T1BLE4U
maiolenant dans plusieurs coairées de FAsie , et telle quelle existait jadis dans une grande partie de l'Europe, l'état où chacun^git comme son propre maître d après le sentiment de l'honneur, la sainteté morale du pouvoir paternel, les droits de l'hospitalité, et soutient ses privilèges lui-même, d'après les principes de la vengeance du sang; si l'on compare, dis-je, cette liberté avec l'état des choses existant dans les pays civilisés, il paraîtra très douteux lequel dç ces deux états est préférable pour la justice , pour le sentiment immédiat et le bien de chacun ; si c'est la vie dans l'état de liberté , ou bien le gouvernement civilisé qui atteint si imparfaitement son but, empêche ou réprime rigoureusement à la vérité de petits maux et des injusti-* ces de détail, mais amène par contre à sa suite de grands malheurs .d'autant plus à craindre.
Mais ce qui contrebalance tous ces maux et fait regarder les grands jÈtats civilisés comme salutaires pour Thuipanité, c'est leur nécessité pour la haute clôture intellectuelle. Où celleci serait^elle possible, sans cette communauté des époquei» les plus anciennes ef. les plus éloignées dans Favenir, par laquelle l'humanité ne forme qu'un seul tout, qu'un seul ensemble?
DE L'HISTOIftE NODERNË. 291
Les grands Etats civilisés pi'oduisent ce riapport, et compensent ainsi les autres maux qu'ife entraînent après eux ; ce qui partout est grand et bon 9 cette jouissance et ce sentiment intime de la vie^ sont possibles aussi dans letat de li-^ berté; seulement la connaissance qui acquiert toujours ne l'est pas. Aucun génie humain n'a jamais été capable de trouver la vérité par lui-^ même et isolé du monde fChaqae homme qui entre une fois dans l'enceinte do savoir est soumis malgré lui à l'action de tout le pa^ et d'une grande partie du présent.
Ce n'est donc pas seulement dans le prince d'où ils semblent surgir, mais encore dans une influence éloignée, que gisent la nécessité et le bienfait des gouvernemens. Ils servent à an but invisible et élevé d'une communauté sainte dont les fils s'étendent depuis le commence^ ment de l'histoire du monde, au travers de tou^ tes les positions et de toutes les époques , jus-^ qu'à ta dernière dissolution du genre humain. 11 en est des hommes en général comme eti particulier; de l'histoire comme de la vie : le commencement et la fin sont obscurs, lenDilieu seid esi clair k De même que personne ne saurait se souvenir du premier réveil de son existence ;
292 * TABLEàU
de même que l'instant de la dissolution finale f quelque souvent que nous l'ayons observée chez les autres , où elle est quelquefois effrayante ^ quelquefois pénible^ selon ce qu'a été la vie qui la précéda y paraissant chez quelques-uns comme une lumière brillante , en un mot y prenant pour chacun une forme différente » demeure cependant pour nous-mêmes un secret; de mémeliussi l'œil humain ne saurait pénétrer jusqu'à l'origine de l'histoire ou jusqu'à sou avenir le plus éloigné.
On n'a qu'à jeter un coup d'oeil sur les époques qui nous euMironnent^ réfléchir un instant à ce but éloigné non encore atteint, pour se convaincre que toutes les œuvres et toutes les institutions, des hommes ne sauraient être autrement , d'après leur nature, qu&parle passé, marchant en avant , seulement pour un temps déterminé , qui est destiné à un degré du développement de son esprit.
