vindicte publique, où l’ardeur de l’accusation et de la défense rappelait presque l’ancienne liberté du forum. Il n’est plus le tribunal, où comparaissent des prêteurs et des proconsuls en face des provinces opprimées qui portent plainte. S’il est une fois appelé à déli-
* Symm. Episl., lib. 11, episl. 3j.