‹ Tableau de l'histoire moderne de Frédéric SchlegelChapitre 3 sur 11 · II · texte numérisé non relu

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dément, tandis que celui-ci était enthousiaste. Mais cette ingratitude se montre surtout, lorsque des facultés supérieures et une activité extraordinaires, dirigées seulement vera de grandes idées, travaillent plus à lutter avec le monde , qu'à Faider pour les accomplir; lorsqu'un profond sentiment, pénétré de cette grande opposition, présente dans les transactions extérieures quelques inégalités*

De là les jugemens divers , opposés, défavorables, et bien au-dessous de sa vraie dignité et de sa vraie grandeur, portés sur le grand empereur Charles-Quint. Ce que la haine et la prévention ont répandu contre lui, ne put être tant accueilli jusque dans les temps modernes, que parce que chacun ne possède pas le sentiment et Tàme nécessaires pour comprendre les pensées et la conduite d'un esprit si éloigné de la masse .vulgaire. Four juger sainement ses actions, il faut avoir une connaissance complète de toute son époque, car il prit part à tous les phénomènes de son temps , qui fut riche en événemens les plus variés et les plus remarquables.

La fortune avait richement favorisé Charles, déjà avant qu'il fût en âge d'agir par lui-naéme.

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Les plus belles couronnes de l'Europe s'étaient réunies^ soit en réalité , soit en espérance sûre, .pour former un riche héritage sur sa tête. Cependant le destin qui présidait à son enfance et à sa jeunesse y fût aussi mêlé de bien des chagrins y de dangers menaçans. Son père, Philippe le Beau, noble et chevaleresque prince, ami du bien, mais passionné, entièrement adonné aux plaisirs, fut, après avoir joui bien peu de son beau royaume, enlevé par une mort prématurée, aux espérances et à l'amour des Castillans. II laissa Charles encore enfant, sous une protection étrangère. Ses deux grand-pères, Maxifaiilien et Ferdinand le Catholique d'Arragon, étaient la plupart du temps divisés par une forte inimitié. L'amour et la jalousie avaient plongé sa mère Jeanne dans une mélancolie qiii, après la mort dé son époux, se changea eil une folie tranquille. Elle devint indifférente et insensible pour tout, et ne conserva qu'un seul sentiment, un seul amoiir pour le corps de son époux qu'elle emportait avec elle dans un ccrctteil,1'et qu'elle gardait encore avec une inquiétude jalouse. Le frère de Charles, plus jeune que lui, élevé en Espagne, avait été d'après le désir de quelques grands de ce pays qui

rafïectionnaient, désigné dans les premières dispositions héréditaires de son graud-père^ pour occuper le tronc espagnol. L'amitié fraternelle du jeune homme dut en souffrir^ elle fit place aux soupçons et à la défiance contre Ferdinand, qui par la suite devint son meilleur ami, dans les vicissitudes et les dangers de sa vie. Ses deux gouverneurs eux-mêmes, le savant Adrien, devenu ensuite pape, et Chièvre, publiciste hollandais, qui dirigeaient Charles, l'un dans le monde de la science, l'autre dans le monde des affaires, n'agirent point d'un com* mun accord sur le jeune homme; au contraire, leurs deux influences furent tout-a-fait opposées. Toutes ces circonstances durent contribuer à former son caractère.

Semblable à son père, entraîné par un goât naturel vers les principes chevaleresques et les jeux militaires, il se fit cependant remarquer de bonne heure par une réflexion et une prudence rares. Le tableau d'un grand artiste allemand , nous a conservé cette empreinte que le sentiment et la méditation avaient gravé sur la figure du jeune homme, âgé de quinze ans.

Charles ayant été peint de main de maître^ presque à chaque degré de sa vie, il est, curieux

dt voir la marche de ces divers portraits , d*observer comment sur cette bette figure ré- .gulière du jeune homme , le monde trace graduellement les rides toujours plus profondes de la méditation et de la souffrance.

A son avènement en Espagne, Charles trouva des sujets bien grands d'inquiétude et d'observation en lui-même, dans ses relations, dans le monde. L'empire renfermait déjà alors le germe de toute la- corruption qui éclata bientôt avec tant de violence. Une noblesse puissante ne supportait encore qu*avec peine te joug du pouvoir royal, au milieu de villes riches et orgueilleuses, favorisées par une constitutionlibre. La domination de Ferdiiftnd, la proteclion bienfaisante que Ximenès accordait aux villes, sa sainte fermeté, les querelles de Ferdinand le Catholique avec Philippe et Maximilienj^ avaient suscité une foule de partis. Plusieurs, avec quelque apparence de justice, voulaient refuser le trôhe au jeune roi , et y placer son frère Ferdinand, d'après les dispositions contenues dans le premier testament de son grand-père ; d'autres soutenaient les droits de la reine mère, Jeanne, dontl'incapacitépoûrle commandement nétaijt, malgré sa mélancolie, pas encore con-

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firmée légalement, et ne paraissait pas certaine.

On a entre autres reproché vivement à Charles son ingratitude envers Ximenès. Ce repro- . che serait juste ^ s'il s'adressait à sa conduite quelques années plus tard. Mais c'est d'après une autre règle ^ c'est avec plus d'indulgence qu'il faut juger les actions du jeune homme de dix-sept ans, qui se trouvait dans une position si difficile au milieu d'un empire étranger.

Peut-être ceux qui entouraient Charles, contri-^ buèrenl-ils beaucoup à empêcher une réunion entre lui et Ximenès. Qui sait ce qu'un entrer tien avec le noble et habile vieillard, aurait pu. produire dans l'âme du jeune homine^ combien il aurait été nuisible à ceux qui,.depuia son enfance, possédaient une grande iQfluenGe> -et jouissaient d'une haute considération auprès de lui^ C'est ce que prouva l'abus que les Hol-ilandais purent faire dan& l'origine de leur in-fluence sur la riche Espagne.

Aussitôt que Charles fut eh état de travailler^ dès qu'il vit tout par lui-même, j^jgea et décida^ tout d'après sa propre pensée, on put remar-* quçr entre autres singularités^ qu'il apprit successivement à tout - rapporter k lui, à faire tourner tputes choses vers ik>n intérêt person^

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nel. Il était également éloigné de la turbulente soif de gloire de ces jeunes princes qui, arrivés, trop tôt sur le trône , n'apprennent à connaître leurs forces qu'en en abusant, et de la faiblesse de ceux qui s'abandonnent volontairement eux et rÉtat h une direction étrangère. Nondùniy était sa devise favorite. Lorsqu'au tournois de Valladolid, il étonna tou&les ^éclateurs par son adresse dans les jeux chevaleresques, il sentait bien ce qu'il pouvait devenir, comme .il comprenait aussi qu'il a'en était pas encore temps. Avide de savoir, laborieux, il posséda dès sa jeunesse une grande force de réflexion, mais il lut fallut quelque temps, avant d'oser se fier à son propre jugement,, avant de savoir exister par lui-même.

Le premier événement qu'on peut regarder comme de son fait, comme le commencement de son histoire et» de son règne, fut sa résolution de quitter l'Espagne, pour aller briguer en personne, en Allemagne, la dignité impériale qu'on lui offrait. Il prit cette décision contre le conseil et les avis de plusieurs de ses plus fidèles amis. Il était évident que la fermentation était sur le point d'éclater en Espagne. Mais FAllemagne arussr avait besoin de son

secours, et l'appelait avec impatience. Depuis des siècles , aucune élection aussi importante , aussi grande, n'avait été reconnue comme telle par toute l'Europe. Charles l'avait emporté sur le puissant roi François, renommé pour sa va-' leur guerrière. En venant de suite occuper cette dignité qu'on lui offrait, l'empereur nou-' " veUement élu, pouvait espérer la voir réde- .venir entre ses m^ins ce qu'elle avait été une fois, la plus haute charge et le plus grand pouvoir de la chrétienté européenne. S'il tardait, l'çspérance qu'on avait placée en lui s'é-»vanouissait, ce moment pouvait ne plus se représenter, la dignité impériale aurait perdu k la fois toutes ses forces et sa considération. Charles était appelé à marcher dans la carrière de la gloire; il obéit sans hésiter à cet appel, oubliant les daiigers de cette route. Il aban^ donna l'Espagne dans un état tel^ que bientôt la fermentation éclata avec violence.

En Âlle^iagne , on attendait encore l'issue de la grande lutte de l'antiquité, lutte sur laquelle les jeux de toutes les nations du moyen âge étaient fixés avec l'attente la plus anxieuse, comme aujourd'hui les regards de la postérité §'y arrêteront souveixt encore. En mçme tempç

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qu'il qailtait FEspagne et débutait sur ce nouveau théâtre plus vaste, il apprit que le Mexique, nouvel et grand empire', venait de lui être conquis dans le Nouveau-Monde. Ce furent de telles impressions qui mûrirent bientôt le jeune- homme de vingt ans , en firent un souverain^ développèrent en lui la faculté d'embrasser l'univers avec son génie et son cœur, et lui donnèrent aussi la force de résister avec une contenance calme aux efforts de tout un monde. Depuis cette époque , on peut remarquer dans la marche publique de son histoire , aussi bien que dans les monumens authentiques de ses travaux, cette vive activité, cède ^ clarté admirable, avec lesquelles il dirijg^ea sans cesse toutes les affaires de son empire quiem<* brassait tant d'objets, tant de peuples divers, qu'au moment où, dégoûté du monde par la iDâladie et la souffrance, il se retira dans une pieuse solitude.

Telle fut l'entrée de Charles sur la grande scène historique. Maintenant examinons le' temps de son règne, sa lutte avec le monde, les idées qui le dirigèrent, les qualités qui le distinguèrent, ses plans, ses adversaires, ses 9mi3 et ses serviteurs. Suivons4e dans sa courte

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carrière, participant aux événemens les plus împortans, déployant une énergie prodigieuse, puis, fatigué de cette longue lutte, prenant congé du monde, d^une manière qui était aussi bien en harmonie avec ses sentimens intérieurs, que digne de ses nobles intentions.

Sa lutte avec le monde et l'antiquité com-^ menée au premier grand événement de son règne, à la diète de Worms. Aucune idée ne semble l'avoir alors tant animé, que celle de restaurer la dignité impériale dans son antique splendeur, en maintenant la paix intérieure comme son grand^re Maximilien. La controverse des opinions et de la foi était cepen«» dant déjà arrivée presque au point d'amener une guerre civile, et elle attira toute sonatten^ tion« Il prêta volontiers l'oreille aux nouveaux principes, tant qu'il crut qu'il ne s'agissait que d'un perfectionnement dans fÉglise , d'une restauration de là pureté primitive du christianisme, ainsi que tous les hommes bien pensans le désiraient. Dès qu'il vit qu'il s'agissait ^uu changement total, dans l'ancienne et étemelle croyanee , que l'unité de FÉgUse était menacée, sa résolution fut inébranlablement prise. Elle fut soivie de la proscription de Luther, et

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n ay^nt pa être entièrement accompJ^ie , elle fut regardéecomme le signal de guerres sanglantes. Ces guerres n'auraient pas rooins eu lieu^si l'empereur se fût montré faible dans sa con** du.<e. Ce qui seulement fut blâmable , c'est qu'on kissa Luther paraître à la diète ^ qu'on fit de la controverse religieuse une affaire na-*^ tîonale^ faute qui amena le mal à son plus haut période. Mais on ne pouvait plus revenir en arrière 9 ni vien j changer, car il était trop tard, les princes le désiraient, la nation entière le demandait, et cette affaire avait déjà depuis longtemps été saisie et traitée .comme une affaire nationale. C'était un mal inévitable. Charles était décidé à défendre l'ancienne croyance et l'ancien gouvernement, mais aucune passion jalouse ne remportait au-delà des bornes de la justice. Lorsque > l'électeur de Brandebourg usant de tous les moyens alors capables d'émouvoir, le supplia de faire arrêter Luther malgré le sauf conduit qu'on lui avait accordé, il demeujra fidèle à son honneor et à sa parole. Cette haute acception de la dignité impériale, qui 90 montre sous tant de fôriiies diverses dans les propres écrit» diplomatique de Charles, n'avait pour but que l'honneur, la gtoire et une

noble vocation. Ce n'était point un amour du pouvoir absolu , ou un désir de conquête qui animait son cœur;^ sa conduite dans les affaires d'Allemagne y ainsi que dans celles d'Italie, en est une preuve certaine. On a souvent obsefvé que Charles aurait pu facilement profiter des troubles de l'Allemagne à cette époque, pour étendre son pouvoir. Toute la nation soutenait son parti , la noblesse et les villes se pronon- ' çaient contre les princes, les princes étaient divisés entre eux. Les protestans aussi étaient pour Charles , malgré la proscription de Luther et les lois, qui n'étaient pas il est vrai très rigidement exécutées , et qu'ils attribuaient non à lui-même, mais bien à l'influence d'autres conjieillers; ils comptaient donc toujours sur lui. La noblesse lui était entièrement dévouée; Sickingen, sur qui tous les regards étaient dirigés comme sur le héros de la nation,dans ces temps de troubles et de dangers, avait tout fait, tout bravé pour l'empereur.