Cette vérité peut s'appliquer aussi aux ins- ^ titutions politiques et à quelques institutions particulières. L'État n'est pas le seul grand lien qui trouve place chez les hommes. La société de l'Eglise et le lien commercial, quoique moins fortement construits à l'extérieur, n'en
D£ L'HISTOIRE BiODERNE. 295
sont que d'autant plus étendus. Comme tout autre art y la politique a ses limites insurmontables, et seulement tfop souvent le dix-hui- ^ ttème siècle fit à l'humanité des présens que la politique la plus vaste et la plus complète ne put seule détruire. La restriction de k politique ordinaire se montre de la manière la plus décisive j lorsque y ne reconnaissant pas ces deux grandes forces du monde, l'Église et le commerce/ comme indépendantes, elle ne se contente pas de poser quelques bornes à leur action sur l'État, et veut plutôt elle-même les terrasser et les incorporer en elle, au détriment sensible de l'État.
Pour les observations de ce genre sur ce qui, dans les in^itutions et les force» extérteures des hommes, >&st passager et destructible, ou ce qui est d'un mérite durable, on trouve matière dans l'histoire de la dernière moitié du dix-huitième siècle; car, dans ce court espace de temps, presque tous les États, éprouvèrent des changemens et des secousses remarquables. Il existait un germe de division non-seulement dans la politique , mais aussi dans la force d^ l'Etat et dans sa direction, qui opéra tantôt comme une lutte de l'antiquité contre les in-
M4 TABLBAI)
novalions, tantôt coinme le con^t de deox sysièmes différens de gouyemeroens«
(^ oe saurait mieux désigner ce principe desinicteur qu en disant que l'esprit et le corps de rÉtat étaient désunis, ou plutôt que leurs reiatioos sDutuelIes fuirent bouleversées. L'ancienne direction et la politique du gouvernement reposaient plus ou moins sur les principes de la religion, sur les mœurs nationales , en un mot, sur des ressorts moraux. Avec le dixhuitième siècle vint une nouvelle pcJitique qui comptait non sur l'activité des ressorts moraux^ mais sur le développement des forces matérielles, et croyait, par ce calcul et par Temploi bien ordonné de ces forces, amener le inécaaisme du gouvernement politique de la ma-i^ .jBiière la {^us sûre à la perfection. C^tte politique calqulatriee et mécanique avait ses principes lés plus proches dans le commerce , dont l'infhience et les fruits commençaient alors a agir ea masse sur FEurope , à augmenter et à multifdîer les forces matérielles, les relations et les Jt>esoiasf mais ensuite elle prenait aussi sa ^ source dans ce que l'Europe était divisée entre quatre grandes puissances terrestres^ qui , quoi* que n'étant pas absolument semblables, étaient
DE L'HISTOIi^ MODERNE. 29S
cependant assez fort» pour vouloir chacune obtenir le premier rang. La rivalité réciproque de ces grandes puissances désigna pour ptre** mier but de la nouvelle politique^ d'étendre le plus possible les forces matérielles de TÉtat et de les âever au plus haut ^degrée Les petits États suivirent cet exemple. '
Une uniformité générale, oii régnaient Fha* bitude et le droit, les mœurs et la direction morale, ainsi que des limites qui, sous un au-^tre rapport, agissaient peut-être d'une manière très bienfaisante; tel fut le but intérieur. Pour l'agrandissement et Kisolement à l'extérieur, on ne trouva trop grand aucun des sacrifices et des effortsqu'on eûty dans l'ancien temps, plus facilement fait penir l'honneur et la justice^ pour l'optniidnr publique , la foi , ou quelque au^*tre àen ressorts moraux, que fK>ur un agrandissement de ses frontières; L'emploi exagéré "^des ibrc^s conduit à l'assoupissement; c^est ce qtii parut plus d'une fois datis les grandes guerres terrestres du dix-«huitième siècle, lorsque l'argent, manquant pour entretenir de si puissantes forces réunies, k guerre tomba dans mie dépendance des finances et des subsides telle qu'on ne l'avait jamais vue.
