‹ Tableau de l'histoire moderne de Frédéric SchlegelChapitre 9 sur 11 · CHAPITRE DOinOEBIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOinOEBIE

Considérations sur le dix-huitième siècle. — Ferdinand 111. -^ Lëopold I*'.— Montecnculi. — Influence exercée par la paix de Westphalie sur les Etats.de TAllemagne, et en général sur tontes les nations européennes. — La chute des puissances asiatiques a fortement influé sur l'Europe orientale. — Eugène. — Pierre le Grand. — L'empereur Charles VL— Maiie Thérèse. — Etat de l'Allemagne au dix-huitième siècle. — Leibnitz. — Ecrivains français die cette époque. — «HeWétitts , Diderot , Rousseau, Yoltaire. — Littérature anglaise. -« Influence de K.ant sur l'Allemagne. — Etat de la France. — Progrès de la corruption et de la dissolution générale. — Joseph II. — Conclusion de c^ observations sur l'Histoire moderne.

Cest avec un sentiment joyeux et élevé , souvent aussi mêlé de trouble et d'émotion, que npus nous arrêtons devant l'image des anciens temps^ o\x, sous une apparence plus unie et plus ferme y la force morale se développait avec plus de vie et de pureté, et où, dans une sphère d'activité plus resserrée, la foi respectait tout ce qui est divin.

Mais c'est avec une impression bien plus sérieuse et plus, grave que nous suivons dans son

fsii TAauùii

enchaînement Thistoire du siècle dernier jusqu'aux événemens de notre époque. Comme lorsque des nuages épais viennent obscurcir tout à coup unoîel serein^ où, de même que dans le calme menaçant qui précède l'orage , le cœur se remplit d'ime attente ipqqiète en voyant les anciens li«M se dissoudre toujours davantage , et, 30US lapparence trompeuse d^lnç. nouvelle civilisation, d'une nouvelle liberté , de la tolérance çt ^ la paix, quelque cbose de terrible se prépafiep dans Fintânei», te«is les événelUeus, par un eiicbaloemeut invi3ible^ se presser toujours davantage vers un grand , dangereux et inévitable destin, qui, dans sa course, devait irrésistiblement entraîner tout^avec lui.

Que si quelques grands hommes et quelques grandes actions nous remplissent d'un sentiment d^dmiration; que si ce destin lui-même, s'approchant à grands pas du genre humain, nous inspire un haut étonuemeni, c'est une inspiration dé courage pour une lutte difficile , un sentiment violent de ce qu'est te devoir, la grande destination d'une époque pleine d'éténemens, plutôt qu'une joie véritable.

L'aspect des ravages de la guerre de trente ans est affreux; mais encore 'ph«s triste et phis

DE L'HISTOnX MODERNE. f Sf

dé|)ilorat)le pour le seatimeot ^ est ce long état» d'impuissance y d'abaîssemeiiC et de faibksse qui suivit cett^ guerre désastreuse. A la vérité^ FAUemagne recouvra quelque prospérité uou-velle; l'Autriche^ par la [dénitude de ses forces inépuisaUes^se releva dans sou ancienne di* gûité. Un nouveau soleil de bonheur hriila sur VEurope lorsque l'Aulriche se montra dans le plus haut éclat de gloire militaire ^rÂngleterre au plus haut point de puissance; et toutes deux^ unies comme le centre d'une grande confédération^ semblaient promettre enfin à l'Europe , après tant d'orages > une domination générale , cm, a la place d'une sévère justice^ la toférance mutueUe et l'équité produiraient un gouver* nement doux^ dirigé par les sentiroens et les principes tie la modération. Mais> après la courte jouissance de ce fisrax extérieur de mo* dération' et d'amour de la paix, on vit bientôt paraître les précurseurs et le commencement de la secocBse générale qui a tout ébranlé.

L'état de faiUessedanskquel non seulement r Allemagne mais encore l'Autriche étaient tombées après la guerre de trente ans^ était tel ^^ que l'empeMuv Ferdinand III , de toutes les vertus qu'on attendait de lui , me put trouver

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Foccasioii que d'en exercer une seule ^ la patience la plus ferme; cependant les qualités glorieuses et le génie militaire qp'il avait montrés à l'importante bataille de Nordlingen, avaient fait naître les plus belles espérances. Ce fut seulement cette vertu et l'infatigable persévérance du comte Trautmannsdorf qui purent enfin obtenir cette paix si vivement désirée par les peuples infortunés^ et tellemrât entravée, arrêtée par l'égoïsme intrigant de k politique.

Le même état de choses dura dans la preinière moitié du règne de l'empereur Léopold I**, d'abord si inférieur à Louis en puis* sauce, et qui, vers la fin de sa vie, devint tout à. coup son adversaire victorieux. Avec les sentimens les, plus droits et les meîlleors^ et avec des connaissances variées de toute espèce , cette monarchie conserva même dans le malheur une consistance, une fermeté qui n'eussent pas été indignes de Ferdinand IL Cependant le grand mouvement des choses et le haut éclat de l'Autriche dans leis dernières années du règne de TempOTeur Léopold , doivent être attribués non à lui-même ni seulemient au grand Eugène , mais bien à la force renaissante jie la

DE L'IlISTOmE MOD^NE. tSS

nation réunie et au changement général de répoque et de toutes les relations. Combien de temps et d'efforts il fallut avant que la force de l'Autriche pût se relever de la chute profonde dans laquelle l'avait entraînée la désastreuse guerre et la paix encore plus malheureuse. Le talait et les opérations de Montecuculi en donnent les preuves les plus frappantes. Ce. héros, comme savant , investigateur et inventeur, n'a pas moins fait époque que par sa lenteur circonspecte et ses temporisations, si "bien appliquées à l'économie de forces peu nombreuses. Un général animé seulement de la gloire, plus téméraire, plus prompt, n'aurait pu le remplacer dans cette tâche difficile de relever le premier degré de la puissance autrichienne.

Pour mieux juger encore l'histoire et les relations de cette époque sous Léopold, dans la dernière moitié du dix-septième siècle, il faut prendre en considération l'action de la paix de Westphàlie sur tous les États allemands dans leur situation intérieure; son influence visible sur le caractère particulier, par lequel, depuis cette époque, se distinguèrent les diplomates allemands. L'esprit si différent, à di-

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verses époques et dans diverses cii«ODStaiiees , des diplomates y considérés ooamie formant une classe séparée , est un des points les phis importons des recherches hisldrique». Est général ^ on peut établir comme un fait inévitable ^ que plus les États vieillissent, {4us le nombre des hommes d'État augmente. L'esprit de cette classe ne sera pas toujours et nécessairement séparé de l'État en lui-même , et^ dans don avantage, nuisible au bien public; cepenrdant*ïl arrive souvent que la décadence générale se montre aussi et de la manière l$i plus prononcée dans cette partie essentieKe àa ttmt, tellemeni qoe le gouvernement paraiit à la fin être tout-à-£ftit entre ses mains : matis cela arriva ^e manières toutes diverses dans, les Etats différens.

En Franîce, feS^pritdefspoliqile se répandit naturellefqent du point cenira) de lapaissânce sur ta nKisse- des honfmies puMids; seulement sous un rapport le pouvoir apparent An sooverain despote parut demeurer dans ftt dép^»< dance, ce fui sous eetui de Fai^ent et des^ finances. Là France fu^ hr prenftièi^ h en (kae l'épreuve. Dans aucun â^itre £ts(t> de FEarofpe, depuis Louis XIV, le nombre et

D£ L'Hl&XOiM MODERNE. ^^^

des gens die fiMn)€e& ne fuurent si considérables^ nulle part cet esprit ne se retrouve si domihbM daks k masse.

Ea Angleterre y h liberté et lancien dâ>at des: princtpes^ républicains, et ntienarehiques des wktgs et des torys développa des fecuké» remar^ables et une noble anobkion chez les hommçs d'État^ n>ais avec elle parut a^ssi un esprit de parti passionné qui souvent fut trop Ritisible; aux grands tatens , €m entraîna des démarohes sans dignité..

La paix de Westpbalîe destina surtout le caràelèv^e des dipioii^tes: «Itemands. V^ auparainanty fattiance^des droits romain et aHe- Hiand ootnpliqumt les affaires ; mais jamais auoune paix ne fut conckie , eomiwe' ceHê dé WestfAalie, qui déterminât len relations réciproques, diaprés toutes leurs formalités, jusque dans les plus petits détails. Ce système de forraaKtés fut le principe de Fènsembledes nations-allemandes, ainsi que de la direction de chaque contrée et (tes hommes publics.

Ge ne fut pa^ seutement la marche des inté^ rets particuliers des États , mais avec eux tout ce qui arriva dans la gtierre et dans la paix , le cours des événemens lui-même, qui prit cette

direction et ce caractère de formalité lente et difficile , mais juste.