L'empereur aurait pu considérablement augmenter son pouvoir, si , sous le prétexte d'une réforme dans l'Église, il avait voulu réduire les princes ecclésiastiques de l'Allemagne, à la con^ dition qu'ils occupaient dans les autres empires

chrétiens. II eût été alors toujours en son pou* voir de faire à propos quelques pas rétrogrades, pour ne pas rompre tout-à-fait avec TÉglise.

Mjais il n'entra jamais dans la pensée de Charles de profiter ainsi de ces temps de troubles^ aa mépris des anciens traités , et du droit de pro* priété. . • .

Sickingen agissait pour son propre intérêt; il tomba; et avec lui les plus belles espérances et les meilleures forces de la noblesse. P^rmi tous les héros et les princes de TAUemagne, il fut un des plus véritablement dévoués à l'empereur; il est douteux qu'aucun de ceux qui, plus heureux que lui, réussirent dans leur dessein ambitieux pour l'Allemagne, aient eu autant de grandeur d'âme, et autant d'influence.

- Lors de là. révolte des paysans, plusieurs Dpbles prirent le3 armes, sans pouvoir, comme Goëtz de Berlichingen, alléguer qu'ils y étaient forcés. Les premières expéditions des paysans furent injustes, et il est difficile d'étaUir si' la part qu'y prit la noblesse fut décidée par lè x hasard, par des projets utiles, ou par une am«^ hition audacieuse. La tourniure effi*ayan|e et k malheureuse issue > que cette guerre prit' bioitôt, firent; oublier- ëelte coopération, et,

comme il arrive toujours en pareil cas, eette tentative infructaeose produisit une opposition très vive. Le pouvoir des princes s'aflPermit après la faneste issae des premières tentatives en faveur de la liberté. Chez les ]Ht>testans, il le fut doublement encore par la confiscation des évéchés. Ainsi fut formé le germe de la guerre des princes, qui, après les troubles promptement apaisés des premiers temps, se prépara d'une manière menaçante pendant presque un âge d'homme, avant d'édaler.

Charles, comme protecteur de l'Allemagne, roi d'Espagne, souverain des Deux-Siciles, fut obligé de faire la guerre aux Turcs et au terrible Soliman. Comme empereur, il crut de son devoir de s'opposer aux partisans des in<novations. Le roi de France vint bientôt lui ofirir un troisième adversaire, plus dangereux que les autres. François P', sans vouloir pré-* cisément et ouvertement déclarer la guerre, Tavaitcommencée de la manière la plus odieuse; d*un côté, il entretenait, par de secrètes me^^ nées, les troubles de l'Allemagne; de l'autre, il excitait les émeutes populaires en Espagne et les faisait éclater en Navarre. Celte derrière intervention éprouva l'opposition la plus vive.

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Déjà 1q catadère déiHoa*aUque9 que la révolte prit dès l'origine dans lea villes espagnoied, avait poussé la noblesse à tenir le parti du roi. JLa conduite de la France réveilla toute la na* tion, de telle manière que, par sa propre force, elle apaisa elle-même les troubles et rétablit Tordre. Charles sut, à son retour en Espagne, récompenser cet heureux événement par la générosité qu'il montra envers ceux qui avaient pris part aux troubles. Depuis celte époque, il parut avoir tout-à-fait gagné l'affection des Espagnols, qui lui demeurèrent dévoués plus qu'il n'est ordinaire de voir une nation dé-* vouée à son roi. On doit le regarder comme le véritable créateur de la grandeur espagnole, non seulement de sa puissance extérieure, mais de la grandeur morale et de la force in^ terne, que la nation atteignit sous lui et par lui. Isabelle et Ximenès lui avaient préparé le« voies, mais le gouvernement et l'opinion étaient encore bien éloignée d'être ce qu'ils devaient être , comme le prouvent justement ces trou-» blés dont nous venons de parler. Pour l'Aile-^ magne, l'Italie et l'Europe en général^ il ne fut que le défenseur de l'ancienne foi , de l'aiK cienne constitution et de la justice; comme roi

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d^spagne, il montra par plasieurs institutions des fdus importantes ^ totftes basées sur Fesfprît de la nation, qu'outre le courage de soutenir Fantiquité, il ne manquait pas non plus de la force et du génie nécessaires pour fonder* et împroviser..dc6 innovations, lorsqu'il pouvait agir sans obstacles ^chez une nation qtii partageait $es opinions et ses sentimens. La direc* tion que la rébellion avait prise en Espagne lui fit non seulement prendre en affection, mais encore je dirai presque honorer la noblesse de ce pays. Cette prédilection inspira aux Espagnols ce noble esprit moral qui, même dans les temps où la décadence était déjà visible, sous Philippe II, répandit encore un tel éclat sur la monarchie espagnole. A peine se fût-il alors trouvé une , autre nation qui pût se mettre sur les îangs avec des prétentions aussi justes à la supériorité morale.

Cependant Charles, en favorisant la noblesse,' était si éloigné d'opprimer le troisième ôrdt'ë, les villes et la constitution libre de l'Espagne, qu'au contraire il les soutint, les releva, quoique souvent à son détriment, et l'Espagne fut* alors, sous le rapport des privilèges des villes,

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regardée comme k monardiie k plus lihre de TËuTope.

Il est incontësUible 4]ue Charles gagna dé plus en plus Vaffeciioa de l'Espagne ^ et qu'il finit par aimer tout particulièrement ce pays. Cependant il n'était pas, pour cela , étranger à l'Allemagne; dans son dernier et touchant adieu encore 9 il k nomma sa patrie, quoiqu'elle eût été pour lai , comme pour plusieurs de ses héros et de ses grands hommes , une autre patrie ingrate* Dans les premiers temps de sa carrière, tandis qu'il s'appliquait k remplil* tous ses devoirs ayee une délicatesse scrupu^ leuse, Charles eut le sort d'encoutir les reproches les plus contraires : tandis qu'en ÂUema-^ gne on le représentait comme un Espagnol dur et. hautain, on se pkignait en Espagne de son amour pour l'Allemagne et de ses fréquens voyages dans cette contrée.

Dans la première guerre avec la France, k fortune favoriia tellement Châties, que, dans le même temps où son empire s'étendait audelà des mers et ôii les sources d'or du Nouveau-Monde étaient déjà en son pouvoir, il vit le roi de France fait prisonnier par ses braves

soldats, et put^ du moins en apparence, se H. 4

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regarder comoie le maître de TEurope, à qui plus rien ne pouvait désormais résister. Ses rivaux et ses ennemis surent bien se servir de cette apparence. A la vérité^ il ne devait pas cette glorieuse victoire à luî-mémey mais bien aux héros belliqueux qu'il possédait en grand nombre* Mais si nous voyons dans, tout le cours de sa vie que partout^ à la guerre comme an conseil, sur te!*re et sur mer, il fut entouré de grands hommes, il sut connaître leur mérite', les utiliser, les rassembler autour de lui et se les attacher, cest pour lui un titre de plus à la gloire. Quelle diffiérenoe entre lui et le roi François, qui, de Taveu méite de ses panégy^ ristes, écoutait souvent des favmris incapables, était jaloux de la victdre de ses généraux, et ne les voyait pas avec {)kisîr I Charles honorait le grand homme, il le reconnaissait pour ce qu'il était, et par là l'attirait à lui. En enlevant au roi de France, dans fiourbon, le premier de ses vassaux et un des meîlleiïi*s géné^ raux de l'époque, puis, plus tard, le grand Doria , il obtint l'une des {rfus belles victoires qu'il ait jamais remportées sur lui. L'action de Bourbon, devenue presqiie nécessaire par les violentes démarches faites contre lui , sera ex-

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cnnée, si ce n'est entièrement justifiée^ qaiand on la jugera , non d'après le principe du droit des gens actuel^ mais bien'd'après les relations. alors établies entre les grands vassaux. Dans aucun cas, on ne saurait Uàmer Charles d'avoir profité de celte circonslance, d'autant jdos tjue François avait employé contre iai toutes portes de moyens et d'expédiens bien iiuirement blâmables. Les princes allemands étaient aussi alors les vassaux de l'empereur; lors-^ qu'ils se liguèrent avec le roi de France^ on put regarder cette action comme peu patriotique y maïs non point comme une haute trahison.

Dans les histoires qu'on a faites de Fran-* çois !•*, et dans les jugemens quW a portés sur lui y il s'est glissé presque toujours une erreur qui est assez ordinaire dans l'idée qu'on se ibmie «tes caractères célèbres; on est trop enclin à les regarder comme demeurant toujours les mêmes à toutes les époques ; on se fait une imagé' d'un câfactère d'après l'époque dans laquelle il est le plus remarquable, et on regarde cette image comme son essence, sans tenir oompte des changemens qu'il éprouve dans iecours de son développement. Par exemple , le jeune héros qui vainquit poui la pre-

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mière fois les Suisses , regardés jusqu alors comme invincibles , et qui fui fait chevalier sur le champ de bataille , par Bayard, nous donne une brillante image du jeune roi . Bayard et les vertus chevaleresques, qui distinguaient alors généralement la noblesse française, rejettent encore plus d'éclat sur lui. Mais c'est en vain que plus tard, dans le cours de sa vie, on espère retrouver cet éclat briOa&t de son premier âge. François appartenait à ces caractères assez communs qui , après un rapide dé* velopperaent dans la fleur de leur jeunesse, s'éteignent bientôt et trompent les espérances que leurs [H'emiers pas dans la carrière avaient £Eiit naître. L'inaction de la fin de sa .vie, la disparition de son activité intérieure, l'influence exercée tantôt par s^ mèrç, tantôt par une maîtresse ou un favori, sur la^ marche des affaires, tant de marques évidentes d'immoralité et d^injustice dans les détails , l'esprit de désordre répandu dans le touit,>fbnl un sii^ulier contraste avec cette force morale intérieure et l'ordre légal de l'Espagne à la même époque, avec, l'activité infatigable de Charles et la dignité tranquille qui dominait dans tout ce qui approchait de sa personne.

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Le roi François suivait l'exeinple de Charles VIII et de Louis XII , qui cherchèrent la grandeur de leur empire dans les conquêtes et non dans le perfectionnement intérieur dont la Fraxice avait alors surtout besoin; car le relâchement moral devint si fort dans cet empire vers la fin du seizième siècle , qu'il fe porta jusqu'au bord de sa ruine. Des guerres conti-* nuelles avaient épuisé ce pays si riche en res^ sources^ et cependant le roi François n'avait riep; pu gagner sur Oiarles; sa guerre contre lui servit seulement à prouver qu'il était eomme un obstajcle à toutes les grandes entreprises, de l'empereur pour le bonhepr des nations. La conduite du roi François à la paix de Madrid , k^rsqu'il (^ononça un serment sacré , et le conscdida encore par sa parole d'honneur et de chevalier, avec la secrète péœée de les rompre toutes jdeux, n^a encore été louée par apeun de ses panégyristes eomme digoe d'éloges.

Charles commit alors Une faute ;^ il prit un moyen intermédiaire dans une ocGasicm où la politique aurmt exigé de praadre franchement l'un ou l'autre parti. Il fellait ne pas laisser échiippei: de. sa prison le roi Frafiçois, et s'ais* aurer ainsi ^^uwj^wièl^ ^est^meàt ce côt^la

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par les troubles qui auraient éclaté enFrance, ou bieii il devait s'attacher l'amitié de la France par une générosité sans bornes et toat-4k»fait inattendue» Ce fut la plus grande faute politique que commit Charles, et elle eut pour toute sa vie des conséquences fâcheuses. En vain le fidèle et pénétrant Gflttmara voulut le prémunir par ses conseils, et irefusa de signer une paix qu'il prévoyait ne devoir pas être observée, Charles parut compter entièrement sur la parole d'honneur de François , et, pour Favenir, sur Talliance du roi avec Éléonôre. Il se peut bien aussi qu'il crut à la justice de ses prétentions, même sur le duché de Bourgogne.