Le calcul seul, lorsqu'une fois il l'emporte sur le courage, l'esprit ,et la volonté, sur toute la force morale , échoue facilement : c'est ce que prouvent, entre autres, les finamces elles* mêmes, qui , tandis que dans plusieurs États elles devenaient toujours plus le but déterminé et le principe de l'ensemble , et qu'on en faisait même l'unique et seul objet digne de l'attention de la politique, tombèrent, dans la plupart des pays du moins, dans un état de désordre plus grand que jamais. Quelques écrivains , à cause de cela , ont voulu représenter ce^ nouvelle manière de calculer les forces matérielles, la statistique et la politique fondée sur lesprin*^ çipes et les tables de la statistique, comme une science pernicieuse, et même comme la source principale des maux qui ont accablé VEurope.
Mais c'est ce qui s'appelle confionidre. la chose avec l'abus; c'est comme si. J'o». voulait chercher le principe de rathéisine:dii.di3&*fauitième' siècle daqs les progrès merveilteiix de Ja physique , qui plus d'une fois en e£fet, .quoique très^innocemm^nt , ont favorisé et amené une liberté de penser illimitée.
Ce n'est pas dans le calcul politique et dans l'emploi des forcer matérielles 4^ l'État que se
trouvait le mal, ma» bien dans ce qu'on bouteversait Tordre des choses, soumettant ou sacrifiant tout4i-fait les forces morales aux matérielles, dans ce que l'esprit des Etats s'éteigbit toujours davantage, tandis qu'on cherchait à faire de leurs corps, non des corjks vivans, mais des machines mettes toujours plus parfaites.
Les forces matérielk«9 sont brillantes et grandes quand elles servent l'esprit; mais elles sont pernicieuses lorsque, dans cette richesse, l'esprit languit et est oublié. Ce n'était pas dans le commerce, dans le luxe en lui-même, ni dans les armées permanentes, ni dans les impôts augmentés, ni dans Téconomie politique et la statistique , que gisait le mal , mais bien dans ce que, tandis que ces nouveaux arts se perfectionnaient et atteignaient une influence supérieure, les ressorts moraux s'éteignaient toujours davantage. Les premières causes de cet assoupissement se trouvent dans l'iadifférence et la fausse sagesse produites par la division religieuse. Les vues mathématiques et la politique, travaillant pour le pouvoir absolu, étaient bien faites pour faire chanceler les anciens usages moraux et la civilisation de la société humaine; un tel aspect mathématique et seule-
298 TABIJSA.U
ment matériel , en opposition aux priniâpes moraux, était Tessence pro[Mre et Fesprit intinoe du nouveau système, et par là de toutes les ré-^ Tolutions suivantes, tandis que le nom séduisant de la liberté n'était qu'un voile trompeur; c'est ce qui est bien évident.
Parmi tous les États de l'Europe qui éprouvèrent d'abord des secousses, les révolutions de la Pologne, de la Suède, de la HoUande^ sont les moins remarquables, 'parce qu'elles ne sortirent pas entièrement de leur intérieur, et furent en grande partie amenées par l'influence étrangère. L'Angletwre et la Russie durent leur grande forée, durant le dix-huitième siècle, en partie à ce qu'ayant déjà eu plus tôt leur révolution^ elles étaient par là rassurées contre de nouveaux bouleversemens. L'Angleterre, après une longue guerre, avait su enfin établir un heureux équilibre, entre les anciennes for* mes, les principes moraux et les nouvelles richesses matérielles, ainsi que les relations qui en étaient résultées; équilibre artificiel qui n'eût pas été durable si l'esprit national ne l'avait maintenu et supporté. En Russie, les forces matérielles et morales de l'État étaient du moin3 réunies dans une seule main, en sorte que
* DE L'HISTOIRB MODERNE. 299
toute dirisico) remarquable avait'dispara, ou du moins on avait trouvé une forme de gouvernement qui, puissante à ^extérieur, sure dans rintérieur, quoique li'étant pas absolument exempte de blâme , se trouvait cependant convenablement assortie à l'esprit et aux circonstances.