Cette marche de toutes les affaires politiques, et l'esprit des diplomates, eurent aussi leur influence sur le caractère particulier de la no* blesse allemande, du moins sur celle d'Autriche. Cette nouvelle forme d'existence de la noblesse, qui avait succédé au droit du plus fort ; cette forme, dans laquelle la noblesse était regardée comme le vrai soutien et l'appui du trône, comme un moyen nécessaire d'union entre le peuple et le roi, et où les sacrifices les plus grands et les plus difficiles formaient la destination de cette noble classe , avait obtenu la plus complète réalisation et le plus grand éclat, d'abord en Espagne, puis ensuite en France. En Espagne, l'esprit decçtte ncMesse conserva encore long-temps une force vive, tandis que cette même force était déjà éteinte sur le trône. Mais le sommeil despotique, qui dominait le point central, devait de plus en plus s'étendre sur toute la masse. En France, l'immoralité, qui , immédiatementaprès Louis XIY, était devenue le bon ton de la cour, et déjà sous lui-même avait rendu publics, au milieu de l'éclat qui l'environnait, plusieurs penchans

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-et faiblesses personnelles teUes qu'on les supporte dans la dignité royale , ne pouvait demeurer sans une influence fâcheuse sur une partie de la noblesse, car elle détruisait les anciennes mœurs sévères et les anciens principes. En Angleterre y la constitution , et encore plus le commerce universel , créa une grande influence toute nouvelle, celle de l'argent et de la richesse sur toutes les autres relations et sur la noblesse elle-même. En Allemagne , rien de tout cela n'arriva , ou du moins ce ne fut que dans une proportion bien moindre. Avec la division de l'Allemagne en plusieurs petites principautés, telles que la paix de Westphalie les constitua , disparut le sentiment national qui , dans une grande monarchie, anime la noblesse d'un vif amour de la gloire. La «plupart des petits États voulant être, dans leur constitution intérieure, l'image de l'ensemble de l'empire, souvent à la place d'une véritable noblesse royaliste , animée d'un sentiment national élevé , cherchant sa destination dans des sacrifices glorieux pour le roi, se montra une noblesse courtisane et politique qui ne faisait cas que de la forme extérieure et ne brillait que par elle. En Autriche et en Hongrie , cependant, l'es-

prit miKtaire ne seteignil jauMÔs, mèaie dass Tétai de faiblesse qui suiTÎt la guerre de tabule ans* Ce n était pas le génie dW seid, mais c était la force unie de la nation qui dirigeait le mouy^ent des affaires vers le dix*«eptîème siècle, et amena une nouvelle époque {dos lirillante que jamais, où TAutriche renaissait sous Montecoculi, les deux Stahremberg et le grand 'Eugène. Et combien d'autres noms«noore sont ensevelis à côté de ceux-là dans les annales de rhistoire de cette glorieuse période!

Tout ce que la noblesse espagnole eC la no^ blesse française donnèrent de preuves de génie militaire et d'amour patriotique dans les ten^ les plus ûorissans de ces royaumes > fut atteint et même surpsssé en Autriche et en Hongrie à cette époque I où Vienne et la Hongrie f turent délivrées de . la domination menaçante des Turcs, jusqu'à ce qtie Marie Thérèse dut la C(»aervatioii de l'empire à sa propre fermeté et à la vaillance de son peuple fidèle» enftanmé de respect et d'amour pour cette faérolqae reine.

Déjà avant l'attaque de Vienne par Its Tores, sous M(H^tecuculi , la puissance guerrière de l'Autriche s'était relevée, à la vérité lentement,

DE L'HISTOIRB MODERNE. StZ9

mais dTec d'autattt ^us de sûreté. Ce fut jus^ tement FAranlemetit que donna cette agnesston poissanKe, et le danger imminent, qui ré-^ veillèrent la v^ueur assoupie et amenèrent la délivrance de la Hongrie comme suite glo* rieuse des malheureuses entreprises des Turcs contre la ville impériale. Par ià , TAiitrichc re*parut sur les rangs des puissances de premi^-e grandeur; une pierre fut placée qui seiTit de fondement à la liberté européenne dans le dixhuitième siècle; nn centre de gravité fut trouvé dans l'équilibre légal et moral des États.

Les motifs intimes des grands changemens des empires et des nations orientales de l'Eu* rope, à la fin du dix-septième siècle et dans le dix-huitième 9 sa trouvent dann la chute d<e8 puissances asiatiques.

Déjà , plus tôt, la chute de Tempire du Moigol , dans le nord-ouest de l'Asie, avait servi de base à la grandeur de la Russie; les trouii^s intérieurs de la Perse n'<étaient pas noii plué Sîms influence sur l'est de FEurope. Ce qui Surtout agissait puissamment , c'était la décadence de l'empire turc > déjà bien prononoée à la fin du dix^septième siède. Cet empire, dans son assemblage bfzsrrre de tant de nations assujetties^

qai étaient ^os popaletues i|ae la natîoii do— minante 9 n aurait pa gagner une sdidité et une unité parfaites qae par une conduite et une constitution différentes, et vu sa position géographique, comme grande puissance maritime, par la domination de la mer Méditerranée.

Pour conserver dans un état de force salutaire une puissance fondée en partie sur une base si artificielle, constituée d'un tel assemblage, il eût fallu une culture intellectuelle , une administration vigoureuse et une activité telles, que l'indolence naturelle de la nation, et encore plus la croyance qu'elle professait, ne lui permettaient pas facilement de déployer. La puissance turque déclina donc, sans que rien pût la soutenir; néanmoins I9 valeur guerrière de ce peuple demeura toujours la même; mais plus d'une fois l'empire ne dut son salut qu'à la désunion ou aux intérêts croisés des puissances européennes.

Trois choses ont déterminé principalement la marche et le caractère des gouvememens et des nations de l'Europe, dans le siècle dernier. Dans les contrées occidentales, ce fut le commerce qui étendit surtout son influence, et imprima sa direction à tout le reste. L'action

DE L'HISTOIRE MODERTÏE. ^4i

qu'il exerça «ar les pays qui étaient tmis aree

rAinéri<iue ou les Indes, camme FEspagne el.

TAngle terre, Ant-de les sépa<^er> avec le -coûts

du teâips^ taii|out*s: daofitdgiî' diï feste .de

l'Europe; soit en leur faisant prendre utie plart

nioins grande iiux évéïîemens et aux intérêti

européens, eomtne ce fut» déjk ' |»lus ^ôt le câ*

pour le Portugal^ et conim^ il «irf'iva âu^sî^en

Espagne dans le dix-^huitiètne siècle^ oti soit

que les possessions hors de PEurope , leurs re-^

lations et leurs intérêts obtinssent, comme en

Hollande et en Angleterre , utie influence ton*-

jours plus grande sur la marche et la direction

des affaires^de l'Europe.

Dans les contrées centrales au contraire, en

France et en Allemagne, le développement, les

changemens et les secousses de l'opinion pu*'

bliqUe, depuis la reforme jusqu'à^a révolution ,

furent ceux que l'histoire des États et les des*

tinées des nations , déterminent et décident la

plupart du temps. A la vérité , l'Angleterre prit

aussi pavt à ces mouvemens, cpmme la France

au commerce. Mais en Angleterre, qui a ter-*

miné les débats de l'opinion publique, qui a

rétabli l'équilibre intérieur» et la ^paix' entre les

^rtis combattans, si ce n'est le commerce, ce lU 16

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premier but, ce besoin , cette loi de Jb aation ?

^ Que si la Fraoce par cooilre Vèccupa du eommerce de Flnde et de l'AQiérique^ la part qu'elle y prît ne fui jamais si grande que celle 4e TE»pagne ou de rAngleterre, et son influmce ne fut jamais si considérable et ai puissante sur la mère-patrie que daiis ces contrées.

Le cpmmerce n'eut qu'une influence mé^ diocre et éloignée «ur lés empilées et les naticms orientales. Si les boulevarsemens des diviisions religieuses et.de l'opiniiHi publique n'y fiirent pas sauf action ^ ce ne fut cepfendant en quelque sorte qu'un contre tioup de oeamouvemens

. qui s'étaient montrés d'abord.ën Allemagne ou en Franoe.^ et se répandir^ de là sur les autres coatréeSi. Clans les progrès de la civiJieation^ l'Ëiiropè occidentale senrit bien aussi d'exemj^e et de so^ce à ^ l'Europe orientale. Les événemen?^ orientaux cependant demeu-r rèrent toujours les {^ importans pour ces empires et ces nations de l'est. Db même qu'une fois la grandeur subitement accrue^ et la conquête menaçante de lapuissaaace turque qui les ébranla toutes, avait détruit* ou déve^ loppé en elles de nouvelles forées, aiqsl la chute de ce même pouvoir turc forma une nouvelle

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époque dans Fhîstdire des empireA de l'est.

Quelque indépendante que rEurope aie orôie> quoiqu'elle sjmagihé ètire non seule&ietit lé centre y itiai» encore Tessénde de toute l'huina*nité> quelque dominante qu'ait été à9n% le dix^ huitîèilie siècle l'influencé «eoropéenne en Amérique et en Asie, plus peut-être que sous lés successeurs d'Alexandre ou sous les Gééar àè Rome. Cependant l'Europe y justement a cause de cette domination, est liée de plusieurs ma-^ nières k cette puissance ëxtra^^eiat>pé(îniie> ^ la première source des chw^gemefi^ qu'elle à s«ibi8> doivent être cherchées surtout datifs lê^ bouleversemens et W secousses de «i^es^ pai'ties lointaines du mondai.