La conduite de Charles VIII, de Louis XII et de François I*" envers Maximilien, Philippe et Charles fut une telle chaîne continuelle de vîûbtions de traités signés d'un commun accord, et de promesses non accomplies, qu'il n'est pas étonnant que Charles en revint aux privilégei et aux droits primitifs, comme on l'avait souvent fait; si le roi François eût observé la paix, et qu'il eût voulu se Hguer avec Charles contre les Turcs , il eût satis doute pu attendre de h|i M sacrifice. Mais ce qui entraiimit toujours le roi François dan$ des guerrea

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nouvelles y c'était ^ à en juger d'aj^ès son caractère^ moins Favidité et la vengeance , que soa ambition démesurée. Puisque ^es propres pai^égyristes avouent qu'il ne pouvait voir san» envi^ les succès de ses généraux ^ on peut penser combien la terrible défaite qu'il éprouva à Pavie dut le rendre malade et Tébranler.

Charles était en lui-même^ dans l'origine, si peu enclin à faire k guerre contre la France, qu'on pourrait plutôt dire que c'était un principe fondamental dans la maison d'Autriche d'éviter la guerre avec cette contrée par toutes sortes de moyens, d'entretenir des relations pacifiques avec elle par des négociations, des alliances et des mariage». Ge prineipe de famîUe avait guidé déjà la conduite de Maximilien et de Philippe le Beau. Chaque fois que ces aUiancefi étaient rompues par la France , la maison d'Autriche s'e£Porçait de les renouer. On avait encore présente à la mémoire la manière dont Charles VIII avait rompu son traité avec Marguerite, lorsque Philippe le Beau, qui était tout particulièrement dévoué à la maison de France, forma de nouveau une douMe alliance, pour relouer plus fortement les relations enbrelea maisons de France et d'Autriche,

et lorsque Gbudia, promise à Charles , fut le partage de FraBçoîs d'Angoaléme, qui depuis devint roi. Cependant FaHiance fut bientôt renouée pour la plus jeune soeur Renée. Charles suivit le même principe en alliant à François sa sœur Éléonore ^ quoique les liens de Tamitié combattissent dans son cœur un semblable projet.

La base de ce système pacifique se trouvait en* partie dans les vœux des Pays-Bas , qui craignaient de soufirir les funestes conséquences d'une guerre française. Il était aussi d'accord avec l'idée particulièremeîit favorite de Charles^ que tous les rois chrétiens ne devaient former qu'une seule république , une famille européenne , où les différends seraient termi* nés juridiquemenjt, ou bien si une guorre devenait inévitable» elle. serait conduite avec ménagement comme un duel chevaleresque » la totalité des forces réunies de toutes les nations, européenne^ ne devant être dirigées que contre l'ennemi héréditaire^ contre les infidèles mahométans. De là dans chaque traité de.paix y la dose toujours répétée > que le roi François .devait s'unir à lui ccm|;re les Turcs. Même dans lep faoïeux défi^ que Charles adressa à Fran*^

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çoifi^ cettfs idée n'est pa» oijbUée. Ces défis n'étaient pas si éUrangers aux mœurs de Tépoque qu'ik ]e seraient actueliement. On ne saurait nier qu'ils ne fussent sérieux; Charles était par caractère et par principes ami de k paix, difficile à offenser» mais une fois qu'il était irrité , il ressemblait dans la lutte k un licm furieux. Des injures continuelles» des. délits toujours renouvelés» purent seuls porter Charles à deyier de ses principes» et à entreprendre contre le centre de la France de sérieuses expéditions. Elles ne seraient pas. restées- sans suite» si l'Angleterre» au lieu d'un isouyerain capricieux, tout occupé d'obtesiir la souveraine puissance . dans son royaume» à la {dace d'un Henri YIII» tout4i--fait incapable, de. grandes vues» avait eu un guerrier tel qu'Edouard ou Henri V, et si Charles n*eûl été obligé de partager son pouvoir contre. tant d'ennemis.

Charles appartenait à ces^ caractères qui»

mûris par la réflexion et en apparence tran-* quilles» passent pour froids» tandis que c'est justement ch&L eux un sentiment plus profond qui se retire de la superficie» se cache au n^onde poiir laisser dominer extériew^ement la raison^ la prndence et la dignité.^ Quelque im*

Kg ^ TAMJBAV

pétueiix que fàt Cliarles , longue vme foin it était poussé hors des bornes ordinaires par de violens griefe, il demeurait toujours facilement accessible à la réconciliation^ comme il l'a montré dans les traités de paix nombreux conclua avec le roi François, Quek sacrifices n'aurait-il pas consenti àfaire^ si François aTait voulu Faîd^y* et n^m pas lé troubler dans ses grande^ entreprises pour la sûreté et la paix de l'Europe! C'est ce qu'on peut voir dans la dernière paix qu'il conclut avec lui. Lorsque, vainqueur , il ^it à deus» journées de Psiris^ que tout'fuyait devant son armée, il fit cependant les concessions les plus avantageuses, voulut ftter à l'un de ses fils une partie considérable de$ Pays*<Bas, ou la ville de Milan, si long-temps disputée^, pour obtenir seulemast par là que Fra^içois ne l'empéchàt plus de rétablir la paix et la concorde dans Fintérieur dei'Âttemagne, et s'unit é^finfrandiement à lui. Il n^eût peutêtre bien pas été prildent de poursuivre cette invasion^ rapide, mais Charles était décidément Violèrieux, et n'avait pas besoin d'o£Prir de tek

• Le plus, singulier de tous les repro<Aes qu'on aitrfaitîk.: Charles, c'est cdloî ée s'être, sur

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l'invitatioa réitérée du roi et de sa sorar^ assez almndonDé à la parole de François pour se hasarder à voyager dans son royaume, Oq doit plutôt s'étonner, qu'à la cour de France, on ait pu penser qu'il était possible de rompre le droit des gens et la parole royale , et que Charles ait ' eu besoin de toute sa tranquille fermeté durant le temps qu'il y passa pour échapper à d'injustes persécutions. Quelle dignité et quelle noblesse ne renferme pas cette réponse qu'il adressa au toi, lorsque celui-ci lui présentant la duchesse d'Étampes, lui dit : « Voyez, cette dame aussi xtue conseilte dé vous retenir. ^ — Si le conseil 'est bon, il faut le suivre, répartit Charles ; » et ce tranquille reproche montra d'une manière polie, mais frappante , ce qu*il pensait de l'apparente amitié de François !•*. ' Le roi de France fut pour Charles un adversaire fisitigant. Lorfe même que CSiarles obtenait la victoire dans les guerres qu'il avait à soutenir contre lui, il le troublait et l'arrêtait dans toutes ses entreprises, et devenait d^au<* tant plus importun pour lui, que Charles désirait &ire la paix.

Un tout auftre adversaire inenr plus redoutable, fut Soliman, héros dcmé'de qualités

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personnelles peu communes. Soliman était monté sur le trône des Osmanlis en même temps que Charles , par ses premières grandes actions , avait paru sur le théâtre de l'histoire. Soliman était tout animé de- l'amour de la gloire y il faisait sa lecture favorite des Commentaires de César, traduits dans sa langue maternelle; il refusa à Charies le titre d'empereur. Comme maître de la eapitale Byzantine, ;il voulait être empereur romain , souverain du monde, dignité qui ne pouvait être qu'unique sur la terre, de même qu'il n'y a qu'un Dieu et qu'un soleil dans les cieux. B n'était pas ennemi des arts et des sciences, son caractère était indulgent, et lorsqu'on lui suggérait de poursuivre et de détruire les chrétiens et les juifs établis dans son empire, il montrait un parterre fleuri, et demandait. : si ce jardin n'était pas. embelli par la diversité des fleurs et des plantes. Il était sans doute souvent dominé par l'amour ou quelque autre passion, se montrait parfois rude envers les siens ; mais qu'eût* il servi que le sultan fût doux et noble luimême, tandis que l'esprit de la politique turque et du peuple, encore dans l'effervescence du fanatisme c0$xite les chrétiens^ demeurait barbare

D£ L'HISTOiaR MODERNE. Si

aiosi qpe leur manière de faire la goerre et de gonveroer les. pays conquis. A cette époque^ les Turcs étaient avec raiaon considérés comme les ennemis communs du monde européen civilisé, çt de rhumanité. C'est ainsi que le pen* saient toutes les-nations de rEurope, et Ton a bieç tort lorsqu'on veut rqK>rier à oes anciens temps, les relations qu'à une époque plus moderne, les Turcs ont eues avec l'Europe chrétienne. ]^e roi de Fjrânce lui-même sentait si bien cela, qu'il n'osaitavouer publiquement son alliance avec eux» D'après le droit des nations et les relations politiques qui furent en vigueur durant toute. cette époque, c'était une trahison en politique, aussi bien que pour le bien-être de la république euro^enne.

. Soliman, dans ses prétentions à Tenipire, songeait sérieusement, à la conquête non Seulement de Vienne, mais aussi de tonte TAlle^» magne. Sans en venir à une bataille décisive, Charles opposa du moins une digue à ce tor-' rent, par son importante expédition en Hon* grie. La retraite de la grande armée turque laissa tellement l'avantage du côté de Charles, qu'il était résolu de la poursuivre, de prc^ter des circcmstances favorables qui se présentaient.

6t TABtBAU

et ce ne fut qn'at'ec peine qn'îl eéda aux repirésentatioiis de ses généraux^ mieux instruits de la jiature du pays et de la difficulté du succès. Gomme souverain^ Charles étâ^t doux et prudent^ mais comm^ général, il se m^ontrait toujours partisan des décisions les plus i(mè^ rairesy souvent même les phisdangereiises. Si TEurope armait recouvré son repos, et que l'harmonie eût été rétablie en Allemagne, Thistoire aurait eu un grand spectacle de plus k décrire ; Charles en guerre avec un adversaire digne de lui. Si Ton avait pu réaliser les espé-^ rances de l'un de ses plus grands généraux, du marquis dd Guasto, qui pensait qu'on devait reprendre aux Turcs toat ce dont ils s'étaient emparés depuis Godefroi de Bouillon , la Hon«^ grte du mmns aurait été Kfare, TÂUemagne et l'Au^iofae se seraient vues rasmirées contre tant d'attaques désastreuses de la puissaM:^^ turque. Le fiât suivant explique tie ia manière la plus précise pourquoi de ce côlé<^lk 'les coii<«' qaélies ne furent pas poussées ptus loin .

Lorsque Charles fut obligé de fuir devcmt le rebelle Maurice d'Inspruk, les chevaliers aile«mimck qui composaient sa suite lin dirent sin^ cèaremeni :^que s'il voulait faire d^es «Concessions

DE L'HISTOIM MODERN£. ^

en n^âtièrede Jbiy ks AJlemaods lui donneraipiit lioe wcnée avec laquelle il pourrait %'emr parer de CoBStantinople; Charles répondit ({uHl n'achèterait pas FËurc^e entière à ce prbc.

Cette o^re n'était nullement exagérée y car l'A^ lemagne était alors assez puissante y si elle eût été unie y non seulement pour Tempçrter suV toutes les autres puissances beUigérantës , mais encore sur les Turcs.

Charles était né pour être un grand général , tous ses contemporains l'ont unanimetnent reconnu. Lili-Hnéfue l'a prou vé^ non seulement par son intrépidité dans le danger et la détresse, maïs encore par la présence d'esprit^ le coup d'oeil sur qull montrait au jour du combat.

Élevé dans les habitudes pacificfues et dans les affîiires de l'État^ il paraissait à. Fheure décï-^ siye aimer le danger^ être ûaspiré pat* de grande desseins. U. &e peidit jamais cette faculté -dia réflexion qiû lui était propre, et âe montra ce^ pendant toujours cndin n préférer les mesures kis plus téménlires» C'esi; <ee qui le distinguait surtout des gtiatids généraux dont il était en-^ touré» Ainsi ca fut lui qui d^abord rendit com*' plète ^ édatante la grande Tidoine de Tunis.