La secousse fut presque générale. Non seu- , lement les peuf^es, mais les gouvernemens furent emportés par le vertige de la raison qui dominait alors. Que si dans quelques contrées les disciples du nouveau système de matérialisme politique, réussirent à entraîner le peu-* pie à prendre une part fanatique à ce qui était directement opposé à ses sentimens intimes, à ses anciennes croyances; dans d'autres contrées, Faliénation du nouveau système mécanique et rattachement à l'ancien édifice moral , accommodé aux mœurs nationales, occasionnèrent des révoltes populaires considérables et nne opposition générale. Une preuve de l'universalité de ces secousses, dont le principe ne se trouvait pas seulement dans telle ou telle nation > mais bien dans l'époque et ses relations, c'est que cette contrée elle-même, qui était si peu faite pour les nouvelles idées politiques, Tem-
pire turc, par rintroduction d'un nouveau système militaire, qui parut d'un mécanisme plos parfait et rendu nécessaire par la rivalité des nations civilisées, fut de nos jours ébranlé par des soulèvemens et des catastrophes dignes de remarque.
Deux des plus grands États protestans restèrent seuls tout-à-fait exempts de la secousse générale, parce que chez eux, avec Fancien ordre de choses, le gouvernement qui existait avait été anéanti, et qu'il ne leur restait plus rien de ce qui s'opposait au nouveau système^ de ce qu'il cherchait à détruire. L'élminlement dut être sans comparaison bien plus fc»t dans les grands États catholiques, surtout en France et en Autriche. L'Espiagne fut par l'exclusion de tout élément hétérogène, par sa simplicité intérieure, mieux garantie du moins dans le commencement. L'Italie et les petits États de l'Allemagne dépendaient soit de l'Autriche, soit de la France. Le germe du changement politique en France se trouvait dans les oscillations entre le système militaire et le système commercial, ce qui, même dans les finances, eut pour résultat la ruine des deux systèmes, la chute des deux partis , des manufactures et de
DE L'UlSTOIlVfi MODERNE. 501
l'agriculture. Cependant la révolution européenne ne commença pas ici, ce fut dans une . autre contrée. En Autriche, le motif de plusieurs réformes et d'innovations essentielles se trouvait dans la diversité des parties de la monarchie elle-même; elles furent promptement amenées et appellées par le puissant génie de l'empereur Joseph, qui était tout pénétré et saisi de la tendance et de l'esprit de son époque.
Qui semblait être plus que l'empereur Joseph II appelé non pas à se laisser entraîner par son époque, mais à la dominer lui-même, et à conduire d'une main ferme ses grands pas? Car, outre la force et la raison qu'il fallait pour cela y nul n'était aussi bien persuadé qu'il voulait la justice, et nul ne voulait ce qu'il désirait -avec tant de résolution, tant de constance.
Poiïrquoi ces grandes espérances ne furentelles pas également toutes remplies? Pourquoi le successeur illustre de l'empereur Joseph dutil chercher la renommée d'une sagesse remarquable, en renonçant avec une modération rare et l'union de la fermeté à l'indulgence, à une partie des projets et des principes de l'empereur Joseph? Cette question a déjà été exposée
502 TABUAU
plus tôt. Pour y répondre, aatant que Thisloire le permet^ je ferai les remarques suivantes. Je me bornerai seulement au point de vue gêné-rai ; le détail du plan , des principes et des projets de Tempereur Joseph, tels qu'ai partie, quoique ce soit la moins nombreuse, ils furent entièrement exécutés, en partie retirés, et en partie laissés inœm(dets au milieu de leur accomplissement, est maintenant encore un objet de rintérét immédiat le plus vif, et d'une recherche plus entraînante encore que fhistoire et ses tranquilles observations.
La plupart des écrivains ne recherchent la cause générale du succès incom[det des projets de Joseph , que dans la conduite trop impétueuse de l'empereur, qui voulut recueillir les fruits immédiatement après avoir semé, et ne laissa pas le temps à un accroissement paisible.