Depuis la fia dti dixHs^epliènie siècle , la part que cbacdn des empires d^ Fest prît à la chute de l'empire turc , l'avantage qu'il sut en tirer non Seulement. par. tin accroissement extérieur^ mais e<K^re rarto^ par un profit intérieur , furent de la plus b^ute mfUienceé La Russie et hk Hongrie occupent sons ce rapport la pré*^ mière place. A la vérité la Pologne, sous le c6* lèbre roi; national Sobieski^ prit une part glorieuse aux exploits communs de la guerre et à la déltvranse de T Aud^iche , menàcéie peur là

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dernière fois de la domination turque ^iCDDime si c'eût été sa propre patrie. Car de ce côté, l'Autriobe était comme TAUemagne tellement le rempart de la Pologne, qu'après la défaite de ces contrées, elle. serait sans doute tombée aussi. En continuant sa route sur ce chemin, la Pologne aurait eu besoin pour devenir et se maintenir grande, d'avoir un législateur tel que la Russie en trouva un dans Pierre le Grand. Maïs l'esprit de parti et l'influence étrangère rq[>rirent bientôt le dessus, et la dernière force conquérante d^ la Suède, :sous Charle» XII, ne fut employée "qu'à bouleverser la Pologne. Depuis la ^îonquéte de la Pologne par Charles et l'usage qu'il fît de cette conquête, l'anarchié fut encore plus généralement répandue sur toute la nation, et étendit des racines plus profondes qu'auparavant. La iSuède se ruina elle-même dans cette lutte insensée, et avec la chute de la Suède Jja prépondérance et la grandeur de la Russie furent assurées. Que si elle fut durable, c'est à Pierre le Grand qu'elle le doit.

Le victorieux Eugène, le restaurateur de l'Autriche et de la liberté européenne, apparaît unique dans l'histoire contemporaine des

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Etats méridionaux et oecidentaux, dont il embrassa d'un coup-d'œil si habile et ordonna si bien les relations, se montrant non moins grand dans la vraie politique que dansla guerre. Ainsi se présente Pierre le Çrand, comme créateur, comme fondateur d'un nouvel empire , bienfaiteur du Nord. L'histoire de cette période est riche et pleine de vie, parce qu'un seul n'était pas tout, mais que plusieurs hommes du premier niérité agissaient en même temps de différens côtés, pour pisoduire le superbe phénomène de l'Europe de nouveau civilisée.

Tout ce qu'on a reproché- à Pierre le Grand peut s'exprimer en un seul mot, savoir: qu'il était un despote. Mais on peut avec raison se demander, si dans un empire où. une noblesse sans frein, despotique comme dans la plupart des pays savons du nord, était la seule forme de gouvernement existant; on pouvait, pour arriver à ime force véritable, à l'unité, et à une constitution bien ordonnée , employer autre chose qu'une monarchie qui , dans l'origine, devait aussi être despotique. Un tel despotisme calculé sur un Etat de barbarie et adapté à cet État, a l'avantage que dans la suite, comme l'histoire le ];N*ouve,des adoucissemens

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peuvent être gpportéa à m dureté prîmitire. Ce xÇesf, p^ le cas lorsque le despotîfflne n'est pa» fondé 9m h barbarie, imaia qu'il est sorti de la ruine dç toute loi, de toutes moHirs et de tou» principes 9 cfffli^Qie çhea^ ks tjrrana de Rome corrompue. U, dès que le pouvoir despotique j^aitf il p'y a plus d'allégement à ei^rer, on lie doit s'attendre qu'à dç nouvelles secousees , à de uduveaui^ houlev^rsemenn.

L'i^^age intérieur que la Russie fit de ses çonqu^tep^ lui fut d'abord véritablement favo* rable, et Ipi assura de la durée. Les efforis de Pierrf pour atteindre oe but, lui valurent le surnom de Grand. Ce qui futpaiitîeulièreifieBt avan^geu3^ poqr la Russie» c'est que la Hal-» IjiitilJe ^t TAugleterre furent «es maîtres dans la culture jidaU9 U navigation ^ l'art de oonstraire les 3|^f virfs et le cominerce; c'est qu'eUe ne dirigea p^% uaîquçnfient ses efforts vers l'éclat extérieurs mais que celui-ci fut préparé de ki ifieiM^^f e n\apière pour l'avenir par ka prin-» ç^pqs ç^xt^im des jEirt^ utiles. Ensu^te^ptus tard» Ij^ civilisation demande» gagnant une influenee pliiV^ ^etiyf » ft plu9 générale que oelie de la fr^W^, Sie rép9udit dans toutes les classes, tandis qu'nu contraire la civilisation francise

DE L'HlSTQiBB MODBRNB. f 4t

tout étaânée dû: tràoe et de la capitale, de-^ m^fir» resserrée dans les hauteadastts , où elle damifui seule. Cette séparation fut fâcheuse non moins po<ir l'État que pour Vesprît, eiitre Utt jf>wpLe.nide et barbare, et un p^it nombre de pui^sans qui, fàoagéé dans toutes les jouis^ sanoes d'une civilisation étrangère, se sentent eux-mêmes étrangers au milieu de leur nation.

Un tout ^utre ehenin que celui qu-avftit suivi la Russie, devait être celui par lequel la> Hongrie enrichie depuis les temps les plus an-^ cîens par la culture allemande et italienne, acres avoir été ravagée et avoir tout perdu sous la domination turque, pouvait arriver a retrôn-^ ver son antique grandeur. Elle aurait pu faci* lement y être conduite par la richesse de ses* forces internes , si la, comme en Allemagne, tes querelles de religion, les partis nourris par elles > et k méfiance générale, n'eussent pas été comme autant d'obstacles à l'avuicement de la civilisation» C'est pourquoi cette riche contrée ne recueillit que plus lord les fruits des vic«toires d'Eugène, surtout sous la douce et bienfaisante domination de Charles VI, qui travail** lait sans cesse à tout perfectionner.

On a blâmé Léo^M I*^ de ce que, par la

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violeçcb à laquelle le conduisit son inébran-^ la&fe'>aUacfaem#nt à l'aiicieBne foî^ il n'avait fait qu'augmenter ces troubles intérieurs et ees obstacles^ qui furent cause que ce qui avait été Fefîon^uis avec tant de gloire^ ne put dans l'ensemble arriver au degré de perfection que^ses forces inter,nes et le nouvel élan des. choses faisaient espérer. Ce blâme n'est pas tout4i-fdit s^ns .fondement. Car: si les opmîons doivent rseister en tout temps les mêmes , él ne soùflrir aucune atteinte des circonstances extérieures, Içs principes de leur application et de leur eon* duite changent avec les circonstances et les époques. Que :si donc la fermeté de Ferdinand II, dans- la ehaleur de la tarrible lutte , peut avec raison être admirée , une semblable vigueur ne serait cependant pas approuvée comme convenaUe dans: les tenips qui suivirent. D'autres vertus, se déploient au jour du combat; d'autres^ quand les puissances belligérantes se sont de nouveau tendu une main conciliatrice. Que serait-il arrivé de l'Europe^ de l'Allemagne^ de rAutrichey si au conquérant Gustave Adolphe, au. conflit de peuples d'un caractère exalté et rude, à l'anjibition* inquiète et excitée de tant de princes et de chefs, se fût opposé un

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empereur moins résolu que Ferdinand II? La modéra^tîon et une douceur intempestive n'auraient fait qu'empirer le mal^ et tout en eût été attaqué. Mais il en fut autrement lorsqu'une paix religieuse fut conclue et reconnue de toute l'Europe; alors c'était le moment d'apaiser toujours plus léfi esprits , de favoriser les relations réciproques, et de développer les principes de tolérance.

Si Ton ne veut pas s'arrêter à cette vue géné^ Taie, et qu'on désire entrer dans les détails, on justiBera complètement l'empereur, et Ton trouvera dans la conduite du parti contraire, la cause de tout ce qui, sous Léopold, fut digne de blftme en Hongrie* Car là aussi l'opposition prit le caractère dangereux , opposé et hostile à la véritable dignité nationale, à l'unité et au bonheur public aussi bien qu'à la cour , d'une alliance avec les puissances étrangères avec la France et les Turcs. Heureusement que bien-* tôt d'autres principes dominèrent, et que la concorde fut rétablie entre le roi et la nation d'une manière duraUe, surtout par Charles VL

C'est à l'influence bienfaisante de son administration intérieure sur la prospérité exté^ rieure , ainsi que sur les esprits, qu'appartien«*

nent eo grande partie ceMe affiectîon de la nation pour l'héritiwe Marie Thérèse y ce glorieux dévdoppemenl de b force nationale, qui , lorsque Thérèse élait enTÎronnée d*enneinis et abandonnée de tous, sauva Tnitique trône impérial*

Le pouvoir r^iaissant de FAutriche fut un des piliers de la liberté européenne; Fadtre fut posé par le roi Guillaume, qui , avec des moyens bornés ^vainquit tout seul la puissance supérieure de Louis par sa prudence et sa fermeté I sauva et rdeva f Angleterre. Le cèle religieux des prolestans est entré pour beaucoup dans les entreprises et les suocèè de Guillaume , non seulement pour maintenir l'indépendance de la Hollande, mais aussi pour délivrer, par i|ine violente oppoMtion, i'Angleterre de Tinfluence française qu'elle amtt subie sous les derniers Stuarts. Quant à Tétat des eatholiques en Angleterre, il pétait bien, pendant fai lutte et la révolution, passé quelques événemens tout«à-fait opposés à la justiee et même à une indulgence et à uiie tdérance mutuelles; mais ce n était pas seulement une aflaire decrojanee, cette force n'était que coopérante, la direction principale était toujours roppositido aux en-