Puis y IcH-ique la tettnpéèe «ut .détpniit sa flétte

devaoi Alger^ lonque les vagues de la mer eurent englouti une partie de son armée, ce fut encore lui qui, au milieu de ces désastres ^ se montra le plus intrépide ; in^irant du cou« rage à tous y partageant avec le simple soldat toute peine, toute privation, ne redoutant aucun danger, il fut le dernier à quitter les riVa-^ g^ des barbares. Ces entreprises contre Tunis et les brigands maîtres de l'Afrique, étaient nécessaires à la sûreté des pays littoraux de TEspagne elde lltalie. La liberté de l'Europe entière était aussi très intéressée à voir détr^iire le pouvoir' maritime des Turcs. Si les Turcs avaient pluslong^demps dominé la mer Méditerranée, l'Italie méridionale serait probaUement tombée en leur pouvoir. Charles avait amené la puissance maritime espagnole à un tel points que, fous ses successeurs, il eût été possible.de détruire pour jamais dans un combat décisif la domination des Titres $ur la mer. Une telle victoire était «nissi essentielle et importante pour- la liberté de fEurdpe, que la résistance qu'on opposait aux infidèles sur terre < Charles était si pénétré de l'importance des côtes africaines pour le bien de l'Espagne, importance qui avait déjà dirigé toute la con-

DE L'HISTOIllfi MODERNE. B^

duite de Ximenès^quç dans sa dernière retraite encore la. nouvelle d'une perte que les Espagnols y éprouvèrent^ accabla ^n esprit , et augmenta sa maladie.

Âccetssible et bon comme il Tétait généralement pour tous, il savait aussi gagner l'amour des solda tç. Il se mêlait avec confiance au milieu d'eux, m^ettàit la main à l'ouvrage pour les aider, recevait d^eux le nom de père > était chéri par-dessus tout, excepté lorsqu'il faisait observer avec sévérité les lois de la discipline dont il sentait la nécessité et la justice. Le dévoûment de ses grands généraux pour lui était sans bornes. £n cela il fut très heureux. Pescara, Bourbon^ Frondsberg, dans ises premiers^ temps, Doria, Leyva, le marquis del Guasto, et ayant tous Alba et tant d'autres," formaient autour de lui comme une couronne de héros , dont l'histoire oflPre bien peu d'eiemples. Les sources d'or du Pérou et du Mexique lui app;su*tenaient dans un temps où il n'existait plus de ban, ni d'arrière ban, ni aucune autre institution «légale pour le service militaire, où l'homme d'armes libre, servant pour sa solde ^ l'argent tion seulement pouvait seul entretenir*

une armée, mais encore était avant tout néces-» il. 5

a^ TABLEAU

saire pour la former. Si bien doué pour être général et même conquérant y Charles^ que ses ennemis accusent d'avoir visé à la monarchie universelle , n'a fait que conserver ses royaumes héréditaires, n'a pas entrepris une seule conquête injuste à, main armée dans l'Ëiirq[ie. Il ne regardait pas comme désirable , la gloire quaf^quiert une nation chretieiMie en guerre contre une autre. Il ne faisait la gueire avec plaisir et de bon cœur, que lorsqu'elle était dirigée contre l'ennemi héréditaire des nations espagnole et allemande , et en général de toute l'Euirope chrétienne. Lorsqu'à Tunis il rendit à la liberté, et renvoya dans leur patrie vingtdeux n^lle^sclaveschréti^ens, il s'écria :Céla seul suffirait pour ^récompenser notre expédition, lors mçme qu'elle n'obtiendrait rien de plus ! Ce ne fut qu en Espagne que Charles remplit entièrement le but qu'il se proposait. La lutte continuelle avec la France empêcha que l'Europe d'alors Opposât une résistance vigoureuse à la domination turque. En Allemagne, Charles retrouva la plus, pénible <Je toutes les guerres qu'il eut à soutenir , et si ses grands ^brts ne demeurèrent pas tout^^-fait sans ^otiséquaaces heureuses' pour ce paj^s^ cependant

DE L'HlSTOIIiE AIODERNE. 67

il ne fit pn$ non plua là ce qu'il voulail y foire. En Italie, il opéra, si ce n'iest tout le bien pos-s ' sible, du moins tout ce qu^à cette époque on pouvait espérer d'accorfplir.

Depuis quQ Philippe le Bel avait opprimé la liberté de FÉglise, depuis que de violentes entreprises pour arriver au despotisme absolu se renouvelaient sans cesse , la France était un voisinage dangereux pour l'Allemagne, une source de trouble et de discorde pour TEiirope, et une cause de ruine pour l'Italie. Peutêtre aussi pouvait-on blâmer le iiystème paci* fique de la maison autrichienne, en ce que c0\Xe teiidance à la paix empêchait souvent de profiter d'occasions favorables pour extirper le mal et sa racine, et que le germe de nouvelles guerres et de nouveaux bouleverseinens était conservé dans tous les traités de paîdc conclus avec la Frafnpe.

Depuis Louis XI, î^l ci'élait pas difficile de reconnaître le désastreux système français pour la source de tous les maust et de toutes les tn-^ 'fortunes de l'Europe. Celte vérité fut reconnue et jpgé^ par plusieurs souverains, qui préférèrent trop souvent la route -d'une douce et paisible résistance aux moy^s décl^ife.

L'Europe chrétienne n'aurait pu être vigou^ reusement protégée et raflFermie à l'extérieur qu'autant que la paix et la concorde eussent d'abord été rétablies flans son intérieur ; c'était Ik le seul moyen de tarir la source du mal. Cette tendance pacifique pour la France était tellement un principe de fanyille dans la maison d'Autriche , que même plusieurs princesses de cette maison les plus distinguées par leur amour pour la domination ^ telles que Marguerite et la sœur de Charles^ pensaient aussi de la même manière et cherchaient à diriger toute leur influence de ce côté-la. Quelque porté qu'on soit à blâmer cet amour de la paix intempestif y en considérant ses conséquences, on doit cependant ne pas méconnaître la noble et grande idée qui ea était la base, idée d'une union chrétienne des gottVememensy et d'une conciliation de toutes les querelles et disputes, scellée par des actes et les sentimens de l'honneur, d'un lien de famille tout établi dans ce but , entre les grandes dynasties dominantes de l'Europe, •

Quand on connaît bien l'histoire, 1% caractère et les efiForts de cette époque, on doit avouer qu'il serait difficile d'imaginer un plus

DE L'HtSTOIRE MODERJNE. , 6^

^raad malheur pour l'Europe , que si les plans vastes et profonds du despotique Louis %I, du çcHiquérani Gharleà VIII et des autres rois de France pensant de même et agissant dans le même but ^ eussent été entièrement accomplis. Mais^ dira-t-on^ l'iiïfluence de Charles-Quint ne fut-elle pas bien plus étendue, cette espèce de domination qu'il exerça, en dépit de toutes les résistances , sur la plus grande partie de rSurope, n'était'-elle pas aussi opposée à la liberté publique et à l'individualité des nations? Ni'étail-elle pas aussi niaisible et contraire au vrai idéal d'une union des états chrétiens, fondée sur la justice, que l'ambition des rois français n'eût jamais pu l'être, lors même qu'ilr eussent atteint leur but?

Ceux qui partent de l'idée générale d'un?

gouvernement d^une vie extérieure et d'une nation, ne sont que trop enclins à se repré-*senter cette union comme un état tout-à-^faiti constitué, existait par lui-mçme. Mais cette unité n'eut formé ni un État, ni une nation.

L'histoire du monde enseigne , et il suffit de qûe^lque réflexion pour concevoir que, dans un système de gouvèrnemens et de notions, qi|i, comme celles, de l'Europe, sont depuis

70 TABLBàU

des sièdes dans un rapport contînod' et inûmCf nécessité lani par leur situation géoglraphique que par leur caractère général , il fisrnt un point central duquel puisse sortir une influence supérieure qui se répande sur Fensemble« Ce n'est pas de l'existence d'une telle influence ^ qui fut et sera toujours, oyais c'est de sa direction , de son cHrigine et de sa pratique que dépend la liberté du tout , et c'est ce but qui est digne des plus nobles efforts* L'empire en lui-même ) s'il est permis d'appeler ainsi , dans le langage du. moyen âge, cette influeMe supérieure Ibndée sur des principes nKiraux et dirigée vers un but religieux, le véritable empire dans le moyen âge n'est d^ point en lui-même une usurpation sur la liberté euro<péenne, ni une fotrn^ injuste» Mais ce qui eût él en effet un véritable malheur, le plus grand que rhumanité pût éprouver, c*est le faux em« pire, l'influence basée et constituée, non pas sur des idées morales et religieuses, mais seulew^ut sur l'ambition égoïste, sur un méca^ liisme mort et universel. Durant le moyen âge de Tempire chrétien , cette forme fut plutôt favorable à la liberté généralç, et, sous {du- V sieurs rapports , aucune époque aussi avanta*^

DB L'iUSTOlAË .MODEiUN Ë. T {

geose pour le développement de toutes les forces intellecluelles ne fut sî éloignée que celle-là de celle sorte de monarchie universelle tant redoutée. C'était l'Allemagne qui possédait et exerçait la phis grande influence dans l'union des Etats européens^ non pas FAUema* gne isolée, non pas l'empereur seul , mais avec eux l'Italie et te chef de l'Église; et justelneni cette division du pouvoir entre deux chefs intimement liés ensemble, appu/é» l'un sur Tautpe,«e pFotégeant réciproquement, et pourtant indépendans , était extraordinairement favorable à la liberté publique. Il se commettait à la vérité quelques actes arbitraires, comme ceux que l'on a reprochés en grand nombre aux Hoheinstaufen, mais un gouvernement despotique était impossible. L'empereur le plus despote et le plus ambitieux n'aurait même pu asservir et opprinaer pour loiig-temps le chef de l'Église, parce que le pouvoir de celui-ci se trouvait dans une juridiction tout autre, toUt-à'^fait hors de sa portée, fondé sur la foi et la croyance publiques, et que, sous ce rapport, il était un protecteur de la liberté.

Lorsque TEurope eut déjà beaucoup perdu de dette force 6t de cette direction, elle sentit.

7i TABUàD

aux efforU des oonqaérans turos, qoe Maxi-' mîlien devait avoir un saccessenr qui sût être empereur, et qui le iàt dans fantique acception de ce mot* L'Allemagne surtout en éprouvait le besoin. L'équilibre vadUa jusqu'à ce qu'enfin le choix de Charles décidât en faveur de rAUemagne et de l'Espagne. Je ne veux point juger cette élection d'après les fnréférences nationales et les rapports personnels , quoique même, sous ce point de vue , elle tài juste. Un principe siipple et vrai pour toutes les époques pourra peut-être servir à cet objet.

L'influence européenne, possédée et dirigée par une monarchie absolixe ou despotique, sera aussi monarchique, absolue ou despôtirque. L'influence exercé^ par une république sur la réunion des États européens, sera républicaine , en tant qu'elle sera portée à &toriser les États petits et faibles., et à les protéger contre les plus forls; système dont le succès amène une plus grande division des États et des nations , et dont la chute eatralne Tentier assujétissement des petits États jet leur incorporation dans les plus grands. L'influence d'u|i !$tat fédératif, essentiellement libre, d'un État composé d'un système de nations alliées, coinine

DE L'HISTOIREHODËRNE. 73

rétait r Autriche sous Charled-Quint, sera de même d'une espèce fédérative, c'est-à-dîre attachée au pacte, incapable d'exister sans justice; elle sera de sa nature, et, sauf quelques exceptions, portée à conserver la paix, et la où aucun principe personnel ne s'y oppose, elle se montrera favorable k la liberté. Cette maxime peut surtout servir à juger d'après leur mérite, pour le biep de l'Europe, les influences autrichienne , française , anglaise qui luttèrent ensemble à cette époque et dans les temps modernes, et qui tour à tour obtinrent la prééminence. Il est inutile de prouver combien est fausse l'assertion de plusieurs des ennemis de Charles, qui prétendent voir une monarchie universelle dans l'influence qu'il exerça sur l'Europe comme empereur, comme roi d'Espagne, comme protecteur d'Italie, et qui fut toujours l'objet de ses désirs les plus ardens.