Quelque claire que paraisse cette remarque, d'après la position, l'éducation, les destins et le caractère de Joseph, quelque juste qu'elle puisse être en général, elle ne peut cependant également s'aj^iquer à tout. Toutes les amé* liorations utiles ne se font pas dans le gpu veme^ ment lorsqu'on veut les attendre du temps, sans y participer, et comme d'ellesHDBièmes.
Beaucoup de changemens^ une fois qu'ils sont reconnus comme salutaires et bons, doivent être exécutés de suite ^ d'une seule fois, ou jamais ; les formes modérées ne peuvent pas non plus être toujours observées.
< Il me semble que ce qui s'opposa aux projets de l'empereur Joseph et qui empêcha souvent leur réussite, c'est surtout qu'il cherchait trop peu à gagner et à diriger l'opinion publique. Les grands obstacles et les difficultés souvent insurmontables que cette négligence jeta sur son chemin, dans les Pays-Bas et la Hongrie, dans l'Eglise catholique, et chez les puissances protestantes, surtout daçs son propre empire et en général dans l'Europe, n'ont pas besoin d'une analyse plus longue.
Ses adversaires surent tirer parti de cela..
Ainsi il arriva que celui qui avait d'abord anéanti les. anciennes formes et la justice en Allemagne, se donna comme protecteur de la liberté allemande, sous le nom pompeux d'une confédération de princes, dans le même sens qu'elle avait été conçue aussi dans les anciennes époques par d'autres ennemis de l'empire et du nom allemand; cette farce tristement sérieuse, trouVa crédit auprès de la nation trop facile et
trop crédule, et fennemi eut pour faii la ymx pabliqoe.
Sous le rapport de la religion, les vues de Tempereur Joseph forent aussi mÀx>nnues et injastement jugées. La société des jésuites fat renversée par un coup préparé dans le silence, auquel la jalousie des autres ordres contribua. Cette société, qui, après que d'autres instituts ecclésiastiques étaient tombés dans une inaction complète , demeurait active et la plus influente pour le bien de FÉglise en Europe et dans d'autres parties du monde, était par ses talens, ses connaissances et l'éducation qu'elle répandait, bien d'accord avec les besoin? de l'époque.
Quel autre ordre pouvait maintenant espérer avec raison, que son existence serait respectée^ qu'une exception serait faite pour lui, et quel changement devait paraître inexécutable ou seulement difficile , dans l'Église , après que ce grand coup eût réussi à ses adversaires ? ^
Autant de certaines réformes étaient inévitables, autant elles eussent été salutaires, si au lieu de ne travailler qu'à renverser et à détruire l'ancien, on eût aussi fondé le nouveau, reconnu et conservé tout le bien qui existait déjà; tout dormait, tout était assoupi, mais l'activité* di-
DE L^HISTiOiafi .MODERNE. 505
rigée avec force, ramienée vers sa destipatioa
primitive, aurait redonné de la vie à j'esprit,
aurait institué le. tout avec proportion d'après
les circonstances changées. de. Tépc^que. C'est
cela qui s'appelle vraiment réformer, mais, à la
vérité c'est un œuyrç difficile et péniblq^ L'îeS-
prit de ré|K>qae penchait davantage pour ce
qui était facile, il préférait détruire sans rien
mettre à Ja place. Que si l'on voulait donner à
quelquQS-uns des médiocres panégyristes de la
nouvelle • réforme religieuse, une importance
qu'ils ne njiéritent oertes^ pas, .on croirait près-
que qu'on eut l'idée de créer ^m mélange peu
naturel de la.fqi.c^itholîque.et proteftante, ou
de se séparer .t«)fit*fi-ff^it fjLe^l^'$g!,i/)ç catholique
universell^e,. p^ l'introduiçtioi^. ^'jj^i qhris^tiaH*
uisij^e naticfnal aji^tricbien, totpt^p^t^iQulieF.Ui^e
telle. intenjtioipL ét^it b^n , Ipin» djLi . grand, génie
de l'emperc^ur Joseph pt de sa cqnscience pleine
de droiture. Les. écrivains qui le connur^at
per sonnelkjiment , ont suffisamment prouvé qu^
ses propies pensées et sa persuasion intime
sous ce rapport étajient bonnes et d'accord ay^ c
la religion. Tout ce qui peut paraître contraire
à cela, est ou moins important, ou bien pe
vient pas de lui-*méme, mais bien de 1^ luési^-^ n. 20
304» TABLBA<J
telligence oa de TexâgérMion ded interprèles, ou de l'influence des eonseiller» , dont le monarque le plus rempli de prudence ne pal jamais se défaire entièrement par sa pn>pre force..