D£ L'UISTOlBift MODERNE. 2KI

y^hissem^lis de haaik, qui s'étendaieot de tous côté«. Ce fnt doDC avec raiaon que l'Autriche , quoiqu'elle n'eût jamais le déeir d'imiter ia France^ eu sqxiteiiant^ ea excitant les huguenots daps riutériew de l'ÂugleteiTe ^ s'allia , sans égard a la foi religieuse^ avec la première {mis« sauce prote$ta0te> pour le maintien de k liberté européenne* C'est justement cette nouvelle alliance du pouvoir protestant le plus lihre avec la puissance catholique la plus légitime qui contribua suiriQUt à développer des principes de tolérance et un esprit de support moral dans toutes led transactions politiques de l'Europe* Mêinç jusque dans l'art de faire la guerre se montra la bienfaisante influence de celte non-velle civilisation* Combien est frappant le oon-^ traite entre les horreurs , les exactions et les ravages d^ la guerre de trente ans^ et le noble sentiment d'honneur» b reconnaissanoe de prin-^ cipes moraux et dç rçlatiow sociales qui do^ mincirent dans la guerre de la successicm d*E&* pagne ! Ces( avec peine qu'cHi remarque que cettç n^odération^ fondée sur des sentiment élevés, dernier souveBir de l'influence de Vantique chevaWrie, disparut toujours plus dans presque tQutes les guerres suivantes du dix-

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huitième siècle ^ et que ce dernier voile bienfaisant y cette apparence extérieure y fut aussi enlevée à la monstruosité de la guerre.

La justice la plus complète ne fut pas érigée en principe, mais une tolérance plus grande et plus générale que celle reconnue jusqu'alors devenant dominante , fut l'esprit des transactions politiques et des conférences pacifiques de l'Europe dans le commencement du dixhuitième siècle. Le principe reçu et observé, surtout dans les traités de paix , de rechercher l'égalité par le contentement réciproque de tous 9 en évitant seulement avec le plus grand soin toute supériorité dangereuse pour le maintien de l'équilibre y dut cependant conduire nécessairement à la destruction de cet équilibre; car il était facile de voir que, dans cette direction des intérêts et des affaires de l'Europe, les petits États servent toujours plus sacrifiés à la satisfaction des grands ^ que l'Europe serait partagée non seulement de nom, mais de fait; entre quelques grands États , et qu'en changeant trop souvent l'équilibre de la balance, il arriverait tout à coup, une fois ou l'autre, que l'un des côtés l'emporterait, et que l'œuvre de l'équilibre serait pour jamais détruit. ^

Quoique cette politique d'équilibre ^ en ap« parence si bien mesurée^ si bien d'accord avec la tolérance et les formes indulgentes ^ portât déjà en elle-^mérae le germe de sa destruction, nous reconnaîtrons cependant volontiers qu'à côté de la justice parfaite, si difficile à atteindre pour l'homme^ la modération est aussi un grand bien. Dans les événemens humains, les formes de la tolérance sont déjà une amélioration, et l'on gagners^en plus à opposer, comme dans les transactions générales, l'opinion publique à rinjiistice et à la violence. Sous ce point de vue, l'état des gouvernemens européens, depuis la restauration de l'Autriche, la délivrabce de Vienne et le mouyenaent des affaires sous, le roi Guillaume , jusqu'à Marie Thérèse, paraîtra toujours l'une des meilleures époques dans l'histoire, surtout quand on la compare avec celles qui l'ont immédiatement précédée pu suivie.

Pour l'Europe^ cette époque iîit bienfaisante; pour rAutriche, elle fut et; est encore la plus glorieuse. Le grand Eugène et l'empereur Joseph I**, son digne émule, dirigeant ses effprts vers le même but que lui, réalisèrent de nouveau dans tout son éclat la destinée de l'Au-*

^M TABLBAU

triche vis-à-viô du moûde. Soas le rapport de k BÎtusiiiôn gédgrâphîqpie et des relations, petitêtre, oette tiotivelle eticeînté, ttacéé d'après ridée d'Eagèiïe, était-elle plus heuretise encore cl plaà favorable tjtie celle de Charleô V. L'Autriche reparut comme cette puissance qui , unie intimeuieut avec toutes les autres, et bien loin des principes étroits de FégoïSmé politique , dirigée plutôt Vers ce qui est ^aud et général , éiaîl appelée /plus que tout ai^N, ^ être le eenitt de» Êtàts européen» civilisé», à protéger l'antique dignité^ et fe éon»titution de TAHemagne et de FltliMe, elèh gétiéi*al à mainteuir la justice in^cte dans toute PEurope.

Après que tant de cotttjùêtes fondées sur le droit eurent été assurées par des armes Vreforieuàes; Conquêtes qui, dans !ê »ens politique, devaient éffè portées au plus hatft point de prospérité par la cukure k laquelle ellesrécaieiit propres; un gouvernement dirigé surtout Ver§ radministratîdh^t le bien-être intérieur, cotïitne celui de retiVpei'éiir Charles VI, ààîtsàns ièdu^ tredit le plus défeh^âble, le plUs biéufaiéâiït.

Tant qu'il* régna , il se cotisacra uulquêrttent à ce but; ce ftrt là sa seule affaire, tandîé que, dans Sa jeunesse, il avait dôuné en Espagne et

i fiarcdbne l» preuves d'une activité prodigieuse, d'un courage fefme> itiébrâtiidble. Il est seulement fâcheux que les relations ext^^ rieures^ toujours plus compliquées ei entrelacées, et cet équilibre prétendu des États, l'àiénl souvent détoiuméde son but favori; (7est ee qui .influa surtout sur lesévénemens moitis heureux de la fin de son règne ; c'est une faut^ que quelques souverains de celte maison ont commiae. IL compta davantage sur les traité^ concluB solennellement et jurés par les autres puissances, et s'y sinmdonna plus qu'il ne paraissait prudent an sage Eugène, et plus que la suite ne le fil désirer^

Les premier» t«nps florissans d'Eugène peu« veot, en général, être regardés oomifte Page d'or de l'hisleiremodenie^ L'alliapce dek puis^ sance marA^ime avec l'Autridhie forma alors, ce qui doit être le caractère propre du giMiver^ nement de l'Europe, une vraie confédération européenne pour la protection dé la justice et de la liberté générales. Mais 'il ne parut que trop tôt que cette grande idée n'était comprise que d'un petit nombre. Déjà sous Tinfluencé de Walpole ^ et dans les derniers temps "de Charles YI , lès oscillations d'un éqpui libre mort

prirent la [dace de c^s' grandes vertus alliées et de cet enthousiasme pour la liberté et la civi-* lisation de l'Europe. L'intrigue dangereuse de ces alliances sans cesse changées a volonté y

comme celles qui précédèrent alors la guerre de succession en Autriche, marque le premier degré de la destruction complète de l'Europe et de toutes les relations existantes.

.Sous le voile d'un cérémonial moral dominant , l'honneur et tous les pnncipe» marchaient intérieurement vers leur ruine en Europe; c'est ce dont là eonduite des- gouver-** nemesiSy et surtout des princes allemands a la mort de Charles YI, donne des preuves tdles que le souvenir même ne peut en être rappelé sans douleur et sans regrets. La glorieuse fermeté avec laquelle ' Marie ^érèsèr surmonta tous les dangers et basa la dignité de ce trône antique, est encore trop présente" et ttop vivante dans les coeurs bien pensans, pour qu'il y ait besoin de la rappder par une description historique. Entre toutes les reines qui, dans les temps anciens et modernes, ont ocoupéun^ trône avec gloire et dignité, on ne pourrait, à l'exception d'Isabelle de Géstille > en trouver facilement une qui puisse lui être comparée dans

DE L'HISTQliiE MODERNE. 28t

toutes les vertus féminines et i^rincièFes^ comme i-einè et jpnère de son peuple. Ses actions sont la meilleure réfutation de la k>i salique^ qui exclut les femmes du trône. Représenter la loi ^ individualiser et vivifier là justice, porter en soi l'unité du peuple, c'est là la vocation divine des rois. Mais de même que la nature nous apprend^ par de toucfaans exemples, que rien ne surpasse l'amour d'une mère pour sauver et défendre tes siens, ainsi l'histoire des temps et des événemens nous montre que là où cette justice diviiie réunit la force des vertus féminines , les sentimens d'amour et de fidélité d'une mère aux sentimens et aux principes d'une, înailière de penser digne d'un prince, son influence n'en est que plus active, plus cpnser-* vatrice. ^

Embrasser toute l'Europe, le monde entier avec toutes ses relations, d'un seul coup d'oeil, comme Charles Quint, cette vocation d'un véritable empereur, cette princesse ne put la remplir. Mais elle mérita bien d'être appelée un roi ainsi que la nommait son fidèle Ungar, à cause de sa mâle constance. Comme mère de son peuple, sa mémoire sera bénie jusque dans

la postérité la plus reculée.*

u. . il

Détournons maintenant noa regards de Yensemble général de l'Europe et de l'Autriche qui était devenue son point central , et portonsles sur l'état intérieur de l'Allemagne^ et sur quelques phénomènes de ta culture inteUectiielle^ qui eurent l'influence la plus importante sur les relations morales.