Ceux-là seulement a qui l'idée du véritable empire, d'une influence européenne douce, protectrice et libérale , bienfaisante pour l'humanité, était tout-à-fait éti^angère, qui ne connaissaient et ne voulaient rien autre que la politique du mensonge et de l'avidité à l'extérieur, ainsi que le despotisme absolu intérieu-

74 lABtBAU

remeot; ceux-là seulement ont pu répré^ septer ainsi une idée morale si élevée, parce qu'ils prenaient leur pro(M*e déloyauté pour guide, et se trompaient dans leur manière de considérer chaque rapport. Mais le dernier plan de Charles , qu'il forma avant de quitta le monde, montre de la manière la pdus évîndente comment et dans quel sens Tensemlde de lIAutriche d'alora, sous Charles-Quint et Ferdinand l**, pouvait être appela un État fédératif , et , d'après les vues de Cbarlea» devait subsister toujours p$ur l'alliance d^ft inaispqs allemande et espagnole.

Maintenant tournons nos regards vêts ce qu'il a réalisé en Italie et . sur ce qu'il voulut , mais ne put atteindre en Allemagne. Après la victoire de Pavi^ $ où le monde étonné vit le roi de France prisonnier, Charles parut être le maître absolu de l'Italie et même de FEurope; ce fut justement cette*aj^rence qui excita la jalousie et lui suscita des ennemis.

Déjà sous Jules II et Léon Xi à -côté de l'ancien désir favori d'une complète indépendance nationale , d'une entière nationalité pour ritf^-lie , l'animad version <iontre la dominati<m française s'était toujours m^nif^^stée d'une manière

*plus forte* Celle-ci s'était reûdue. toujours plus haïssable, et Fou avait senti de quel côté le danger était imiuinent. Lorsque la supériorité de CJbarlesfat décidée , ou vit se relever l'auciemie piplitique astucieuse des Itatiéns, qui cherchaieut à faire chasser les Français de l'Italie par les Espagnols et les Allemands, et mce i;i?r^a^ politique dont la conséquence néceS'* «aire, fut que lltalie devint ]^ur long-temps le théâtre de guerres désastreuses, qui natu«>rellement auraient fini par la plonger dans la dépendance étrangère la plus dure. Clément VU fut l'auteur de cette réaction. Les généraux de Charles l'ayant apaisée par la victoire la plus décisive, cet ernpereur pouvait dans le fait se considérer coinme le maître et Varbitre de 1% talie. Comment usa-^t-il de sa victoirei^cepen-dant^ lorsque pour la seconde fois il quitta l'Espagne afin de rétablir l'ordre d'abord en Italie , puis en Allemagne ? Il en usa avec une retenue et une modération rare dans un tel bonheur et à un âge si susceptible d'ambition, ayecune générosité envers quelques-uns, tels que Clément et Sforce, que l'on n'attendait point du tout de \\k\ , et qui kti gagna en Ita« lie, si ce n'est tous les ccxlurs, du moins un

76 TABLBAU

parti fort nombreux. Rétablissant partout les droits de la justice ^ respectant les prétentions héréditaires ^ flatts^it et accordant les plus grandes puissances y il donna à l'Italie le gouvernement le meilleur dont elle fût encore susceptible a cette époque; un gouvernement fédératif qui était assez indépendant pour réunir toutes les opinions ^ renvoyer les troupes espagnoles^ et confier sa sûreté à la garde d'une armée italienne. Il gagna même en quelque sorte l'égoïste Venise, par ses vues pacifia* ques.

L'Italie ne pouvait' alors être autre chose qu'un État fédératif, et tout système fédératif ayant besoin d'un point central, d^un membre supérieur influant sur tous les autres, la question éttfit seulement de savoir laquelle des trois puissances remarquables par l'esprit, la dignité ou l'étendue, Florence, le pape ou Venise, aurait cette prépondérance. Florence, quoique la plus civilisée pour l'esprit, n'était pas assez forte, et la corruption avait déjà fait trop de progrès dans son sein. Venise était la plus puissante; mais sa prépondérance eût été oppressive et turbulente pour le reste de l'Italie. Venise , la plus forte puissance n^aritime com-

1)Ë L'HISTOIRE MODERNE. 7t

mercante. si elle avait obtenu la domination de ritalie, qu'elle s'efforçait constamment d'atteindre, l'aurait sans doute employée à renverser le commerce et la force navale de tous les autres États. Un tel abus n'était pas à redouter du pape, dont l'influence supérieure était d'autant n^oins offensante pour les autres États, que son pouvoir était d'une tout autre nature et d'une dignité bien plus élevée. D'ailleurs, par sa position même, i} était le plus pacifique , qua<^ lité désirable et bien convenable pour le point central d'une confédération de gouvernemens* Un système fédératif pacifique, dont le principal membre, si ce n'est formellement établi,, du moins tacitement reconnu, eût été le pape, était la constitution la mieux faite pour l'Italie. £t si le pape et les autres États n'étaient pas assez forts par eux-mêmes pour résister à la France, une seule chose restait à faire, c'est que le souverain de Naples et de Milan assurât les limites et Findépendance de cette confédér ration paisible. Telle fut la constitution donnée à l'Italie par Charles. C'est à cette constitution et à Charles-Quint, que l'Italie dut cet heureux repos, dont elle; jouit depuis l'entière; expulsion des Français sous lui , et dans les temps qui

suivirent^ tandis que foutes les atftres contrées de TEurope étaient tourmentées par des guerres civiles. Non seulement l'Italie, mais le monde entier, réfléchit l'éclat de tous les arts qui se développèrent encore dans cette contrée au seizième siècle^ En philosophie et en savoir, en poésie e! même dans les beaux-arts , l'époque des guerres civiles de l'Italie avant Charles-Quint, et dans les premiers temps de son règne , fut peut-être plus riche que la suivante en génies et en inventeurs du plus haut degré. Cependant, après le premier élan que prend lè jdus souvent l'esprit au milieu d'une époque de fermentation, te développement ultérieur a absolument besoin de ce repos que Charles assura à l'Italie, en fondant sa constitution et la paix, avec cette même main qui couronna le poète favori de la nation, et à l'ombre de laquelle la peinture et l'architecture, la poésie et l'éloquence , se perfectionnèrent k l'envi .

En Espagne, Charles avait aussi constitué un monde tout nouveau, dans la science, la civilisation et l'art poétique. Avant lui les Espà-^ gnols n'étaient que de l^aves guerriers ; sous son règne, ils rivalisèrent avec l'Italie par leurs savans de toute espèce. Dans l'histoire, le Jan-

- " DE L'HIâTOlRË MODERNE. T9

gage et la jpoé&ie, l'esprit de h nation espagnole se développa avec utie grande richesse d'in*ventioD. L'imagination propre à ce peuple, lui donna une empreinte tout^i^fait originale^ Le nouveau développement de l^çâprit espagnol dans toutes les branches du savoir et de la civilisation ^ fut si grand à cette époque, que même le long règne d'un Philippe II ne put le retarder* Les semences furent si belles sous Ximenès et sous Qharles-Quint^ que leurs fruits se multiplièrent encore sans qu'on put les détruire ni arrêter c^ ^lan sous Pbilippe. Ce ne fut que bien plits tard que ce brillan? phénonaène du génie espagnol, dont Gharles^était le foyer et l'âtne, s'éteignit et disparut.

L'Italie dut k ce grand empereur là seule diiose qu'elle ne pouvait se donner elle-même, et qui était la plus essentielle pour le développement d^ l'esprit italien qui , dans toutes les inv^ntions^ Avûii déjà offert de si belles preuves de sa puissance. La suprématie que Charles possédait et désirait sur l'Italie, était très modérée. Plusieurs relations in^muables et xm respect nécessaire la limitaient et la rendaient fort restreinte. Son SDOceisseur Philippe qui en hérita ne ^t lui-^méme ^en faire aucun abus despoti-

éO TABLEAll

que, défaut auquel il n'était que trop enclin. Le rétablissement des Sforce à Milan , des Médicis à Florence, quoique le premier se fut séparé de lui, et que Clément VU eût été le principal auteur de la seconde guerre d'Italie, est la meilleure preuve de la conduite généreuse de Charles dans cette contrée* On pourrait plutôt le blâmer de n'avoir pas donné Milan k son fidèle Pescara, qui avait tant de droits à une récompense. Pescara, hardi et ingénieux, était non seulement le premier général , mais encore le plus grand homme de sa nation. Il discernait clairemfnt le vrai biçn et le salut de son pays, et aurait eu la capacitiS de se gagner une couronne comme conquérant,, si l'ambition l'eût entraîné. Il était dévoué avec un zèle illimité au service de Charles, parce qu'i) voyait en lui et dans sa bienfaisante influence, le bonheur de sa nation. Son dévoûment n'était pas servile, c'était celui d'un homme libre. Il lui montrait avec franchise son blâme et son déplaisir, quand il croyait en avoir le droit et le prétexte. On a dit que sa fidélité et sesTues étaient astucieuses, et dirigées par l'ambition comme dans Wallenstein, mais c'est une de ces nombreuses erreurs qu'on raconte dans l'histoire de Charles,

DE L'HISTOIRE. MODERNE. Bi

et dont de méchans desseins et l'abandon des sources véritables l'ont remplie. Si Pescara ne reçut pas cfette réc(Anpense inéritëe> ce ne fut certes pas ingratitude de la part de Charles; il céda au grand poids qu^eurent auprès de lui des prétentions héréditaires, et une possession fondée sur la justice. Charly ne rendit pas la liberté aux Florentins^ mais il est facile de l'en justifier, car combien les Florentins n'avaientils pas déjà prouvé qu'ils étaient incapables de supporter la liberté , et «s'ils ne pouvaient conserver comme Venise la forme d'une république durable, s'ils devaient avoir un souverain héréditaire, qui avait des prétentions mieux fondées à cette souveraineté que les Médicis?

Si cependant quelque chose mérite du blâme dans la conduite de Charles en Italie, c'est peutêtre qu'il s'est montré trop indulgent envers les deux papes Clétrient VII et Paul III, dans leurs relations avec l'Italie, et dans leurs intrigues personnelles. Lorsqu'antérieurement, vers la fin du quinzième 'siècle, les papes s'efforçaient de tout leur pouvoir de rétablir l'état de l'Église, d'acquérir de nouveau tout ce* qui en

dépendait, leui" zèle pouvait facilement se par-» n. 6

S% TABLBâU

donner^ poree que ce soin était fondé non pas seulement sur leur seul intérêt personnel, mais encore sur la sûreté, la dignité et l'indépendance du Saint^iége. Il est pénible de penser que ces deux papes > Clément VII et surtout Paul III, dont le long règne- tomba justement sur une époque aussi critique pour l'Église et pour le monde , n'eurent rien tant à cœur, que d'assurer une principauté à leur famille.

Parmi les nombreux grands hommes qui entouraient Charles en Italie et en Espagne, et qui , secondant ses efforts , travaillèrent avec lui à atteindre le grand but qu'il se proposait, on trouve bien peu d'Allemands. Son frère Ferdinand fut presque le seul de cette nation, qui représenta dignement le grand empereur. Ce n'est pas qu'alors rAUemagne manquât d'hommes de génie et de capacité, mais les forces existantes étaient attaquées 'de la corruption générale^ et pour la plupart détournées de Tem* pèreur, lorsqu'elles ne lui étaient pas tout-àfait contraires. Parmi les princes allemands, le comte palatin Frédéric fut l'un des plus dévoués à Charles. Déjà fidèle serviteur de son père Philippe le Bel, le palatin fut un ami de l'enfance et des jeux de Charles. Une passion c6n-

traire à rétiqtiette pour Éléonore, soeur de Charles-Quint, ni plus tard une pardonnable rivalité pour Marie , ne purent rompre leur bonne intelligence. Le palatin sacrifia avec un rare dévoûment une grande partie de son existence. Sans cesse infatigable , il voyageait en Espagne et en ÂUemagne.G'était un prince plus remarquable par ses aimables qualités que par une force de génie supérieure. Il n'était point un c]iaud partisan des nouvelles doctrines, cependant il suivait le torrent , et c'est là ce qui finit par l'éloigner de Charles. L'amitié avait de bien profondes racines dans le cœur de celui-ci» Sa vive émotion lors de leur réconciliation après la destruction de la ligue Smalkalde le prouva d'une manière évidente.