ir serait superflu de citer tous les points dans lesquels Tempereur Joseph fbjL' méconnu de là même manière, parce qu'il eut un nombre considérable d'ennemis , et parce que luimême il négligea de s'emparer de Fopînion pûMique. Cette néglig«ice est d'autant plus déplorable, que l'opinion publique obtînt bientôt un poUTbii^imimettse et éffrayiint, et dirigea pi*esque ittdojiveiïtent la toàtche de l'époque. Et combién"n'avaît-41 pas de moyens de s'emparer totitiià>-ftit'^e f opinion ^dbliqûe, de saris îr le gouvernail de fépoque et de le conduire de la Imanière la plus ftivbraWë au Wen général î Lui, l'héritier et le favori de «Maximîlien et de CSiarles Quînt, le successeur de Mathias Corvin, empereur d'Allemagne, sotfvèrain des Pays-Bas allemands et français, seigneur et prolecteur des provinces les mieux cultivées, les plus civilisées de l'Italie, homme d'an es* prit pénétrant, d*iine force et d'une activité iniktigables, d'tin savoir profond dans les con-
DE L'HISTOÉM MODERNE. 30t
naissances utiléi, ccMinats^nt les diiFérens pays et peuples de rSurope par hii-^méme, maître de tant de langues^ ^'une conversation entraînante^ irrésistible; il aarait dd dominer tous les ea« prits, être le génie conservateqr de FEurope^ et imposer silence à h tempête dévastatrice qui menaçait.
Joseph II aurait aussi ii^oé d'une manière bienfaisante sur lni-mém«. s'il s'était mis di*** rectement en contact avec l'opinion publique > s'il l'avait davantage considérée et recherchée. Ce n'était pas des théories exclusives , et les systèmes vacitlans de quelques écrivains, que. le besoin de Fépoque et ses nouvelles relation» exigeaient réellement , comme on Ta remarqué; dans ses vues sur plusieurs points de la légis^ lation et de l'administration intérieure.
L'empereur Joseph voulût en politique , seu-» lement avec plus de force et de d^Scision, la même chose absolument que la plupart 4es souverains du dix-huîticme siceleavaient voulu, Funitë intérieure de l'État, Visolement le plus absolu à l'extérieur. Ce dernier n'était pas ap-proprîé à la nature particulière du gouvernement autrichien, car cette monarchie, qui déjà par sa position n'aurait pu qu'à peine s'isoter^
308 TABtBâC
d'après sa destination prîmitive^comœe le cœur et le centre de l'Europe , en alliance la plus intimeayec toos les Etats les plus marquans, était un État impérial vraiment universel, et n'aurait probablement pu cesser jamais entièrement de l'être.
Cette séparation de l'état politique et cette démarcation des limites parut surtout tout-*àfait impraticable, aussi long-temps que le souverain de FAutnche fut aussâ empereur d'Allemagne.