Malgré l'état d'impuissance dans lequel l'Allemagne demeura f^ngée depuis la paix de Westphalié ^ durant toute la moitié du dix-septième ^ièçle, elle se releva cependant bientôt par la richesse de ses ressources intérieures. Déjà, à. la fin du dix^^eptième siècle, lorsque tous les princef^ accoururent au secours de Vienne^ Tes^ prit national allemand se montra avec une £;^rce et une dignité qu'on aurait à peine attendu de cette période. ,.^

La place que l'Allemagne prit en Europe dans le dix-huitième siècle, fut très remarquable et la plus importante sous plus d'un rapport. La force intérieure était très grande f quoi* que la plupart des petits états impériaux demeurassent dans le repos et sans défense dans les limites de leur constitution; en sorte que plus de la moitié de l'empire allemand se trouvait ainsi détourné ^ et demeurait sans action ;

DE L'HlSTOmE MODERNE. 2$9

cependant des ciuaftre principaies puissances militaires de FEurope^ deax appartenaient à r Allemagne. Entre piusienrs mauvais résultats, la guerre de la succession autrichienne avait eu une heureuse con^éque^e ei^ ce que la force militaire de FÂutriche et de la Prusse avait été^ par une lutte opiniâtre^ portée à un tel degré de perfection^ que prises chacune sé-^ parement, elles étaient supérieures à tout autre, et qu'ainsi on n'aurait pu rien leur opposer. Que si rAliemagne déjà sous ce rapport reparut dans le dix-huitième siècle comme autrefois, l'état le l^us puissantde l'Europe, l'éclat^xtérieur et son» influence du moins apparente , furent encore augmentés, parce que les maisons princières allemandes arrivèrent au trône dans la plupart des royaumes voisins. Sur l'un des premiers trônes de l'Europe, en Angleterre, régnait avec uhe confiance inébranlable une antique maison princière d'AHetnagnc; en Pologne,' la fnaison de Saxe dominait, si ce n'est sans vicissitudes, du moins avec éclat. En Suède aussi, de même^ que cela était arrivé plus tôt en Danemarck, une famille allemande parvint au trône. En Russie, la dynastie régnante, quoique coniservant encore l'ancien nom , est devenue par '^de

nombreudes alliances de famille presque véri-^

taUement allemande.

Mais ce ne fut pas seulement la dynastie qui éprouva ce changement; les opinions, le langage et la cultui^ alleyiandes eurent en Russie et en Danemarck la plus grande influence y parce que ces puissances possédaient des pays aile-mands^ et ta même cause leur valut en Angleterre, au moins un point d'appui et une issue. Combien grande et bienfaisante l'influence de rAUemagne sur FEurope n'eùt-elle pas pu être» si l'on avait «su en tirer et en utiliser tout ce (lont elle avait créé le germe ! Au milieu même de FÂUemagne , Tune des premières maisons princières, la Prusse, s'éleva par ses efforts, en utilisant avec talent les relations extérieures , et en sachant appliquer avec force les ressources intérieures à la dignité l*oyale et bientôt aussi au pouvoir royal. C'est avec bien moins de bonheifr que depuis le commencement du dixhuitième siècle la Bavièire dirigea tous ses efforts vers la couronne d'Espagne, puis vers l'Empire.

Plusieurs princes et rois de rAIlemagne brillèrent aussi par leur esprit. Cet éclat extérieur ne fut pas également uni à un véritable avan-

tàge^ et à une influence bienfaisante. L'ambition des maisons princières ne fut p^s salutaire pour la patrie ; Falliance de l'Angleterre avec le Hanovre n'était pas celle qui était la plus dési^ rablê pour l'Angleterre, et qui pouvait devenir la plus vraiment bienfaisante par ses suites pour l'Europe.

La domination de la maison de Saxe en Pologne ne servit qu'a augmenter l'aliment de la discorde et dé la mésintelligence en Europe ainsi qu'en Allemagne.

La Prusse, après avoir elle-même beaucoup contribué à détruire complètement la constitution de l'Allemagne, empêcha constamment sa politique vacillante d'en établir une meilleure a sa place. L'ambition de la Bavière a [dus d'une fois attiré des malheurs sur l'Allemagne; c'est ce que ne nous apprend que trop clairement l'histoire du dix-huitième siècle. Dqa la grandeur prussienne était en elle-même trop puissante pour ne former qu'un membre de l'empire. Mais la constitution allemande fut bien plus ébranlée encore dans ses bases les plus intimes par la manière dont elle arriva à cette grandeur. Lorsque toute l'Allemagne du ilord, sous l'influence de la Prusse et de l'Angleterre, se

tes TABLEAU

sépara de Femptre et de Fempereur daos la guerre de sept ans, cette constittition'fut proprement détruite et anéantie; une séparation complète parut presque inévitable. Cette puissance elle-même qui suscita la séparation^ empêcha par sa méfiance toujours active et par ses doutes au moment décisif, que la sépara* lion fut complète, ce qui eût été sous plus d*un rapport peut-être l'événement le plus salutaire. Les efforts ambitieux clés maisons princières allemandes ne furent pas non plus avantageux au caractère et à l'esprit de la nation, d'autant moins qu'elles ne cherchèrent que trop scmi vent leur intérêt et leur gloire dans la dépendance de l'étranger. Depuis la paixde Westpliâlie, la marche était tracée d'aue manière invariable à l'esprit allemand. L'ancienne puissance militaire de la^ nation qu'eUe avait possédée dans les teitips antérieurs, fut embarrassée et arrêtée par d'innombrables liens. Que si on devait encore en faire un ghi^nd usage,^cela dépendait de la bonne ou mauvaise volonté des princes, et par etoséquent de la mariière dont ils étaient animés et dirigés, soit par un noble amour de la gloire, ou par une ambition vulgaire. On pourrait peut-être bien aussi mettre en question si

DB L'HlSTOttUfi MODERNE. S6$

la direclion la plus clécidée vers la gloire et rînfliience militaire aurait été la fdus désirable pour la patrie , la plus bienfaisante pour l'Eu-^ rope. Le commerce et la marine avaient pris une autre direction; l'industrie des Allemands était toujours la m^éme^ admirable dans ses détails; mais s'il était possible d'établir ce que les pays étrangers gagnèrent sous ce rapport au malheur de l'Allemagne^ .cela paraîtrait au dix» huitième siède enecnre aussi douteux que main«> tenant.

Une qualité resta à la nation allemande, que jamais aucun de ses ennemis ne lui a refusée , une activité infatigable et patiente, après que sa ptoissani^ militaire fut détruite/le commerce transplanté, l'industrie tuée; à peine restaitr^il un autre aliment que celui de l'instruction.

S'acquérir des œanaissancçs en tout genre, se consacrer avec une constance inébranlable à des rechencfaes savantes, voilà quels furent alors les efforts décidés, le but et la vocation de l'esprit aUemand. Depuis la paix de West|Jia- 1m^, cette direction fut remarcpiable. Les suitesde cette g^ierre désastreuse durent, il est vrai^. paralyser ncm seulement le bien^tre extérieur, mais encore Fei^rik Encore plus âbcheuses fu--

rept par la suite, lorsque les forces de la Dation commençaient à se relever, Tinfluence qu'exerça l'ambition des grandes maisons princières di«* rigées sur des conbrées étrangères, et la nouvelle guerre civile qui tourmenta l'ÂUemagne pendant la longue lutte entre l'Autriche el la Prusse. Cependant l'esprit allemand s'est montré sous ce rapport bien plus actif que chez aucune autre nation; et, même après la destruction de l'unité nationale extérieure , la civilisation allemande dans les sciences et les arts est demeurée une force universelfe européenne. Et quoique jusqu a présent aucun des grands souverains de l'Allemagne ne Fait dirigée et utilisée comme il était possible d^ le faife, son influence s'étendra encore dans des temps reculés.

Des efforts in&tigables vers le savoir sofui un des avantages les plus décidés de cette culture intellectuelle allemande; de même que l'excellence intime de la littérature française dans la partie où elle a atteint la perfection, dans l'élégance du langage etla pureté du style ne sera pas perdue par les principes faux de quelques-uns, ou par l'abus imprudent des autres, de même aussi la multiplicité et la profondeur de con-

DE L'QISTOIRE MODERNB. 265

naissances qai placent la classe des savans et renseignement scientifique.d<5 l'Allemagne audessus de ceux de tous les autres pays de r£urope, ne seront pas éclipsées par le manque d'unité souvent visible^ ou parce que toutes les parties de ce savoir ne paraissent pas également utiles, et ne concernent pas immédiatement la vie.

Ces défauts de la culture intellectuelle allemande se trouvaient jusqu'ici plutj5t dans les relations politiques que dans l'esprit lui-même. La <livision de la foi religieuse et des États , dût naturellement exercer aussi son influence sur la culture intellectuelle. L'impuissance , la nullité^ dans laquelle une grande partie des petits États de l'Allemagne se trouvèrent;^ ne purent avoir d'autres conséquences qu'une indifférence complète , et même un certain mépns pour tout ce qui rentrait dans l'Etat et la vie publique. De là^ cette forte direction scientifique de l'esprit allemand, cette curiosité de s'occuper de préférence des objets les plus éloignés, tandis que les plus proches seipblaient avoir tellement besoin d'un prompt secours^ et paraissaient devoir absorber toute Tattention.

26« TABLBàU

Doit'Oo s'étonner slj an milieu de ftî petites relations politiques et publiques, le^néme es-prit domina aussi dans les sciences? Pluneurs phénomènes montrèrent que ce défaut se trourait dans Fintérieur, mais non dans k nature mém^e du savoir.

