‹ Tableau de l'éloquence chrétienne au IVe siècleChapitre 5 sur 26 · PRÉFACE. VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. VII

de l’histoire! Un écrivain sceptique du dernier siècle observait qu’en général, le pape, comme souverain tem- [)orel, par les conditions ordinaires de son élection, de sa personne et de son pouvoir, échappait au plus grand nombre des inconvénients et des vices de la souveraineté absolue.

Qu à ce privilège, insuffisant aujourd’hui, pour des yeux plus difficiles, viennent se joindre, par la main d'un généreux pontife, des réformes durables, un exemple immortel qui sera la tradition de l’avenir, voilà ce que doit souhaiter l’Europe, pour l’avancement de riUdie. Pie IX n’est pas Rienzi, et ne doit pas lui faire place. Car Rienzi même, sous une forme plus moderne, ne serait pas aujourd’hui dans Rome plus puissant et moins éphémère qu’au moyen âge.

La tribune impérissable de Rome, celle que l’épée ne brise pas, qui survit à la force barbare et à la force éclairée, qui arrêtait Attila, et dont la résistance préparait la chute do Napoléon, c’est la chaire pontificale s’adressant à tous du sein de la grandeur, ou de la captivité, du Vatican, ou de Fontainebleau.

Que sons cet abri s’affermissent des libertés publiques, une administration civile ! Mais que jamais le peuple de Rome ne veuille, par l’agitation, asservir son Église! car s’il triomphait, il perdrait son droit le plus précieux, celui qui a couvert et favorisé les progrès heureux de l’Italie. Il tomberait dans cette anarchie exposée à tous les hasards, telle q>ie la vit le commencement du moyen âge; ou il essayerait encore cette représentation républicaine de 1798 qui ramènerait pour lui César, ou même, sans César, une armée étrangère. Rome est un but d’ambition trop grand pour rester hors d’atteinte, s’il n’est sacré; et il ne peut l’être qu’en la personne du pontife, et pour la défense de ceux qui entourent son

Digiiized by

VJII PRÉFACE.

lK)uvoir d’un respect religieux. Rome, si elle n’est la cité'du pape, heureuse et libre par lui, est une capitale sans empire, et comme on le disait du temps d’Alaric, la Icle coupée de l’ancien monde. Il vaut mieux qu’elle soit l’ame de la société moderne. Le succès paisible d’une grande œuvre est à ce prix. La main qui bénit est celle qui peut affranchir sans retour. Tout ce qui peut cire fait de grand par le courage et par la pensée, il avait été donné dès longtemps à la France d’en offrir l’exemple au monde. Mais cet exemple ne suffisait pas pour étendre à d’autres peuples les institutions de la ' France. Il fallait pour l’Ilalie une consécration, qui sera d’autant plus puissante, que l’autorité d’où elle émane demeurera souverainement libre et respectée.

P. S. Ces pages étaient imprimées et près de paraître, au mois de février de l’année dernière. En les publiant aujourd’hui, je ne crois pas devoir y rien changer, non que je ne sente combien ma prévoyance était courte. Mais, sur un point du moins> elle me semble plus confirmée que démentie par les événements. La pensée qui ne séparait pas Rome de l’inviolabilité pontificale et ne croyait pas qu’elle pût devenir la capitale républicaine d’une Italie nouvelle est toujours vraie; et les raisons n’ont pas changé, quoique Pie IX soit à Gaëte.

Page 1