L'unité de toutes les parties de la monarchie, en particulier une union toujours [dus complète entre la HcHigrie etl' Autriche allemande, était sans contredit le prunier et le plus désirable bienfait. -Mais ce n'était pas une uniformité mécanique dans les formes administratives extérieures, ce n'était pas un mélange matériel qui était à désirer, c'était bien plutôt qvm les anciens Ifens moraux qui existaient entre la Hongrie et l'Autrîcheiussent toujours plus fortement noués et plus généralement reconnus. Une comparaison éclaircira ntieux la chose. Le pins grand des ancêtres de l'empereur Josçph, Charles Quint, gouvernait une mons^chie qui, s'il est possible, était composée
DE L'HISTOIRE HODËRNË. 509"
de parties encore plus diverses que l'Autriche du. dix-huitième siècle. Parmi toutes les institutions recommandables que ce grand monarque fonda , aucune^ peut-être^ ne fut plus profondément pensée que la direction qu'il donna à l'union dés grands d'Espagne ^ et l'esprit dont il anima l'ensemble de cette monarchie. Les hommes les plus puissans et les plus grands de toute la nation formèrent ainsi une classe brillante et élevée autour du trône, par laquelle d'abord là Castillè et FÂragon, sans mélange matériel funeste^ et sans une destruction in-* juste des privilèges particuliers, furent entièrement réunis, et les Pays-Bas et Naples plus solidement rattachés au pays principal, car les premiers de ces pays purent aussi prendre part à cette' haute digiiité. De là l'unité et îa grandeur de la monarchie espagnole. Tandis que la civilisation italienne , les arts et les sciences florissaient en Espagne , le pouvoir militaire et la politique desEspagnoIs> fondée sur des idées plus élevées , dominaient dans l'Italie en décadence, et la tiraient de l'état de dissolution dans lequel elle s'était elle-même plongée ^ et tandis que, (dans les Pays-Bas, la langue et les mœurs espagnoles prenaient toujours plus racine, reni7
pereur ne regarda pas comme achdessotB de sa dignité de s'occuper de l'introduclion des Tétemeos hollandais en Espagne. On peut dire qne, dans cette grande image ^ étaient renfermées des lois convenables à toutes les parties di* verses dont l'empire était l'assemblage; et si <^qae constitution particolière et cbaqae gouvernement de chaque pays séparé étaient appropriés à tout ce qu'exigeaient le caractère y lès privilèges et les moeurs^ le langage et Fanatique origine de son peuple , l'unité du tout devait être maintenue de la manière la plus sûre et la jhj% durable par un tel sénat ^ composé des grands de tontes lés nations civilisées , rassemblés autour du trône.
Pour ce qui regarde la Hongrie /on ne doit pas tirer y de sa constitution^ des c^je<iioDs eoi^re les^formes de l'empereur Joseph. Étaitil donc bien possiUe que, tandis qiie tout avait changé en Europe, la Hongrie pût rester ce qu'elle avait été de{mis près de cinq cents ans f Mathias Corvin et Etienne avaient ^ non sans 1m vouloir, diangé beaucaup dams leur époque , extirpé le vieux, amené du nouveau, et furent néanmoins respectés par la nation comme de ^ands rots. L'einpeieur Joseph,
DE L'HISTOIRE lUOOERNE. 5| |
avec la force interne de son génie, dut se sentir appelé à un œuvre sen^blable; mais malheureusement les esprits furent blessés des moyens qu'on emfioysL, et avec les réformes trouvées mauvai3es furent rejetées aussi celles qui étaient vraiment nécessaires et salutaires.
De tous les changemens et de toutes les innovaMon» que Tépoque présente a amenés pu s'est efforcée d'amener, la noble/ise, ses privi^ léges exclusifs et sa destination originaire, ont été le point capital, soit que nous considérions ees ipouvemens ou la question s'est présentée comme l'objet de recherches pacifiques , ou bien là cm elie fut le but propre de la guerre la plus opiniâtre. J'ai représenté dans ce tableau des différentes époques de l'histoire moderne, la noblesse pomn>e la force fondamentale tou*jours subsistante de l'EItat. Un coup d'œil, jeté en arrière, terminera com[dètement les pré>^ sentes observations, et j'ai seulement à répon-dre à la question suivante : Quelle f^it la nouvelle forme et le nouvel aspect que {présenta la noblpssie après les grands événemens du dixhuitième siècle? €e qui suit n'est pas autant une réponse complète , que l'expression d'un sentiipent et une digression comme sur une
circoDfttaiice qui jusqa'à présent n'appartient pas a rhîaloire, mais est encore engagée dans |a lulle de smi développement.