Dans la première période d'impuissance, après la malheureuse paix, l'Allemagne eiit à c^ir en Leibnîtz, un homme tel, qu'il eût alors été difficile k aucun autre pays de se vanter d'en avoir eu un pareil. Il fut, comme l'afvait déjà été plus tôt Hugo Grotius, un savant européen , par l'étendue de ses relations comme de ses connaissances, et par l'influenee qu'il exerça. Quoique d'après Tancien usage il écrivit surtout en latin , ii a aussi composé en lançais des écrits de circonstaiace, et a» moalré seulement une fois avec quelle perfection, quand il le voulait, il ^vait manier k ki^ne allemande. Ainsi, il appartint iioa seiiiement à l'Europe, mais en particulier à l'Allemagne, par l'infliience qu'il eut mirtout dans cettecon^ trée, par toute la nature et k manière de son génie, et aussi par Tépoque oit il parût, et à laquelle il dut son instruction. Cette époque heureuse et brillante était celle d'Eugène, alors

DE L'HISTOIM MODERNE. 96T

que, par l'alUance de l'Autriche et de l'Angleterre, la liberté giénérate était maintenue, une nouvelle tolérance était répandue, et cpje surtout en Allemagne l'esprit se réveillait de nouveau et était fortement stimulé. Leibnitz fut grand par l'étendue de ses connaissances, mais plus encore parleur direction, par l'usage qu'il en fit. Ce fut lui qui , surtout et même presque seiil, travailla contre cette fausse philosophie qui se formait déjà alors, contre cette opposition intellectuelle qui terrassa d'abord la foi , puis tous les principes, lés moeurs^t les gouvememens. Il chercha d défendre la religion e\ a rétablir la véritable philosophie. C'était justement là* ce dont l'époque avait le plus grand besoin. Que si Leibtiitz n'a pu seul arrêter toutà-fait le torrent rapide de Tincrédulité, du troublé et de la ruine morale , on n*en doit pas moins reconBattre son grand mérite. Il lui manqua peut-être ce qui, après lui, manqua surtout à la culture inteHccttielle allemande. La trop grande diversité de son savoir, la trop grande variété de ses comiaissances et de ses occupations scientifiques , ont mianqué de force, d'unité. Son caractère, l'usage qu'il fit de son génie et de son savoir, peut se concevoir peut-

être par une comparaison tirée de rhistoîre de son temps. S'il est permis de comparer des activités si différentes l'une de l'autre, et de placer ce penseur à côté de ces deux fameux généraux autrichiens, qui représentent si bien l'esprit de leur époque, et l'élévation graduelle de la fbrce allemande : Leibnitz, comme savant et comme philosophe, avait plus de l'art prudent de Montécuculi , que de la grandeur téméraire de son noble ami et émule Eugène.

Les poètes et les rhéteurs appartieiment à leur langue, à leur patrie; la plupart des savans n'appartiennent qu'à la science. Mais quelquesuns, par la grande influence qu'ils eurent sur leur époque, ou comme image et abrégé de sa manière de voir, n'appartiennent pas seulement à leur peuple, ils sont la propriété du monde entier, de tout le genre humain. Dans l'antiquité, Platon et Âristote, dans le moyen âge, Albert le Grand , furent de tels savans et penseurs. Parmi les historien» et les maîtres en science législative, les Romains eurent Tacite; et l'époque florissante de la civilisation italienne posséda Machiavel, non moins distingué par la hardiesse de son esprit, que célèbre par son influence fâcheuse. Après la division religieuse,

Hugo (irotîus et Leibnitz furent les plus grands et les premiers qui s'élevèrent au-dessus des débats de la controverse , k une philosophie de la vie^ de la justice et de la foi plus étendue et plus pure.

L'histoire ne revendique pas moins^ quoique dans «in sens défavorable, les noms de quelques écrivains français dli dix-huitième siècle; ce parti de fopposition d'abord seulement scientifique, qui ne mûrit que graduellement et finit par faire explosion. Le but où tendait cet ensemble ne pouvait plus être caché, après qu'Helvétius eut représenté le sentiment de l'égoïsme comme étant en général la seule opinion raisonnable, et tout le reste préjugé.

Diderot, comipe fondateur et centre d'une société d'écrivains en partie anonymes, prêchait l'athéisme pur, proscrivant non seiilemetit la religion chrétienne et apparente, mais encore la religion naturelle avec une haine singulièrement passionnée, mais systématiquement et non s^ns une apparence trompeuse d'érudition historique.

Rousseau et Voltaire agirent d'une manière plus fâcheuse encore que ces deux écrivains, justement à cause de leurs qualités plus gran*

910 TABLKAU

des et de leur lalent supérieur. L'éloquence enlrainante du premier était bien faite pour saisir les ccçors nc^es. L'esprit ^ le talent poétique , la diversité d<^s formes littéraires çt des connaissances dû dernier, contribuèrent d'au*tant plus à^répmdre les nouvelles opinions corruptrices dans les hautes classes de la société, que, du moins , dans les formes^, il se rattachait en qvielque soârte à Tandenife et digne culture intellectuelle française. Avec des vues bien différentes, ils étaient d'accord dans un même esprit, dans une direction désastreuse, mortelle pour la foi, la ii^orale et pour^tous les principes i^ociaux et politiques* Chitre les écrivains les plus marqiïam que je vieu de notXHmer, combien fut grand le nombre de ceux qui par toute espèce d'écrits cherchèrent à répandre les nouvelles doctrines l Depuis, que chex la nation la plus civilisée de l'antiquité, une foule de sophistes ^vait tout à coup paru , qui^ par leur éloquence briUante, leur esprit, et de ïiouvelles applications de leur perspicacité, tournèrent en ridicule, et bafouèrent non seulement la foi et le^. coutumes du peupley mais encore les principes plus purs des philosophes, et en général toute morale, toute justice ; de telle sorte

DE L'UISTOI&E MODERNE. 271

qu'en peu de temps l'instraction et lesopintonsy toute la sqieuce de la vie méme^ fut changée^ chez les Grecs , ce qui eitlraina la chute des jÊtata libres ; depuis eetté époque, dis-jè , aucun exemple d'un semblable spectacle ne s'était en«core vu.

L'icifluefice politique de la civilisation fran<çaise , dans le dix-huitiibne siècle y la direction que l'opinion publique prit dans cette contrée, devinrent toujours de plus «en plus dange* reuses. Il en fut tout autrement en Angleterre. Malgré quelque accord avec ces premiers principes, ^loique les écrivains anglais fussept même assez souvent la source où le parti français contraire à la religion et à l'État puisait ses pensées, cette apparition elle-même y prit une tout autre tournure. Comn>e dans le gou«vernement, ainsi dans la culture de Tesprit, dans la littératui^ et la philosophie de l'An* gleterre , se trouve une certaine espèce de gouvernement légal, une certaine limitation constitutionnelle, de sorte que, par le sentiment généralement répandu du bien-être national et de3 prmçipes qui sont hécessaires h sa conservation, les forces adverses sopt aussi retenues dans cet équilibre salulaire en apparence

f12 TABLEAU '

d'après leur libre jiuridiction, et par là maintenues à l'abri des explosions dangereuses d'une opinion généralement corrompue et destructrice. C'est pourquoi jamais en Angleterre on n'en vint à une dissolution aussi générale qu'en France. Là où seulement le doute scrutateur parut menacer les premiers degrés de la «constitution sociale, les principes de la morale et de la justice , le patriotisme fut réveillé, si ce n'est par une Connaissance profonde du mal dans sa racine, du moins par ce qu'on sentit qu'il fallait protéger et maintenir les principes chancelstns des opinions morales, par une yrai-^ semblance ou une reconn^iissance extérieure.

C'est pourquoi l'édifice de la vie sociale ne fut point renversé.

Ce que la pluralité des penseurs et des savans, ou plutôt l'esprit national même a fait pour l'Angleterre, Kant voulut à lui seul Topérer en Allemagne. Savoir : donner une forme et une constitution durables à là pensée scien-^ tifique, en sorte qu'elle ftlt d'accord avec le bien général dans .tout ce qui concerne la haute science, là vie et Thomme; tentative qui ne put réussir ainsi en Allemagne. Cependant là philosophie de Kant a eu au moins l'avantage de

DE L'HISTOIHë MODERNE. 275

tonWebalancer l'esprit athée et l'influence de la nouvelle littérature française ^ tandis qu'il tendait à revenir à la philosophie meilleure de Leibnitz/et en générul des anciens. Sur plusieurs points cependant , les doctripes du philosophe allemand ne furent pas défavorables aux priilcipes pernicieux de l'époque. Cette assertion n'étonnera personne de ceux qui les ont approfondies^ parce que malgré tout le respect apparent pour l'expérience et la foi, le sentiment dominant dans l'esprit intime de ce philosophe, se montre bientôt comme ce vertige de la raison qui fut la maladie générale du dix-huitième siècle. Seulement chfez le philosophe aUemand, ce mal se montra plqs profondément enraciné, et se développa sous une forme scientifique bien phis parfaite. A la vérité le fondateur même de cette extravagance de la raison, voulut lui imposer quelques liens répressifs, lui assigner quelques bornes constitutionnelles. Mais cette tentative fut vaine. Dans Tétat passif de la majeure partie de l'Allemagne, manquant d'un gouvernement central, d'une unité nationale, active et forte, on ne pouvait obtenir du caractère de la culture intellectuelle allemande, et de l'opinion publique, n. 18

274 TABLBAU

cette limitation constitutionnelle qui maintenait la littérature et la philosophie des Anglais dans un équilibre supportable par le sentiment de Futilité générale, de sa nécessité pour le bienêtre public. En Allemagne, par contre, si les doctrines les plus funestes de la philosophie française trouvèrent quelques disciples, jamais on n'en vint k leur application immédjate. La direction non politique de la culture et de l'opinion allemandes, contribuèrent'plutôt à répandre une certaine indifférence pour toute la vie extérieure, une diversité de vues, qui était déjà très dangereuse en ce que l'on se laisse facilement aller à tout, quand on possède une fois la liberté^ de se former d'après sa propre manière; en ce que l'on ne put opposer aucune digue solide à une opinion impérieuse, qui aurait du être contrainte par la force ou par des relations extérieures. En Allemagne , le délire de la raison ne produisit jamais cette passion destructrice qui existait en France; seulement la dissolution qui se faisait alors sentir dans les relations de l'époque, fut toujours plus généralement répandue dans l'opinion et plus accélérée. Le luxe scientifique fut le caractère prononcé de la culture intellectuelle allemande.