Parmi les plus jeunes princes, aucun n'avait su gagner l'affection et la confiance de Charles autant que Maurice de Saxe, qui plus tard l'abandonna. Il était distingué par son esprit, son activité et ses gi*ands moyens comme général. Sa réflexion, son apparente modération et sa dignité, avaient surtout gagné le cœur de Charles, d'autant plus que chez la plupart des princes allemands de cette époque , on trouvait une impétuosité chevaleresque dominante dans

leurs mœurs , plutôt qu'une modération civilisée. Charles aimait les caractères réfléchis, réservés, comme Guillaume d'Orange et Maurice de Saxe. Plus Charles a régné, et plus il semble qu'il ait pris l'habitude de renoi^er à àon propre sentiment, et qu'il se soit persuadé que le ^ monde ne pouvait être gouverné que par la raison. Mais la dignité extérieure et la circonspection noble et réfléchie qui promettent tant de belles qualités, et chez quelquesH uns cachent dans l'intérieur un sentiment profond, de grands desseins et de nobles pensées, peuvent aussi servir de voile à un égoïsme, à une ambition vulgaires, et tromper la confiance de k manière la plus indigne. C^est ce. qui arriva à Charles dans ses relations avec Maurice.

Charles voulait en Allemagne, comme nous l'avons déjà dit, rétablir la concorde, et empêchep la division religieuse. Sunce point aussi il eut a souffrir dans le temps 1^^ reproches les plus opposés. Tandis qu'pn l'accusait à Rome d'ôterTau pape sa puissance, de se mêler arbitrairement des affaires ecclésiastiques, on prétendait en Allemagne qu'il voulait détruire tous les luthériens. L'histoire confirme si peu une

D£ L'HISTOIRE MOOEftr<E. ^ 85

semblable assertion , que les historiens modernes ont imaginé au contraire un autre reproche plus ingénieux, savoir; qu'il favorisait les protestans en seg^t, pour affaiblir le pape par oe moyen. Cette hypothèse est venue dé ce que ces écrivains n'avaient pu se transporter dans lapensée de Charles, dans là manière de voir l'époque. Jugeant d'après l'esprit de notre temps et leur propre façon de penser , ils trouvent;^ inconcevable que Charles, ce monarque qu'ils regardent comme tellement sage, pût n'avoir aucun autre but que celui qu'il avait réellement; qu'il pût regarder d'après ses principes, comme le premier et le plus saint de ses devoirs, comme le plus cher de tous ses vœux, enfin comme le but de sa vie entière, la tâche d'empêcher les malheurs qui résulteraient d'une division dans l'Église. On ne saurait reprocher à Charles de s'être mêlé d'une tnaiiière arbitraire et despotique des affaires ecclésiastiques ; on doit blâmer seulement le premier pas , riche en conséquence, l'apparition dé Luther à la diète de l'empire, lorsque ses opinions en fait de croyance et de grâce fiu-ent exposées en présence des princes et des électeurs assemblés. Les griefà de la nation allemande contre

$6 TABUAU

Rome, surtout sous le rapport de l'argent qui sortait du pays avec profusion , auraient été défendus et discutés aussi bien sans lui, comme cela s'était toujours fait. Lorsque les (urotesta»» ne reconnurent plus aucun concile et encore moins Rome, et ne voulurent en aucune façon ën|;endre parler de la puissance ecclésiastique, la dernière ressource pour les combattre fat de leur opposer TÉtat et son chef.

. Si Charles avait fait tous ses efforts pour limiter le pouvoir de l'Église et en particulier celui de son chef, comme les écrivains mo-* darnes Font imaginé, il aurait sans contredit commencé de même en Espagne , et il faudrait connaître. bien peu l'état de TEspagne à cette époque , pour croire qu'il ne l'eût pas osé à cause de l'opinion publique. Les limites récipreqùies des puissances archi^^pisoopale et papales avaient souvent été le «ujet de violentes querelles. Les évéques espa^ols, comme ceux des autres pays , avaient donc sans doute une foule d'anciens griefs , sujets de pi^enticms et de disputes, qui auraient pu aider Charles dans de tels desseins ambitieux, s'il les avait eus; cela lui eût été d'autant plus facile que, d'après tous les écrivains espagnols du temps , on voit

Dfi L'HISTMUfi MODERNE. 87

que les deux papes Clément VU et Paul III étaient personnellement haïs de la nation espa* gnole. S'il s'est montré favorable aux protestans, on ne saurait le lui reprocher. Il fut indulgent aussi long-temps que sa persuasion le lui pençetfait^ parce qu'il roulait non pas ta guerre y mais la paix avec eux : il saisissait toujours avec une nouvelle ardeur l'espoir qu'une réconciliation , un racommodement étaient en^ core possibles; c'est cette perpiasion qui donna tant de lenteur à sa conduite. U espérait que la fermentation des esprits s'apaiserait ^ si eHe ne disparaissait pas entièrement; et s'il ne choi* sit pas l'instant où rAUemagne était menacée

de l'invasion turque la plus terrible^ pour dé^ cîder la lutte avec les fnx)lestansy ou pour l'at^ tiser encore davantage, on ne saurait non plus l'en Uâmer. Ce calme apparent, avant que les guerres d'Allfemagne éclatassent, était un aspect trompeur; la discorde s'était déjà trop forte-t ment enracinée dans les esprits. Poui* un C)mr^ les, un Mélanchton, il y avait des miUiers de coeurs enflammés d'une haine sauvage , aigris jusqu'au^delii des bernes, et plusieurs d'entre eux aussi |)oussés par des vues ambitieuses.

Dans toute époque où une exaspération vio-

t% TABUAU

lente laisse déjà prévoir la guerre civile, il ar-^ rive quelque événement qui , bien qu'il ne concerne que des individus isolés , produit une grande impression sur toute L'époque. De deux frères espagnols, Fun avait embrassé en ÂUe-magne la nouvelle croyance ; l'autre, fâché de ce changement, vint aussi en Allemagne trouver son frère : des reproches mutuels animèrent tellement leur colère , qu'ils les conduisirent jusqu'au meurtre de l'un par l'autre. Cet incident, quoique tout-à*faît particulier, produisit une telle imfKression, qu'à peine trouverait-on un écrivain de l'époque qui ne l'ait raconté avec détails, qui n'ait rapporté avec horreur ce fratricide. Ce fut ct)mme un sinistre pressentiment de la malédiction qui, depuis le terrible schisme de la séparation de croyance, reposait sur l'inmianité, un avantrcoureur de tout le sang fraternel que , dans le cours d'un demi-sièclie, la France et l'Espagne, les Pays- Bas^ l'Angleterre et FÂllemagne devaient vx>ir couler à flots sur les champs de bataille et au milieu des scènes de carnage.

Dans les dernières années, avant que la guerre éclatât, l'empereur travailla à l'oeinre de la paix et de la concorde avec une patience et

une assiduité infatigables; il fat secondé par plusieurs savans des deux partis^ très distingués par kurs connaissances , leur dighilé morale" et leur amour pour la justice. Mais ce fut en vain : les ligues ennemies des princes protestans et des catholiques en venaient toujours aux mains avec plu$:d'aigrear; il se commettait des réactions qiiô l'empereur ne pouvait supporteir, malgré sa haute protection pour la foi et l'Église^ Dans nul autre temps, Charles ne déploya si bien toute la force de son caractkre et ds ses talens> militaires que dans cette guerre smalkalde; sa position paraissait d'abord tout^à^fait désespérée , mais on peut dire que son courage ainsi que sa confiance se re^ kvèrent avec le danger. Il sut par lui-même, par son amour et par sa familiarité populaire, enflammer si bien ses guerriers pour les ac«« tions les plus* impossibles , t|u'il devint reffroi et la terreur des chefs de la ligue smalkald. Le landgrave avait, souvent montré vailkince et sagesse à la tête dès siens ; maintenant, au moment décisif, au jour du danger, il trompa la confiance que tous avaient placée en lui.

C'était le sentiment intime dé Charles qui

90 TABUàU

parlait y lorsqu'après la bataiHe de Mûhlbefrg, étant sorti vainqueur du plus grand danger qui l'eût jamais menacé , et se souvenant du mot de César, il écrivait : « Je suis venu,' j'ai vu, et Dieu a vaincu. »

L'influence que cette direction nubite et inat* tendue des affaires exerça en Allemagne et à l'extérieur, est incroyable. En Allemagne, tout se soumit à lui , sans réserve, sans condi^ tion comme si Ton eût été saisid'un e£froi surna* turel. Dans le reste de l'Europe, on admira^ non sansétonnement, le courage inébranlable avec lequel il avait, sur le champ de bataille , sauvé d'une position si dangereuse ^Allemagne, cette contrée regardée comme la première , la plus forte puissance. 11 parut alors avec une gran^ deur héroïque telle , que tous les noms que donne k Renommée furent assodés au siexi :

on le plaça à côté de César et d'Alexandre;.

UneambaSjiade du ezar moskovite^ une au-r tre du kanr des Tariares, qui vinren.t, comme était déjà ven« l'envoyé du roi de Perse, lors de son élévation sur le trône, lui sc^ubaifcor bonheur et {H'o&pértté, servireirt enwre plu» à le faire respecter de la foule comme le pre^ miçr moxMunqye de rKurape.

DE L'HISTOIRE liODER]!4E. 91

Il aurait pu^ dans le premier moment de la victoire ^ faire et obtenir en Allemagne ce qu'il aurait voulu, car son parti était considérable, ainsi que le nombre de ses amis fidèles et de ses serviteurs. Ceux qui avaient été ses ennemis étaient frappés de crainte; c'était une bonne occasion pour changer fondamentalement la constitution allemande, s'il l'avait voulu. Il aurait pu le faire sans blesser la justice j car lequel des princes acteurs de la guerre n'avait cherché d'une manièfe ou de l'autre à changer cette constitution? Il était d'autant plus facile de détruire l'ancien ordre de choses et d'en établir un ^out nouveau , que les prinr ces ne le reconnaissaient plus comme empe-^ reur et ne l'appelaient que Charles de Cent.

Il n'avait besoin que de son bonheur et de sa victoire pour constituer d'autant mieux l'œu* vre de la concorde, au^^uel il travaillait depuis si long-temps avec zèle, mais avec de funestes conséquences. Avec quelle équité ne le fit-il pas! Il ne put réussir, parce qu'il était trop élevé au-dessus de ses contemporains, parce que ceux-ci étaient trop éloignés de sa grande et douce façon de penser^ parce qu'il était seul avec cette justice au milieu de scm époque.

99 TABUSàU

Doîtron loi en faire un reproche? Avec un soin tout particulier^ il avait su empêcher que la guerre prît le nom et* le caractère propres à une guerre de relîgiod; et, en effet, ce n*en était pas une. Non seulement un prince protestant tenait le parti de Charles, et d'autres protestans ainsi que des catholiques demeuraient neutres, mais encore la manière dont la guerre fut conduite , manière qui , dans la suite, ne demeura plus la même , prouve que ce n'en était pas une.

Toute grande et belle action, quelque peu de succès qu'êUe paraisse obtenir à l'extérieur, a des conséquences certaines et inévitables.

Lorsque la réunion projetée parut tbut-à-fait impossible, l'Allemagne vit cependant s'éta^ blir entre les partis catholique et protestant, une paix véritable qui dura pendant un demisiède, tandis qu'en Finance et en Angleterre des flots de sang coulaient déjà. A qui F Allemagne dut-elle ce privilège, si ce n'est aux continuels et. pacifiques efforts de Charles, par lesquels non seulement les opinions furent en général modifiées, mais encore la forme d'une paix religieuse toute nouvelle pour les hommes fut développée? La paix, après un

demi-siècle, fut, il est vrai, rompue, et la guerre la plus terrible allumée; mais on ne saurai^ s'en prévaloir pour rabaisser ce bienfait.