Le mouvement de Tépoque apparaît évidem* ment comme une lutte de l'ancien et du nouveau. La noblesse a aHn[HÎs et senti sa vocation d'être la protectrice de l'antiquité; et, dans cette direction, elle a fait une foule d'actions iUastrès. Mais il ne suffit pas de vouloir et de défendre l'ancien, uniquement parce qu'il est ancien. L'histoire nous appraoïd que Tessence de la noblesse ne consiste pas dans quelques privilèges ou dans une forme extérîeiune, quelque nom qu'elle puisse avoir. Nous voyons plutôt d'après l'histoire, et c'est ee que je me suis efforcé de montrer, que les formes de la noUesse ont souvent changé, mais que cependant, sous les différens aspects qu'elle a présentés, et dans les privilèges extérieui^s qu'elle s'est appropriés , elle demeura toujours essentiellement la même par sa destination intime.
Il est téméraire le dessein de ces partisans du nouveau, qui veulent ou croient détruire l'ancien , efe s'imaginent que les véritables innovations consistent dans tel ou tel système, ouvrage d'un individu. Les véritables innova-r
DE L'HISTOIRE MODERNE. 3 f 3
tiens :11e Sauraient être Fouvrage d'un. seul ^ quelque grand que fût son génie ou son pouvoir; elles ne peuvent être amenées et créées que par la marche générale de l'humanité, ou, pour parler d*une manière plus conforme à la vérité, par la volonté supérieure de la divine Providence. Mais aussi cette défense de l'antiquité n'est juste que lorsqu'elle entre tout-à-fait dans l'esprit et la haute idée de l'antiquité , et qu'elle en est pénétrée; c'est là la vraie Vocation de la noblesse, et c'est pourquoi aucune noblesse, si elle n'est à la fois noble d'esprit, ne pourra soutenir avec avantage la lutte de l'époque.
Cest eii Allemagne où la constitution de la ilôblesse de l'Europe moderne prit naissance, et particulièrement en Autriche qu'elle a les racines les plus profondes. Dans le grand èmteire du nord qui unit l'Europe à l'Asie, tout est strictement ordonné d'après une unité illimitée. Dans les pays de l'occident, originairement provinces romaines , l'institution de la noblesse allemande ne put s'enraciner si profondément que* dans les temps les plus modernes, comme déjà plus tôt, plusieurs soulè*vemens du peuple n'aient cherché à la renverser
$14 TâBUBAU
oo à la changer e$8eiitieUement. C'eftt eu AJlemagoe ^t ea Autriche qu est le siège de Tanti-^ que noblesse allemande; &a force dut croître et tomber avec l'esprit national. Une noblcBse qui ne serait pas nationale, qui ne voudrait être que Fj^ui du trône, sans être également avec cela la forch la plus digne et la fleur de la nation , serait par cela même condamnable, et ne pour*rait être animée que d'un esprit pernicieux.
Le poison destriideur qui, dans notre épo«* que, ruine tous les gouvememena elleii peuples comme les individus, n'est pas seulement la suite de rassoufMssement^ de l'égoïsme et de la folle stupidité, c'est un mal positif, c'est l'esprit du mensonge, qui non seulemeni se, moiHre dans les écrits des sophistes et dpns leurs faux raisonnemens,.mais encore empoisonne tout dans la vie publique comme dans 1^ transactions et les moeurs des individus; la vérité seule, là où elle briU^ de tout son éclat, peut vaincre cet espirit de mensonge. C'est à elle que uous conduisent le sentiment, d'une conscience tranquille et cette: haute science dirigée vers Dieu, devant laquelle tout vain enthousiasme dé hi ratsott disparaît et s'évanouit. ,
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