DE L'HISTOIRK MODERNE. $75

Elle ne manquait pas d'un but moral et de courage, mais bien de force et d'unité , puisque par la suite les circonstances n'ayant pas changé y et ce sentiment s'étant réveillé, l'Allemagne obtint ce qui lui manquait alors.

Les opinions scientiBques ont eu dans Je dix* huitième siècle une influence si grande et si généralement visible sur l'histoire extérieure , sur la marche et le sort des États et des peuples, que cette courte digression ne paraîtra pas déplacée ici.

Dans l'opinion publique se trouvait le fondement profond et inébranlable, lorsque le mal eut atteint une certaine hauteur, d'un boule-^ versement général de l'Europe. Un autre se trouvait dans le changement des principes de gouvernement en France, et dans les nouvelles relations de l'Allemagne, dont le pouvoir n'était pas moins grandque sa division n'était dangereuse. Les premiers précurseurs de l'explosion prochaine furent la destruction de la société des jésuites, le partage *de la Cologne et la guerre de l'Amérique septentrionale, jusqu'à ce qu'enfin le feu éclata d'abord dans les Pays- Bas et la Hollande, justement dans ces contrées où le système politique du dix-hùitièrae siècle

âV6 TABLEAU

avait pris son origine et avait été fondé. Le centre de tous les grands événemens du dixhuitième siècle fut le changement connu des principes politiques de l'Autriche, lorsqu'à la place de lancienne alliance avec l'Anglelerre , qui avait créé la brillante époque d'Eugène , on conclut, d'après le plan du prince Kaunitz, un traité avec la France.

Cet événement important jette une lumière sur toutes les circcmstances suivantes du dix-^ huitième siècle, et même, dans celles qui le précédèrent, il faut*toujours avoir devant les yeux la marche des choses décidée par ce traité, pour bien les comprendre dans leur in-^ fluence et leur action.

Si l'on jugeait d'après les conséquences, ce syistème du prince Raunitz paraîtrait, sous plusieurs rapports, funeste; mais pour se convain^cre combien il était alors réclamé par la position de l'Europe, il suffit de jeter un c<oup-d'oeil sur les autres puissances européennes.

En France, lé système politique était aussi tout-à-fait changé. Beaucoup d'écrivains français sont enclins à regarder le dix-huitième siècle, jusqu'à la révolution, comme une époque de décadence progressive pour la puissance

française.. Ils ont raison sous le rapport. de la corruption de l'opinion publique; ce jugement pourra aussi avoir quelque apparence de juslice, si l'on ne prend pour guide que la force militaire du pays. Les intrigues de la cour, qui, en France, furent toujours si publiquement connues, peuvçnt donner plusieiurs signes de faiblesse. Mais ce jugement paraît sous un tout autre jour, lorsqu'on regarde moins la célébrité guerrière extérieure que le bien-être interne, la prospérité de l'industrie. Que si cependant la décadence se montra aussi toujours plus, durant la dernière moitié du dix-huitième siècle, dans plusieurs branches de l'adminis-> tration, la raison n'en était pas dans, le nou-* veau système lui-^méme, mais bien dans ce qu'il n'avait pas été complètement établi , dans ce qu'il n'obtint pas un grand succès.

Les continuelles guerres et conquêtes de Louis XIV avaient ruiné le bien-être intérieur; de là le penchant pour des principes pacifiques. 11 n'était pas difficile de prévoir, et l'histoire française en offre plusieurs preuves, que la conquête et la domination sur les pays limitrophes de la France lui valaient peu de profits, et que cette contrée ne fut jamais plus

florissante dans son intérieur qae lorsque, puissance maritime el coloniale , elle prit une part active au commerce. Aussi cette tendance devint toujours plus forte en France dans le dix-huitième siècle. La France prit alors en Europe une base beaucoup plus pacifique cpie ne le pouvait faire un État conquérant, c'est ce qu'exigeait la nature des choses. Le bien-être intérieur ;de la France aurait sans contredit

gagné y et très vraisemblement c'eût été aussi fort heureux pour le repos de l'Europe, si cette tendance eût réussi, si ce système était demeuré dominant : mais il manqua tout-à-faît.

L'Angleterre était imitée comme un exemple, et tout à la fois combattue comme une rivale. Aucune délimitatioîi heureuse ne séparait les possessions des deux contrées dans les autres parties du monde, comme autrefois celles du Portugal et de l'Espagne; au contraire, la combinaison géographique des colonies anglaises et françaises dans les Indes-Occidentales, l'Amerique septentrionale et les Indes-Orientales, renfermait plutôt le germe de disputes continuelles.

Les entreprises de la France, qui ne sem- *blaient avoir d'autre but que celui d'attirer à

DE L'HISTOlKË MODERNE. 2T9

elle tout le nord de l'Amérique, amenèrent la guerre de sept ans, qui fut un double fléau sur *ner et sur terre. Sur mer, elle devint funeste à la France, glorieuse pour l'Angleterre; pour FEurope, sa seule conséquence fut que la Prusse fut reconnue comme une des principales puissances de l'Europe par la Russie et l'Autriche, et que, de trois qu'il était, leur nombre fut porté à quatre.

Les effof ts de la France pour arriver à la domination et s'emparer du commerce furent repoussés non seulement par la supériorité de l'Angleterre en ressources de ce genre , mais encore parce que la nouvelle direction du commerce ne convenait pas beaucoup k l'esprit français. En parcourant l'histoire des colonies françaises , écrite par leurs propres écrivains , on trouvera bientôt, dans l'inconstance propre à cette nation, la cause de la chute rapide de son commerce et de ses colonies, et la raison pour laquelle ils n'atteignirent jamais le grand et solide accroissement que la patience inébranlable et la fermeté constante donnèrent au commerce et aux colonies des Espagnols, des Hollandais et des Anglais. Il fut aussi facile de prévoir que cette tendance vers la domination

maritime et le commerce, convenable et peut-* être nécessaire pour le bien-être de la France*^, devait changer la politique intérieure aussi bien que les relations extérieures. Qu y a-t-il dans un État sur quoi le conuperce, quand il prend une importance majeure , et les colonies, n'aient pas de l'influence? Peut-être im commerce si étendu que celui que désirait la France entrainait-il avec lui un changement de gouvernement presque inévitable.

Mais il ne suffisait p^s que le gouvernement laissât, d'après de faux principes, une liberté indéterminée; il aurait dû lui-niéme saisir d'une main ferme le gouvernail, et former le caractère national aussi loin, que cette nouvelle direction de^ choses l'exigeait. De même qu'en Angleterre, à coté d'une grande liberté, la rigidité inflexible des anciennes formes fut conservée, ainsi la France aurait dû s'emparer de l'opinion publique , anéantir l'opposition dan* gereuse , opérer une réforme active , et éviter ainsi une révolution. Le gouvernement était trop faible pour cela; le nouveau système commercial était bien, à la vérité , le mieux appro-. prié au bien«-être de 1^ nation, mais non pas à ses qualités propres^. ]La tentative de devenir

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un peuple commerçant n'eut pas un résultat heureux; cette tentative malheureuse fui une iies causes les plus prochaines de la révolution ^ et toute la vigueur de la nation^ après les boule versemens intérieurs y se jeta vers des guerres et des conquêtes.

On n'aurait pu le prévoir; et qui ne se serait volontiers abandonné à l'espérance de voir en France 9 et par là dans toute l'Europe, un système pacifique et juste dev^iiir dominant, non par la volonté ou le caprice d'un seul dominateur, mais bien par une uquvélle direction de la force nationale?

Si nous jetons les yeux sur l'Angleterre, nous y trouverons aussi assez de raisons de justifier le nouveau système de l'Autriche. 11 est vrai que l'alliance entre l'Autriche et l'Angle-^ terre, à l'époque d'Eugène, pouvait paraître une alliance naturelle, même nécessaire pour la liberté et la conservation de l'Europe; mais l'Angleterre l'aurai t-elle toujours regardée ainsi, ou n'auraitrcUe pas plutôt substitué trop souvent aux principes de haute morale, d'une justice générale et de la liberté des États , l'idée mécanique d'^jn équilibre réciproque? Combien ce détestable dessein ne se dévoila^t-il pas

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dans la première paix basée sur les victoires célèbres d'Eugène et de Marlborough! Coinbien TAngleterre ne se rendit-elle pas coupable avant que Marie Thérèse se résolût à entrer dans ces nouveaux principes ! I^i alors ^ comme cela pouvait facilement se faire à cette époque en ménageant les anciennes formes, l'Angleterre fut devenue et demeurée une puissance, un seul Etat avec la Hollande, son influence aurait été sans contredit bien plus bienfaisante pour l'Europe. L'Angleterre avait besoin d'une possession sur le continent^; le Hanovre ne pouvait qu'imparfaitement remplir ce; but. .