Si l'esprit de Charles-Quint avait seulement continué d'influer davantage sur l'Allemagne , jamais on n'en serait venu à une guerre de trente ans. Il commit une grande faute politi-^ que. Dans une circonstance où les mesurés les plus décisives, l'un des deux extrêmes , une rigueur sévère, ou bien une douceur sans bornes, pouvaient seuls atteindre le but, il choisit le médium d'une justice et d'une bonté opposées l'une a l'autre. Cette faute se. retrouve dans

sa conduite envers tous les princes acteurs de la guerre, et surtout envers l'électeur Jean Frédéric. Alba le conjura, si , pour éviter d'encourir le reproche de l'amour des conquêtes, il ne voulait pas donner la Saxe à son frèr^^ de la diviser, d'élever les villes au rang deâ villes libres de l'empire, et de partager la contrée entre les divers petits princes? s'il ne voulait pas non plus employer cet* expédient , il fallait rendre alors le tout intact à Jean Fré-* déric, qui, par cette générosité, aurait peutêtre été séduit; mais, dans auc^un cas, il ne fal-

94 TâBLBâU

lait la donner à Maurice. Le fidèle Ferdinand était aasfti contre Manrice; ce Ait en vain : Charles avait donné sa parole, et fat cruellement trompé. Charles ressentit de Festime et même de l'amitié pour Jean* Frédéric durant sa captivité. Il était d'abord très exaspéré can-* tre lui, parce que Jean Frédéric s'était toujours opposé de la manière la plus déloyale à ses tentatives de réunion. Dans sa prison encore , après qu'il eut renoncé à son patrimoine pour lui et ses descendans, il rdiisa de signer le formulaire de réunion, ï intérim de Charles ; au contraire, le landgrave, dès qu'il vit sa liberté mise à cette condition, se montra prêt à signer. Cette opiniâtreté de Jean Frédéric fut elle-même une conséquence et une preuve , si ce n'est de l'étendue de son esprit, du moins d'un cœur honnête. L'estime de Charles pour Ig^ princes loyaux devait d'autant plus aug^ menter, qu'il se sentait amèrement trompé par son favori Maurice.

Lorsque Maurice, Tun de ses généraux, se tourna contre lui, le vainquit et le força de fuir, Charles vit que son projet d'empêcher la séparation de l'Église était inexécutable; il laissa dès-loi^ son frère Ferdinand conclure

DE L'HlSTOtRB MODERNE. 98

une paix dapportable qui s'accordât avec la po* sition des affaires et l'existence d'un schisme, ainsi qu'avec les intérêts de rÂUemàgne. On se tromperait en croyant que , parce qu'au prc^ mier moment de stupeur il était sans puissance de résister, il n^eut plus du tout de moyens de sàlut; en peu de mois, par l'active influence de sa sœur Marie, il se trouva à la tête d'une armée de plus de cinquante mille hommes» Il n'eût pas-été difficile pour lui d'attirer aussi des princes protestans dans son pprti; c^est ce que jH*ouve Texemple remarquable du margrave Albert de Brandebourg, qui entta à son service^ Le parti de Charles fut toujours très con^» ^idérable en Allemagne. S'il avait voulu seule-^ ment se venger de Maurice, rétablir l'électeur Jean Frédéric, se servir en Allem:agi>e de cette g;rande armée > il aurait encore facilement re-gagné le dessus ; si , sous le rapport de la croyance^ il eût voulu se montrer indulgent, toute l'Allemagne aurait été pour lui. Mais c'était justement ce qu'il ne pouvait et ne voulait pas* Dès qu'il vit que la réunion désirée , vers laquelle il avait pendant tant d'années dirigé ses efforts, était inexécutable au milieu de cet accord dominant des esprits , il ne prit

plus aucune |>art aux affaires de rAliemagne ^ et ou peut dès cette époque facilement voir en lui une abnégation complète^ une totale indifférence pour les intérêts de ce pays.

Far Femprisonnement des deux* princes ^ Jean Frédéric et le land grave , Charles n'avait d'autre but que de tenir éloignés ces deux hommes qui s'opposaient à ses vues favorites l'un par son opiniâtreté inébranlable, l'autre par son infatigable activité , jusqu'à ce que la réunion e&t acquis par elle-même assez de force. Il ne s'était pas trompé sur le landgrave , qui , après avoir, dans sa prison, facilement accepté Y intérim^ perdit, en recouvrant sa liberté, ses forces, son courage et toute con-* sidéra tion. On a fait d'injustes reproches à Charles sur la captivité du mai^ave; il est facile de prouver qu'ils sont sans fondemens. Charles est ici exempt de tout blâme ; ce furent les négociateurs qui promirent au landgrave plus que Charles ne savait et ne voulait.

La conduite de l'empereur mérite d^être blâmée peut-être sous le rapport politique, ici comme dans plusieurs autres occasions, parce qu'au milieu d'une époque de bouleversemens et de troubles, il ne sut presque jamais pren-^

DE L'HISTOIRE MODERNE. c^7

dre un parti décisif, s'arrêta trop souvent a des mesures modérées; cependant , au total, si le projet de réunion formé par Charles demeura sans succès, ce ne fut pas à cause de quelques fausses meàures , mais c'est que le trouble , la corruption et l'exaspération des esprits étaient trop généralement répandus.

Maurice s'était représenté comme le sauveur de la liberté allematide ; la voix du peuple ne fut pas pour lui. En effet, elle ne pouvait pas l'être : une conduite équivoque ne sera jamais approuvée publiquement. C'est dans le méoie sens, que Maurice, que lé roi de France s^appelait un ^ protecteur de la liberté allemande, lorsqu'il s'emparait d^ quelque^ villes importantes que Maurice lui ay^il cédées par un traité, comiiie s'il eâA déjà été le maître de l'empire. Charles dirigea son armée contre un pareil attentat, prenant pour la dernière fois les armes en faveur de l'honneur , de la conservation, de rem|]fire et de la sûreté des Pays-Bas. 11 ne fut pas non plus heureux dans cette ejitre-* prise ^ et ne put. regagner Metz. Mais il se sentit revivre dans sa solitude , lors de la grande victoire de Saint^Qujçntin , sous son

successeur; victoire qui, de ce" côté, semu. t

blait assurer complètement le pays contre la France.

Charles accomplit alors le projet qu'il aTait formé depuis long-temps de terminer sa vie dans une tranquille solitude et de paisibles occupations* Toute son existence avait été ane guerre continuelle; il avait dès l'origine considéré Fempire comme sa vocation, comme un graitd devoir et une haute charge. Pendant un âge d'homme, il avait supporté à lai seul la pénible tâche de conduire d'une main sûre TEurope en décadence. Il était loin d'être dénué de sentiment; on aurait plutôt pu trouver en l&i une tendance à la mélancolie. La forte impression que produisit sur lui la mort de sa mère, qui, après une longue folie, e:^ird peu avant sa propre fin , est remarquable sètis ce rapport; et cependant cette décision de se re-. tirer dans la solitude a* aussi donné lieu aux plus étranges commentaires f* déclsioù 'qiî^on savait bien qu'il avait déjà formée^éputà longtemps au faîte du bonheur^ daiis la plénitude de ses facultés viriles, et qu'il avait plus d'une fois hautement expriiiiée.

Quoiqu'au fond il fût pénétré d'un senti-^ ment profond et sérieux, il se montrait exté-

DE L'HI&TOmB MODERNE. v 99

rieurement gai, plein d'esprit dans la conversation, et toujours enclin à l'amitié. Pli>sieui*s preuves touchantes font foi de son affection pleine de tendresse pour ses soeurs, surtout pour les deux reines Éléonore et Marie, qui l'accompagnèrent en Espagne lorsqu'il prit coiigé du monde, et en général pour tous ceux qui s'approchaient de lui et étaient seulement capables de répondre à un tel sentiment. Ses relations avec ses grands serviteurs étaient amicales sur le champ de bataillé, comme dans son palais; il était accessible à tous, et l'on ne saurait compter les réponses aimables j les frag-* mens pleins d'esprit et les discours remarquîi^ blés que son époque nous a consel'véé. Dana dé telles otcasions, on attribué par la suite à un grand homme beaucoup de choses qui ne sont pas de lui ; mais cependant on pourrait facilement rassembler ceux de ces fragmens les meilleurs et les plus certains, et en faire un reôuetl . qui, dans son genre, serait certes l'un des plus instructifs et des plus authentiques.

C'est ainsi que dispaçut du monde celui qui , comme roi d'Espagne, avait été sans contredit le premier et le meilleur de tous ceux qui régnèrent avant ou après lui; qui avait fait à

l'Espagne autant de bien qu'en auraient pu opérer deux siècles de progrès; qui^ comme empereur y s'efforça toujours d'atteindre les plus nobles buts' dans des guerres infatigables; rhomme qui, dans son esprit et son cœur, embrassa l'Europe et son époque , devina et sut dominer toutes les intrigues les plus tortueuses , tous les coups les plus terribles de la fortune.

A sa mort, les États chrétiens rivalisèrent en honorant son nom et sa grandeur par des cérémonies funèbres d'un éclat sans pareil.

Même dans la capitale de l'empire turc ^ un noble ennemi honora par une fête publique la mémoire du grand monarque qui avait quitté le monde. L'Europe parut sentir que le héros et le guerrier de l'époque n'était plus; que ce dernier lien d'unité avait disparu, et qu'un siècle de guerre et de troubles allait sans doute commencer.

DE L'HISTOIRE MODERNE. fOf

ijajB-

f HAPITBE DmÈHE.

Htstoive de FEarope soas les succestenn de CkatlesL- Qaint* <— Guerres qui éclatèrent après la division de VÉglise. — État de ritalie dans les premiers siècles qui suiTirent la réforme. — In» fltteiice de la réforme sur les divers états deVEurope.— De$d«r-' niers projets de Charles-Quint. -7 Philippe II.— Nouvelle forme de Itfnobtesse.-^Alba. —Conquête dû Portugal. — Repentir que ressentit Philippe dans sa vieillesse — Troubles religieux qui déchirèrent FAngleterre et la France à la suite de la réforme.— Henri IV, roi de France. — Son influence sur la guerre de trente ans. —Différence qui sépare les luthériens des calvinistes jCt des swingliens.

L'époque qui conimença après la mort de Gharles^uint était bien faite pour remplir de mélancolie celui qui la prévoyait dWanqe. De longues guerres civiles furent la première suite nécessaire de la division de FÉglise ; elles ravagèrent l'Allemagne^ la Suisse^ la France , la monarchie espagnole et l'Angleterre, à dater de la guerre des paysans jusqu'à la persécution dirigée contre les protestans sous Louis XIV, c'est-à-dire durant toute .la moitié d'un siècle. Elles ne cessèrent que lorsque la Hollande

d'abord, puis la reine Anne d'Angleterre et l'empereur Joseph I" firent dominer des principes plus doux en Europe.

Peu de temps après que la première pais religieuse eut été conclue en Allemagne par Charles -Quint et son firère Ferdinand, des guerres intestines éclatèrent en France et dans les Pays-Bas. A peine Henri IV promettait-il à la France une époque plus heureuse, et 1^ liberté de la Hollande était-elle reconnue après de sanglans combats, que l'Allemagne vit de nouveau la guerre , long-temps arrêtée, éclater avec une double fureur. Lorsqu enfin, après trente ans de troubles et de carnage , le lien de la paix fui renoué dans cette contrée, l'infortuné Charles d'Angleterre dut monter laiméme sur l'échafaud. Puis tandis que déjà en Angleterre, de la lutte des élémens contraires^ une nouvelle forme de liberté légale commençait à sortir, une persécution générale contre les prolestans eut encore lieu en France sous Louis XIV; persécution non moins indigne et injuste que tout ce que Philippe II avait fait pour mériter le nom de tyran dans l'avenir.

Ces .guerres civiles étaient une suite inévitaUe de la division de l'Église, non seulement à

cause des relations intimes de l'État avec l'Église, mais aussi parce que les nouvelles doctrines enseignaient de nouveaux principes sur la direction du gouvernement comme en matière de foi, et formaient ainsi un parti non moins politique que religieux. A la vérité, les premières extravagances politiques des anabaptistes en Allemagne furent également relatées des deux partis, combattues et vouées à l'oubli. Cest pour cela que les disputes reli^' gieuses, dans respace de temps écoidé depuis Charles^Quint jusqu'à la guerre de trente ans enrent en Allemagne une direction moins politique que partout ailleurs. Mais en France les adeptes de Calvin ne se livrèrent pqs à ce premier élan de troubles de l'Allemagne; seulement la tendance politique était très visibk dans leurs principes profonds, et, par cela même, d'une influence plus durable; chez les puritains d'Angleterre , elle fut encore plus évidente. De là vint l'occasion qui , au milieu de la corruption universelle, s'offrit à une politique immorale de se servir des troubles civils comme d'un instrument pour satisfaire ses vues ambitieuses.

Le gouvernement français avait le premier

commencé à considérer ce moyen comme mie politique exempte de préjugés , lorsque^ faisant poursuivre et proscrire les protestans à Paris, il les soutenait en Allemagne. Mais, sans parler de ce principe dun nouveau droit des gens, qui n'eut encore aucun imitateur dans les autres pays, Faccord naturel et inévitable du parti protestant, dans les différentes contrées, entraîna partout de certains abus contraires à la justice. Tandis que la reine Elisabeth sou-^ tenait les huguenots en France, il n'est pas étonnant que les amis et les disciples de la communion que professait l'infortunée Marie désirassent ardemment l'arrivée d'une flotte espagnole. Une telle combinaison des choses devait empirer de la plus terrible manière^ emipoisonner et démoraliser les relations réciproques, non seulement de l'État, mais encore du peuple et de son chef dans l'État.

Ce qui fut encore plus déplorable que la guerre civile et les flots de sang répandus^ c'est la destruction et l'oppression générale de la liberté civile et de la liberté de penser, que la division de l'Église entraîna a sa suite. I) ne fallait plus songer à* cette vaste et profonde cuIt ture de l'esprit , à cette véritable et grande li-.

berté de la pensée, qui régnaieAt en Italie sous Laurent et Léon; en Allemagne , sous Maximilien , et qui de là avaient étendu leur bienfaisante influence sur l'Europe entière. Avant tout, il fallait sauver FÉtat et raffermir son existence, quelque perte qui en résultât, quelques sacrifices sanglans ou désastreux pour l'esprit et la civilisation qu'il fut nécessaire d'y consacrer. Cet état de choses se faisait voir non seulement dans l'ancienne Église, mais aussi dans la direction de la nouvelle. Il n'était pas moins dangereux dans l'Allemagne protestante de s'écarter de la confession de foi d'Augsbourg, qu'il l'eût été dans l'Europe catholique d'attaquer le concile de Trente. En Saxe même, dans la patrie de la réformation, en l'année 1 5j4f un savant^ accusé de cryptocahinùme y c'està-dire d'être un disciple secret du parti de Calvin, fut soumis à une enquête judiciaire, et un iîomme d'État respectable, un chancelier, fut publiquement décapité en 1601 pour le même sujet.

Non seulement la liberté de penser fut opprimée, mais aussi la liberté civile soufilrit beaucoup dans plusieurs États de l'Europe par la.division de l'Église , particulièrement en Al-

lemagne, où la réTolte des paysans, la corruption de la noblesse , et le pouvoir des princes , augmenté, soit par les biens du clergé, soit par des alliances, renfermaient plusieurs germes tendant à limiter la liberté ancienne. Dans la monarchie espagnole, les révoltes de paysans durent d autant plus rendre le système du gouvernement dur et méfiant, que celui-ci était incapable de les réprimer partout. Il est vrai que justement cette oppression développa une opposition puissante, et par conséquent réveilla la liberté et l'esprit répuUicain. Il est vrai aussi que, dans plusieurs États, la lutte des élémens corrompus rétaUit enfin Féquilibre, qui du moins dura quelque temps, comnie il arriva en Hollande et surtout en Angleterre^ par une union habile des anciennes formes avec l'esprit nouveau. La même union eut lieu en Autriche par l'indulgence pour le nouveau système, jointe à la ccNoservation de l'ancien.

Dans l'ensemble de l'histoire européenne, sans en excepter quelquefois l'Angleterre, ce changement imprima au gouvernement et au développement intellectuel une tendance oppressive et contraire à la liberté. Mais le passage subit d'un ex|réme dans un autre, la

OB L'HISTOIBB MODERNE. f 07

suoeession eontmuelie. du despotisme et de Faiiarchîe la plus complète^ la haine de toute philosophie d'un côté, et le respect de la reli* gion de l'autre^ dans le gouvernement comme dans )es opiniçns , présentaient-ils un chemin pour arriver à une liberté et à une civilisation réglées et durables , aussi sûr que le dévelop* pement interne et uniforme des anciens temps? Avant la réforme, l'époque était on ne peut plus favorable pour le développement de l'esprit et <|e la civilisation, et, pour les États européens, il y avait du moins possibilité d^éta-* blir des relations heureuses et équitables.

Le caractère des nouvelles nations et des Etats, dans les derniers siècles, fut, si ce n'est tout-^-fait déterminé, du moins fort influencé par la forme que la réformation prit chez cha-* eu ne d'elles, par l'impression qu'elle y produisit.

Sans contxiedit, l'Italie était le plus heureux d'entre les principaux pays de l'Europe dans les "premiers siècles îjui suivirent la reformations; car, éloignée de l'influence de la réforme et de son développement , elle fut exempte de guerres civiles. Le repos public n'y exigea pas d'autre sacrifice que la persécution et fe bannissement d'cin ou deux savans dont les opinions

IM TABLBàD

et les doctrines parurent akurs dangereuses pour la sûreté générale , tandis qoe dans d'autres temps elles auraient peut-être augmenté et favorisé la réputation de Fltalic^. L'Italie et l^pagne étaient alors les deux ^ules contrées qui possédassent une yéritaUe civilisation nationale de Fesprit et une littérature pour la représenter. Mais la crainte de Fabus et des innovations avait exclu la philosophie, ou lui avait imprimé une vaine forme sans vie et sans puissance. Toute cette culture était fondée seulement sur rimagination y en sorte que cette brillante civilisation intellectuelle des Espagnols et des Italiens porta dans les arts, dans la poésie et dans la littérature ce germe de répuisement interne et de l'assoupissement; car ce n'est que du développement harmonique de toutes les facultés que la vraie civilisation durable peut sortir. En Angleterre et en Allemagne, les souvenirs des anciens temps et des anciennes choses produil^irent aussi dantf ce même siècle quelques fleurs de la poésie du nord 9 quelques chants patriotiques, mais elles ne purent arriver, comme l'Espagne et l'Italie, à un ensemble de la culture intellectuelle et du développement de l'esprit. La tempête des

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guerres civiles replongea tout ce qui florissait dans l'oubli; la langue elle-même dégénéra en Allemagne, lorsqu'après tout un siècle de querelles religieuses, qui furent conduites avec aigreur, quelquefois avec barbarie, et le plus souvent avec une astucieuse fafusseté^ rarement avec esprit et réflexion, une guerre désastreuse, générale, suivit, à la fin de laquelle assistèrent plusieurs vieillards qui se souvenaient de l'avoir vu commencer dans leur enfance.

En France aussi, toute l'attention et toutes les forces étaient exclusivement tournées vers les troublés civils et la lutte des partis. Lorsque Richelieu eut rétabli l'unité, la civilisation française vit commencer son époque , mais d'àbord elle ne fut dirigée que vers un but politique.

Après l'Italie , dans la dernière moitié du seizième siècle, l'état de l'Allemagne, depuis la paix religieuse jusqu'au moment où éclata la guerre de trente ans, fut proportionnellement le plus heureux. A la vérité c'était une &usse paix qui ne coupait pas la querelle dans sa racine, et Rétablissait pas même les limites des partis ennemis d'une manière décidée f mais cependant elle était un bien&it| ccmiparée

aux horreurs qui se commettaient dans le même temps en Angleterre et en France. L'Allemagne dut cet avantage, d'avoir une paix religieuse, aux efforts de Charles et au développement qu'ils avaient imprimé à des arrangemens et k des traités entre les partis. On pourrait être étonné devoir une paix, au fond si faible et si chancelante, durer aussi longtemps, mais Ce fut une suite nécessaire de ce que les deux partis en Allemagne étaient, si ce n'est tout-à-fait égaux, du moins tous deux assez grands et assez puissans pour se craindre et se ménager l'un l'autre. Le système des premiers empereurs autrichiens de race alléniande après Charles-Quint, était pacifique, indulgent. Depuis les infamies de la guerre des paysans et des anabaptistes, les luthériens allemands avaient en horreur les troubles civils , l'injustice ou les actes violens cbnlre l'ancien ordre deschoses. Les disciples de Calvin au contraire, dont les principes et l'esprit étaient dès l'origine dirigés partout vers lé gouvernement , leà rapporta des citoyens et les réformes politiques, n'étaht point compris dans la paix religieuse, et se Vôyattt rejetés même des luthériens, ne putent que beaucoup plus tard à<^(^éHi' qa^iqae ii^uekice en Allemagne.

DE L'HISTQIRË MODERNE. 1 1 i

Il en fut 1;0ut autrement en France et en An* glelerre , où les deux partis étaient loin d'être égaux comme en Allemagne. En France, les catholiques 9 en Angleterre, les protestans dominaient et avaient assez de supériorité pour opprimer le parti le plus faible. Les conjurations étaient à l'ordre du jour dans les deux pays. En Angleterre, on voit des supplices de*puis le célèbre et innocent Thomas M orus, jus- <Ju'à l'infortunée Marie d'Ecosse , rendus encore plus indignes par l'abus des formes judiciaires, ainsi que par l'arbitraire subversion des pi^incipes et de la foi, qui, d'après les despotiques opiinions alors dominantes, devaient être ap^ puyés sur des colonnes de sang. En France, la lutte des parfis à la cour sous les derniers Valois, et en général des intrigues les plus cûm^ pliquées se montraient mêlées avec la sainteté de la foi, avec- le bien-être et le sang du peu'*; pie. L'Angleterre surtout prouva de quelle fortcj et désastreuse nature était cette nouvelle fer-*mentation. La haine entre les partisans ^ de l'ancienne et de la nouvelle foi> n'était presque: paâ plus violente qjiie celle qui existait entre left dbux partis de la [nouvelle, croyance ,^ entre le» protestans anglicans et les puritains. Sous te

lis TABLEAU

rapport, l'Anglelerre ressemblait beaucoup a rAllemagne, avec cette différence seulement qu'en Angleterre un développement complet eut lieu y là où en Allemagne il n'existait encore qu'un germe. Si, dans cette d^nière, le parti catholique avait été tout-à-fait expulsé, et que les réformateurs eussent gagné plus d'influence, il est vraisemblable , à en juger d'après les senti^ mens réciproques et leur aigreur, que dans l'Allemagne aussi ,^une guerre civile aurait éclaté entre les disciples de Calvin et ceux de Luther. Dans la monarchie espagnole, la puissance des nouvelles doctrines et la réaction de la liberté, se montrèrent sous k forme bien dangereuse de révoltes populaires. La Hollande se battit pour son indépendance. Les Maures furent vaincus et tout-à-fait détruits dans l'Espagne méridionale. Une troisième insurection populaire qui éclata à Arragon sous Philippe II, prouve combien un gouvernement despotique, qu'une révolte ébranle, devient par cela même plus despotique encore. Une autre conséquence, la réformation, fut que les États et les nations de l'Europe^ s'isolèrent davantage; que le lien commun, qu'elles avaient d'abord renoué ^ affermi, fut rompu et disparut tout«-à-fait.

L'Allemagne était visiblement déchue de son ancienne grandeur ; elle s'était repliée sur ellemême; l'Angleterre et la France n'étalent entièrement occupées que tle leurs guerres civiles intérieures. La seule Espagne cherchait à conserver sa suprématie sur Tltalle. Le Portugal s'eflForçait de retenir en sa possession presque tout le commerce et les contrées nouvellement découvertes. C'est ce qui donna alors à ces deux pays une prépondérance sensible sur la France et l'Angleterre, une espèce d'influence dominante dans toute l'Europe occidentale, jusqu'à ce que des observateurs clairvoyans remarquassent que la grandeur espagnole, dont l'éclat et le renom depuis Charles-Quint, s'étalent toujours répandus sur toute l'Europe, n'était plus ce qu'elle paraissait, et ce que là foule la croyait encore, que la grande monarchie était dans un état de décadence qu'on ne pouvait méconnaître ni empêcher.

Avant d'entreprendre l'histoire de Philippe II, ce successeur du grand Charles-Quint, si peu semblable à son père, et de poursuivre les destinées de la maison d'Espagneet les progrès de celle d'Autriche , il est nécessaire de parler encore des desseins et des projets de Charles pour

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