Bien loin d'acquérir par cette alliance une grande supériorité, la France aurait alors trouvé plutôt daiis la situation dépendante de la Hollande le moyen d'arriver à la liberté et à l'égalité sur les mers et dans le commerce, but auquel tendait son nouveau système. La chute de la Hollande fut la suite la plus immédiate de ce que cette union n'eut pas lieu , et son oppression la po'emière faute qui pût être attribuée à l'Angleterre. Que si l'Angleterre, après une guerre victorieuse, laissa l'Espqgne retoniber sous la dépendance française , cela peut se jus-

tifier par un concours d'événemens malheureux et de circonstances imprévues; que si {Angleterre fit si peu dans la guerre de la succession autrichienne, et laissa diviser cette monarchie f au maintien intact' de laquelle elle aurait dû tout sacrifier, c'est une tache qui obscurcit l'éclat de sa politique si victorieuse, si brillante. Mais n'eût-'il pas bien mieux valu que FAutriché, au lieu de changer entièrement son système et de chercher à maintenir des relations pacifiques et amicales avec les d^ux grandes puissances contitientales , se fdi abandonnée k elle-même et à ses propres forces dans la guerre contre la Prusse?

On jugera généralement d'après ce que l'histoire moderne nous a toujours offert, que l'Autriche ne fut jamais si forte que lorsque, se confiant seulement à elle-même, elle sut em-* ployer toutes ses ressources. Cependant le roi de Prusse, à la tête de son armée, était dans le fait un adversaire terrible, dans un moment oii FAutriôhe ressentait encore lés suites de grandes pertes, et où sa force était encore loin d'être aussi étendue, aussi développée qu'elle tie le fut plus tard. Et l'une des deux autres grandes puissances^ lors même qu'elle rfeût point été

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alliée de l'Autriche^ ne serait-elle pas également entrée dans la lutte?

Tout cela est bien plus que suffisant pou¥^ justifier l'impératrice des reproches qu'on lui a souvent adressé d'avoir adopté un système , dont la première pensée ne venait sûrement pas d'elle. Ce fut ainsi qu'elle ne consentit»qu'à regret à la destruction des jésuites et au partage de la Pologne. Le premier de ces deux érénemens pouvait et devait même avoir pour résultat les changemens les plus essentiels à la constitution intérieure de tous les États catholiques. Le second établissait une nouvelle politique dans les intérêts communs de l'Europe, qui excitait la plus vive inquiétude pour l'indépendance et la sûreté de tous les États petits et faibles. £lle était même l'époque du pouvoir absolu et militaire despotique; système qui eut souvent peu d^égard pour les prétentions et les privilèges des États moins puissans, et qui dans l'inté-t rieur ne put être amené à sa perfection sans dureté et sans un$ ^oppression multiple, l^a Prusse fut la première à le développer et à l'instituer. On peut le considérer comme le second degré de la dissolution qui se développait avec une rapidité toujours plus grande en Europe

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dans le dix-huitième siècle. Comme premier degré', nous désignerons l'époque où l'idée d'un équilibre artificiel et sans vie prit la place d'une véritable confédération européenne pour le maintien de la juftice universelle et de la liberté des Etats, et s'annonça parle changement continuel d'alliances conclues et brisées d'un commun accord. *

• Une époque plus heureuse parut s'approcher. Dans les derniers temps de Pimpératrice Marie Thérèse, lorsque la guerre navale, de nouveau allumée entre la France et l'Angle-^ terre, ne put cependant troubler la paix du continent ; lorsque la jalousie et la rivalité guerrière de la Prusse contre l'Autriche, réveillée a l'occasion de la Bavière, fut encore une fois apaisée et pacifiée; lorsque le dernier roi de France régnait sur ce pays avec une douceur inconnue jusqu'alors dans ce royaume, et qu'en Prusse existait une liberté de penser telle que l'esprit de l'époque la désirait, parti de l'Amerique, à travers des mers lointaines , résonna dans l'Europe le bruit qu'un nouvel État y florîssait dans la liberté; les noms célèbres d'un Franklin et d'un Washington firent retentir le vieux continent, où les forces de la civilisation.

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accrues dans une longue paix» se moutraient au milieu d'une prospérité générale. Lofsqu'après la mort de Marie Thérèse » le règne de l'empereur Joseph II promettait, par les améliorations et les changemeBs opérés dès les premières années, un avenir encore plus beau; alors tous les esprits s'abandonnaient à re&perance d'un bonheur universel , d'une nouveUe époque brillante où domineraient la raison , une perfection jusque«4à inaccessible, et des lumières nombreuses, qui chasseraient hievr* tôt pour toujours tous les maux encore existant dans l'organisation civile et militaire des États. Mais ce n'était qu'une espérance trompeuse , et l'apparence de bonheur que présentait alors l'Europe n'était que ce calme dan-» gereux qui souvent précède l'explosion d'un violent orage. Déjà, dans les dernières années de l'empereur Joseph II , parurent des signes qui annonçaient que la dissolution de l'Europe avait atteint son troisième et pins dangereux période, celui de l'anarchie et de la révolte des peuples.

Aucun autre monarque de TEurope n'était i par ses relations et sa position, son pouvoir et la force ipnée de son génie, mieux appelé que

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l'f mp^reur Joseph II à comprendre la grande luttede l'époque^ et à diriger d'une main ferme, vers Je bien-être général, les innovations à peine déterminées. De toutes les observaticHis que suggère sa vie pleine d'activité, aucune n'est plus digne d'occupef la postérité que la question de savoir pourquoi si rarement un heu-* reuX résultat suivit les projets de Joseph II , couroiHia ses vœux les plus chers, ses efforts les plus grands.

Mais avant de chercher à répondre à cette question , autant que le peut l'histoire , qu'il nous soit permis de nous arrêter quelques instans sur le sentiment dont nous remplit l'as-* pect de cette catastrophe s'approchant à grands pas.

La domination de ce mcmde est changeante et passagère. De son antique siège , au bord des grands fleuves de l'Asie, dans les riches vallées de la Perse, elle passa chez le peuple civilisé et spirituel de la Grèce, puis dans la sérieuse Rome, au milieu de la belle Italie.

Plus tard, elle s'avança de plus en plus vers le nord, chez les Allemands, en Autriche et en Espagne, en France, en Angleterre et en Rus^ sie., Les Ëtats passent, les empires les plus

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puissans portent souvent à leur naissance lé germe dé leur chute. Les peuples eux-mêtties> quoique ee ne soit plus le temps où de nouveaux surgissent, les peuples eux-mêmes changent; la vie des hommes seulement dertieure toujours la même, telle qu'elle fut aussi dès Torigine, la vie véritable, la vie du sentiment intérieur. Encore maintenant^ comme avant des milliers d'années, la beauté innocente dis l'enfant est l'image d'un état plus pur que celui de l'homme sur la terre; encore aujourd'hui, l'adolescent se sent saisi d'un doux sentiment d'amour incompréhensible , d'attente pleine d'anxiété. Quand la fleur passagère de la jeunesse est fanée, un penchant invincible s'empare de l'esprit de l'homme, le pousse à agir, non pas dans le but d'une vàitie gloire ou d'un nom, mais dans le sentiment de sa force et dans le besoin de l'employer, de l'utiliser. Les événemens du monde arrêtent^ le hasard trà*verse les plus grands projets, hê malheur fatigue enfin la fo;*ce de l'obstination; la mort ou la division des opinions sépare les amis. Ce qui reste de mieux à l'esprit de l'homme, quand il a joui à satiété des richesses de la nature, quand il s'est éprouvé et exercé dans une

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lutte avec le monde^ c'est, au soir de la vie , dé parvenir au savoir^ de voir avec clarté ce qui, dans les désirs de sa jeunesse, n^était qu'un sentimept obscur, ce qui, dans les ac-^ tiens les plus fortes, l'anima et le dirigea comme une foi plus élevée. C'est ce développement dès forces intellectuelles qui consti-^ tue la vie; et cette vie est d'autant fdus vigou* reuse, qu'elle est doublée dans son essence, quand plusieurs agissent avec ensemble et ne forment qu'un tout; quand cette sainte action n'est pas d'un seul, mais de toute une race, embrasse l'union d'un grand nombre. Cette vie n'est pas pour le gouvernement et la politique un simple instrument à leur usage, mais bien plutôt l'Etat lui-même doit surtout être prisé et estimé selon son action sur le développement de cette existence ; c'est en elle, et non en lui-même , que le gouvernement trouve son but. ,

Si l'on voulait seulement s'arrêter au but le plus prochain du gouvernement, on trouverait sans doute que c'est la justice. Que si maintenant, eu égard à ce but, on compare l'état de la liberté seulement, non pas telle que quelquesuns Font rêvée, mais telle qu'elle existe encore

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